Corruption municipale

La fameuse main invisible serait-elle sale ?

On connaît le schéma. Économie 101. Mue par leur égoïsme individuel, les acteurs économiques, en compétition parfaite sur le marché, s'affrontent dans le meilleur intérêt de l'acheteur de biens ou de services. De cette libre concurrence, naît l'innovation technologique et le juste prix. Cette merveilleuse mécanique fonctionne toute seule, orchestrée par cette main invisible. Voila pour la théorie qui en réalité n'a jamais réellement existée dans quelques phases que ce soit de l'histoire du capitalisme.
Par Mis en ligne le 26 octobre 2009

La réa­lité du capi­ta­lisme réel, c’est autre chose : accu­mu­la­tion bru­tale, guerre de conquête, concen­tra­tion effré­née suite aux crises cycli­ques et plus sou­vent qu’autrement cor­rup­tion qui dans cer­tains cas tend à se géné­ra­li­ser selon une tra­jec­toire qui va sou­vent du sommet vers la base de la pyra­mide poli­ti­que. La fameuse his­toire du pois­son qui com­mence tou­jours à pour­rir par la tête comme dit le pro­verbe.

La réa­lité c’est aussi ces peti­tes mains qui, invi­si­bles, s’activent dans les cou­lis­ses du pou­voir pour fixer les prix et enri­chir leurs pro­prié­tai­res au moyen d’une impor­tante ponc­tion para­si­taire pré­le­vée à même les fonds publics. Une partie de cette ponc­tion aux mains du cor­rompu sert aussi à cor­rom­pre. Et ainsi de suite, au fil du temps et sui­vant les accoin­tan­ces, des réseaux clien­te­lai­res (fami­liaux, poli­ti­ques etc.) se déve­lop­pent le sys­tème selon une dyna­mi­que de plus en plus enva­his­sante jusqu’au jour où un client insa­tis­fait du par­tage ou la venue d’un nou­veau joueur fait écla­ter le ¨scan­dale¨.

Dès lors, on s’active à trou­ver les expli­ca­tions. Celle qui a la faveur des élites ces temps-ci ? C’est la faute à la popu­la­tion, qui désen­chan­tée et cyni­que, déserte mas­si­ve­ment les urnes, alié­nant du même coup son pou­voir de contrôle et de sur­veillance sur les élus. On culpa­bi­lise les vic­ti­mes. Façon com­mode de passer sous silence un cer­tain nom­bres de pro­blè­mes dont la for­mi­da­ble concen­tra­tion de la presse au Québec (incluant les hebdos locaux et régio­naux) et ses liens avec le mer­veilleux monde des affai­res.

Pour une véri­ta­ble com­mis­sion d’enquête

En atten­dant que la police ait trouvé quel­ques cou­pa­bles à jeter en pâture à l’opinion, tels des boucs émis­sai­res sacri­fi­ciels, le débat s’approfondit sur l’importance et l’urgence d’une com­mis­sion d’enquête dotée d’un mandat suf­fi­sam­ment large et de res­sour­ces impor­tan­tes per­met­tant d’aller au fond des choses afin que tout ne soit à recom­men­cer.

On pour­rait com­pren­dre, par exem­ple, que la culture poli­ti­que du faire faire impli­que pour les grands cen­tres urbains la néga­tion voir le mépris des com­pé­ten­ces déjà dis­po­ni­bles tels les cols blancs et les cols bleus sou­vent vic­ti­mes d’un sys­té­ma­ti­que déni­gre­ment. Mais il faut mul­ti­plier les appels d’offre, ques­tion d’arroser les amis si on veut col­lec­ter pour tou­cher cette véri­ta­ble rente des voleurs que repré­sente la sur­fac­tu­ra­tion des ser­vi­ces. Cette enquête qui irait bien au-delà du sec­teur de la construc­tion et des tra­vaux publics met­trait en lumière les milles liens et atta­ches entre les élites éco­no­mi­ques loca­les et les barons poli­ti­ques dres­sant ainsi un véri­ta­ble socio­gramme entre le pou­voir éco­no­mi­que et le pou­voir poli­ti­que dit ¨de proxi­mité¨.

Ce por­trait révé­le­rait non seule­ment les trous dans nos lois mais aussi l’impuissance actuelle des élus-es de bonne foi et ils sont nom­breux et nom­breu­ses.

Une telle enquête pour­rait, in fine, per­met­tre un débat en pro­fon­deur réha­bi­li­tant le ser­vice public et ses ser­vi­teurs, la par­ti­ci­pa­tion citoyenne et le contrôle popu­laire sur les orien­ta­tions stra­té­gi­ques tel le budget par­ti­ci­pa­tif. Des méca­nis­mes comme le rappel des élus-es en cours de mandat et la véri­fi­ca­tion comp­ta­ble citoyenne pour­rait y être étu­diéd ainsi que l’interdiction de cumu­ler les man­dats suc­ces­sifs.

La nature du scor­pion

Compte tenu de l’ampleur du pro­blème, la réac­tion de l’Union des Municipalités du Québec a quel­ques chose de pathé­ti­que. Comme celle du gou­ver­ne­ment, on exhorte les gens à voter le 1er novem­bre et on se réjouit du ren­for­ce­ment de l’enquête policière…tout en offrant aux élus des cours d’éthique ! Exhortation et morale : on peut faire mieux pour contrer ceux qui ten­tent de faire main basse sur nos villes.

Comme nous le rap­pelle la fable, le scor­pion ne peut s’empêcher de piquer la gre­nouille : c’est sa nature. Peut-on empê­cher les capi­ta­lis­tes d’essayer de nous voler ? Bien sûr. En les chas­sant du pou­voir poli­ti­que. Et ça com­mence, le 1er novem­bre en sou­te­nant les can­di­da­tu­res aux mains propres.Voter dans ce contexte repré­sente un modeste mais néces­saire effort de salu­brité publi­que.

François Cyr

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