La désobéissance au Québec

Des jalons de résistance civile et d’action citoyenne radicale pacifique

Par Mis en ligne le 25 juillet 2012

Plusieurs ques­tions rela­tives aux lois, à l’obéissance citoyenne et la déso­béis­sance civile ont été sou­le­vées au cours des récentes semaines de remous sociaux. Les auto­ri­tés ont affir­mée que la loi est au dessus de tout, et que le citoyen doit obéir, autre­ment, nous sommes face à l’anarchie. Immédiatement, une ques­tion a émergé, qu’en est-il de l’action radi­cale, ou de déso­béis­sance au Québec ? L’action des étu­diants sort-elle des normes de l’action poli­tique enga­gée, ou se situe-t-elle dans une tra­di­tion de lutte ?

Lors de cor­res­pon­dances, Amir Khadir a rap­pelé à ma mémoire une bro­chure publiée à Montréal en 1975, « Civil diso­be­dience, Theory and Practice », dédiée au célèbre objec­teur de conscience, le Docteur Henri Morgentaler. Cette bro­chure fait une courte recen­sion de l’histoire de la déso­béis­sance civile au Canada, un point de départ inté­res­sant en ce qui concerne l’action radi­cale paci­fique.

Ce qui est frap­pant sou­ligne Amir Khadir dans une com­mu­ni­ca­tion, c’est que la déso­béis­sance civile a de très longues racines au Québec, allant de la résis­tance des Canadiens-fran­çais à la conscrip­tion dès les pre­mières cam­pagnes cam­pagne de l’armée colo­niale bri­tan­nique contre les révo­lu­tion­naires indé­pen­dan­tistes amé­ri­cains en 1775-77, jusqu’au front commun des chefs syn­di­caux de 1972. Cet échange a été l’élément déclen­cheur pour moi d’une réflexion sur l’historique des luttes radi­cales paci­fiques au Québec.

En fait suite à ce survol, j’ajouterais au com­men­taire de mon­sieur Khadir, que les racines de la déso­béis­sance se retracent pro­ba­ble­ment dès l’occupation du ter­ri­toire par les colons. En fait elle semble omni­pré­sente dans la vie des qué­bé­cois jusqu’à l’obtention du droit de grève par les tra­vailleurs en 1964. Avant cette date, les grèves étaient toutes des actions de déso­béis­sance civile. Les racines de la déso­béis­sance au Québec sont donc pro­fondes. Par exemple, les cou­reurs des bois n’étaient-ils pas en réa­lité des déso­béis­sants par voca­tion, voire même, de véri­tables décro­cheurs du sys­tème en place ? La ques­tion se pose.

Certains actes de déso­béis­sance sont bien docu­men­tés. Entre autre, à cha­cune des conscrip­tions, de l’armée du Roi de France à celles de la cou­ronne d’Angleterre, les pay­sans qué­bé­cois ont résis­tés aux lan­cées mili­ta­ristes des auto­ri­tés. Pourquoi ? La raison est simple. La vie pay­sanne était ter­ri­ble­ment rude au Québec, la nature ne lais­sant aucun répit. Abandonner femme et famille dès le prin­temps pour aller faire la guerre jusqu’à l’hiver venue était une garan­tis pour la misère et la famine, l’hiver venu. C’est le cœur de l’émergence d’un cer­tain paci­fisme, ou d’un anti-mili­ta­risme cultu­rel qué­bé­cois. Une révul­sion cultu­relle pro­fonde contre la guerre et les armées, vrai­sem­bla­ble­ment dû aux consé­quences directes des guerres for­cées sur nos ancêtres et leurs proches.

Mais il y a encore matière à recherche. Bref ce court texte qui devait comp­ter tout au plus de deux ou trois pages, c’est à ma sur­prise trans­formé en un survol de près de 15 pages, qui reste bien som­maire des actions radi­cales, sou­vent illé­gales de la lutte popu­laire paci­fique. Je constate avec éton­ne­ment qu’une véri­table culture de la déso­béis­sance et de la résis­tance exis­te­rait donc au Québec, et nous en serions les dignes héri­tiers, n’en déplaise aux auto­ri­tés et au légis­la­teur. Dans ces quelques exemples, je n’ai pas la pré­ten­tion d’avoir fait une véri­table recen­sion his­to­rique détaillée, j’ai mis l’accent sur cer­tains enjeux moins connus et sur cer­taines actions paci­fiques plus spec­ta­cu­laires ; ne cher­chant qu’à esquis­ser une illus­tra­tion de l’étendu de l’action citoyenne radi­cale en regrou­pant quelques obser­va­tions.

Par manque de connais­sance et de temps, je n’ai pas appro­fondi les actions du mou­ve­ment fémi­niste (entre autre le mou­ve­ment des suf­fra­gettes qué­bé­cois), des mou­ve­ments pour la tolé­rance face à l’orientation sexuelle, les luttes syn­di­cales, les nom­breuses actions des mou­ve­ments étu­diants du passé, les luttes du mou­ve­ment sou­ve­rai­niste, et plu­sieurs lutte envi­ron­ne­men­tales comme celle de Greenpeace. Je sais aussi que le FRAPRU et le Monde à bicy­clette ont aussi conduit des actions citoyennes radi­cales et paci­fiques au Québec. Je suis per­suadé que de nom­breux mili­tants seront en mesure de com­plé­ter ce por­trait.

Mais je reste impres­sionné par la radi­ca­lité, l’originalité, la per­sis­tance et la créa­ti­vité du mou­ve­ment étu­diant actuel. Il est à espé­rer que cette lutte res­tera dans la longue tra­di­tion de lutte paci­fique du peuple qué­bé­cois, peuple qui n’a jamais vrai­ment eu le contrôle des moyens du recours à la force.

Début de la colonie, et résistance à la conscription américaine.

Dès le début de la colo­ni­sa­tion du ter­ri­toire qué­bé­cois, plu­sieurs colons se sont éta­blis sur le ter­ri­toire qué­bé­cois en « squat­tant » illé­ga­le­ment des lopins de terre. L’administration et la ges­tion du ter­ri­toire étant tel­le­ment inef­fi­caces et cor­rom­pues, axée sur le népo­tisme, que le « squat » illé­gal était la seule voie pour le colon fran­çais, et amé­ri­cain dans les Cantons de l’Est, pour pou­voir sub­ve­nir aux besoins de sa famille et sur­vivre sans subir l’exploitation de sei­gneurs par­fois sans scru­pules. Ces actes répan­dus de déso­béis­sance civile furent à l’origine de mul­tiples conflits entre pay­sans et nou­veaux déten­teurs de titre, sou­vent des membres de la bour­geoi­sie, dans de nom­breuses loca­li­tés du Québec. L’étude des conces­sions, des pre­miers titres de pro­priété et des litiges du temps est truffé de conflits avec des « squat­ters » illé­gaux ; sou­vent des autoch­tones.

Un autre fac­teur impor­tant a contri­bué à cette culture de la résis­tance, la tra­di­tion des cor­vées popu­laires, obli­ga­toires, non-rému­né­rées, au ser­vice des armées. Les pay­sans étaient sou­vent conscrits de forces par les offi­ciers de milices fran­çais afin de contri­buer à la construc­tion des infra­struc­tures mili­taires de la colo­nie. Bien que cette forme d’héritage feudal ait été l’objet de constantes insa­tis­fac­tions popu­laires et contes­ta­tion, c’est suite à la Conquête anglaise que semble s’être inten­si­fiée la résis­tance des fer­miers fran­çais à cette forme de tra­vail forcé non-rému­néré, imposé par le nou­veau régime poli­tique. Le refus de coopé­rer à la construc­tion des routes, bâti­ments mili­taires et autres infra­struc­tures de pro­tec­tion força les diri­geants bri­tan­niques à reti­rer la loi sur ces « Corvées », et la construc­tion de ces infra­struc­tures en pré­pa­ra­tion en pré­pa­ra­tion au conflit avec les amé­ri­cains devint un tra­vail rému­néré.

Lors des cam­pagnes mili­taires liées à la révo­lu­tion amé­ri­caine, soit dès 1775 à 1777, on retrace des actes de déso­béis­sance sys­té­ma­tiques et orga­ni­sés. Les Canadiens fran­çais auraient alors été très peu enclins à aider les Britanniques du Canada à se défendre contre les attaques amé­ri­caines. Des mani­fes­ta­tions contre la mobi­li­sa­tion décré­tée par les auto­ri­tés mili­taires Britanniques ont eu lieu à l’époque, notam­ment sem­ble­rait-il, à Terrebonne, à Verchères et à Berthier. Déjà, la déso­béis­sance aux conscrip­tions for­cées semble déjà bien implan­tée dans les mœurs des pay­sans et on semble déjà orga­ni­ser la déso­béis­sance. Les rafles d’arrestation qui sui­virent ces actes de résis­tance citoyenne, suite à des dénon­cia­tions, entraî­nèrent des arres­ta­tions mas­sives de toute per­sonne soup­çon­née ou accu­sée de « Haute tra­hi­son ».

Pour un pays sans armée. Écosociété.

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Résistance constitutionnelle de Papineau.

Au début des années 1800, la déso­béis­sance a même touché les diri­geants poli­tiques. Papineau prend le lea­der­ship du mou­ve­ment de contes­ta­tion du peuple et par­ti­cipe à de nom­breuses assem­blées popu­laires afin de mobi­li­ser les gens à la pré­ser­va­tion de la consti­tu­tion octroyée par la Grande-Bretagne au peuple du bas Canada. Cette consti­tu­tion est mena­cée de toutes parts par les inté­rêts éco­no­miques actifs dans la colo­nie. Papineau pré­co­nise une solu­tion négo­ciée et éton­nam­ment non-vio­lente. Il fonde ses espoirs sur le fait que les Britanniques, fort de leur expé­rience avec la colo­nie Américaine en 1776, agi­ront dif­fé­rem­ment avec le Canada. Entre autres action paci­fique, il pré­side un comité qui orga­nise le boy­cott des pro­duits bri­tan­niques dans la colo­nie.

La « résis­tance consti­tu­tion­nelle » de Papineau pour l’établissement d’un gou­ver­ne­ment res­pon­sable prend diverses formes : cam­pagnes élec­to­rales, ras­sem­ble­ments et mani­fes­ta­tions. Mais aussi une série d’actions que le pou­voir consi­dé­rait comme illé­gal, soit le boy­cott des pro­duits bri­tan­niques, l’importation en contre­bande de pro­duits pour éviter de payer des douanes (qui était devenu pra­tique normal pour des mil­liers de gens) et jusqu’à des ruées sur des Banques pour y reti­rer ses avoirs. Papineau serait le pré­cur­seur des pre­miers mou­ve­ments de déso­béis­sance civile qué­bé­cois, orga­ni­sés par un diri­geant poli­tique. Pas sur­pre­nant que l’état du temps vou­lait la « tête à Papineau » et qu’il a du s’exiler.

On a écrit sur lui…. « La vie poli­tique de ce grand homme est gravée, par le burin de l’histoire, en carac­tères indé­lé­biles ; les luttes qu’il a sou­te­nues pour conser­ver intacte une consti­tu­tion octroyée par la Grande-Bretagne, et dont l’oligarchie du Canada s’efforçait depuis long­temps d’arracher lam­beaux sur lam­beaux, sont ins­crites en lettres de feu dans le cœur de ses com­pa­triotes »

Résistance Papineau

http://​archives​.vigile​.net/​i​d​e​e​s​/​c​r​i​t​i​q​u​e​/​m​o​n​i​e​r​e​p​a​p​i​n​e​a​u​1​.html

Résistance à la conscription 1914-18

La résis­tance aux conscrip­tions semble rester l’axe cen­tral de la tra­di­tion de résis­tance qué­bé­coise aux auto­ri­tés. Pendant la Première Guerre mon­diale, dans le contexte de la Loi sur la conscrip­tion de 1917, les Canadiens fran­çais qui refusent le ser­vice mili­taire sont à l’origine de nom­breuses mani­fes­ta­tions dans plu­sieurs villes du Québec. Selon Serge Mongeau qui a beau­coup écrit sur les ques­tions de paix, on parle même de séces­sion à l’Assemblée légis­la­tive du Québec. À Québec, les poli­ciers tirent sur la foule lors d’une mani­fes­ta­tion. Le bilan est de quatre morts.

Dans le cadre de cette résis­tance, ce ne sont pas les mani­fes­ta­tions par­fois vio­lentes qui semblent avoir porté fruit et nui aux nom­breux efforts de recru­te­ment de l’armée, mais la fuite des conscrits. Le refus de coopé­rer à la loi, la déso­béis­sance de 41% de ces conscrits qui n’ont jamais été retrou­vés par les tra­queurs de l’armée cana­dienne fut au cœur de cette résis­tance que l’on tente de mini­mi­ser. C’est sans parler des mil­liers d’autres jeunes qui ne sont tout sim­ple­ment pas ins­crits tel que l’exigeait la loi, et des nom­breux citoyens leur ayant permis de se défi­ler. Nombreux sont nos aînés qui peuvent encore témoi­gner de ces actes de non-coopé­ra­tion assez géné­ra­li­sés dans les nom­breux vil­lages ruraux du Québec.

Une culture de la résis­tance est bel et bien pré­sente dans l’esprit des qué­bé­cois, et la révul­sion face aux consé­quences de la guerre des puis­sants en sont une élo­quente illus­tra­tion. Pour un peuple qui se sent tou­jours conquis et opprimé, ce n’est cer­tai­ne­ment pas une sur­prise.

http://​www​.fran​coi​den​ti​taire​.ca/​q​u​e​b​e​c​/​t​e​x​t​e​/​T​3​2​4​0.htm

Résistance conscription 1939-45

Il est inté­res­sant de relire l’histoire dans une pers­pec­tive de résis­tance popu­laire, on réa­lise que le radi­ca­lisme paci­fique n’est pas nou­veau. La tra­di­tion anti-mili­ta­riste se pour­suit donc au cours de la seconde guerre mon­diale de 1939-45. Le réfé­ren­dum sur la conscrip­tion montre une impres­sion­nante oppo­si­tion de la popu­la­tion qué­bé­coise, les citoyens s’opposent au recru­te­ment forcé à la hau­teur de 72%. On doit se mettre en contexte, et com­prendre qu’en avril 1942, au moment de ce plé­bis­cite, on est en plein coeur d’une intense pro­pa­gande de guerre.

Plus de la moitié des conscrits qui ont illé­ga­le­ment fui l’armée cana­dienne étaient des Québécois. De son côté, le Canada anglais accepte le prin­cipe de la conscrip­tion à 79 %. Encore une fois, dans un de ses ouvrages, Serge Mongeau sou­ligne la forme la plus effi­cace qu’a pris la résis­tance civile. « Bien des jeunes Québécois […] se réfu­gie­ront dans les bois ou se cache­ront ailleurs, avec l’appui sym­pa­thique de la popu­la­tion ». Le pou­voir est donc impuis­sant sans la col­la­bo­ra­tion du peuple. C’est grâce à cette non col­la­bo­ra­tion active de la popu­la­tion, à son appui actif à cette forme de déso­béis­sance par refus de coopé­rer, que les efforts de recru­te­ment de l’armée cana­dienne se sont avérés peu concluant. Ainsi, la mise en appli­ca­tion de la loi s’est avéré un véri­table défi pour les diri­geants.

Il semble par­ti­cu­liè­re­ment ignoble et déplacé, dans le cadre d’une telle tra­di­tion de débrouillar­dise pour la survie et de résis­tance aux auto­ri­tés, de pré­tendre que ces actes de résis­tance aient été guidés par une couar­dise ou une quel­conque sym­pa­thie pour les visées fas­cistes de cer­tains mili­tants du moment.

On peut aussi voir la « trai­trise » du maire de Montréal, Camilien Houde, dans une toute autre pers­pec­tive. Son oppo­si­tion à la poli­tique d’enregistrement pour ser­vice mili­taire décré­tée par le gou­ver­ne­ment fédé­ral cana­dien de Mackenzie King en 1940 reprend ainsi tout son sens. Ce geste de déso­béis­sance qui lui valut une dépor­ta­tion sans procès dans un camp de concen­tra­tion à Petawawa pen­dant quatre ans révèle le cou­rage et l’engagement de la per­sonne envers son peuple.

Comment se sur­prendre que le soir du 16 août 1944, au moment où il arrive à la gare Windsor de Montréal, une foule de plu­sieurs dizaines de mil­liers de per­sonnes, pleine d’émotion, soit venue l’attendre et l’accueillir. Camillien Houde entre alors dans la légende. L’histoire en fera peut être le prin­ci­pal sym­bole de non-coopé­ra­tion poli­tique par un diri­geant poli­tique qué­bé­cois. La répres­sion dont fut l’objet son geste lui acquit l’estime popu­laire, et il res­tera une véri­table légende de l’histoire de la lutte popu­laire non-vio­lentes et de l’action poli­tique radi­cale au Québec.

Camilien Houde

http://​bilan​.usher​brooke​.ca/​b​i​l​a​n​/​p​a​g​e​s​/​c​o​l​l​a​b​o​r​a​t​i​o​n​s​/​8​6​7​4​.html

Missiles BOMARCs

Suite à la guerre, le sen­ti­ment anti­mi­li­ta­riste ou anti-guerre qué­bé­cois s’est encore mani­festé face à l’imposition de poli­tiques fédé­rales. Difficile de parler de la tra­di­tion de mili­tance radi­cale des qué­bé­cois sans sou­li­gner l’Opération Saint-Jean Baptiste du 17 au 21 juin 1964. Des mani­fes­tants paci­fistes qué­bé­cois et cana­diens tentent de péné­trer dans la base mili­taire de La Macaza, ils en blo­que­ront l’accès pen­dant 17 heures.

Deux célèbres résis­tants qué­bé­cois font parti de cette pre­mière action publique de déso­béis­sance civile, Simonne Monet-Chartrand et Michel Chartrand. C’est la pre­mière action publique d’interposition citoyenne volon­taire, en infrac­tion à la loi, qu’il m’a été pos­sible de recen­ser à ce moment par ce rapide survol.

La Macaza est une base mili­taire ins­tal­lée dans la forêt des Laurentides près de Mont-Laurier. Elle est à ce moment l’un des points stra­té­giques du sys­tème de défense de l’Amérique du Nord (N.O.R.A.D.). Elle abrite alors, depuis, peu des mis­siles Bomarc armés d’ogives nucléaires four­nies par l’Armée amé­ri­caine. Ces engins sont des fusées sol-air munies d’une bombe ato­mique dite tac­tique, d’une puis­sance équi­va­lant à 400 tonnes de TNT, et dont le rayon d’action atteint 400 milles.

L’introduction de telles armes nucléaires au Québec avait déjà pro­vo­qué plu­sieurs mani­fes­ta­tions paci­fistes depuis 1964, à l’initiative du Mouvement pour le désar­me­ment nucléaire et la paix.

Les Québécoises et le mou­ve­ment paci­fiste (1939-1967)

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Henry Morgentaler, droit à l’avortement.

Les années soixante sont une période d’effervescence poli­tique au Québec. Une étude des mou­ve­ments sou­ve­rai­nistes et étu­diants du moment pour­rait per­mettre de recen­ser de nom­breuses ini­tia­tives de résis­tance citoyenne paci­fique.

Une lutte par­ti­cu­lière retient mon atten­tion tant par l’originalité de l’action de résis­tance, que par la teneur radi­cale et dra­ma­tique des gestes posés est l’histoire du Docteur Morgentaler. Cet homme qui atteint l’âge véné­rable de 90 ans, s’est battu pen­dant plus de 30 ans pour le droit à l’avortement libre et gra­tuit au Canada.

Henry Morgentaler est un sur­vi­vant de l’Holocauste. Après avoir sur­vécu au camp de concen­tra­tion d’Auschwitz, il accepte une bourse d’étude des Nations unies offerte aux sur­vi­vants juifs. Il étudie alors la méde­cine en Allemagne.

Après ses études, il refuse d’aller en Israël pour cause poli­tique. Lui et son épouse quittent l’Europe en 1950 et vont au Canada, où il pra­tique la méde­cine à Montréal. Il tra­vaille comme méde­cin géné­ra­liste pen­dant presque vingt ans, jusqu’à ce que ses opi­nions sur l’avortement créent des conflits qui l’amènent à inter­rompre son acti­vité. Le 19 octobre 1967, il s’adresse à un comité du gou­ver­ne­ment du Canada et y énonce que les femmes enceintes ont le droit d’avoir des avor­te­ments sécu­ri­taires.

En 1969, il aban­donne la méde­cine fami­liale et com­mence ouver­te­ment à pra­ti­quer des avor­te­ments illé­gaux. Peu après 1970, il est arrêté à Québec après avoir pra­ti­qué un avor­te­ment. Plus tard en 1973, il dit avoir pra­ti­qué 5 000 avor­te­ments illé­gaux. Il est acquitté par un jury dans une affaire judi­ciaire, mais l’acquittement est ren­versé par cinq juges de la Cour d’appel du Québec en 1974. Il est empri­sonné pen­dant 10 mois avant d’en appe­ler de la condam­na­tion et d’être par la suite de nou­veau acquitté. Une expé­rience qu’il qua­li­fie de « jeu d’enfant » com­pa­ra­ti­ve­ment à ses cinq années pas­sées dans le camp d’Auschwitz à l’adolescence.

En 1988, il obtient enfin gain de cause : l’arrêt Morgentaler décri­mi­na­lise l’avortement et inva­lide toutes les res­tric­tions qui y étaient rat­ta­chées. En 1992, une bombe explose à sa cli­nique de la rue Harbord à Toronto. Morgentaler n’est pas phy­si­que­ment blessé. En 1993, il gagne une nou­velle cause devant la Cour suprême, R. c. Morgentaler (1993), cette fois contre une régle­men­ta­tion pro­vin­ciale de l’Ontario sur l’avortement.

Depuis le début du XXIe siècle, Morgentaler tra­vaille pour ouvrir deux cli­niques pri­vées d’avortement dans l’Arctique cana­dien, afin que les femmes vivant là-bas n’aient pas à voya­ger de grande dis­tance pour pou­voir se faire avor­ter.

Cet homme, plus grand que nature, illustre par­fai­te­ment ce qu’un citoyen qui a fran­chis ses peurs peut accom­plir.

Henry Morgentaler, plu­sieurs extraits de Wikipedia ont été uti­lises pour ce texte.

http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​H​e​n​r​y​_​M​o​r​g​e​n​taler

http://​bilan​.usher​brooke​.ca/​b​i​l​a​n​/​p​a​g​e​s​/​b​i​o​g​r​a​p​h​i​e​s​/​4​7​8​.html

Actions Syndicales

Lorsqu’on parle de mou­ve­ment radi­cal, de lutte popu­laire d’envergure et de moyens d’action radi­caux ; on ne peut pas passer à côté des mou­ve­ments ouvriers du Québec. Certains mili­tants radi­caux contem­po­rains, par pure igno­rance ou par pré­ten­tion idéo­lo­gique dénigre de grands pans de l’histoire des luttes sociales du Québec.

Il faut sou­li­gner qu’au Québec, avant l’obtention du droit de grève en 1965, toutes les grèves, étaient des actions de déso­béis­sance civile. Une grève de tra­vailleurs était un acte illé­gal. La pre­mière grève au Québec serait une grève des cha­pe­liers de Québec en 1815, suivi d’une grève des ébé­nistes à Montréal en 1824. Encore une fois, on découvre que les racines de la résis­tance et de l’action radi­cale paci­fique et illé­gale sont pro­fondes. Au cours des années 60, les infir­mières, le per­son­nel des hôpi­taux et les ensei­gnants ont subi la répres­sion des auto­ri­tés avant l’obtention du droit de grève.

Même après l’obtention du droit de grève stric­te­ment enca­dré, la déso­béis­sance civile a fait parti de l’arsenal de la lutte syn­di­cale. Le 11 avril 1972, quelque 210 000 employés de la fonc­tion publique et para­pu­blique qué­bé­coise entament une grève géné­rale. Mais dix jours plus tard, une loi spé­ciale met fin au débrayage. Les trois chefs du Front commun inter­syn­di­cal refuse de s’y confor­mer et sont empri­son­nés. Ils ont sciem­ment encou­ragé leurs membres à déso­béir au décret du gou­ver­ne­ment. La lutte syn­di­cale menée par Louis Laberge, Marcel Pépin et Yvon Charbonneau pro­cu­rera tou­te­fois des gains impor­tants aux syn­di­qués.

La grève géné­rale lancée par le Front commun des 3 syn­di­cats natio­naux qué­bé­cois en 1972 était une grève illé­gale, c’était à ce jour la plus mas­sive des actions de déso­béis­sance civile dans l’histoire récente du Canada. Mais, grâce aux actes de défi massif, déso­béis­sant à la loi 78, les étu­diants du Québec viennent de fra­cas­ser ce record de la déso­béis­sance civile paci­fique la plus impor­tante de notre his­toire.

Front commun

www​.csn​.qc​.ca/​w​e​b​/​c​s​n​/​c​o​m​m​u​n​i​q​u​e​/​-​/​a​p​/​n​o​u​v​0​9​-​05-12

Résistance rurale

De nom­breux actes résis­tances citoyens et de mul­tiples bar­ri­cades rou­tières effec­tuées par des com­pa­triotes ruraux pour s’opposer à la fer­me­ture de ser­vices publics essen­tiels se sont pro­duits au Québec. L’action paci­fique radi­cale n’est donc pas qu’un de mili­tants poli­tique éclai­rés, for­mant un genre d’avant-garde de la lutte. Au Québec, l’action poli­tique radi­cale est l’affaire de tous.

Au Québec, l’Opération Dignité en Gaspésie est un exemple pro­bant en ce sens…. Au début des années 1970, des citoyens des régions concer­nées, insa­tis­faits des pro­jets de déve­lop­pe­ment impo­sés par le gou­ver­ne­ment, et cho­qués de voir ce même gou­ver­ne­ment fermer des vil­lages, se lan­ce­ront dans une véri­table cam­pagne de résis­tance et d’action sociale : l’Opération dignité. Organisée autour de l’axe parois­sial et ini­tiée par trois curés, le mou­ve­ment visera à faire « déra­per » le projet du BAEQ, tout en reven­di­quant tra­vail et dignité pour les popu­la­tions dans leur milieu rural.

On assiste à la mise en place de bar­ri­cades rou­tières, au refus de citoyens et de diri­geants à se confor­mer aux consignes des auto­ri­tés, à l’occupation de sites de ser­vices voués à la fer­me­ture, à la nui­sance sys­té­ma­tique et l’interposition face aux démo­lis­seurs ; cette cam­pagne sera une véri­table prise de conscience du carac­tère par­fois inhu­main et abusif de plans des­si­nés par les auto­ri­tés poli­tiques pour contraindre une popu­la­tion.

De cette résis­tance citoyenne naîtra l’action sociale concer­tée. « Celle-ci se mani­feste en par­ti­cu­lier dans l’appui accordé aux dif­fé­rents mou­ve­ments de soli­da­rité qui sur­gissent alors et qui vont sub­sis­ter jusqu’à aujourd’hui : les Opérations-Dignité (1970-1972), le JAL (1973-1974), la Coalition Urgence rurale (1980-1990). ». Au départ, des groupes popu­laires émer­ge­ront spon­ta­né­ment et s’organiseront au fil des évé­ne­ments, fonc­tion­nant à l’aide d’une struc­ture orga­ni­sa­tion­nelle souple et légère dis­po­sant de peu de moyen.

Les médias accor­de­ront une place de choix à l’Opération dignité, si bien que le gou­ver­ne­ment sera contraint de recu­ler. Aujourd’hui encore, cette tranche d’histoire est l’assise sur laquelle se sont construits les mou­ve­ments de défense du déve­lop­pe­ment durable comme, par exemple, Solidarité rurale du Québec. Il est facile de consta­ter que la résis­tance non-vio­lente, et radi­cale n’est pas qu’un moyen de lutte urbain.

Opération dignité.

http://​ope​ra​tion​di​gnite​.com/​P​e​t​i​t​e​-​h​i​s​t​o​i​r​e​-​d​e​-​l​a​-​J​o​u​r​n​e​e​-​d​e​.html

Les expropriés de Mirabel

En 1969, le gou­ver­ne­ment de Pierre Elliott-Trudeau réa­lisa la plus grande expro­pria­tion de l’histoire du pays au nom du déve­lop­pe­ment, pour construire le plus grand aéro­port au monde : Mirabel. Le projet fut un cui­sant échec pour plu­sieurs rai­sons sociales, poli­tiques et éco­no­miques.

A moment ou les expro­priés de Mirabel pre­naient conscience de l’injustice des condi­tions de leur expro­pria­tion, une véri­table résis­tance popu­laire émer­gea. Les confron­ta­tions avec les auto­ri­tés étaient presque inévi­tables. Après 1972, le CIAC avait réussi à mobi­li­ser envi­ron 2000 membres et ils étaient de plus en plus puis­sants face au gou­ver­ne­ment. Les citoyens étaient infor­més et mobi­li­sés.

Les 16 paroisses qui étaient par­fois en com­pé­ti­tion avant l’expropriation se retrou­vèrent unies pour une cause : la défense de leurs droits. Plus les années pas­saient, plus les forces poli­cières devaient faire face à un groupe informé et conscient qu’ils étaient vic­times d’injustices. Le mou­ve­ment se mon­trant de plus en plus fort, l’État uti­li­sait son pou­voir de coer­ci­tion, encore une fois pour inti­mi­der le mou­ve­ment.

Cela n’arrêta point leur ardeur, ils conti­nuèrent à mani­fes­ter en trou­vant tou­jours de nou­velles façons d’attirer l’attention des médias, les actions des agri­cul­teurs expro­priés ne man­quait pas d’originalité.

Par exemple, lorsque les Travaux publics vou­lurent contrô­ler jusqu’au condi­tion­ne­ment de leur terres, le mou­ve­ment alla épandre du fumier sur leur ter­rain. Un autre cas impli­quant les épan­deurs à fumier fut celui de l’inauguration de la grange à Rousille. Le gou­ver­ne­ment avait décidé de trans­for­mer cette grange expro­priée en gale­rie d’art. Les agri­cul­teurs mécon­tents vou­lurent faire « sentir » aux invi­tés de l’inauguration que cette grange avait, d’abord et avant tout, une voca­tion agri­cole.

Lors de procès contes­tant des condi­tions injustes de règle­ment, les agri­cul­teurs ont apporté des vaches, des four­ra­gères et des trac­teurs dans les rues et devant le palais de jus­tice de Saint-Jérôme.

On com­mente : «[…] fal­lait voir les petites génisses brou­ter (l’herbe étendu sur) l’asphalte sous la sur­veillance de la bri­gade anti-émeute »

À plu­sieurs reprises, ils occu­pèrent les bureaux du fédéra. Le but n’était pas de van­da­li­ser les lieux, mais bien de ralen­tir le tra­vail du gou­ver­ne­ment.

« Aucun dégât, ni dom­mage… juste assez de dos­siers mélan­gés pour occu­per les fonc­tion­naires pen­dant un bon bout de temps ».

Mais tout cela ne se fai­sait pas sans peines. Évidemment, il y eu maintes reprises des arres­ta­tions et pour­suites judi­ciaires suite à ces actes de déso­béis­sance civile. Que faire lorsque l’État uti­lise la force et que l’on est cer­tain qu’il est dans le tort ? Cela résulta en cer­tains déra­pages de vio­lence géné­rée par la répres­sion poli­cière légi­ti­mée par le gou­ver­ne­ment Trudeau.

La résis­tance de ces pay­sans floués doit rester un jalon de l’histoire des résis­tances popu­laires.

https://​papy​rus​.bib​.umon​treal​.ca/​j​s​p​u​i​/​b​i​t​s​t​r​e​a​m​/​1​8​6​6​/​4​3​1​2​/​4​/​G​a​g​n​o​n​_​P​o​u​l​i​n​_​E​r​i​c​_​2​0​1​0​_​m​e​m​o​i​r​e.pdf

Les organisations religieuses et les sanctuaires

Plus inat­tendu pour plu­sieurs, les orga­nismes reli­gieux ont aussi d’importantes réa­li­sa­tions dans le domaine de l’action radi­cale et de la déso­béis­sance civile. Dans la plus pure tra­di­tion du Chemin de fer sou­ter­rain, « Underground Railroad », fierté cana­dienne de la lutte anti-escla­va­giste ; les sanc­tuaires illé­gaux ont été uti­li­sés pour pro­té­ger des réfu­giés sous ordre d’expulsion.

Malgré plu­sieurs cas dans les années 70, c’est dans les années 80 que le recours au sanc­tuaire resur­git au Canada avec le cas d’un jeune gua­té­mal­tèque qui permit d’obtenir un mora­toire sur les ren­vois au Guatemala. Au Québec, même si le recours au sanc­tuaire ne devient pas le mou­ve­ment impor­tant que connait les États- Unis, les sanc­tuaires sur­viennent ponc­tuel­le­ment. Lorsque la vie des per­sonnes est mena­cée et que les abus ou les erreurs du pro­ces­sus de dépor­ta­tion sont fla­grants, les orga­nismes reli­gieux invoquent le devoir de pro­té­ger son pro­chain.

D’ailleurs, le gou­ver­ne­ment libé­ral de Jean Charest a fait l’histoire ici puisqu’il a la hon­teuse res­pon­sa­bi­lité de la pre­mière vio­la­tion du sanc­tuaire de l’Église St-Pierre à Québec le 5 mars 2004. Ce geste pour arrê­ter puis dépor­ter un deman­deur d’asile, a sus­cité une forte réac­tion d’indignation au sein de la popu­la­tion. Différents milieux et dif­fé­rentes orga­ni­sa­tions, laïques tout aussi bien que reli­gieuses, ont dénoncé cet abus de pou­voir des forces poli­cières et des agents d’immigration qui ont ainsi rompu la tra­di­tion du recours à la pro­tec­tion des sanc­tuaires éta­blie res­pec­tée jusqu’alors. Plusieurs ont aussi rap­pelé l’importance qu’ont ces espaces sacrés pour assu­rer la défense des plus vul­né­rables contre un sys­tème géné­ra­teur d’injustices mais aussi pour affir­mer les valeurs fon­da­men­tales des socié­tés qué­bé­coise et cana­dienne, d’accueil.

En cette année 2004, année de mise en œuvre de lois res­tric­tives en termes d’acceptation de réfu­giés, au moins huit églises ont accepté d’accorder le refuge à des deman­deurs d’asile qui étaient mena­cés de dépor­ta­tion. Ces être humains avaient épuisé tous les recours pos­sibles pour faire recon­naître leurs besoins de pro­tec­tion, malgré l’appui de res­sources citoyennes expertes dans le domaine. Ces sanc­tuaires qui se sont maté­ria­li­sés en cette année char­nière se retrouvent dans dif­fé­rents lieux au Canada : Halifax, Québec, North Hatley, Montréal (3 lieux), Ottawa et Winnipeg. Les com­mu­nau­tés de foi qui se sont enga­gés à enfreindre la loi appar­tiennent à dif­fé­rentes déno­mi­na­tions chré­tiennes : l’Église Unie du Canada (3), l’Église Unitarienne (2), l’Église catho­lique (2) et l’Église angli­cane (1). Lorsqu’on parle d’actions poli­tiques radi­cales, on a sou­vent l’image du jeune mili­tant habillé en noir et confron­tant la police. Le mou­ve­ment des sanc­tuaires illustre par­fai­te­ment l’effet per­vers de la pro­pa­gande.

Cette tra­di­tion de déso­béis­sance civile est bien vivante tant au Canada, qu’au Québec et cette tra­di­tion doit se main­te­nir afin que notre société garde un mini­mum d’humanité en cette sombre période pour la condi­tion humaine.

Sanctuaire de réfu­giés.

www​.egli​seu​nie​.org/​p​a​r​o​i​s​s​e​s​/​s​t​-​p​i​e​r​r​e​/​t​e​x​t​e​s​/​v​i​o​l​a​t​i​o​n​_​s​a​n​c​t​u​a​i​r.pdf

Nos impôts pour la paix

L’association « Nos impôts pour la paix » fait la pro­mo­tion depuis 30 ans d’une déso­béis­sance fis­cale pour éviter de payer la part de nos impôts fédé­raux qui va au sou­tien à la guerre.

Ceux qui s’objectent aux dépenses mili­taires par prin­cipe, ou pour des rai­sons de conscience, et qui veulent faire connaître leur objec­tion au gou­ver­ne­ment cana­dien en ont la pos­si­bi­lité. Plusieurs cana­diens retiennent leur impôts et de les placent dans un compte commun de résis­tance. Ce fond génère des béné­fices qui sont réin­ves­tit dans des ini­tia­tives citoyennes de paix.

Ainsi, au cours des années ce sont plus de 1000 cana­diens qui ont par­ti­ci­pés à cette forme d’objection de conscience fis­cale, ou de déso­béis­sance civile contre la loi sur l’impôt. A ce jour aucune accu­sa­tion cri­mi­nelle n’a été portée contre ces hon­nêtes citoyens qui expriment leur objec­tion face aux impôts mili­taires depuis les débuts de l’organisme citoyen Conscience Canada en 1978.

Nous avons ici un autre exemple d’action radi­cale ou des per­sonnes enfreignent volon­tai­re­ment la loi pour lutter en faveur d’une cause qui touche des prin­cipes humains fon­da­men­taux.

Comité des Quakers

www​.quaker​.ca/​C​o​m​m​i​t​t​e​e​s​/​w​a​r​t​a​x​c​o​n​c​e​r​n​s​/​P​T​R​_​0​7​-​F​r.pdf

Actions pacifistes contre les déploiements de missiles intermédiaires en Europe

Au début des années 1980, l’Europe est en émoi. L’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), la seconde puis­sance mili­taire de la pla­nète vient tout juste de déployer les mis­siles inter­mé­diaires SS-20 à la fron­tière de ses pays alliés. L’Occident par la voie de l’OTAN, veut ripos­ter par le déploie­ment dans ses propres pays alliés de sa toute nou­velle quin­caille­rie nucléaire, les mis­siles de croi­sières et Pershing. Le pépin est que ces armes seront sous res­pon­sa­bi­lité d’un com­man­de­ment mili­taire amé­ri­cain, et que leur déploie­ment accroît de façon consi­dé­rable les risques de guerre nucléaire totale, et acci­den­telle. C’est la furie en Europe où plu­sieurs cen­taines de mil­liers prennent la rue, et des mil­liers de citoyens orga­nisent des cen­taines d’actions de déso­béis­sance civile.

Au Québec aussi la résis­tance au mili­ta­risme s’installe, et des mil­liers de qué­bé­cois pren­dront des auto­bus, plus de 50 au total, pour se rendre au siège des Nations Unies le 12 juin 1982 pour une mani­fes­ta­tion his­to­riques regrou­pant plus de 2 000 0000 de per­sonnes. C’est dans ce contexte que s’organisent les pre­mières actions de déso­béis­sance civiles non-vio­lentes entraî­nant des arres­ta­tions impor­tantes au Québec. Ces actions de déso­béis­sance civile du 25 octobre 1983 à Montréal devant les consu­lats amé­ri­cain, sovié­tique et le Centre de recru­te­ment des Forces Canadiennes deux jours plus tard entraînent l’arrestation de plus de 80 per­sonnes.

Ces actions marquent le début de cam­pagne de luttes citoyennes dans la plus pure tra­di­tion de la lutte non-vio­lente. Les mili­tants reçoivent une for­ma­tion à l’action, le scé­na­rio de l’action est pré­éta­blis, les gens consultent des avo­cats et sont au cou­rant des consé­quences de leurs actes. En cas d’arrestation pré­vi­sible ou inévi­table, les argu­ments et stra­té­gies de défense sont abor­dées et une entente de soli­da­rité est signée.

Ces actions poli­tiques radi­cales de citoyens indi­gnés mène­ront à une dizaine d’années d’action citoyenne non-vio­lente sur des enjeux mili­taires et d’injustice éco­no­mique.

Crise des mis­siles au Québec

http://​bv​.cdeacf​.ca/​C​F​_​P​D​F​/​L​V​R​/​1​9​8​4​/​1​5​j​a​n​v​i​e​r​/​1​2​6​1​3​7.pdf

Luttes autochtones pour le droit à l’autodétermination

La longue tra­di­tion autoch­tone de bar­ri­cade rou­tière pour reven­di­quer des béné­fices de l’exploitation de leurs terres ances­trales est évi­dente pour tous. Ce qui est par­fois moins évident pour le citoyen, c’est que la grande majo­rité ont tou­jours été paci­fique, et se sont accom­pa­gnées de nom­breux gestes de résis­tance : longues marches, inter­po­si­tion face aux déve­lop­peurs, nui­sance aux tra­vaux, refus de se confor­mer aux règles de coupe, de pêche et de chasse, et par­fois, sabo­tage évi­tant les trau­mas et divers actes de non-coopé­ra­tion avec les forces de l’ordre. A de nom­breuses reprises, ces actes ont pris la forme de déso­béis­sances civiles.

Une cam­pagne de déso­béis­sance civile paci­fique des plus inté­res­santes dans l’histoire des luttes autoch­tones au Québec s’est dérou­lée sur la Côte-Nord du Québec et au Labrador, à la fin des années 1980. Il s’agit de la lutte non-vio­lente du peuple innu contre les vols à basse alti­tude (jusqu’à 30 mètres du sol) effec­tués par des chas­seurs super­so­niques de pays de l’OTAN dans cette région appe­lée Nitassinan. Les Innus se sont oppo­sés au projet de trans­for­mer la base mili­taire cana­dienne en base per­ma­nente de l’OTAN, ce qui aurait eu pour effet de décu­pler le nombre de ces vols extrê­me­ment bruyants – qui serait passé de 6000 à 100 000 par année – et des simu­la­tions de bom­bar­de­ments sur le ter­ri­toire où ils vivent et chassent.

C’est en sep­tembre 1988 que des Innus décident de passer à l’offensive en ini­tiant une cam­pagne de déso­béis­sance civile. Une famille occu­pait déjà l’aire de bom­bar­de­ment depuis le début du mois de sep­tembre. Le 15 sep­tembre, une pre­mière mani­fes­ta­tion est orga­ni­sée sur la base de Goose Bay, dans la sec­tion réser­vée à l’aviation alle­mande. Soixante-dix per­sonnes y par­ti­cipent, incluant des enfants et des per­sonnes âgées. Toutes sont arrê­tées et accu­sées de méfaits. Cette répres­sion ne les décou­rage pas, au contraire. Sept jours plus tard, un autre groupe d’Innus, de tous les âges, occupe la sec­tion hol­lan­daise de la base. Ils se couchent sur le sol (une pra­tique appe­lée die-in – variante du sit-in – comme s’ils étaient morts). Les 63 adultes et 15 enfants qui ont par­ti­cipé à cette action sont accu­sés de méfaits.

La cam­pagne se pour­suit le 27 sep­tembre. Deux cents Innus mani­festent de nou­veau, arrê­tant les acti­vi­tés mili­taires pen­dant deux heures. Mais, cette fois, il n’y a aucune arres­ta­tion. Le 4 octobre, un groupe de per­sonnes occupe le bout de la piste de décol­lage. Des vols mili­taires en pro­ve­nance d’Europe sont retar­dés et un vol com­mer­cial est dirigé vers un autre aéro­port. Sept per­sonnes sont arrê­tées, dont les lea­ders autoch­tones.

En mars, les Innus relancent leur cam­pagne par des vagues suc­ces­sives d’occupation. Entre le 18 et le 23 mars, soixante-huit per­sonnes sont arrê­tées en essayant d’installer leur tente sur la base mili­taire de Goose Bay. Dans ce contexte par­ti­cu­lier, l’action de déso­béis­sance civile a permis à la tota­lité des gens de se joindre à la lutte et de mani­fes­ter leur indi­gna­tion ; de l’enfant à la grand-mère.

Une ana­lyse appro­fon­die des luttes autoch­tones au Québec pour­rait mul­ti­plier les exemples du genre. C’est lorsqu’un moyen de lutte est acces­sible à tous qu’il prend véri­ta­ble­ment toute son effi­ca­cité.

Lutte au Nitassinan

www​.cjf​.qc​.ca/​f​r​/​r​e​l​a​t​i​o​n​s​/​a​r​t​i​c​l​e​.​p​h​p​?​i​d​a​=1348

Assemblée des pre­mières nations.

www​.cana​diana​.ca/​c​i​t​m​/​s​p​e​c​i​f​i​q​u​e​/​a​b​a​g​i​t​a​t​i​o​n​_​f.pdf

Projet des Ombres

Au milieu des années 80, les orga­nismes mont­réa­lais lancent une cam­pagne d’actions, com­biné à des actes de déso­béis­sance civile pour sen­si­bi­li­ser aux dan­gers de la guerre nucléaire et consé­quences pos­sibles d’une telle guerre.

Cette cam­pagne pour la paix sera épique car annuel­le­ment, pen­dant trois ans, des mili­tants radi­caux arpentent les rues de Montréal la nuit et peignent des ombres sur le pavé des rues de la ville, en contra­ven­tion des règle­ments muni­ci­paux. L’événement cen­tral de la cause est la com­mé­mo­ra­tion du bom­bar­de­ment ato­mique d’Hiroshima.

Des cam­pagnes se suc­cèdent où des mili­tants arpentent les rues de Montréal en pei­gnant des ombres humaines sur le pavé et les trot­toirs. Ce geste com­mé­mo­rait les per­sonnes qui s’étaient dés­in­té­grées lors de l’explosion ato­mique et n’avaient lais­sés qu’une trace de cendre à forme humaine sur le sol. Jusqu’en 1986 ces cam­pagnes contre­ve­nant aux lois muni­ci­pales mène­ront à l’arrestation de plu­sieurs dizaines de mili­tants pour la paix par la police muni­ci­pale.

Entre les six et neuf août le « Projet des ombres » trans­for­mait les rues de Montréal en véri­table jeux du chat et de la souris. Les mili­tants paci­fistes arpen­taient les rues munis de cru­chons rem­plis de chaux et leurs éponges, des­si­nant aussi rapi­de­ment que pos­sible des cen­taines d’ombre humaines sur les pavés. Les poli­ciers de l’administration Drapeau ten­taient eux, déses­pé­ré­ment, de les repé­rer et de les déte­nir aussi rapi­de­ment pos­sible afin de limi­ter le nombre de sym­bole rela­tant la des­truc­tion ato­mique aux­quels les citoyens mont­réa­lais seraient expo­sés le matin venu.

Ces gestes citoyens sont à l’origine des par­te­na­riats mont­réa­lais avec la ville d’Hiroshima, de la com­mé­mo­ra­tion annuelle du recours à l’arme ato­mique au Jardin bota­nique et de la pré­sence du pavillon du bassin Bonsecours conçu à l’image du Dôme d’Hiroshima ; mau­so­lée com­mé­mo­ra­tif de ce drame humain dans le Vieux Port de Montréal.

D’ailleurs, cette place devrait se nommer la place du « Projet des Ombres ».

Couverture de The Gazette

http://​news​.google​.com/​n​e​w​s​p​a​p​e​r​s​?​n​i​d​=​1​9​4​6​&​d​a​t​=​1​9​8​5​0​8​0​7​&​i​d​=​O​y​A​y​A​A​A​A​I​B​A​J​&​s​j​i​d​=​1​6​U​F​A​A​A​A​I​B​A​J​&​p​g​=​2​6​1​9​,​2​7​03277

Uranium Namibien

Ces cam­pagnes ont tou­chées en 85 et 86, la lutte au régime raciste d’Afrique du Sud. Parmi plu­sieurs actions contre des entre­prises qui fai­saient affaire avec le régime poli­tique raciste, l’importation d’uranium en pro­ve­nance de la Namibie, occu­pée par l’Afrique du Sud, fut un enjeu ciblé. Des ententes inter­na­tio­nales empê­chaient le Canada de faire affaire avec des pays et entre­prise exploi­tant les res­sources de ce pays occupé.

Une cen­taine de mili­tants formés à l’action de déso­béis­sance civile non-vio­lente ont consti­tués divers groupes d’affinité. Ceci afin de conduire une cam­pagne d’opposition à la trans­for­ma­tion de l’uranium nami­bien pro­ve­nant au Canada par le Port de Montréal, étant des­ti­nés à un retrai­te­ment à Éliott Lake et à être retourné comme com­bus­tible en Afrique du Sud.

Étalée sur plu­sieurs semaines, la cam­pagne a fait connaître le tra­vail de recherche effec­tué par les gens de Greenpeace Canada sur le retrai­te­ment de cet ura­nium, elle a alerté l’opinion publique sur la ques­tion, forcé le par­le­ment à étu­dier la ques­tion et à prendre posi­tion. Près d’une cen­taine de mili­tants de groupes anti-nucléaire et anti-apar­theid ont été arrê­tées suite à diverses formes de blocus, à des entrées par effrac­tions et de mul­tiples actes de nui­sance au tran­sit des camions qui ache­mi­naient l’uranium.

Les procès, très média­ti­sés, uti­li­sant des avo­cats inter­na­tio­naux de renom, ont ulti­me­ment menés à l’arrêt de l’importation d’uranium nami­bien en pro­ve­nance de l’Afrique du sud.

Peace Magazine

http://​pea​ce​ma​ga​zine​.org/​a​r​c​h​i​v​e​/​v​0​3​n​4​p​4​0.htm

Foire ARM-X

On ne devrait pas omettre la lutte contre la foire à l’exportation d’armes ARM-X, au parc Lansdowne à Ottawa. Cette cam­pagne s’est éche­lon­née sur plu­sieurs années et fut l’objet d’action de déso­béis­sance civile annuelles ou femmes allai­tant, et vieillards sont arrê­tés, et par­fois empri­son­nés.

Lors d’une action d’interposition visant à blo­quer l’accès aux expo­sants de la foire d’arme, une dame âgée aura les côtes frac­tu­rées dans une bous­cu­lade avec un poli­cier ; levant ainsi une indi­gna­tion géné­ra­li­sée. Ces mani­fes­ta­tions dans la plus pure tra­di­tion de l’action non-vio­lente entraî­nèrent l’annulation de ces foires aux armes jusqu’en 1993, et de nom­breux reports.

Lors de ces nom­breuses actions, la dis­ci­pline, la for­ma­tion, le cou­rage et la déter­mi­na­tion des mili­tants ont mené à de nom­breux gains et à une excel­lente média­ti­sa­tion des enjeux. Les procès ont servis d’enjeux pour la nou­velle, entraî­nant l’embarras des auto­ri­tés et d’importantes modi­fi­ca­tions dans le com­por­te­ment oppres­sif des auto­ri­tés.

La par­faite maî­trise des actions et l’enjeu déli­cat des foires pour l’exportation d’armes furent des leviers impor­tants pour les mili­tants non-vio­lents.

Documentation sur la foire ARM-X

http://​coat​.ncf​.ca/​A​R​M​X​/​a​r​m​x​_​b​o​o​k​l​e​t.pdf

Le Blocus du Plan G, et le désarroi des autorités

Au Québec, tou­jours grâce au tra­vail acharné de l’Alliance pour l’action non-vio­lente, les mani­fes­ta­tions paci­fiques com­po­sées de gens formés et déter­mi­nés pre­naient de l’assurance. L’action entraî­nant la fer­me­ture des opé­ra­tions du centre ner­veux du gou­ver­ne­ment pro­vin­cial, le plan « G », sans que les auto­ri­tés n’osent arrê­ter une seule per­sonne fut une action déter­mi­nante. Ce fut l’élément déclen­cheur pour un mou­ve­ment popu­laire mobi­lisé dans l’action non-vio­lente radi­cale, dans des d’action visant les grandes concer­ta­tions éco­no­miques des diri­geants de ce monde.

Les mili­tants en pro­ve­nance de nom­breux orga­nismes com­mu­nau­taires qué­bé­cois, regrou­pés en groupes d’affinité thé­ma­tique, regrou­pés selon divers enjeux tou­chant le gou­ver­ne­ment qué­bé­cois s’opposait à la mar­chan­di­sa­tion du bien commun. L’action non-vio­lente et son déve­lop­pe­ment rapide deve­nait la han­tise des gou­ver­ne­ments en place, tant au Québec, qu’à Ottawa ou les actions se mul­ti­pliaient. L’action com­mu­nau­taire avait un nou­veau levier de pou­voir qui s’avérait d’une redou­table effi­ca­cité.

L’occupation du plan G, pen­dant une jour­née com­plète par de mul­tiples groupes d’affinités com­po­sés de près de 400 per­sonnes, n’entraîna aucune arres­ta­tion, le gou­ver­ne­ment qué­bé­cois n’osait doré­na­vant plus la confron­ta­tion média­tique que ces évé­ne­ments géné­raient…

Blocus du Plan G

www​.lagauche​.com/​l​a​g​a​u​c​h​e​/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e1245

SALAMI, une lutte québécoise contre la mondialisation

Au Québec, une véri­table culture de l’action radi­cale non-vio­lente était en rapide émer­gence dans les milieux mili­tants et com­mu­nau­taires. On ne se conten­tait plus de l’action paci­fique, les gens étaient formés pour garan­tir le dérou­le­ment stric­te­ment non-violent des actions.

Les mou­ve­ments citoyens et com­mu­nau­taires qué­bé­cois, de plus en plus mobi­li­sés, ont rapi­de­ment détecté le scan­dale dans les négo­cia­tions mul­ti­la­té­rales sur la mon­dia­li­sa­tion. Longtemps avant les « crash » bour­siers liés aux abus des grands finan­ciers, des actions citoyennes radi­cales avaient dénon­cés la mon­dia­li­sa­tion des pro­fits, et les res­tric­tions dans la mobi­lité des per­sonnes, des règles du tra­vail et de l’environnement. Cette mon­dia­li­sa­tion ser­vait les inté­rêts des riches et puis­sants ; et aucu­ne­ment les inté­rêts de la popu­la­tion.

Au cours des années 90, et jusqu’au tour­nant des années 2 000, ces stra­té­gies ont été trans­po­sées avec succès aux actions alter­mon­dia­listes, à la lutte pour le droit à des loge­ments sociaux et à la cam­pagne de lutte contre le régime d’apartheid sud-afri­cain.

Lors d’actions de déso­béis­sance civile avec des gens formés, dans un contexte de cam­pagne pla­ni­fiées ; le gros bout du bâton sem­blait du côté des mani­fes­tants, les poli­ciers mar­chaient lit­té­ra­le­ment sur des œufs et la pro­vo­ca­tion ne fonc­tion­nait tout sim­ple­ment plus. La sym­pa­thie des média était pra­ti­que­ment una­nime.

Opération SALAMI

www​.pmm​.qc​.ca/​s​a​l​a​m​i​/​f​r​a​n​c​a​i​s​/​o​p​e​r​s​.html

Puis Québec 2001, le sommet des Amérique, le dérapage

Au Sommet des Amérique de Québec, il s’avère impos­sible d’aménager un espace pour l’action poli­tique radi­cale non-vio­lente. Certaines orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales, des groupes anar­chistes cana­diens et cer­tains rares mili­tants qué­bé­cois prennent part à des actions directes de confron­ta­tion agres­sive avec es forces de polices. L’histoire de la suite des évé­ne­ments est bien connue.

Seules les grandes marches de type fami­liales sont pos­sibles, des mili­tants non-vio­lents ris­que­raient de subir les contre­coups de la confron­ta­tion. Les risques sont trop grands et la cohé­sion de stra­té­gies avec les groupes mili­tants de l’extérieur s’avère impos­sible.

Nous entrons dans l’ère de la diver­sité des tac­tiques, ou cer­tains mili­tants exigent la soli­da­rité avec les moyens d’action directe, impli­quant les confron­ta­tions avec les forces de l’ordre, les bris ciblés, sans prise de res­pon­sa­bi­lité et des tac­tiques agres­sives diverses. Cette nou­velle doc­trine de lutte place les bases de la confron­ta­tion per­ma­nente avec les forces poli­cières dans le cadre des mani­fes­ta­tions annuelles « Contre la bru­ta­lité poli­cière », expres­sion simple de révolte sans réel projet de société.

Face à cette avant-garde de révol­tés, une cou­pure s’est pro­duite dans l’action poli­tique radi­cale au Québec. La déso­béis­sance civile non-vio­lente a été exclue des mani­fes­ta­tions rela­tives à des enjeux glo­baux, et est devenu un moyen d’action occa­sion­nel dans le cadre de reven­di­ca­tions pré­cises, mises en place par cer­tains orga­nismes sociaux et envi­ron­ne­men­taux.

Campagne d’opposition au recrutement militaire dans les écoles

Au cours des récentes années, sim­ple­ment à titre d’illustration, les asso­cia­tions étu­diantes ont repris le flam­beau de l’action radi­cale paci­fique en s’impliquant dans la cam­pagne d’opposition au recru­te­ment mili­taire dans les écoles.

Grâce à une stra­té­gie d’opposition sys­té­ma­tique et non-vio­lente, grâce à des gestes théâ­traux et sym­bo­liques et créa­tifs, sit-in, die-in, occu­pa­tions, contre pro­pa­gande et gestes d’interpositions divers et de per­tur­ba­tion la résis­tance à la pré­sence des recru­teurs mili­taires s’est ins­tal­lée. Les étu­diants ont confronté les admi­nis­tra­tions, par­fois les ser­vices de sécu­rité des ins­ti­tu­tions et même l’intimidation poli­cière ; les étu­diant de nom­breux Cegeps et uni­ver­si­tés ont gardés les mili­taires recru­tant pour la guerre en Afghanistan hors des écoles du Québec.

Dans le cadre de cette cam­pagne d’action, le mes­sage en faveur de la non-vio­lence se devait d’être sans ambi­guité. Le mes­sage cen­tral de la cam­pagne à véhi­cu­ler était : les écoles ne doivent pas deve­nir des lieux où l’on entraîne les jeunes vers des situa­tions où ils sont en devoir inévi­table « de tuer ou d’être tué ». Ce mes­sage ne devait pas qu’être véhi­culé par les mili­tants étu­diants, mais aussi les ensei­gnants et orga­ni­sa­tions syn­di­cales du secon­daire. Une cam­pagne axée sur la confron­ta­tion et des gestes de vio­lence ne pou­vait pas fonc­tion­ner.

Dans le cadre d’une telle cam­pagne, les mili­tants savaient que le moindre déra­page serait uti­lisé contre les mili­tants. La gigan­tesque machine à pro­pa­gande à laquelle ils font face a les moyens de contrer toute action de vio­lence. C’est à ce titre que la cam­pagne a condamné l’attentat contre un Centre de recru­te­ment des Forces cana­diennes à Trois-Rivières. Il n’a en rien contri­bué à la cam­pagne et ne fait pas le poids face aux images d’enfants mani­pu­lant des armes dans les camps de cadets et dans le Vieux-Port de Montréal.

Campagne d’opposition au recru­te­ment mili­taire dans les écoles.

www​.anti​re​cru​te​ment​.info/​?​q​=​f​r​/​n​ode/4

Les réac­tions de l’armée

www​.anti​re​cru​te​ment​.info/​?​q​=​f​r​/​n​o​d​e​/2354

Nécessité de recherche. 

Ce rapide survol de nom­breux jalons de l’action radi­cale paci­fique des divers mou­ve­ments qué­bé­cois nous donne véri­ta­ble­ment un contexte dans lequel se situe l’action actuelle des mou­ve­ments étu­diants. La lutte popu­laire par des moyens paci­fique est pro­fon­dé­ment ancrée dans l’histoire de la pro­vince et dans la tra­di­tion com­mu­nau­taire qué­bé­coise. Ce qui saute aussi aux yeux, c’est que cette longue tra­di­tion est pro­fon­dé­ment mécon­nue et néces­site des recherches.

On a sou­vent l’impression que cer­tains groupes, ou cer­taines fac­tions mili­tantes ne sai­sissent pas la réa­lité, le fait qu’une majo­rité des gestes popu­laires qui ont été à l’origine d’avancées impor­tante dans la social-démo­cra­tie qué­bé­coise se sont maté­ria­li­sée par une action radi­cale, un enga­ge­ment ferme et sys­té­ma­tique, mais paci­fique gagnant ainsi l’appui de la popu­la­tion.

Le défi majeur de l’action mili­tante reste tou­jours de main­te­nir le lien avec la réa­lité du ter­rain et des groupes. Il faut bien que les moyens de l’action mili­tante favo­risent la mobi­li­sa­tion des vic­times et per­mette au plus grand nombre de passer à l’action. Il s’agit de faire en sorte que l’action sociale débouche sur un véri­table mou­ve­ment de masse, et de chan­ge­ment au béné­fice du bien commun.

Le pou­voir doit pen­cher du côté de la popu­la­tion pour obte­nir des gains, même dans un contexte de lutte sociale radi­cale.

Informations com­pi­lées par Normand Beaudet
Membre fon­da­teur du Centre de res­sources sur la non-vio­lence (CRNV)
www​.non​vio​lence​.ca

3 réponses à “La désobéissance au Québec”

  1. Instructif et per­ti­nent. Merci pour cette lec­ture qui élève.

  2. Instructif et per­ti­nent. Merci pour cette lec­ture qui élève.

  3. Instructif et per­ti­nent. Merci pour cette lec­ture qui élève.