La gauche devrait se réjouir d’assister à la déroute d’une expédition coloniale

La débâcle de l’OTAN en Libye (Counterpunch)

Par Mis en ligne le 20 juillet 2011

Après trois mois et demi de bom­bar­de­ments et de livrai­sons d’armes à dif­fé­rentes fac­tions rebelles, l’échec de l’OTAN dans ses efforts pour pro­mou­voir un « chan­ge­ment de régime » en Libye est désor­mais évident.

A l’évidence, les com­man­dants de l’OTAN espèrent encore en la bombe chan­ceuse qui tue­rait Kadhafi, mais à ce jour le pou­voir est encore entre les mains du diri­geant Libyen, tandis que les puis­sances de l’OTAN s’entredéchirent.

Les rap­ports sur les déli­bé­ra­tions à Istanbul du Groupe de Contact de l’OTAN ont un côté sur­réa­liste, où la Secrétaire d’Etat (US) Clinton et le Ministre des Affaires Étrangères bri­tan­nique Hague ont solen­nel­le­ment réaf­firmé leur enga­ge­ment pour un chan­ge­ment de régime et une conso­li­da­tion des rela­tions avec le Conseil de Transition à Benghazi, alors que l’humiliation de toute l’expédition de l’OTAN entrera dans les livres d’histoire comme un aver­tis­se­ment sur les dan­gers des illu­sions poli­tiques au ser­vice de « l’interventionnisme huma­ni­taire », comme un exemple du tra­vail épou­van­table effec­tué par les ser­vices de ren­sei­gne­ment, des illu­sions sur les bom­bar­de­ments et la supré­ma­tie des airs, et sur une des pires cam­pagnes de presse jamais vue.

Prenez par exemple le pre­mier ministre bri­tan­nique David Cameron. Il peut remer­cier Rupert Murdoch, et même le misé­rable Andy Coulson pour l’ironie de cette his­toire. Son incroyable erreur de calcul et son obs­ti­na­tion à embau­cher l’ancien rédac­teur de News of the World, Coulson, a tel­le­ment occupé l’espace média­tique ces der­niers jours qu’elle occulte une autre incroyable erreur de calcul sur la scène inter­na­tio­nale et lui évite raille­ries et cri­tiques.

Lorsque Cameron a rejoint le pré­sident fran­çais Sarkozy au début de mois de mars dans sa charge contre Kadhafi, appa­rem­ment aucune mise en garde n’est venu trou­bler l’ambiance guille­rette qui régnait à Downing Street (bureaux du pre­mier ministre bri­tan­nique – NdT). C’était comme si les bourdes et les erreurs de Blair en Irak, sans cesse exhu­mées au cours des années qui ont suivi, n’avaient jamais existé.

Cameron, comme Sarkozy, Clinton et Obama, étaient en pos­ses­sion de rap­ports des ser­vices de ren­sei­gne­ment sur la situa­tion en Libye. Est-ce qu’un de ces rap­ports leur a expli­qué que Kadhafi pou­vait se révé­ler plus dur à cuire que les diri­geants tuni­sien ou égyp­tien, qu’il pou­vait même béné­fi­cier d’un cer­tain sou­tien popu­laire à Tripoli et dans ouest du pays, qui a tou­jours été en conflit avec Benghazi et les régions de l’est ? Si c’est le cas, est-ce que quelqu’un l’a lu ?

La presse occi­den­tale, de même qu’Al Jazeera, n’a pas été d’une grande aide dans cette affaire. Les accu­sa­tions ini­tiales contre Kadhafi et le « géno­cide » commis contre son propre peuple ou le recours aux viols mas­sifs s’appuyaient sur des rumeurs invé­ri­fiables et des bul­le­tins de pro­pa­gande dif­fu­sés depuis Banghazi et ont été dis­cré­di­tés par des orga­ni­sa­tions res­pec­tables telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch. Toute pré­ten­tion que la Cour International de Justice pou­vait avoir en matière d’impartialité a été minée par son ins­tru­men­ta­li­sa­tion au ser­vice de l’OTAN, par des incul­pa­tions hâtives lan­cées contre Kadhafi et ses plus proches col­la­bo­ra­teurs à chaque fois que les inté­rêts de l’OTAN étaient en jeu.

Les jour­na­listes à Benghazi sont deve­nus les Pom-Pom girls de ce qui depuis le début n’était à l’évidence qu’un ramas­sis de fac­tions dis­pa­rates et désor­ga­ni­sées. Les jour­na­listes à Tripoli ont été réti­cents à écrire une seule ligne qui pou­vait paraître aux yeux de leurs rédac­teurs en chef trop « com­plai­sante » à l’égard Kadhafi, un per­son­nage dia­bo­lisé en Occident depuis pra­ti­que­ment le début de ses 40 ans de pou­voir. Les pro­gres­sistes amé­ri­cains (et fran­çais, pardi ! – NdT) exul­taient parce qu’ils tenaient là enfin une « guerre juste » et pou­vaient applau­dir les bom­bar­diers de l’OTAN avec la conscience tran­quille et s’accrocher à leurs fan­tasmes sur la pureté révo­lu­tion­naire des rebelles.

L’histoire nous démontre qu’aucun lar­gage de mil­liers de tonnes de bombes et de mis­siles, et quel que soit leur soi-disant « pré­ci­sion chi­rur­gi­cale », ne pro­voque un élan d’enthousiasme de la part des civils qui les reçoivent, même lorsque chaque pro­jec­tile est tam­ponné et cer­ti­fié « huma­ni­taire » et largué « avec les meilleures inten­tions du monde ». Tripoli a récem­ment connu de vastes mani­fes­ta­tions pro-gou­ver­ne­men­tales. La popu­la­tion Libyenne est de 6 mil­lions, dont 4 à Tripoli. Kadhafi se pro­mène dans la ville dans une Jeep ouverte. Un grand nombre d’AK-47 ont été dis­tri­bués aux comi­tés de défense civiles. Les forces de sécu­rité de Kadhafi ont-ils obligé tous ces gens à aller mani­fes­ter ? C’est peu pro­bable.

Cette semaine, la presse occi­den­tale s’est empressé de relayer l’histoire d’une poi­gnée de pri­son­niers qui ont dénoncé Kadhafi. Eh bien, si vous étiez un pri­son­nier avec des pis­to­lets rebelles posés sur la tempe, pro­cla­me­riez-vous votre fidé­lité à l’objet de leur colère ou mur­mu­riez-vous que vous avez été enrôlé de force dans son armée ? Ne s’agit-il pas là du B-A-BA du jour­na­lisme ? Sont-ils des « mer­ce­naires noirs » ou des Libyens du sud qui sont à la fois noirs et membres des milices de Kadhafi ?

D’autres indi­ca­tions sur les erreurs de juge­ment de l’OTAN ont été ses rebuf­fades envers les accu­sa­tions de diri­geants afri­cains, russes et même de pays membres de l’OTAN comme l’Allemagne, selon les­quelles les man­dats des deux réso­lu­tions du Conseil de Sécurité de l’OTAN votées en février et mars – la pro­tec­tion des popu­la­tions civiles – étaient ouver­te­ment violés et rem­pla­cés par une cam­pagne visant à tuer Kadhafi et à ins­tal­ler un « gou­ver­ne­ment pro­vi­soire » bancal à Benghazi, com­posé depuis le début par une bande de per­son­nages dou­teux.

Au début du mois de mars, Sarkozy, qui trai­naient dans les son­dages, a cru aux conseils de « nou­veau phi­lo­sophe » Bernard-Henri Lévy, après l’excursion entre­prise par ce der­nier à Benghazi le 6 mars, selon qui il suf­fi­sait de se bais­ser pour ramas­ser la Libye et son pétrole. Le 11 mars, Sarkozy a décidé pré­ci­pi­tam­ment de recon­naître le gang de Benghazi comme le gou­ver­ne­ment légi­time de la Libye et a attendu en toute confiance la chute de Kadhafi.

Dans un compte-rendu hila­rant sur la débâcle de l’OTAN, Vincent Jauvert du Nouvel Observateur a récem­ment révélé que les ser­vices de ren­sei­gne­ment fran­çais avait assuré à Sarkozy et au ministre des affaires étran­gères Juppé qu’ « à la pre­mière frappe (aérienne), des mil­liers de sol­dats de Kadhafi feraient défec­tion ». Ils avaient prédit aussi que les rebelles avan­ce­raient rapi­de­ment sur Sirte, la ville natale de Kadhafi et l’obligeraient à fuir le pays. Chose que les puis­sances de l’OTAN ont triom­pha­le­ment clamée en annon­çant même que Kadhafi avait fui vers le Venezuela. Il ne fait pas hési­ter à recou­rir au Gros Mensonge pour sa propre pro­pa­gande sauf lorsqu’il sera inévi­ta­ble­ment démenti 24 heures plus tard.

« Nous avons sous-estimé Kadhafi, » un déclaré un offi­cier à Jauvert. « Il se pré­pare à l’invasion depuis 41 ans. Nous n’imaginions pas qu’il s’adapterait aussi vite. Pour le trans­port des troupes et des bat­te­ries de mis­siles, par exemple, per­sonne ne pen­sait que Kadhafi irait ache­ter des cen­taines de camions Toyota au Niger et au Mali. Ce fut un éclair de génie : les camions sont iden­tiques à ceux des rebelles. L’OTAN est para­lysé. Ca retarde les frappes. Avant de bom­bar­der les véhi­cules, les pilotes doivent s’assurer qu’il s’agit de forces de Kadhafi. Nous avons demandé aux rebelles de placer un signe par­ti­cu­lier sur les toits de leurs camions, a dit un soldat, mais nous ne pou­vons jamais être cer­tains. Ils sont tel­le­ment désor­ga­ni­sés… » (tra­duc­tion à partir de la ver­sion anglaise – NdT)

Lorsque la chute n’a pas eu lieu à la date prévue, le gou­ver­ne­ment fran­çais a admis du bout des lèvres au début de mois qu’il livrait des armes et des muni­tions aux groupes rebelles libyens. Nous pou­vons pré­su­mer sans grand risque de se trom­per que la Grande-Bretagne mène ses propres opé­ra­tions clan­des­tines, et que la cap­ture d’une unité de SAS/MI6 (forces spéciales/​services de ren­sei­gne­ment – NdT) par des fer­miers Libyens n’est du meilleur augure.

A pré­sent, la coa­li­tion de l’OTAN est en train de se déli­ter, même si la presse US n’en parle pas. Le ministre de la défense fran­çais Gérard Longuet a accordé une inter­view à la fin de la semaine der­nière à une télé­vi­sion fran­çaise et il a dit que l’action mili­taire de la France avait échoué, et que l’heure de la diplo­ma­tie avait sonné. « Nous devons main­te­nant nous assoir autour d’une table. Nous arrê­te­rons les bom­bar­de­ments dés que les Libyens com­men­ce­ront à se parler entre eux et que les sol­dats des deux côtés retour­ne­ront dans leurs casernes. » (tra­duc­tion à partir de la ver­sion anglais – NdT). Longuet a sug­géré que Kadhafi pour­rait rester en Libye, « dans une autre pièce du palais, avec un autre titre. »

Si les remarques sur­pre­nantes de Longuet étaient des­ti­nées à l’opinion publique fran­çaise à la veille d’un vote à l’Assemblée Nationale, elles ont clai­re­ment été un choc pour Cameron et la Secrétaire d’Etat Clinton. Tout en ren­for­çant l’impression d’une guerre civile au sein de l’OTAN, Cameron et Clinton ont pré­ci­pi­tam­ment publié des décla­ra­tions qui réaf­fir­maient l’objectif d’un chan­ge­ment de régime, et que le départ de Kadhafi n’était pas négo­ciable, comme exigé par le gang de Benghazi.

Mais Berlusconi, dont le pays est devenu la des­ti­na­tion de dizaines de mil­liers de réfu­giés qui fuient les com­bats et l’effondrement éco­no­mique de la Libye, déclare à pré­sent qu’il avait tou­jours été contre cette aven­ture de l’OTAN. Il pour­rait refu­ser de renou­ve­ler quelques accords d’hébergement en Italie pour les puis­sances de l’OTAN enga­gées dans l’opération. L’Allemagne n’a jamais été enthou­siaste. A l’origine, la France et la Grande-Bretagne nour­ris­saient l’espoir d’une col­la­bo­ra­tion mili­taire étroite mais l’espoir s’est rapi­de­ment éva­noui pour toutes les rai­sons habi­tuelles – iner­tie, méfiance et simple incom­pé­tence.

La méfiance de Sarkozy envers l’Allemagne et la Turquie était appa­rem­ment si intense, selon le Nouvel Observateur, qu’il a demandé que les offi­ciers turcs et alle­mands pré­sents dans la struc­ture de com­mande de l’OTAN soient mis sur la touche parce qu’ils auraient pu sabo­ter la guerre étant donné les réti­cences de Berlin et d’Ankara pour toute l’opération. La règle veut que lorsque le com­man­dant suprême de l’OTAN, un géné­ral amé­ri­cain, et le numéro deux, un Britannique, sont absents, c’est le numéro 3, un Allemand, qui prend le com­man­de­ment. Sarkozy a fait sus­pendre cette règle.

Sous des pres­sions et des prio­ri­tés poli­tiques internes, Obama a joué à un double-jeu. Au départ, la pré­ci­pi­ta­tion vers le Conseil de Sécurité de l’ONU a été prin­ci­pa­le­ment une ini­tia­tive de la Secrétaire d’Etat Clinton. A mi-février, sur le plan poli­tique, Obama était dans une situa­tion déli­cate. Il se racon­tait de plus en plus qu’il ne ferait pas un second mandat. Clinton s’est pré­ci­pi­tée pour occu­per ce qu’elle per­ce­vait comme un vide ten­tant, peut-être même en cares­sant l’espoir d’accélérer le déclin d’Obama et de se placer comme can­di­date poten­tielle pour 2012. Obama, qui en était encore sou­cieux de se débar­ras­ser de sa répu­ta­tion de « mau­viette », a rapi­de­ment approuvé la mis­sion de l’OTAN et contré les accu­sa­tions d’inconstitutionnalité de cette déci­sion. Clinton a aus­si­tôt annoncé qu’elle n’était pas par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sée par une car­rière poli­tique natio­nale après 2012.

En termes de maté­riel, les Etats-Unis ont joué un rôle cru­cial. Selon un géné­ral fran­çais cité par le Nouvel Observateur, « 33 des 41 avions ravi­tailleurs uti­li­sés dans l’opération sont amé­ri­cains, la plu­part des Awacs aussi, tous les drones éga­le­ment, comme 100% des mis­siles anti­ra­dars et des kits de gui­dage laser des bombes. Et ce n’est pas tout. L’essentiel des moyens de com­man­de­ment et de contrôle de l’Otan comme la gigan­tesque bande pas­sante qui permet de trans­mettre toutes les don­nées sont amé­ri­cains ». Le direc­teur du ren­sei­gne­ment mili­taire, le géné­ral Didier Bolelli, a révélé que plus de 80% des cibles affec­tées aux pilotes fran­çais en Libye étaient dési­gnées par les ser­vices amé­ri­cains ! « Ils nous donnent juste ce qu’il faut pour que nous ne nous cas­sions pas la figure », assure un diplo­mate.

Ceux dont les sou­ve­nirs remontent à la débâcle de Suez en 1956 pour­raient se remé­mo­rer com­ment Eisenhower a sim­ple­ment donné l’ordre aux forces Britanniques, Françaises et Israéliennes d’abandonner leur objec­tif de ren­ver­ser Nasser. Nous pour­rions bien être en train d’assister à une nou­velle démons­tra­tion de la domi­na­tion US qui s’est ins­tau­rée au len­de­main de la seconde guerre mon­diale, avec l’administration Obama qui remet les choses en place en démon­trant qu’une supré­ma­tie euro­péenne dans la région médi­ter­ra­néenne est vouée à l’échec.

Avant de prendre sa retraite, le Secrétaire à la Défense (US) Gates a pris soin de remuer le cou­teau dans la plaie lors d’un dis­cours à Bruxelles : « la plus grande alliance mili­taire de l’histoire, est… enga­gée dans une opé­ra­tion contre un régime mal armée d’un pays sous peuplé – et pour­tant de nom­breux alliés sont à court de muni­tions et ont besoin des Etats-Unis, une fois de plus, pour com­bler le manque. » Il a déclaré d’un ton sinistre que « les futurs diri­geants poli­tiques US… pour­raient consi­dé­rer que le retour sur inves­tis­se­ment de l’Amérique dans l’OTAN ne vaut pas la dépense.  »

Même si Obama est sans équi­voque favo­rable à un chan­ge­ment de régime en Libye, après le constat d’échec de la cam­pagne de bom­bar­de­ments l’ambiance poli­tique ici n’est pas pro­pice à une esca­lade – très coû­teuse et plutôt reje­tée par l’opinion publique.

Il n’y a rien qui indique que le diri­geant du Labour (le « PS bri­tan­nique » – NdT), Ed Miliband, prêt à bondir pour saisir les rênes de la cam­pagne anti-Murdoch, ait l’agilité poli­tique suf­fi­sante pour griller Cameron pour la farce libyenne. Par nature, il est pro­ba­ble­ment plus enclin aux « inter­ven­tions huma­ni­taires » que Cameron et la seule chose qu’il pour­rait repro­cher à ce der­nier est de n’avoir pas avoir fait suf­fi­sam­ment d’efforts.

En résumé, la gauche devrait se réjouir d’assister à la déroute d’une simple expé­di­tion colo­niale, avec de graves consé­quences à long-terme en ce qui concerne la cré­di­bi­lité de l’OTAN et ses faux sem­blants à l’égard du droit inter­na­tio­nal. Un autre motif de réjouis­sances est le dis­cré­dit encore plus grand qui vient de frap­per le tri­bu­nal fan­toche connu sous le nom de Cour de Justice Internationale.

Et main­te­nant ? L’air est char­gée de spé­cu­la­tions sur un éven­tuel accord, spé­cu­la­tions ponc­tuées par des bêle­ments pieux des Américains et des Britanniques sur l’imminence de la chute de Kadhafi, que ce der­nier serait à court de car­bu­rant, que les rebelles res­ser­re­raient leur étau sur Tripoli, que les Russes auraient négo­cié une sortie hono­rable. Il semble plus juste de consta­ter qu’au bout de quatre mois et demi, l’OTAN et les inter­ven­tion­nistes sont en train de subir une humi­lia­tion. Ajoutez à ça l’humiliation de Rupert Murdoch et nous avons là lar­ge­ment de quoi lever nos verres très haut.

Alexander Cockburn

http://​coun​ter​punch​.org/​c​o​c​k​b​u​r​n​0​7​1​5​2​0​1​1​.html

Traduction « à la santé du peuple Libyen » par VD pour le Grand Soir.


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