La dynamique de la souveraineté, comme projet émancipateur pour la classe populaire québécoise et canadienne

Par Mis en ligne le 26 août 2014

À l’invitation du groupe Ideas left out­side, j’ai par­ti­cipé à un camp de for­ma­tion qui avait lieu à Elbow Lake près de Kingston du 2 au 4 août der­niers, en com­pa­gnie de Molly Alexander et de Nora Loreto. Notre inter­ven­tion a porté sur la situa­tion poli­tique au Québec, le rôle de Québec soli­daire ainsi que les pers­pec­tives de col­la­bo­ra­tion entre les mili­tantEs du Québec et ceux et celles du reste du Canada. Voici un aperçu des idées que j’y ai pré­sen­tées.

Les pro­chaines élec­tions fédé­rales placent la popu­la­tion et les pro­gres­sistes au Canada et au Québec devant un défi gigan­tesque en matière de pers­pec­tives élec­to­rales et mili­tantes. Cela nous amène à nous ques­tion­ner sur l’État de la situa­tion de la gauche et sur les condi­tions qui peuvent per­mettre la construc­tion d’une alter­na­tive poli­tique au fédé­ral.

Les pers­pec­tives de mobi­li­sa­tion ont his­to­ri­que­ment été dif­fé­rentes au Québec par rap­port au reste du Canada. Au Québec, cette lutte pour la jus­tice sociale est inti­me­ment liée à la lutte contre la domi­na­tion du capi­tal finan­cier cana­dien et éga­le­ment de plus en plus amé­ri­cain de même qu’à la domi­na­tion lin­guis­tique et cultu­relle. Le sen­ti­ment natio­na­liste a donc pris au Québec la forme d’une cer­taine résis­tance au grand capi­tal finan­cier majo­ri­tai­re­ment anglo­phone.

Malgré la domi­na­tion idéo­lo­gique du cou­rant péquiste sur le mou­ve­ment ouvrier, les offen­sives anti­so­ciales du PQ ont miné consi­dé­ra­ble­ment son projet et ont permis au fil des ans de créer les condi­tions néces­saires ras­sem­ble­ment des forces de gauche et à la créa­tion d’un parti poli­tique qu’est Québec soli­daire.

En termes éco­no­miques, le projet péquiste est d’ailleurs régu­liè­re­ment entré en conflit avec les luttes syn­di­cales et popu­laires pour des rai­sons évi­dentes. Les com­pa­gnies, fussent-elles qué­bé­coises, ne défendent pas les mêmes inté­rêts que les tra­vailleurs et tra­vailleuses, les sans-emplois, les étu­diants et les étu­diantes.

C’est dans cette mesure qu’il faut com­prendre la défaite his­to­rique du Bloc Québécois lors de l’élection fédé­rale de 2011 et la vic­toire du NPD qui a fait élire 58 dépu­tés avec 43 % des voix. L’axe natio­na­liste s’est trans­formé en axe gauche — droite. L’offensive de Harper pré­do­mi­nait sur toute autre consi­dé­ra­tion. Par ailleurs, les poli­tiques de plus en plus ouver­te­ment néo­li­bé­rales du PQ, parti auquel s’est asso­cié le Bloc Québécois de Duceppe, ont par­ti­cipé à ce chan­ge­ment de mou­ve­ment.

La récente défaite du Parti Québécois, après 18 mois de pou­voir et une cam­pagne xéno­phobe et raciste, a bouclé la boucle et sonné la fin de vie utile d’une stra­té­gie sou­ve­rai­niste basée sur le repli iden­ti­taire. L’entrée de Péladeau dans l’équipe du PQ a éga­le­ment fait res­sor­tir la nature néo­li­bé­rale du projet péquiste. La pers­pec­tive d’un projet sou­ve­rai­niste de jus­tice sociale est main­te­nant une idée qui peut s’imposer.

À court terme, la construc­tion d’une alter­na­tive poli­tique pour les élec­tions fédé­rales relève du tour de force. Mais nous devons tirer des leçons de la situa­tion poli­tique actuelle afin de dres­ser des pers­pec­tives pour le mou­ve­ment ouvrier cana­dien et qué­bé­cois.

L’élection du 7 avril der­nier a marqué l’approfondissement de la crise du cou­rant poli­tique natio­na­liste péquiste. L’élection de Mario Beaulieu à la tête du BQ repré­sente une ten­ta­tive de pous­ser la stra­té­gie iden­ti­taire afin de pal­lier à l’échec du Parti qué­bé­cois sur cette ques­tion. La poli­tique prônée par Duceppe visant à occu­per le ter­rain fédé­ral afin de défendre les inté­rêts du Québec est déjà arri­vée à une fin de vie utile qui explique en bonne partie son effon­dre­ment de 2011.

La construc­tion d’une alter­na­tive poli­tique ouvrière à l’échelle pan­ca­na­dienne demeure une prio­rité incon­tour­nable.

Il faut d’abord appor­ter une réponse à la ques­tion élec­to­rale fédé­rale. Plusieurs ques­tions se pose­ront alors ; quelle atti­tude devrons-nous adop­ter face au NPD et sur­tout par rap­port à ses mili­tants pro­gres­sistes ? Au Québec, le parti libé­ral ten­tera une remon­tée qui n’est pas exclue, pen­dant que le cou­rant natio­na­liste qui inclut une partie de la gauche fran­co­phone sera attiré par le BQ. Il sera dif­fi­cile de tour­ner le dos à des mili­tants comme Alexandre Boulerice et ne pas appuyer le NPD qui béné­fi­ciera de l’appui de la FTQ pour la pre­mière fois depuis les années 70. Même si le NPD par­ti­cu­liè­re­ment sous Mulcair défend une posi­tion fédé­ra­liste, le phé­no­mène de l’alternative poli­tique au gou­ver­ne­ment Harper demeu­rera encore impor­tant, cer­tai­ne­ment plus que le repli iden­ti­taire brandi par Mario Beaulieu.

Dans le reste du Canada, le NPD n’a pas le même poids et a été for­te­ment cri­ti­qué lorsqu’il a été au pou­voir dans les gou­ver­ne­ments pro­vin­ciaux. Le gou­ver­ne­ment de Bob Rae avait laissé une amer­tume pro­fonde parmi ses par­ti­sans et fait recu­ler ses appuis dans la popu­la­tion. Les récentes élec­tions onta­riennes où le NPD a com­plè­te­ment raté la cible n’amélioreront pas la situa​tion​.La poli­tique éner­gé­tique du NPD et l’appui de Mulcair à l’acheminement du pétrole des sables bitu­mi­neux vers l’Est heurtent aussi de front tous ceux et celles qui se pré­oc­cupent de notre avenir. La vision poli­tique et éco­no­mique du NPD en fait, se rap­proche de plus en plus de celle des libé­raux.

Même si l’échéancier élec­to­ral nous inter­pelle à court terme, il n’en demeure pas moins que la construc­tion d’une alter­na­tive de gauche doit se poser main­te­nant. Cette éven­tua­lité ne pourra se construire et prendre force tant au Canada qu’au Québec sans une poli­tique de pleine com­pré­hen­sion de la ques­tion natio­nale, de son impact et de son poten­tiel mobi­li­sa­teur de chan­ge­ment social dans l’État cana­dien, ce qui est contraire à l’essence même du NPD.

La recon­nais­sance du droit à l’autodétermination du Québec

La recon­nais­sance et la défense du droit du Québec à l’autodétermination sera fon­da­men­tale. Plus encore, le vaste mou­ve­ment social qui pourra seul livrer la lutte pour la sou­ve­rai­neté du Québec sera aussi por­teur d’un chan­ge­ment de rap­port de force et d’un chan­ge­ment social qui remet­tra en ques­tion les fon­de­ments de l’État cana­dien. La popu­la­tion du Québec ne se mobi­li­sera pas pour un chan­ge­ment aussi impor­tant si elle ne sent pas qu’elle prend en mains sa propre des­ti­née à son propre béné­fice.

L’« esta­blish­ment » cana­dien n’acceptera jamais quelques formes que ce soit de sépa­ra­tion du Québec sans réagir de toutes ses forces. L’euphorie des dra­peaux cana­diens venus au Québec lors du réfé­ren­dum de 1995 et les sommes fara­mi­neuses inves­ties par le gou­ver­ne­ment libé­ral dans cette opé­ra­tion illé­gale qui visait à influen­cer le vote des Québécois et Québécoises ne repré­sentent qu’une faible illus­tra­tion de cette situa­tion. En por­tant cette lutte, le mou­ve­ment ouvrier por­tera éga­le­ment ses propres aspi­ra­tions à la créa­tion de cette nou­velle société plus juste et éga­li­taire.

12 août 2014

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