La destruction de la Grèce : un modèle pour l’Europe

Par Mis en ligne le 09 février 2015

Mémoire des luttes repro­duit ici la pré­face d’Alexis Tsipras à l’ouvrage Sauvons nous de nos sau­veurs de Srećko Horvat et Slavoj Žižek, paru en 2013. Lors de cette sortie, notre site avait réa­lisé un grand entre­tien (« Européanisation des Balkans ou Balkanisation de l’Europe ? ») avec l’un des coau­teurs, Srećko Horvat. Dans son texte inti­tulé « La des­truc­tion de la Grèce : un modèle pour l’Europe », Alexis Tispras décrit de quelle manière la Grèce est deve­nue le labo­ra­toire du néo­li­bé­ra­lisme aus­té­ri­taire en Europe et expose la stra­té­gie et le pro­gramme de Syrisa pour empê­cher la des­truc­tion – nommée « plan de sau­ve­tage » dans la nov­langue orwel­lienne de la « troïka » – de la Grèce. Le désor­mais pre­mier ministre grec rap­pelle que pour les mar­chés finan­ciers et l’Union euro­péenne, « la Grèce n’est ainsi qu’une pre­mière étape ». Pour lui, « deux stra­té­gies oppo­sées de sortie de crise pro­posent deux approches dif­fé­rentes à l’économie mon­diale : la stra­té­gie de l’expansion finan­cière, par l’augmentation de la masse moné­taire, la natio­na­li­sa­tion des banques et la hausse des impôts des riches ; et celle de l’austérité, du trans­fert du far­deau de la dette ban­caire aux États – puis sur les épaules des couches moyennes et popu­laires, sur­taxées pour per­mettre aux plus riches de frau­der le fisc. Les diri­geants euro­péens ont choisi la seconde stra­té­gie ; mais ils sont déjà confron­tés aux impasses aux­quelles elle conduit, et au conflit his­to­rique qu’elle pro­voque en Europe. Cet affron­te­ment prend une appa­rence géo­gra­phique – Nord contre Sud –, mais c’est au fond un affron­te­ment de classe, qui ren­voie aux deux stra­té­gies oppo­sées décrites ci-dessus. La seconde stra­té­gie, en effet, pro­meut la domi­na­tion abso­lue et incon­di­tion­nelle, du capi­tal, sans se sou­cier de la cohé­sion sociale ni du bien-être de tous ; la pre­mière défend l’Europe de la démo­cra­tie et des besoins sociaux ». Et d’annoncer, pré­mo­ni­toire : « L’affrontement a déjà com­mencé ».

Préface dʼAlexis Tsipras

Dès le milieu des années 1990, et pen­dant presque toutes les années 2000, la Grèce était en plein essor. Cette crois­sance éco­no­mique avait comme prin­ci­pales carac­té­ris­tiques, pour les riches, un enri­chis­se­ment gigan­tesque et non impo­sable ; et, pour les pauvres, le sur­en­det­te­ment et un chô­mage tou­jours crois­sant. L’argent public a été pillé de diverses manières, et le sys­tème éco­no­mique s’est contenté, pour l’essentiel, de favo­ri­ser la consom­ma­tion de biens impor­tés depuis les pays euro­péens riches. Le modèle « argent bon marché, main-d’œuvre bon marché » a été pré­senté par les agences de nota­tion comme l’exemple à suivre pour toute éco­no­mie émer­gente un tant soit peu dyna­mique.

Mais la crise de 2008 a tout bou­le­versé. Les banques, suite à leurs paris spé­cu­la­tifs, se sont retrou­vées dan­ge­reu­se­ment endet­tées, et n’ont dû leur salut qu’à l’argent public ; mais c’est sur leurs socié­tés que les États ont alors fait peser le poids du sau­ve­tage de ces banques. Le modèle biaisé de déve­lop­pe­ment de la Grèce s’est effon­dré, et le pays, ne pou­vant plus emprun­ter sur les mar­chés, s’est retrouvé dépen­dant des prêts du FMI et de la Banque cen­trale euro­péenne, qui se sont accom­pa­gnés de mesures dra­co­niennes.

Ce pro­gramme, que les gou­ver­ne­ments grecs ont adopté sans bron­cher, com­prend deux volets : celui de la « sta­bi­li­sa­tion », et celui des « réformes ». Des termes dont la conno­ta­tion posi­tive est des­ti­née à mas­quer la catas­trophe sociale qu’ils pro­voquent. Ainsi, le volet « sta­bi­li­sa­tion » pré­voit une fis­ca­lité indi­recte dévas­ta­trice ; des coupes dans les dépenses publiques d’une ampleur inéga­lée ; le déman­tè­le­ment de l’État-providence, notam­ment dans le domaine de la santé, de l’éducation et de la sécu­rité sociale ; ainsi que de nom­breuses pri­va­ti­sa­tions, jusqu’à celles des biens publics fon­da­men­taux, comme l’eau ou l’énergie. Le volet « réformes » signi­fie libé­ra­li­sa­tion des licen­cie­ments, sup­pres­sion des conven­tions col­lec­tives, créa­tion de « zones éco­no­miques spé­ciales », et, de manière géné­rale, mise en place de régle­men­ta­tions cen­sées per­mettre à de puis­sants inté­rêts éco­no­miques d’investir en Grèce de façon pro­pre­ment colo­niale, dignes du Sud Soudan. Tout cela n’est qu’une infime partie de ce que pré­voit le « mémo­ran­dum » grec, à savoir l’accord signé par la Grèce avec le FMI, l’Union euro­péenne et la Banque cen­trale euro­péenne.

Ces mesures étaient cen­sées ouvrir la voie à une sortie de crise. Le pro­gramme rigou­reux de « sta­bi­li­sa­tion » devait conduire à des excé­dents bud­gé­taires – per­met­tant à la Grèce de se passer de l’emprunt, mais aussi de rem­bour­ser sa dette publique ; et les « réformes » devaient per­mettre de rega­gner la confiance des mar­chés – qui, voyant l’État-providence déman­telé et le marché du tra­vail rempli de tra­vailleurs à bas coûts, déses­pé­rés et sans pro­tec­tion, se pré­ci­pi­te­raient pour inves­tir leurs capi­taux en Grèce. Ainsi devait adve­nir une nou­velle « crois­sance » – celle qui n’existe nulle part, si ce n’est dans les Livres saints nés des cer­veaux les plus per­vers du néo­li­bé­ra­lisme mon­dial.

Ce pro­gramme était censé s’appliquer de manière immé­diate, pour per­mettre à la Grèce de retrou­ver très vite le chemin de la crois­sance ; mais, trois ans après la signa­ture du mémo­ran­dum, la situa­tion va de mal en pis. L’économie s’enfonce dans la crise, et, bien évi­dem­ment, les impôts ne sont pas payés – tout sim­ple­ment parce que les gens n’ont pas de quoi les payer. Les réduc­tions dans les dépenses atteignent désor­mais le cœur même de la cohé­sion sociale, créant les condi­tions d’une véri­table crise huma­ni­taire. Soyons plus précis : il est ques­tion ici de gens man­geant dans les pou­belles et dor­mant sur les trot­toirs, de retrai­tés ne pou­vant même ache­ter leur pain, de ménages privés d’électricité, de malades n’ayant accès ni aux médi­ca­ments ni aux soins ; et tout cela, au sein même de la zone euro.

Les inves­tis­seurs, évi­dem­ment, ne sont pas venus, puisqu’un « défaut désor­donné » du pays reste pos­sible. Et les concep­teurs de ce mémo­ran­dum, à chaque échec tra­gique, reviennent impo­ser tou­jours davan­tage d’impôts et de réduc­tions dans les dépenses. L’économie grecque est entrée dans le cercle vicieux de la réces­sion incon­trô­lée, celle qui ne mène nulle part, si ce n’est à la des­truc­tion totale.

Le plan de « sau­ve­tage » grec (encore un terme plai­sant pour décrire la des­truc­tion en cours) ignore un prin­cipe de base : l’économie est comme une vache. Elle mange de l’herbe et pro­duit du lait. Il est impos­sible de réduire sa por­tion d’herbe des trois quarts tout en exi­geant qu’elle pro­duise quatre fois plus de lait. La vache en mour­rait, tout sim­ple­ment. Et c’est exac­te­ment ce qui arrive aujourd’hui à l’économie grecque.

La gauche [1] en Grèce a com­pris dès le début que l’austérité aggra­ve­rait la crise au lieu d’y remé­dier. Lorsque quelqu’un se noie, on ne lui met pas des poids aux pieds. Quant aux tali­bans du néo­li­bé­ra­lisme, ils per­sistent à dire, aujourd’hui encore, que tout va bien se passer. Ils mentent, et ils le savent – à l’exception des plus stu­pides d’entre eux, natu­rel­le­ment. Mais il ne s’agit pas de stu­pi­dité ou de dog­ma­tisme. Des cadres haut placés du FMI lui-même ont parlé d’« erreur » dans la concep­tion du pro­gramme de rigueur grec : il ne peut mener nulle part, puisque la réces­sion qu’il génère est tout sim­ple­ment incon­trô­lable. Et cepen­dant, on pour­suit l’application du pro­gramme, avec un entê­te­ment inouï, et celui-ci se durcit tou­jours davan­tage. C’est donc d’autre chose qu’il s’agit.

La réa­lité est que la sortie de crise de l’économie grecque n’est pas ce qui inté­resse l’Europe – ni, d’ailleurs, le FMI. Leur prin­ci­pal objec­tif est de faire du pro­gramme imposé à la Grèce le modèle à suivre pour toutes les éco­no­mies euro­péennes en situa­tion de crise. Ce pro­gramme met défi­ni­ti­ve­ment fin à ce qui, dans l’Europe de l’Après-Guerre, est connu sous le nom de « contrat social ». Peu importe si la Grèce finit par faire défaut et s’enfonce dans la misère. Ce qui compte, c’est que, dans un pays de la zone euro, on dis­cute désor­mais ouver­te­ment de salaires à la chi­noise, de sup­pres­sion du droit du tra­vail, de des­truc­tion de la sécu­rité sociale et de l’État — pro­vi­dence, et de pri­va­ti­sa­tion inté­grale des biens publics. Sous pré­texte de com­battre la crise, le rêve des cer­veaux néo­li­bé­raux les plus per­vers – lequel, après les années 1990, s’est heurté à la résis­tance très vive des socié­tés euro­péennes – devient enfin réa­lité.

La Grèce n’est ainsi qu’une pre­mière étape. Déjà la crise de la dette s’est éten­due à d’autres pays du Sud euro­péen et pénètre tou­jours plus avant au cœur même de l’Union euro­péenne. Voilà donc ce que signi­fie le magni­fique exemple grec : la seule chose dont sont capables ceux qui font face aux attaques spé­cu­la­tives des mar­chés, c’est de détruire de fond en comble tout ves­tige de l’État — pro­vi­dence, comme c’est aujourd’hui le cas en Grèce. En Espagne et au Portugal, les mémo­ran­dums pro­meuvent déjà des chan­ge­ments de ce type. Mais c’est dans le « Traité euro­péen de sta­bi­lité », que l’Allemagne sou­haite voir appli­quer à l’ensemble de l’Union euro­péenne, que cette stra­té­gie est la plus visible : les pays membres ne sont plus libres de choi­sir leur poli­tique éco­no­mique ; les prin­ci­pales ins­ti­tu­tions de l’Union ont désor­mais le droit d’intervenir dans les choix bud­gé­taires et d’imposer des mesures fis­cales dras­tiques, afin de réduire les défi­cits publics. Tant pis pour les écoles, les crèches, les uni­ver­si­tés, les hôpi­taux publics, les pro­grammes sociaux. Et si les peuples se servent de la Démocratie comme bou­clier face à l’austérité, comme récem­ment en Italie, tant pis pour la Démocratie elle-même.

Soyons clairs. Ce modèle euro­péen géné­ra­lisé n’est pas le sau­ve­tage de la Grèce, mais bien sa des­truc­tion. L’avenir euro­péen, fait de ban­quiers heu­reux et de socié­tés mal­heu­reuses, est déjà pla­ni­fié. Dans ce modèle de déve­lop­pe­ment, le capi­tal consti­tue le cava­lier, et les socié­tés le cheval. C’est là un projet ambi­tieux – mais qui n’ira pas bien loin, parce qu’aucun projet ne peut s’accomplir sans le consen­te­ment de la société ni des garan­ties offertes aux plus faibles. Cela, l’élite diri­geante euro­péenne actuelle semble l’avoir oublié. Elle y sera pour­tant confron­tée beau­coup plus rapi­de­ment qu’elle ne le croit.

La fin du « capi­ta­lisme néo­li­bé­ral réel » – c’est-à-dire du capi­ta­lisme le plus agres­sif qu’ait jamais connu l’humanité, et qui triomphe depuis deux décen­nies – a déjà com­mencé. Depuis le nau­frage de Lehman Brothers, deux stra­té­gies oppo­sées de sortie de crise pro­posent deux approches dif­fé­rentes à l’économie mon­diale : la stra­té­gie de l’expansion finan­cière, par l’augmentation de la masse moné­taire, la natio­na­li­sa­tion des banques et la hausse des impôts des riches ; et celle de l’austérité, du trans­fert du far­deau de la dette ban­caire aux États – puis sur les épaules des couches moyennes et popu­laires, sur­taxées pour per­mettre aux plus riches de frau­der le fisc. Les diri­geants euro­péens ont choisi la seconde stra­té­gie ; mais ils sont déjà confron­tés aux impasses aux­quelles elle conduit, et au conflit his­to­rique qu’elle pro­voque en Europe. Cet affron­te­ment prend une appa­rence géo­gra­phique – Nord contre Sud –, mais c’est au fond un affron­te­ment de classe, qui ren­voie aux deux stra­té­gies oppo­sées décrites ci-dessus. La seconde stra­té­gie, en effet, pro­meut la domi­na­tion abso­lue et incon­di­tion­nelle, du capi­tal, sans se sou­cier de la cohé­sion sociale ni du bien-être de tous ; la pre­mière défend l’Europe de la démo­cra­tie et des besoins sociaux. L’affrontement a déjà com­mencé.

Face à la crise, il existe donc bien un autre choix : que les socié­tés euro­péennes se pro­tègent contre la spé­cu­la­tion du capi­tal bour­sier ; que l’économie réelle s’émancipe de l’impératif du profit ; que le moné­ta­risme et la poli­tique fis­cale auto­ri­taire prennent fin ; que l’on repense la crois­sance, avec pour pre­mier cri­tère l’intérêt de la société ; qu’un nou­veau modèle pro­duc­tif soit inventé, fondé sur un tra­vail décent, l’élargissement des biens publics, et la pro­tec­tion de l’environnement. Cette optique, de toute évi­dence, ne figure pas dans l’agenda de dis­cus­sions des diri­geants euro­péens. Il revient aux peuples, aux tra­vailleurs euro­péens, aux mou­ve­ments des « indi­gnés », de mar­quer de leur sceau le cours de l’histoire, et d’éviter le pillage et le fiasco à grande échelle.

L’expérience des années pas­sées conduit à la conclu­sion sui­vante : il y a une éthique de la poli­tique, et une éthique de l’économie. Après 1989, l’éthique de l’économie s’est mise à domi­ner l’éthique de la poli­tique et de la démo­cra­tie. Tout ce qui était dans l’intérêt de deux, cinq, dix groupes éco­no­miques puis­sants a été consi­déré comme légi­time, même si cela se révé­lait contraire aux droits humains les plus fon­da­men­taux. Aujourd’hui, notre devoir est de réta­blir l’hégémonie des prin­cipes éthiques poli­tiques et sociaux, contre la logique du profit.

Comment y par­vien­drons-nous ? Grâce à la dyna­mique des luttes sociales. Avant tout, en détrui­sant une bonne fois pour toutes, le carcan de la pas­si­vité sociale sur lequel s’est fondée la construc­tion euro­péenne, après 1989. L’intervention active des masses dans les affaires poli­tiques est pré­ci­sé­ment ce que redoutent les élites domi­nantes, en Europe comme dans le reste du monde. Faisons en sorte que leurs peurs deviennent réa­lité.

L’orientation choi­sie par les milieux éco­no­miques domi­nants est évi­dente ; éla­bo­rons donc notre propre orien­ta­tion poli­tique et sociale. Et défen­dons-la par tous les moyens, aussi bien à l’échelle de l’Union euro­péenne qu’à l’échelle locale. Depuis les lieux de tra­vail, les uni­ver­si­tés, les quar­tiers, jusqu’à l’action com­mune et coor­don­née dans tous les pays euro­péens. C’est une lutte de résis­tance, qui ne sera vic­to­rieuse que si elle abou­tit à un pro­gramme alter­na­tif pour l’Europe. Aujourd’hui, ce ne sont pas les pays défi­ci­taires qui s’opposent aux pays excé­den­taires ni les peuples dis­ci­pli­nés aux peuples iras­cibles. L’opposition se trouve entre l’intérêt des socié­tés euro­péennes et l’exigence du capi­tal de réa­li­ser constam­ment des pro­fits.

Nous devons défendre l’intérêt social euro­péen. L’avenir, sinon, pour nous et nos enfants, se révé­lera sinistre, incer­tain, et dépas­sera toutes nos craintes des décen­nies pré­cé­dentes. Le modèle de déve­lop­pe­ment construit sur le « libre marché » a fait faillite. Désormais, les puis­sances domi­nantes s’attaquent à la société, à ses acquis comme à sa cohé­sion. C’est ce qui se passe en ce moment même en Grèce ; et c’est l’orientation voulue pour le reste de l’Europe. Défendons-nous donc par tous les moyens néces­saires. Et trans­for­mons les résis­tances sociales, qui ne cessent d’émerger et de croître, en une affaire de soli­da­rité et de stra­té­gie col­lec­tive, pour tous les peuples d’Europe.

L’avenir n’appartient pas au néo­li­bé­ra­lisme, ni aux ban­quiers, ni à quelques dizaines de puis­santes mul­ti­na­tio­nales. L’avenir appar­tient aux peuples et aux socié­tés. Il est temps d’ouvrir la voie à une Europe démo­cra­tique, sociale et libre. Car il s’agit là de la seule solu­tion durable, réa­liste, et réa­li­sable, pour que nous puis­sions sortir de la crise actuelle.

Grèce, mars 2013

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(Texte tra­duit du grec par Christakis Georgiou)

[1] La « gauche », en grec, ren­voie aux forces poli­tiques se situant à la gauche de la social — démo­cra­tie. (NdT) entre­tien avec Srećko Horvat, coau­teur de Sauvons nous de nos sau­veurs.

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