La désastreuse gestion néolibérale de la lutte contre la pandémie

La désastreuse la gestion néolibérale de la lutte contre la pandémie

 

La lutte à la pandémie de la Covid-19 est laissée sous le contrôle des multinationales pharmaceutiques. Ces grandes entreprises cherchent d’abord à s’enrichir. L’accès aux vaccins est donc lié à la richesse des pays et c’est dans un climat de concurrence exacerbée et généralisée que la campagne de vaccination se déroule faisant davantage de perdants que de gagnants.

Un accès tout à fait inégalitaire aux vaccins contre la Covid-19

93% des doses administrées fin janvier 2021 l’ont été par seulement 15 pays. Les autres179 pays siégeant à l’ONU ne partagent qu’un maigre 7% des doses. [1]. Près de 70 pays pauvres ne pourront vacciner qu’un habitant sur dix de la COVID-19 dans la prochaine année. Les pays les plus riches se sont accaparés de la quasi-tonalité des doses prévues pour 2021. Dans les pays du Sud seuls, ceux qui abritent une industrie pharmaceutique comme le Brésil ou l’Inde ont pu s’assurer des doses de vaccins en grand nombre.

Les intérêts du Big Pharma sont aux fondements de cette injustice

Les grandes entreprises pharmaceutiques ont vu dans la pandémie du coronavirus une occasion en or de s’enrichir rapidement et considérablement. Pfizer et BioNTech prévoient amasser 14 milliards de dollars pour la prochaine année.

Elles ont rapidement placé des brevets sur les vaccins qu’elles ont contribués à développer ce qui signifie que ces derniers et l’ensemble des connaissances qui leur sont associées sont maintenant la propriété des entreprises. Elles conservent donc jalousement ces connaissances et refusent de les partager. Le refus de la mutualisation des brevets sur les vaccins et les médicaments signifie que la logique des intérêts privés s’impose aux dépens de la vie de millions de personnes.

Pourtant, les grandes multinationales pharmaceutiques n’ont accepté d’entrer sur le terrain de la production de vaccins contre les coronavirus qu’avec un très fort appui financier des États et des Universités.Elles ont mobilisé l’argent public pour accumuler des profits privés. [2]

Plus, elles ont vendu aux gouvernements de fort volume de doses de vaccins avant les avoir produit et avant même de s’être assuré d’avoir les capacités de les produire pour pouvoir les livrer dans les délais prévus. Elles ont donc touché le fric avant même d’avoir créer les conditions de pouvoir répondre aux ventes effectuées. C’est bien ce qui s’est produit à Pfizer au Canada ou avec AstraZeneca en Europe. Elles n’ont pas hésité à des pratiques des prix abusives au passage donnant les accès aux vaccins qu’aux plus riches.

Le nationalisme vaccinal des pays riches

Les gouvernements des pays capitalistes avancés ont cherché à sécuriser leur approvisionnement au niveau national sans se préoccuper de leurs voisins pour ne pas parler du reste de la planète. Les pays riches se sont ainsi accaparés de la majorité des doses produites ou prévues. Certains pays ont acquis en prévente jusqu’à 4 fois ce dont leur population a besoin.  L’idéologie néolibérale des gouvernants des pays les plus riches s’avère plus forte que l’urgence d’une mise en commun des ressources au niveau mondial pour lutte contre la Covid-19 » [3]

L’Inde et l’Afrique du Sud ont demandé la suspension temporaire de la propriété intellectuelle sur les brevets des grandes entreprises pharmaceutiques afin de s’assurer que des traitements et des vaccins deviennent des biens communs universels accessibles à des prix abordables sur toute la planète. Une centaine de pays ont appuyé cette revendication. Mais cette demande a été rejetée par deux fois par les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Union européenne et le Japon. Les différents gouvernements occidentaux se sont ainsi rangés du côté des pharmaceutiques.

Le gouvernement canadien s’est fait défenseur du brevetage des vaccins comme instrument de lutte contre la pandémie et il s’inscrit entièrement dans une logique du nationalisme vaccinal.

Le gouvernement canadien a acheté de quoi vacciner sa population cinq fois [4] sans s’assurer des livraisons promises. Aujourd’hui, le nationalisme vaccinal se retourne contre le Canada. L’Union européenne envisage de refuser l’exportation vers le Canada des doses produites sur son territoire.

Les conditions d’une campagne efficace contre la Covid-19

Pourtant sans mise en commun des vaccins et l’accès aux médicaments sans lien avec les capacités financières des pays, une véritable campagne internationale contre la pandémie sera très difficile. l

Pour ce faire, aucune règle commerciale ne doit entraver la production de vaccins. Les vies humaines doivent passer avant les brevets et les monopoles des multinationales. La santé publique doit primer la course aux profits, et avoir la priorité sur les intérêts des meilleurs payeurs et sur les intérêts des actionnaires.

C’est pourquoi les populations, partout sur la planète, doivent exiger des Éttats les plus riches de suspendre l’application des brevets sur les vaccins et d’en finir avec des règles qui permettent aux entreprises de réaliser des profits extravagants aux dépens de la vie de millions de personnes. [5]

Les multinationales pharmaceutiques doivent être socialisées et placées sous le contrôle des travailleurs, des travailleuses et de la société en général. C’est ce qui permettra de mettre au point un plan mondial de vaccination.

Au Québec, Québec solidaire propose au « gouvernement Legault de mettre sur pied Pharma-Québec, une société d’État visant rendre le Québec autosuffisant en matière de médicaments, de vaccins et d’équipement médical. Dans le contexte de pandémie, Pharma-Québec sera d’abord chargé d’acquérir et de produire du matériel médical stratégique dont le réseau de la santé a besoin : négocier le prix pour les médicaments prioritaires ; soutenir la recherche publique sur les traitements de la Covid-19 ; et produire un vaccin ici au Québec dès qu’il sera prêts. [6].

Se préparer à faire face à d’autres pandémies

Tant que nous n’aurons pas arrêté la pandémie partout, nous ne l’arrêterons nulle part. Il faut donc se donner les moyens de nos fins, Le secteur pharmaceutique doit être placé dans les mains publiques pour garantir une campagne de vaccination efficace, accessible, abordable pour l’ensemble de l’humanité. C’est pourquoi nous devons soutenir la recherche et le développement de capacité de production des vaccins partout dans le monde. Les connaissances sur les vaccins doivent être mises à la disposition du public dans le monde entier.

Mais il y a plus. Les maladies infectieuses ont tendance à se multiplier ces dernières années : le virus Nipah, le virus du Nil occidental, Ebola, Zika, SRAS, MERS… Ce sont des zoonoses, des maladies liées à l’exploitation des espèces sauvages, à la déforestation et aux rapprochements avec les espèces sauvages porteuses de virus. Comme l’explique Andreas Malm : ‘ À un niveau plus abstrait, on peut affirmer que le capitalisme a tendance à faire surgir ces nouvelles maladies parce qu’il est incapable de renoncer à exploiter les écosystèmes naturels. Le capitalisme est obligé d’envahir ces écosystèmes et de les transformer en sources de profit. Il est intrinsèquement incapable de se rendre compte qu’il y a des limites à l’expansion et qu’il faut respecter ces limites, par exemple en s’interdisant d’envahir certaines forêts tropicales dont la destruction entraînera le chaos environnemental. Respecter des limites est une impossibilité pour le capitalisme, qui doit donc se les voir imposer de l’extérieur.  [7]

Les capitalistes et les politiques à leur service improvisent sur toute la ligne. Ils ont le nez collé sur la vitre de leur vécu immédiat. Ils sont loin de remettre en question les rapports de prédation qui vont créer les conditions de l’apparition de nouvelles pandémies. Leur gestion de la pandémie du coronavirus est catastrophique. Mais c’est le rapport à la nature propre au système capitaliste qui doit être remise en cause si l’on ne veut pas s’engoncer à perpétuité dans la logique des confinements et des déconfinements successifs.


[1Alec Castonguay, La campagne de vaccination, un problème de pays riches, L’actualité, 30 janvier 2021

[2Costas Lapavitsas, La gestion désastreuse de la Covid par l’oligarchie et les élites politiques, Presse-toi à gauche, 19 janvier 2021.

[3Pablo Pillaurd Vivien, Faire des vaccins un bien commun, un impératif mondial, Regards.fr, 1er février 2021

[4Rachel Knaebel, Vaccins contre le Covid : les pays riches se réservent les doses, les pauvres attendront, Bastamag, 17 décembre 2020

[5Coalition solidarité santé, Réviser les règles de propriété intellectuelle afin d’assurer l’accès universel aux vaccins contre la COVID, 26 janvier, Presse-toi à gauche !

[6Québec solidiaire, Pharma-Québec, un investissement stratégique d’urgence dans l’autosuffisance du Québec, QS, https://bit.ly/pharmaquebec2020

[7Andreas Malm : « Pour mettre fin à la catastrophe, il faut s’en prendre aux classes dominantes », Presse-toi à gauche, 19 janvier 2021