LA FTQ AU PILORI

Par Mis en ligne le 21 décembre 2011

La publi­ca­tion d’informations le 9 décembre der­nier, selon les­quelles un repré­sen­tant de la mafia mont­réa­laise Doménic Arcuri aurait tenté de sou­doyer le pré­sident de la FTQ Michel Arsenault lors d’une ren­contre à son bureau en 2008, res­sem­blait à une nou­velle recy­clée qui arri­vait à point nommé afin de plan­ter le clou aux termes d’une cam­pagne anti FTQ dans le cadre des débats sur le pla­ce­ment syn­di­cal dans la construc­tion.

Michel Arsenault a reconnu avoir ren­con­tré des repré­sen­tants de la com­pa­gnie Carboneutre dont Doménic Arcuri afin d’étudier la pos­si­bi­lité d’investissement du Fonds de soli­da­rité dans leur com­pa­gnie, mais sans savoir de qui il s’agissait vrai­ment et a nié avoir été l’objet de ten­ta­tive de pot de vin.

Radio-Canada affirme main­te­nant que Jean Lavallée, ancien direc­teur de la FTQ construc­tion et Louis Bolduc, direc­teur qué­bé­cois des TUAC (tra­vailleurs unis de l’alimentation et du com­merce) auraient voyagé aux frais de Tony Accurso en 2007 dans une Station hôte­lière santé en Allemagne. Michel Arsenault aurait accepté quant à lui un objet d’une valeur esti­mée à $12 000 pro­ve­nant du même per­son­nage durant le temps des fêtes en 2008. La FTQ a répli­qué que le Fonds de soli­da­rité avait res­serré son code d’éthique il y a trois ans et nie que le pré­sident de la FTQ ait reçu un tel cadeau.

Il est vrai que les faits rap­por­tés remontent à trois, voire même quatre ans. Ils se situent dans la même période où Jocelyn Dupuis et Jean Lavallée avaient fait l’objet de repor­tages incri­mi­nant au sujet de conflits d’intérêt et dans la même période où Michel Arsenault avait séjourné sur le luxueux bateau de Tony Accurso. Ce ne sont pas de nou­veaux faits récents qui dans ce cas ajou­te­raient du poids aux révé­la­tions faites à l’époque. Ce sont d’autres faits, mais qui relèvent de la même his­toire. Les jour­na­listes ont com­pris qu’ils pou­vaient encore pres­ser le citron.

Cependant, le fait que les jour­na­listes puissent encore tirer profit d’événements vieux de trois ans démontre à quel point le pré­sident de la FTQ ainsi que son entou­rage n’ont pas su faire oublier cette his­toire. Le séjour de Michel Arsenault sur le bateau de Tony Accurso est tel­le­ment ancré dans l’imaginaire que ses décla­ra­tions à l’effet qu’il n’aurait pas accepté de cadeau demeurent peu cré­dibles. Cette situa­tion démontre sur­tout l’incapacité du pré­sident de la FTQ d’apparaître comme défen­seur des tra­vailleurs et des tra­vailleuses, des mou­ve­ments sociaux, étu­diants, fémi­nistes contre l’offensive gou­ver­ne­men­tale et patro­nale. Si tel était le cas la cam­pagne média­tique n’aurait cer­tai­ne­ment pas autant de prise. Il ne suffit pas de crier au com­plot, il faut rem­plir son rôle de diri­geant, aider les troupes à passer à l’offensive et faire en sorte que la FTQ pos­sède un rayon­ne­ment en dehors de sa propre struc­ture. Pourtant la FTQ a adopté de bonnes posi­tions dans plu­sieurs domaines, mora­toire sur les gaz de schyste, la cer­ti­fi­ca­tion de rési­dences pour per­sonnes âgées, oppo­si­tion aux réformes de l’assurance-emploi. Elle a même pris posi­tion pour la gra­tuité sco­laire lors de son der­nier congrès.

Mais cela ne se tra­duit pas sur le ter­rain des luttes, on ne sent pas qu’il y a véri­ta­ble­ment un coup de barre qui pour­rait faire sortir la direc­tion de la FTQ de cette image néfaste de col­lu­sion et de concer­ta­tion. Au mieux on sent une cer­taine réserve avec des gens comme Accurso, mais elle semble dépendre davan­tage de la pré­sence des médias que d’une véri­table convic­tion de chan­ge­ment.

Cette situa­tion est nui­sible pour l’ensemble des syn­di­qué-e-s de la FTQ et ne rend pas jus­tice aux luttes qui sont menées par ses syn­di­cats affi­liés qui sont aux prises quo­ti­dien­ne­ment avec des mises à pied, des cou­pures de postes, des lois spé­ciales, la réduc­tion des fonds de pen­sion, et l’augmentation du tra­vail pré­caire. Nous avons besoin de cimen­ter les luttes syn­di­cales aux luttes sociales, de déve­lop­per des fronts unis afin de faire face ensemble aux offen­sives des patrons et du gouvernement.C’est le rôle que la direc­tion de la FTQ devrait jouer.

Seule l’implication de la cen­trale dans la riposte et la construc­tion d’un mou­ve­ment de lutte pourra faire chan­ger la situa­tion aux yeux de la popu­la­tion. C’est le défi auquel sont confron­tés les mili­tants et mili­tantes de la FTQ.

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