La dynamique de la souveraineté, comme projet émancipateur pour la classe populaire québécoise et canadienne

À l’invitation du groupe Ideas left outside, j’ai participé à un camp de formation qui avait lieu à Elbow Lake près de Kingston du 2 au 4 août derniers, en compagnie de Molly Alexander et de Nora Loreto. Notre intervention a porté sur la situation politique au Québec, le rôle de Québec solidaire ainsi que les perspectives de collaboration entre les militantEs du Québec et ceux et celles du reste du Canada. Voici un aperçu des idées que j’y ai présentées.

Les prochaines élections fédérales placent la population et les progressistes au Canada et au Québec devant un défi gigantesque en matière de perspectives électorales et militantes. Cela nous amène à nous questionner sur l’État de la situation de la gauche et sur les conditions qui peuvent permettre la construction d’une alternative politique au fédéral.

Les perspectives de mobilisation ont historiquement été différentes au Québec par rapport au reste du Canada. Au Québec, cette lutte pour la justice sociale est intimement liée à la lutte contre la domination du capital financier canadien et également de plus en plus américain de même qu’à la domination linguistique et culturelle. Le sentiment nationaliste a donc pris au Québec la forme d’une certaine résistance au grand capital financier majoritairement anglophone.

Malgré la domination idéologique du courant péquiste sur le mouvement ouvrier, les offensives antisociales du PQ ont miné considérablement son projet et ont permis au fil des ans de créer les conditions nécessaires rassemblement des forces de gauche et à la création d’un parti politique qu’est Québec solidaire.

En termes économiques, le projet péquiste est d’ailleurs régulièrement entré en conflit avec les luttes syndicales et populaires pour des raisons évidentes. Les compagnies, fussent-elles québécoises, ne défendent pas les mêmes intérêts que les travailleurs et travailleuses, les sans-emplois, les étudiants et les étudiantes.

C’est dans cette mesure qu’il faut comprendre la défaite historique du Bloc Québécois lors de l’élection fédérale de 2011 et la victoire du NPD qui a fait élire 58 députés avec 43 % des voix. L’axe nationaliste s’est transformé en axe gauche — droite. L’offensive de Harper prédominait sur toute autre considération. Par ailleurs, les politiques de plus en plus ouvertement néolibérales du PQ, parti auquel s’est associé le Bloc Québécois de Duceppe, ont participé à ce changement de mouvement.

La récente défaite du Parti Québécois, après 18 mois de pouvoir et une campagne xénophobe et raciste, a bouclé la boucle et sonné la fin de vie utile d’une stratégie souverainiste basée sur le repli identitaire. L’entrée de Péladeau dans l’équipe du PQ a également fait ressortir la nature néolibérale du projet péquiste. La perspective d’un projet souverainiste de justice sociale est maintenant une idée qui peut s’imposer.

À court terme, la construction d’une alternative politique pour les élections fédérales relève du tour de force. Mais nous devons tirer des leçons de la situation politique actuelle afin de dresser des perspectives pour le mouvement ouvrier canadien et québécois.

L’élection du 7 avril dernier a marqué l’approfondissement de la crise du courant politique nationaliste péquiste. L’élection de Mario Beaulieu à la tête du BQ représente une tentative de pousser la stratégie identitaire afin de pallier à l’échec du Parti québécois sur cette question. La politique prônée par Duceppe visant à occuper le terrain fédéral afin de défendre les intérêts du Québec est déjà arrivée à une fin de vie utile qui explique en bonne partie son effondrement de 2011.

La construction d’une alternative politique ouvrière à l’échelle pancanadienne demeure une priorité incontournable.

Il faut d’abord apporter une réponse à la question électorale fédérale. Plusieurs questions se poseront alors; quelle attitude devrons-nous adopter face au NPD et surtout par rapport à ses militants progressistes? Au Québec, le parti libéral tentera une remontée qui n’est pas exclue, pendant que le courant nationaliste qui inclut une partie de la gauche francophone sera attiré par le BQ. Il sera difficile de tourner le dos à des militants comme Alexandre Boulerice et ne pas appuyer le NPD qui bénéficiera de l’appui de la FTQ pour la première fois depuis les années 70. Même si le NPD particulièrement sous Mulcair défend une position fédéraliste, le phénomène de l’alternative politique au gouvernement Harper demeurera encore important, certainement plus que le repli identitaire brandi par Mario Beaulieu.

Dans le reste du Canada, le NPD n’a pas le même poids et a été fortement critiqué lorsqu’il a été au pouvoir dans les gouvernements provinciaux. Le gouvernement de Bob Rae avait laissé une amertume profonde parmi ses partisans et fait reculer ses appuis dans la population. Les récentes élections ontariennes où le NPD a complètement raté la cible n’amélioreront pas la situation.La politique énergétique du NPD et l’appui de Mulcair à l’acheminement du pétrole des sables bitumineux vers l’Est heurtent aussi de front tous ceux et celles qui se préoccupent de notre avenir. La vision politique et économique du NPD en fait, se rapproche de plus en plus de celle des libéraux.

Même si l’échéancier électoral nous interpelle à court terme, il n’en demeure pas moins que la construction d’une alternative de gauche doit se poser maintenant. Cette éventualité ne pourra se construire et prendre force tant au Canada qu’au Québec sans une politique de pleine compréhension de la question nationale, de son impact et de son potentiel mobilisateur de changement social dans l’État canadien, ce qui est contraire à l’essence même du NPD.

La reconnaissance du droit à l’autodétermination du Québec

La reconnaissance et la défense du droit du Québec à l’autodétermination sera fondamentale. Plus encore, le vaste mouvement social qui pourra seul livrer la lutte pour la souveraineté du Québec sera aussi porteur d’un changement de rapport de force et d’un changement social qui remettra en question les fondements de l’État canadien. La population du Québec ne se mobilisera pas pour un changement aussi important si elle ne sent pas qu’elle prend en mains sa propre destinée à son propre bénéfice.

L’« establishment » canadien n’acceptera jamais quelques formes que ce soit de séparation du Québec sans réagir de toutes ses forces. L’euphorie des drapeaux canadiens venus au Québec lors du référendum de 1995 et les sommes faramineuses investies par le gouvernement libéral dans cette opération illégale qui visait à influencer le vote des Québécois et Québécoises ne représentent qu’une faible illustration de cette situation. En portant cette lutte, le mouvement ouvrier portera également ses propres aspirations à la création de cette nouvelle société plus juste et égalitaire.

12 août 2014