La démagogie réactionnaire de François Legault

Par Mis en ligne le 31 août 2011

François Legault promet s’il par­vient au pou­voir de « sus­pendre » les flux d’immigration pen­dant deux ans. Il jus­ti­fie cela par les dan­gers que repré­sente selon lui l’immigration pour le fran­çais au Québec et éga­le­ment compte tenu des pos­si­bi­li­tés plus limi­tées au niveau de l’emploi : « Les outils et les res­sources consa­crés à la sélec­tion, l’accueil et l’intégration des immi­grants au Québec sont insuf­fi­sants pour garan­tir leur employa­bi­lité et favo­ri­ser, dans les meilleures condi­tions pos­sibles, leur inté­gra­tion à la majo­rité fran­co­phone. Cette situa­tion des­sert à la fois les immi­grants et le Québec ».

Bien que modé­rée dans sa forme, cette pro­po­si­tion s’inscrit en droite ligne dans le dis­cours réac­tion­naire de l’ADQ ainsi que de celui des « com­men­ta­teurs » et « jour­na­listes » de droite qui occupent les médias qué­bé­cois. Pour les Mario Dumont, Éric Duhaime, Richard Martineau et autres roquets de ser­vice, les immi­grants sont le « pro­blème ». Non seule­ment ils « volent nos jobs », mais pire encore ils parlent anglais. La « solu­tion » est toute trou­vée, il faut arrê­ter ces hordes et si on doit conti­nuer d’accepter des immi­grants, il faut les dis­ci­pli­ner, les sur­veiller et les forcer à agir de manière « res­pon­sable ». En récu­pé­rant cette déma­go­gie, Legault cherche à sécu­ri­ser son projet d’absorber l’ADQ et d’autres sec­teurs réac­tion­naires dans son futur « nou­veau » parti qui apporte bien peu de nou­veau justement.

Une proposition qui ne tient pas la route

Les flux migra­toires qui amènent au Québec envi­ron 50 000 per­sonnes bon an mal an repré­sentent une goutte d’eau dans la popu­la­tion active du Québec. L’impact sur l’offre d’emploi total est plutôt négli­geable selon les recherches cou­rantes (voir notam­ment, André Grenier, Le marché du tra­vail au Québec 2009-2018, Emploi-Québec). Pour autant selon les pro­jec­tions, le manque de main d’œuvre est réel dans plu­sieurs sec­teurs et connaî­tra un accrois­se­ment sur les dix pro­chaines années. Avec le départ des « baby boo­mers » (plus d’un mil­lion d’ici 2018), il faudra trou­ver plus de 275 000 nou­veaux tra­vailleurs pour main­te­nir le niveau actuel de l’activité éco­no­mique. À cela il faut comp­ter la courbe des décès (envi­ron 60 000 par an). Statistiquement par­lant donc, les 50 000 immi­grants qui arrivent au Québec sont donc tout à fait essen­tiels pour contri­buer à une éco­no­mie rela­ti­ve­ment pros­père dans le cadre du capitalisme.

La question de l’intégration

François Legault et ses aco­lytes de l’ADQ pointent du doigt les immi­grants parce qu’ils ne s’intègrent pas assez, disent-ils, à la société qué­bé­coise. Dans les médias-pou­belles de Quebecor notam­ment, une cam­pagne de déni­gre­ment et de dif­fa­ma­tion conti­nue sans cesse contre les immi­grants, notam­ment les per­sonnes de confes­sion musul­mane ou d’origine arabe. On se sou­vient que tout cela a pris une tour­nure cari­ca­tu­rale il y a quelques années, et qui ont pro­vo­qué la mise en place de la Commission Bouchard-Taylor. Bien que bien inten­tion­née, cette com­mis­sion n’a débou­ché sur rien de concret, à part de dire qu’on devait être tolé­rants et gen­tils. En réa­lité, plu­sieurs com­mu­nau­tés immi­grantes, sans être ostra­ci­sées comme elles peuvent l’être dans d’autres pays, sont effec­ti­ve­ment mar­gi­na­li­sées dans des domaines comme l’emploi et le loge­ment. Les immi­grants mas­cu­lins ori­gi­naires du Maghreb par exemple connaissent des taux de chô­mage beau­coup plus élevés que les autres caté­go­ries de popu­la­tion. Dans le sec­teur privé des ser­vices, des immi­grants sont confi­nés à des tâches d’exécution qui per­mettent peu d’interaction avec la popu­la­tion en géné­ral. Les petites et très petites entre­prises (c’est sou­vent le cas dans les ser­vices) ne sont pas soumis aux mêmes obli­ga­tions que les grandes entre­prises en terme de fran­ci­sa­tion. Enfin il faut sou­li­gner l’insuffisance des ser­vices d’accueil tant au niveau des cours de fran­ci­sa­tion qu’au niveau géné­ral. Ce sont l’ensemble de ces pro­blèmes qui créent pour les immi­grants et pour la popu­la­tion d’accueil un cer­tain nombre d’obstacles (ce que recon­naît du moins en partie François Legault). La solu­tion donc est de régler ces pro­blèmes, et non de fermer la porte.

Immigration et capitalisme

Il est impor­tant que le Québec reste une terre d’accueil à la fois pour ses propres inté­rêts que pour per­mettre à quelques mil­liers de per­sonnes de se refaire une vie. Une grande partie des immi­grants pro­viennent de pays où l’impératif de « sortir » est pré­valent, tant la situa­tion est blo­quée (on pense notam­ment au Maghreb et à plu­sieurs pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie). Ces immi­grants et encore plus les réfu­giés qui arrivent ici doivent être appuyés d’un point de vue éthique et poli­tique. En réa­lité depuis plu­sieurs années, la poli­tique du gou­ver­ne­ment cana­dien (le Québec est un joueur secon­daire dans la ges­tion de l’immigration) est de fermer la porte, de choi­sir les immi­grants pour leur « ren­ta­bi­lité », de favo­ri­ser des visa d’entrée tem­po­raires et à portée limi­tée (comme les tra­vailleurs mexi­cains qui tra­vaillent dans l’agriculture) et de refou­ler les « indé­si­rables ». Cette même poli­tique réac­tion­naire est à l’œuvre dans les autres pays capi­ta­listes où les immi­grants sont deve­nus une cible facile et servent de para­vents pour occul­ter les impacts désas­treux du néo­li­bé­ra­lisme sur l’emploi et les condi­tions de vie. La pos­ture des pro­gres­sistes doit donc être claire et sans ambigüité, en s’opposant à ces manœuvres. Ce qui veut dire en clair que nous devons lutter pour l’accueil des immi­grants dans des condi­tions qui leur per­mettent de s’épanouir et de contri­buer plei­ne­ment à la société québécoise.

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