Front commun du secteur public

La FIQ campe devant l’Assemblée nationale

Tiré d’un entretien avec Régine Laurent, présidente de la FIQ

Par Mis en ligne le 24 juin 2010

Des syndiqué(e)s de la FIQ ont campé devant l’Assemblée natio­nale la semaine der­nière pour signi­fier aux élu(e)s leur déter­mi­na­tion à obte­nir satis­fac­tion pour les reven­di­ca­tions qui peuvent contri­buer à reva­lo­ri­ser la pro­fes­sion d’infirmières dans le réseau public de la santé tout en stop­pant l’intrusion du sec­tuer privé dans le réseau public. La FIQ trace un bilan posi­tif de cet exer­cice de sen­si­bi­li­sa­tion mais demeure mobi­li­sée devant la volonté du gou­ver­ne­ment Charest de camper sur ses positions.

« Pour nous, l’objectif a été atteint : nous avons ren­con­tré des représentant(e)s des partis repré­sen­tés à l’Assemblée natio­nale, sauf l’ADQ. On se rend compte qu’on se bute encore à l’édéologie néo­li­bé­rale. Nous avons sen­si­bi­lisé la popu­la­tion à l’importance de blo­quer l’infiltration du sec­teur privé dans le sys­tème de santé public. Le ven­dredi, nous étions épui­sées mais encou­ra­gées par toute l’énergie posi­tive et le dyna­misme des per­sonnes qui se sont impli­quées dans le cam­pe­ment d’une semaine », explique Régine Laurent, pré­si­dente de la FIQ. « Il y a eu une véri­table com­mu­nion entre les per­sonnes qui ont par­ti­cipé à cette mobilisation ».

Toutefois, le gou­ver­ne­ment Charest qui s’était engagé à accé­lé­rer les négo­cia­tions a de nou­veau fait preuve d’hypocrisie. Les offres de Monique Gagnon-Tremblay ne com­pre­naient aucune nou­veau­tés. « Les repré­sen­tants du gou­ver­ne­ment n’ont pas pro­posé de mesures struc­tu­rantes ayant des impacts immé­diats. Nous avons pro­posé dif­fé­rentes solu­tions, dif­fé­rentes hypo­thèses qui toutes pou­vaient géné­rer des allé­ge­ments à la tâches que tous recon­naissent comme insup­por­tables par un nouvel amé­na­ge­ment du temps de tra­vail. Le gou­ver­ne­ment admet le pro­blème mais refuse les solu­tions. Pourtant, il y urgence : 17 000 infir­mières sont à 2-3 années de la retraite. Nous devrons rem­pla­cer ces per­sonnes mais dans les condi­tions actuelles, nous sommes convain­cus que ce sera impos­sibles. De plus, nous devons nous donner du temps pour accom­plir ce virage car le réseau sco­laire ne peut former tant d’infirmières en si peu de temps. Bref, le gou­ver­ne­ment Charest main­tient le statut quo car ça favo­rise l’exode des infir­mières vers le privé ».

« La FIQ pro­pose des mesures qui feront que la tâche sera moins contrai­gnante et que les incon­vé­nients se ver­ront com­pen­sés. On sou­haite de meilleures condi­tions pour celles et ceux qui tra­vaillent les soirs et les fin de semaines. On pro­pose un horaire de 4 jours ; rien de mur à mur, on pour­rait s’entendre sur deux ou trois modèles d’horaire au natio­nal et les éta­blis­se­ments pour­raient choi­sir celui qui convient le mieux à la réa­lité locale.Actuellement, il y 40% des infir­mières et 60% des infir­mières auxil­liaires qui sont à temps par­tiel. On veut 90% des postes qui sont à 3 ou 4 jours/​semaine. Mais dans les éta­blis­se­ments, des contrats avec le privé ont été signés et ça vient en contra­dic­tion avec les effec­tifs du public. Malgré tout, nous sommes à 30 minute par jour par per­sonne d’une entente ».

Les propos de madame Laurent montre que l’opération ‘la santé au privé’ est depuis long­temps en branle, qu’elle est pla­ni­fiée en cati­mini et que les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs, péquistes comme libé­raux se sont payé la tête des salarié(e)s des ser­vices publics et de la popu­la­tion qui, son­dages après son­dages, conti­nue à appuyer majo­ri­tai­re­ment un sec­teur de la santé public et gra­tuit… et le combat des infir­mières qui est sans aucun doute le groupe de syndiqué(e)s qui pro­fite du plus d’appui.

Questionnée à propos des der­niers efforts des négo­cia­teurs gou­ver­ne­men­taux et des repré­sen­tants du gou­ver­ne­ment Charest sur les ten­ta­tives de divi­ser le Front commun des syn­di­cats du sec­teur public, madame Laurent a été claire : « Le Front commun est bien solide. Au natio­nal, c’est clair que les négo­cia­tion sur les salaires et les retraites se feront jusqu’à la sati­sa­fac­tion de tous. Le sec­to­riel est auto­nome sur les réa­li­tés par­ti­cu­lières et on a pas tous les même prio­ri­tés, qu’on soit dans l’éducation, la santé ou la fonc­tion publique. Mais la FIQ ne sera pas lais­sée à elle seule. De plus, nous sommes conscients que la défense des ser­vices publics est appuyée par la popu­la­tion. On embar­quera pas dans le jeu du gou­ver­ne­ment. Le dia­logue est constant entre les syn­di­cats du Front commun ».

Pour la suite des choses, madame Laurent n’a pas ouvert son jeu outre mesure mais a bien iden­ti­fié l’orientation géné­rale de la FIQ pour les pro­chains mois. « Le média­teur dépo­sera son rap­port à la mi-juillet. Nous n’avons pas d’attente quant à ce dépôt. Il serait sur­pre­nant que le rap­port nous donne raison. Nous allons plutôt pro­fi­ter de l’été pour réflé­chir sur les moyens de déve­lop­per la mobi­li­sa­tion. À une échelle locale, nous allons tester cer­taines de nos solu­tions dans quelques éta­blis­se­ments et faire la preuve du réa­lisme de ces nou­velles façons de pro­cé­der. Et nous devons trou­ver des façons de per­mettre à la popu­la­tion de mani­fes­ter l’appui qu’elle nous accorde ».

« Par ailleurs,je me rap­pelle avoir vu à la mani­fes­ta­tion du 1er mai der­nier une pan­carte avec l’inscription ‘À quand la grève sociale ?’. Ça m’a amené à penser qu’avec toutes les mobi­li­sa­tions qui sont à l’agenda cet automne, il est clair que plu­sieurs acteurs sociaux veulent lutter. La Marche mon­diale des femmes est un évé­ne­ment incon­tour­nable et dans lequel nous sommes impli­quées. La lutte à la pau­vreté sera impor­tante. La pau­vreté est un déter­mi­nant de la santé alors ça nous touche direc­te­ment. Ça fait partie de notre réflexion pour notre plan d’action pour l’automne. La coa­li­tion contre la tari­fi­ca­tion et la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics sera aussi cen­trale dans nos préoccupations ».

Un automne chaud vous dîtes ?

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