La Grande Transition : bâtir un nouveau monde

Majeur, 20 mai 2021

Les mouvements progressistes en tous genres connaissent un regain inspirant, mais pour changer véritablement le monde, il faut encore développer une stratégie gagnante, estime Xavier Lafrance, professeur de science politique à l’UQAM. Il co-organise la conférence La Grande transition, qui réunira au cours des prochains jours des dizaines de militants et d’universitaires autour du thème « Construire l’utopie ».

Si les mouvements sociaux ont connu un creux autour de la décennie 1990, ils connaissent depuis quelques années un renouveau encourageant : « la gauche se trouve aujourd’hui à un endroit enviable », juge Xavier Lafrance. Depuis la mobilisation contre le Sommet des Amériques de Québec en 2001 jusqu’aux grandes manifestations écologistes de 2019, en passant par le regain des résistances autochtones et la présence accrue des revendications féministes, « il y a eu une belle reconstruction des énergies de gauche au Québec et dans le monde depuis 20 ans », et ce, sur une multitude de fronts, analyse le professeur et militant, en entrevue avec Majeur.

Il n’y a pas si longtemps encore, « la gauche se cherchait », mais elle a désormais « retrouvé une force de frappe ». À présent, il faut développer cette force pour espérer remporter des victoires contre la droite et l’extrême droite, pose M. Lafrance.

« Nous savons, aujourd’hui, qu’un autre monde est possible. Maintenant, quelles sont concrètement les alternatives? Vers quoi voulons-nous avancer? Comment nous y rendre? »

XAVIER LAFRANCE, PROFESSEUR DE SCIENCE POLITIQUE À L’UQAM ET MEMBRE DU COLLECTIF LA GRANDE TRANSITION

La conférence internationale La Grande transition, dont le thème cette année est « Construire l’utopie », a précisément pour but de contribuer à la nécessaire élaboration des projets sociaux progressistes. Entièrement gratuit et ouvert à tout le monde, l’événement aura lieu en ligne du 20 au 23 mai 2021 et comptera une trentaine d’ateliers réunissant des intervenants d’un peu partout dans le monde. Parmi les sujets abordés : la réactualisation du syndicalisme, la solidarité internationale, le réinvention de l’agriculture ou encore le pouvoir citoyen dans les villes.

Les personnes politiquement engagées sont souvent prises dans les combats immédiats (contre la crise du logement, ou alors contre tel ou tel projet industriel dommageable pour l’environnement), mais elles ont parfois besoin « de prendre du recul, de se donner un espace pour réfléchir » plus largement à la société qu’elles désirent, croit Xavier Lafrance, qui est membre du collectif La Grande transition. La conférence vise justement « à prendre les problèmes par la racine, à soulever de grandes questions ».

« On va se donner le droit de remettre en question les fondements du système. »

XAVIER LAFRANCE

La Grande transition n’a pas de solutions toutes faites à proposer. Les panélistes y défendront des points de vue diversifiés, mais partageront tout de même certaines convictions, comme l’importance d’une meilleure démocratie, la nécessité de mettre un frein aux violences du capitalisme ou l’urgence d’une transformation écologique profonde.

« Construire l’utopie », ce n’est pas seulement se donner des objectifs, c’est aussi se donner les moyens de les atteindre, souligne par ailleurs Xavier Lafrance. Ainsi, il est essentiel que les universitaires et les citoyens engagés se rencontrent, se parlent et s’organisent. « Il y a parfois une méfiance entre les chercheurs et les militants, mais il faut plutôt une jonction entre ces milieux » pour enrichir les luttes sociales, croit celui qui œuvre à la fois dans l’université et hors de ses murs. De même, La Grande transition espère contribuer à une meilleure collaboration entre les différentes organisations progressistes, qu’il s’agisse d’organismes communautaires, de partis politiques ou de mouvements citoyens plus spontanés. Son ouverture et sa diversité, « c’est ce qui fait la force de l’événement », conclut Xavier Lafrance.