La fameuse main invisible serait-elle sale?

La réalité du capitalisme réel, c’est autre chose: accumulation brutale, guerre de conquête, concentration effrénée suite aux crises cycliques et plus souvent qu’autrement corruption qui dans certains cas tend à se généraliser selon une trajectoire qui va souvent du sommet vers la base de la pyramide politique. La fameuse histoire du poisson qui commence toujours à pourrir par la tête comme dit le proverbe.

La réalité c’est aussi ces petites mains qui, invisibles, s’activent dans les coulisses du pouvoir pour fixer les prix et enrichir leurs propriétaires au moyen d’une importante ponction parasitaire prélevée à même les fonds publics. Une partie de cette ponction aux mains du corrompu sert aussi à corrompre. Et ainsi de suite, au fil du temps et suivant les accointances, des réseaux clientelaires (familiaux, politiques etc.) se développent le système selon une dynamique de plus en plus envahissante jusqu’au jour où un client insatisfait du partage ou la venue d’un nouveau joueur fait éclater le ¨scandale¨.

Dès lors, on s’active à trouver les explications. Celle qui a la faveur des élites ces temps-ci? C’est la faute à la population, qui désenchantée et cynique, déserte massivement les urnes, aliénant du même coup son pouvoir de contrôle et de surveillance sur les élus. On culpabilise les victimes. Façon commode de passer sous silence un certain nombres de problèmes dont la formidable concentration de la presse au Québec (incluant les hebdos locaux et régionaux) et ses liens avec le merveilleux monde des affaires.

Pour une véritable commission d’enquête

En attendant que la police ait trouvé quelques coupables à jeter en pâture à l’opinion, tels des boucs émissaires sacrificiels, le débat s’approfondit sur l’importance et l’urgence d’une commission d’enquête dotée d’un mandat suffisamment large et de ressources importantes permettant d’aller au fond des choses afin que tout ne soit à recommencer.

On pourrait comprendre, par exemple, que la culture politique du faire faire implique pour les grands centres urbains la négation voir le mépris des compétences déjà disponibles tels les cols blancs et les cols bleus souvent victimes d’un systématique dénigrement. Mais il faut multiplier les appels d’offre, question d’arroser les amis si on veut collecter pour toucher cette véritable rente des voleurs que représente la surfacturation des services. Cette enquête qui irait bien au-delà du secteur de la construction et des travaux publics mettrait en lumière les milles liens et attaches entre les élites économiques locales et les barons politiques dressant ainsi un véritable sociogramme entre le pouvoir économique et le pouvoir politique dit ¨de proximité¨.

Ce portrait révélerait non seulement les trous dans nos lois mais aussi l’impuissance actuelle des élus-es de bonne foi et ils sont nombreux et nombreuses.

Une telle enquête pourrait, in fine, permettre un débat en profondeur réhabilitant le service public et ses serviteurs, la participation citoyenne et le contrôle populaire sur les orientations stratégiques tel le budget participatif. Des mécanismes comme le rappel des élus-es en cours de mandat et la vérification comptable citoyenne pourrait y être étudiéd ainsi que l’interdiction de cumuler les mandats successifs.

La nature du scorpion

Compte tenu de l’ampleur du problème, la réaction de l’Union des Municipalités du Québec a quelques chose de pathétique. Comme celle du gouvernement, on exhorte les gens à voter le 1er novembre et on se réjouit du renforcement de l’enquête policière…tout en offrant aux élus des cours d’éthique! Exhortation et morale: on peut faire mieux pour contrer ceux qui tentent de faire main basse sur nos villes.

Comme nous le rappelle la fable, le scorpion ne peut s’empêcher de piquer la grenouille: c’est sa nature. Peut-on empêcher les capitalistes d’essayer de nous voler? Bien sûr. En les chassant du pouvoir politique. Et ça commence, le 1er novembre en soutenant les candidatures aux mains propres.Voter dans ce contexte représente un modeste mais nécessaire effort de salubrité publique.

François Cyr