La crise du capitalisme mondial

Mis en ligne le 09 octobre 2008

[Cet article d’Alan Woods a été rédigé le 26 sep­tembre der­nier, c’est-à-dire avant l’adoption du « Plan Paulson » par le Congrès amé­ri­cain.]

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Nous vivons des temps excep­tion­nels. La panique finan­cière, aux Etats-Unis, pro­voque des vagues qui menacent d’engloutir le monde entier. La conscience de mil­lions de gens est en train d’évoluer rapi­de­ment. Le 25 sep­tembre, une mani­fes­ta­tion à l’appel de syn­di­cats amé­ri­cains a mobi­lisé envi­ron un mil­lier de tra­vailleurs, dont un grand nombre d’ouvriers du bâti­ment – métal­lur­gistes, manœuvres, plom­biers, etc. – ainsi que des ensei­gnants et du per­son­nel de bureau. Le but de la mani­fes­ta­tion, orga­ni­sée en moins de deux jours, était de pro­tes­ter contre le projet de ren­flouer Wall Street avec 700 mil­liards de dol­lars d’argent public.

Par Alan WOODS

Voici un extrait d’une dépêche de Reuters sur cette mani­fes­ta­tion :

« A l’occasion d’une mani­fes­ta­tion partie de la bourse de New-York, des ouvriers du bâti­ment, des sala­riés des trans­ports, des machi­nistes, des ensei­gnants et d’autres tra­vailleurs syn­di­qués ont vigou­reu­se­ment pro­testé contre la pro­po­si­tion du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain de ren­flouer Wall Street. Plusieurs cen­taines de mécon­tents criaient leur sou­tien enthou­siaste aux diri­geants syn­di­caux qui fus­ti­geaient le plan de 700 mil­liards de dol­lars visant à revi­go­rer le marché du crédit en sou­la­geant les ins­ti­tu­tions finan­cières de leurs mau­vaises créances.

«  » Le gou­ver­ne­ment Bush veut que nous payions un plan de sau­ve­tage de Wall Street qui n’effleure même pas les causes pro­fondes de la crise « , a déclaré John Sweeney, le pré­sident de l’AFL-CIO. « Nous vou­lons que nos impôts servent à aider les mil­lions de tra­vailleurs qui dépendent de Wall Street, et non à sub­ven­tion­ner une poi­gnée de pri­vi­lé­giés et de diri­geants sur­payés. « 

« Sur les pan­cartes des mani­fes­tants, on peut lire : « Pas de chèque en blanc pour Wall Street « , et « Ne tou­chez pas à nos retraites ! ». Les mani­fes­tants ont acclamé les appels répé­tés lancés au gou­ver­ne­ment pour qu’il inves­tisse dans l’éducation, la santé et le loge­ment aussi libre­ment et faci­le­ment qu’il pro­pose de le faire pour Wall Street. « Nous savons qu’il faut trou­ver une solu­tion à la situa­tion éco­no­mique. Mais nous vou­lons une réponse sérieuse, pas un sau­ve­tage oppor­tu­niste « , a déclaré le pré­sident du syn­di­cat des ensei­gnants, Randi Weingarten. » Si les ensei­gnants doivent rendre des comptes, alors Wall Street aussi doit rendre des comptes. » »

L’humeur des mani­fes­tants était à la colère. Un appel à une grève géné­rale, si le plan de sau­ve­tage ne béné­fi­cie qu’aux riches, a été accueilli avec enthou­siasme. Cela repré­sente le début d’un chan­ge­ment pro­fond dans la conscience des tra­vailleurs, et pas seule­ment aux Etats-Unis.

Le spectre de 1929

Ce qui s’est pro­duit sur les mar­chés finan­ciers, ces der­niers mois, est inédit dans l’histoire récente. Les mêmes éco­no­mistes bour­geois qui, jusqu’alors, niaient la pos­si­bi­lité d’une réces­sion, parlent désor­mais de la crise la plus sérieuse depuis 60 ans. En fait, ils veulent dire 79 ans, car il n’y avait pas de crise en 1948. Mais les éco­no­mistes sont des gens super­sti­tieux, et ils ont peur de men­tion­ner 1929, tout comme les anciens Israélites avaient peur de men­tion­ner le nom de leur Dieu, de peur que cela pro­voque quelque mal­heur. Ils sont tous inquiets de la « confiance » dans les mar­chés, car ils croient tous avec fer­veur que c’est la confiance (ou son absence) qui est la cause réelle de la crois­sance ou d’une réces­sion. Or, en réa­lité, la crois­sance et la réces­sion s’enracinent dans les condi­tions objec­tives. Les varia­tions du degré de confiance reflètent les condi­tions réelles, même s’il est vrai que ces varia­tions peuvent à leur tour faire partie de ces condi­tions réelles, en pous­sant le marché vers le haut – ou, comme actuel­le­ment, vers le bas.

Le Congrès amé­ri­cain hésite face au plan de « sau­ve­tage », et le Secrétaire au Trésor Henry Paulson – que cer­tains com­men­ta­teurs consi­dèrent désor­mais comme le pré­sident de facto des Etats-Unis – enrage. Pendant ce temps, les bourses mon­diales conti­nuent de chuter, et per­sonne ne peut les arrê­ter. Un argu­ment est sur toutes les lèvres : « Vous nous deman­dez de signer un chèque en blanc de cen­taines de mil­liards, sans la moindre garan­tie. A part le fait que cela récom­pen­sera les ban­quiers pour leurs gros­sières erreurs de ges­tion, qui dit que cela mettra un terme à la chute des mar­chés ? »

C’est une excel­lente ques­tion, à laquelle ni Bush, ni Paulson, ni per­sonne d’autre n’a de réponse. Il est assez amu­sant d’entendre ces anciens avo­cats du sacro-saint « libre marché » implo­rer le gou­ver­ne­ment de sauver le marché de lui-même. Mais ils y sont pous­sés pas leur propre logique, la folle logique de l’économie de marché. L’actuelle crise finan­cière, que les mar­xistes avaient annon­cée de longue date, est la consé­quence directe d’une longue période de spé­cu­la­tion incon­trô­lée, qui a pro­duit la plus grande bulle spé­cu­la­tive de l’histoire.

Socialisme – pour les riches

De plus en plus de gens com­mencent à remettre en cause un sys­tème éco­no­mique capable de pro­duire de telles abo­mi­na­tions. Lorsque l’Etat capi­ta­liste lui-même est contraint de natio­na­li­ser des éta­blis­se­ments finan­ciers, l’idée sui­vante ne peut que pro­gres­ser : pour­quoi a-t-on besoin de ban­quiers et de capi­ta­listes ? C’est la raison pour laquelle les poli­ti­ciens évitent le mot « natio­na­li­sa­tion » comme le diable évite l’eau bénite. Ils cherchent à tous prix des moyens, pour l’Etat, de four­nir du capi­tal aux banques sans que cela implique une natio­na­li­sa­tion. Ils se creusent le cer­veau pour inven­ter de nou­velles formes de capi­tal qui laissent le contrôle et la pro­priété des banques concer­nées entre des mains pri­vées. Mais en fin de compte, ils sont obli­gés de prendre leur contrôle pour éviter qu’elles ne s’effondrent. C’est une condam­na­tion acca­blante de la pro­priété privée d’un sec­teur clé de l’économie.

N’est-il pas ahu­ris­sant que les diri­geants de Bear Stearns aient reçu des for­tunes pour appli­quer des stra­té­gies finan­cières qui ont mené au désastre ? Et pour­quoi les contri­buables amé­ri­cains – dont la plu­part ne sont pas riches – devraient-ils payer une note de 700 mil­liards de dol­lars pour sauver les grandes ins­ti­tu­tions finan­cières ? Le 30 sep­tembre 2007, le gou­ver­ne­ment fédé­ral accu­sait un défi­cit fiscal de 53 000 mil­liards de dol­lars, soit 445 000 dol­lars par ménage et 175 000 par per­sonne. Chaque jour, ce far­deau croît de 6600 à 9900 dol­lars par Américain. Medicare repré­sente 34 000 mil­liards de ce défi­cit. Qu’il s’agisse d’Obama ou de McCain, celui qui rem­por­tera les pro­chaines élec­tions pré­si­den­tielles et contrô­lera le Congrès devra enga­ger des coupes sombres dans le niveau de vie des Américains. Les mêmes capi­ta­listes qui ont pris des mil­lions au gou­ver­ne­ment et à la Réserve Fédérale demandent un contrôle bud­gé­taire strict, une coupe dans les dépenses fédé­rales et une contre-réforme du sys­tème de santé publique.

Il n’y a pas d’argent pour Medicare, les écoles ou les retraites. Mais il y a plein d’argent pour les grandes banques et ceux qui sont déjà richis­simes. Cette contra­dic­tion fla­grante est en train de péné­trer la conscience de mil­lions d’Américains ordi­naires. Cela aura d’énormes consé­quences. Le lourd far­deau de la dette devra être placé sur les épaules des géné­ra­tions à venir, qui devront en payer le prix fort en termes de niveau de vie. Cela mènera inévi­ta­ble­ment à de pro­fonds chan­ge­ments dans la conscience de la masse des tra­vailleurs amé­ri­cains.

La dic­ta­ture du capi­tal finan­cier

Notre époque est celle du capi­ta­lisme de mono­pole. L’une de ses carac­té­ris­tiques est la com­plète domi­na­tion du capi­tal finan­cier. Cette domi­na­tion est allée plus loin aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne que par­tout ailleurs. La Grande-Bretagne, qui fut par le passé « l’atelier du monde », s’est trans­for­mée en une éco­no­mie para­si­taire, qui pro­duit très peu et qui est domi­née par la finance et les ser­vices. Jusqu’à récem­ment, c’était pré­senté comme quelque chose de posi­tif, qui pro­té­ge­rait la Grande-Bretagne des tur­bu­lences de l’économie mon­diale. Mais c’est l’inverse qui est vrai. En sui­vant ser­vi­le­ment le modèle amé­ri­cain, la Grande-Bretagne a été entraî­née dans la réces­sion dans le sillage des Etats-Unis – et en sera sans doute gra­ve­ment affec­tée. Tel un ver soli­taire crois­sant au détri­ment de l’organisme qu’il para­site, le sec­teur finan­cier est devenu trop grand par rap­port à l’économie. Il l’a affai­blie et menace de la faire entiè­re­ment som­brer.

Pendant des années, les Etats-Unis sem­blaient défier les lois de la gra­vité éco­no­mique. A pré­sent, ils doivent en payer le prix. La chute est d’autant plus sévère que la spé­cu­la­tion immo­bi­lière avait atteint des som­mets, dans la période pré­cé­dente. La chute des prix de l’immobilier est d’ores et déjà plus impor­tante que pen­dant la Grande Dépression des années 30. Pendant le pre­mier tri­mestre de 2008, les prix de l’immobilier ont offi­ciel­le­ment chuté de 14,1%. Par com­pa­rai­son, en 1932, au point le plus bas de la Dépression, les prix des mai­sons chu­taient de 10,5%. En outre, cer­tains éco­no­mistes pensent que le chiffre réel de la chute du prix de l’immobilier, au pre­mier tri­mestre de 2008, est plutôt de 16%. Et cette chute est loin d’être ter­mi­née.

Cela signi­fie que les énormes quan­ti­tés d’argent injec­tées dans le sys­tème ban­caire ne per­met­tront pas d’enrayer la chute. Tout au plus appor­te­ront-elles un répit tem­po­raire, avant une nou­velle chute encore plus sérieuse. Telle est la logique des mar­chés, qui n’obéissent à aucune autre loi que la leur. Les pré­ten­dus « plans de sta­bi­li­sa­tion » ne sont rien de tel. Tous les dis­cours sur la régu­la­tion des mar­chés sont absurdes. Le sys­tème capi­ta­liste est anar­chique de par sa nature même. Il ne peut être ni pla­ni­fié, ni régulé. La ten­ta­tive de sta­bi­li­ser le sec­teur finan­cier en y injec­tant d’énormes quan­ti­tés de cash n’aboutira qu’à une chose : rendre les super-riches encore plus riches. Mais cela n’aura aucun effet à long terme sur le marché.

L’insolence des ban­quiers est assez éton­nante. Ils demandent aux gou­ver­ne­ments d’acheter leurs mau­vais cré­dits, tout en s’accrochant à leurs avoirs pro­fi­tables. Nul ne sait à com­bien s’élèvent les mau­vaises créances. Un vieux pro­verbe nous dit de ne jamais ache­ter un cochon dans un sac. C’est un conseil sensé, mais en l’occurrence, les capi­ta­listes demandent au gou­ver­ne­ment de vastes quan­ti­tés d’argent – sans regar­der à l’intérieur du sac. La crise du sys­tème ban­caire est le résul­tat d’une escro­que­rie mas­sive à laquelle tous les ban­quiers ont par­ti­cipé au cours de ces vingt der­nières années. Ils en sont sortis fabu­leu­se­ment riches, mais ils ont laissé au pas­sage une énorme quan­tité de dettes et de capi­taux fic­tifs dans les bilans des ins­ti­tu­tions finan­cières. Comment résoudre ce petit pro­blème ? Facile ! Passez la note aux contri­buables. Le gou­ver­ne­ment n’a qu’à fonder une agence qui achè­tera ces avoirs et les conser­vera jusqu’à ce qu’ils soient « mûrs » et puissent être reven­dus au sec­teur privé. Cela signi­fie natio­na­li­ser les pertes et pri­va­ti­ser les pro­fits – ou, sui­vant la mer­veilleuse for­mule de Gore Vidal : le socia­lisme pour les riches et le libre marché pour les pauvres.

Les capi­ta­listes pré­tendent qu’ils font des sacri­fices, eux aussi. Mais ce qu’ils veulent dire, c’est qu’ils sacri­fient un peu de leurs pro­fits fara­mi­neux, pen­dant que les tra­vailleurs sacri­fient leurs emplois et leurs loge­ments. Les ban­quiers crient de dou­leur, et les gou­ver­ne­ments accourent avec un carnet de chèques en main. Les ban­quiers demandent une grosse trans­fu­sion de cash pour guérir leur mala­die. Cela s’appelle une « pro­vi­sion de liqui­dité ». Le pro­blème, c’est que l’Etat n’a pas de liqui­dité à sa dis­po­si­tion. Il ne peut lever des fonds qu’en aug­men­tant les impôts. Mais l’augmentation des impôts va affec­ter la demande, qui baisse déjà aux Etats-Unis. Cela pour­rait tem­po­rai­re­ment sou­la­ger les « souf­frances » des super-riches, mais au prix d’accroître celles de mil­lions d’Américains ordi­naires. En soi, cela ne serait certes pas un pro­blème, évi­dem­ment, puisque souf­frir pour la grande cause du Marché est le devoir de tout patriote amé­ri­cain. Mais mal­heu­reu­se­ment, cela aura aussi de très sérieuses consé­quences sur l’économie.

Une nou­velle baisse de la demande fera monter le chô­mage. Des entre­prises feront faillite. De plus en plus de gens seront inca­pables de faire face à leurs emprunts immo­bi­liers et autres cré­dits. En d’autres termes, cela aggra­vera la crise et com­pli­quera sa réso­lu­tion. En outre, au cours de la der­nière période, les Etats-Unis sont passés du rang de plus grands cré­di­teurs à celui de plus grands débi­teurs au monde. L’achat de banques en faillite et l’injection de capi­tal dans les ins­ti­tu­tions finan­cières accroî­tront consi­dé­ra­ble­ment cet endet­te­ment col­lec­tif. Cela débou­chera sur une nou­velle chute de la valeur du dollar par rap­port aux autres mon­naies – et sur de nou­velles convul­sions sur les mar­chés moné­taires mon­diaux.

Les Banques Centrales sont sup­po­sées pré­ve­nir la panique en pro­té­geant les dépôts ban­caires et en met­tant des liqui­di­tés à la dis­po­si­tion des ins­ti­tu­tions finan­cières. Mais il y a des limites aux res­sources des Banques Centrales, et ces limites sont rapi­de­ment atteintes. Elles ne sont sans doute pas loin d’avoir fait tout ce qui est pos­sible. Dans l’hypothèse de nou­velles faillites ban­caires, elles seront impuis­santes. Or, comme nul n’a la moindre idée de la quan­tité de cré­dits pour­ris qui empoi­sonnent le sys­tème finan­cier mon­dial, de telles crises sont inévi­tables dans la période à venir. Tôt ou tard, cela doit se ter­mi­ner par la chute d’une ou plu­sieurs banques majeures, ce qui pour­rait pro­vo­quer un choc fatal pour l’économie mon­diale, comme lors de l’effondrement de Kredit-Anstalt, la plus grande banque autri­chienne, en 1931. C’est ce qui avait marqué le début de l’effondrement finan­cier en Europe Centrale et au-delà. Un scé­na­rio sem­blable, dans la période à venir, est entiè­re­ment pos­sible.

Marx sur le capi­tal fictif

Ce n’est pas le manque d’argent qui est la cause de la crise. C’est au contraire la crise qui pro­voque un manque d’argent. Avec leur men­ta­lité de ban­quiers, les éco­no­mistes bour­geois confondent la cause et l’effet, l’apparence et l’essence. Quand l’économie entre en crise, le crédit s’assèche, et les gens demandent des espèces son­nantes et tré­bu­chantes. C’est un effet de la crise, même s’il est vrai que l’effet devient cause et génère une spi­rale des­cen­dante.

Les ban­quiers et leurs amis répètent que la cause de la crise réside dans le manque de capi­tal à la dis­po­si­tion du sys­tème finan­cier. C’est une affir­ma­tion pour le moins éton­nante. Ces deux der­nières décen­nies, on a assisté à une gigan­tesque orgie finan­cière dans laquelle les banques réa­li­saient d’énormes pro­fits. A pré­sent, ils pré­tendent ne pas avoir assez de capi­tal ! En fait, pen­dant la phase de crois­sance, il y avait en cir­cu­la­tion une immense quan­tité de capi­tal sous forme de crédit, et cette sur­abon­dance de capi­tal illus­trait à elle seule les limites de la pro­duc­tion capi­ta­liste. Il y avait d’immenses sommes de capi­tal dis­po­nibles pour la spé­cu­la­tion qui ne trou­vaient pas de débou­chés, et les capi­ta­listes devaient trou­ver d’autres moyens de les inves­tir.

Marx sou­li­gnait que l’idéal des capi­ta­listes est de faire de l’argent avec de l’argent, sans avoir à passer par le pénible pro­ces­sus de la pro­duc­tion. Au cours de la der­nière période, il sem­blait qu’ils y étaient par­ve­nus (sauf en Chine, où il y a eu un véri­table déve­lop­pe­ment des forces pro­duc­tives). Aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Espagne, en Irlande et dans bien d’autres pays, les banques ont investi des mil­liards dans la spé­cu­la­tion, en par­ti­cu­lier dans le sec­teur immo­bi­lier. C’est sur cette base que le scan­dale des sub­primes s’est déve­loppé, géné­rant d’incroyables quan­ti­tés de capi­tal fictif.

A l’époque de Marx, déjà, il y avait d’énormes quan­ti­tés de capi­tal en cir­cu­la­tion. C’est ce capi­tal qui for­mait la base du capi­tal fictif. A l’époque, déjà, il y avait déjà des cré­dits frau­du­leux, l’équivalent des actuels « pro­duits déri­vés ». Ceci dit, com­paré à la situa­tion actuelle, c’était insi­gni­fiant. Aujourd’hui, la quan­tité totale de spé­cu­la­tion, à l’échelle mon­diale, est stu­pé­fiante. Ne pre­nons qu’un exemple : le com­merce des cré­dits dou­teux. Ce marché permet à deux par­ties de parier sur la pro­ba­bi­lité qu’une entre­prise ne soit pas en mesure de payer sa dette. Cela s’élève à 90 000 mil­liards de dol­lars. Mais les contrats ne sont enre­gis­trés que dans les dos­siers des contrac­tants. Nul ne connaît le volume réel qui est échangé, ce qui expose l’économie mon­diale à d’énormes risques. Cela explique la panique à Wall Street et à la Maison Blanche. Ils craignent – à juste titre – que n’importe quel choc sévère ne fasse chuter tout l’édifice instable de la finance inter­na­tio­nale, ce qui aurait d’incalculables consé­quences.

Même au XIXe siècle, au somment d’un boom, lorsque le crédit était facile et que la confiance aug­men­tait, la plu­part des tran­sac­tions se fai­saient sans argent réel. Au début d’un cycle, il y a une abon­dance de capi­tal, et les taux d’intérêts sont bas. A ce stade du cycle, les bas taux d’intérêts sti­mulent les pro­fits et la crois­sance. Plus tard, lorsque la pros­pé­rité est à son sommet, les taux d’intérêts atteignent leur niveau moyen. Comme il y a une demande crois­sante de crédit, les taux d’intérêts aug­mentent. Or, lors du der­nier boom, cela ne s’est pas pro­duit.

Ces der­nières années, la Réserve Fédérale a déli­bé­ré­ment main­tenu de bas taux d’intérêts (ils sont même allés jusqu’à des taux néga­tifs, au regard de l’inflation). Du point de vue de l’orthodoxie capi­ta­liste, c’était irres­pon­sable. Cela a pro­vo­qué la bulle immo­bi­lière, jetant les bases de la crise actuelle. Mais tant que les inves­tis­seurs réa­li­saient d’immenses pro­fits, nul ne s’en sou­ciait. Ils ont tous par­ti­cipé à cette folle orgie finan­cière. Les ban­quiers les plus res­pec­tables et les éco­no­mistes les plus sages chan­taient en coeur : « Mangeons, buvons, soyons joyeux, car demain nous mour­rons ! »

S’ils se plaignent, aujourd’hui, d’être à court de capi­tal, c’est parce qu’une large partie de leurs actifs est fic­tive – ce qui est la consé­quence d’une escro­que­rie sans pré­cé­dent dans l’ensemble du sec­teur finan­cier. Tant que la crois­sance conti­nuait, per­sonne n’y prê­tait atten­tion. Mais à pré­sent que la crois­sance est en miettes, tous ces actifs sont l’objet de sus­pi­cion. Les ban­quiers ne sont plus dis­po­sés, comme hier, à s’acheter de grandes quan­ti­tés de dettes. La défiance s’est géné­ra­li­sée. Lorsqu’il s’agit de prêter ou d’emprunter, le vieil opti­misme facile laisse place à l’avarice. L’ensemble du sys­tème ban­caire, sur lequel repose la cir­cu­la­tion du capi­tal, est menacé de para­ly­sie.

Tant que tous les actifs pour­ris n’auront pas été éli­mi­nés, de nom­breuses ins­ti­tu­tions man­que­ront de capi­tal pour ali­men­ter l’économie en crédit frais. Marx avait décrit ce stade du cycle éco­no­mique, dans le Capital :

« Il va de soi que les moyens de paie­ment font défaut pen­dant une crise. Le besoin de conver­tir des traites s’est sub­sti­tué à celui d’échanger des mar­chan­dises, et cette situa­tion s’accuse d’autant plus que pen­dant pareille période une partie des mai­sons de com­merce s’appuie exclu­si­ve­ment sur le crédit. Aussi des lois absurdes sur les banques, comme celle de 1841-45, peuvent-elles aggra­ver une crise finan­cière. Aucune loi ne peut la sup­pri­mer.

« Dans un sys­tème de pro­duc­tion dont la cohé­rence repose entiè­re­ment sur le crédit, une crise et une demande vio­lente de moyens de paie­ment doivent inévi­ta­ble­ment surgir lorsque le crédit est sup­primé brus­que­ment et que seuls les paie­ments en espèces sont admis. A pre­mière vue, tout doit se rame­ner à une crise de crédit et d’argent, étant donné qu’il n’est ques­tion que de la pos­si­bi­lité de conver­tir des traites en argent. Mais ces traites repré­sentent, d’une part – et c’est la plus grande masse – des ventes et des achats réels dépas­sant de loin les besoins de la société et par cela même causes de la crise ; d’autre part, des affaires véreuses qui alors seule­ment viennent au jour, des spé­cu­la­tions mal­heu­reuses faites avec les capi­taux des autres, des mar­chan­dises dépré­ciées et inven­dables. Dans ces cir­cons­tances, le sys­tème arti­fi­ciel auquel a abouti l’expansion vio­lente du procès de repro­duc­tion, ne peut natu­rel­le­ment pas être rendu normal par l’intervention d’une banque, la Banque d’Angleterre par exemple, qui emploie­rait son papier pour consti­tuer aux tri­po­teurs le capi­tal qui leur manque et ache­ter à leur pre­mière valeur nomi­nale toutes les mar­chan­dises dépré­ciées. D’ailleurs, tout semble ren­versé dans ce monde du papier, où nulle part ne se ren­contrent les prix réels avec leurs bases réelles, et où il n’est jamais ques­tion que de lin­gots, espèces, billets, traites, valeurs, prin­ci­pa­le­ment dans les centres, comme Londres, où se concentrent toutes les affaires finan­cières du pays. » (Le Capital, Volume 3, Chapitre 30.)

Les capi­ta­listes doivent extraire du sys­tème tout ce capi­tal fictif. Comme un homme dont le corps a été empoi­sonné, ou comme un toxi­co­mane qui lutte contre les effets de l’addiction, ils doivent expul­ser le poison de l’organisme – ou mourir. Mais c’est un pro­ces­sus dou­lou­reux qui n’est pas sans dan­gers. Comme le crédit s’assèche, les capi­ta­listes exigent des rem­bour­se­ments à plus courte échéance. Ceux qui ne peuvent pas payer feront faillite. Le chô­mage aug­mente en consé­quence, ce qui à son tour contracte la demande. Cela pro­voque de nou­velles faillites et de nou­velles dettes qui ne peuvent être rem­bour­sées. Ainsi, tous les fac­teurs qui avaient fait croître l’économie, au cours de la der­nière période, la poussent désor­mais vers le bas.

La faillite des éco­no­mistes bour­geois

Les éco­no­mistes s’accrochaient à la vieille illu­sion selon laquelle une réces­sion mon­diale était impos­sible, qu’ils avaient appris les leçons du passé (comme un ivrogne le len­de­main de chaque cuite). Ils expli­quaient que la crise finan­cière serait confi­née aux Etats-Unis ; que l’économie amé­ri­caine serait « décou­plée » du reste du monde (ce qui contre­dit tout ce qu’ils avaient eux-mêmes dit au sujet de la mon­dia­li­sa­tion) ; que l’Europe et la Chine devien­draient les forces motrices de l’économie mon­diale – et ainsi de suite.

Comme ces argu­ments sonnent creux, à pré­sent ! Il y a une baisse glo­bale des prix de l’immobilier. L’économie mon­diale ralen­tit. Les éco­no­mies amé­ri­caine et euro­péenne ralen­tissent déjà de façon signi­fi­ca­tive, et comme de nou­velles faillites ban­caires sont inévi­tables, ce pro­ces­sus se pour­sui­vra. Il est vrai que les soi-disant « pays émer­geants » conti­nuent de croître. Mais il est impen­sable qu’ils puissent rester à l’écart de la crise géné­rale. Bien sûr, ce pro­ces­sus se déve­lop­pera sur une cer­taine période, et de façon inégale. Les dif­fé­rents pays seront frap­pés par la crise plus ou moins rapi­de­ment. Mais au final, ils y seront tous happés.

Peu importe dans quel pays cela com­mence. Dans les condi­tions modernes, la crise pas­sera inévi­ta­ble­ment d’un pays à l’autre, d’un conti­nent à l’autre. Cette fois-ci, cela a com­mencé aux Etats-Unis, le pays où la manie de la spé­cu­la­tion a été portée à des niveaux extrêmes. Mais rapi­de­ment, et contre tous les pro­nos­tics des éco­no­mistes, cela s’est étendu à l’Irlande, l’Espagne, la Grande-Bretagne et l’ensemble de l’Europe. Les réper­cus­sions frap­pe­ront l’Amérique latine, l’Asie et l’Afrique. Les pays seront tou­chés les uns après les autres, comme des domi­nos. La Chine ne fera pas excep­tion – bien qu’elle conti­nue de croître, pour le moment.

Dans une crise, les capi­ta­listes sont obli­gés de prendre des mesures extra­or­di­naires pour s’accaparer une partie d’un marché qui s’étiole. Ils se livrent au dis­count (baisse des prix), au dum­ping et autres moyens de contre­car­rer leurs com­pé­ti­teurs. Ce fai­sant, ils aggravent la crise en ali­men­tant une spi­rale défla­tion­niste. Les gens retardent leurs achats en pré­vi­sion d’une baisse des prix – et, ce fai­sant, poussent les prix vers le bas. On voit clai­re­ment ce phé­no­mène dans le marché immo­bi­lier.

La conta­gion s’étend d’un pays à l’autre comme une incon­trô­lable épi­dé­mie. Il appa­raî­tra évident que chaque pays a trop exporté (c’est-à-dire, trop pro­duit) et trop importé (trop com­mercé). Il sera évident que tous ont abusé du crédit et allumé les flammes de l’inflation et de la spé­cu­la­tion, qui doivent à pré­sent être éteintes, même au prix fort. Autrement dit, on ne parle pas de tel ou tel pays, de telle ou telle banque ou de tel ou tel spé­cu­la­teur indi­vi­duel – mais du sys­tème lui-même. Il est vrai qu’aucune crise ne dure éter­nel­le­ment. A long terme, un nouvel équi­libre sera atteint et un nou­veau cycle éco­no­mique s’engagera. Mais rien de tel n’est en vue, à ce stade. La crise n’est pas ter­mi­née. Elle a à peine com­mencé. Personne ne sait com­bien de temps elle durera. Et de toutes façons, comme le disait Keynes : « A long terme nous sommes tous morts. »

Il est facile d’être sage après l’événement. Les éco­no­mistes bour­geois sont excel­lents lorsqu’il s’agit de pré­dire des choses qui se sont déjà pro­duites. En la matière, ils font penser aux auteurs de l’Ancien Testament, qui pré­di­saient avec une pré­ci­sion infaillible des évé­ne­ments qui s’étaient pro­duits il y a plu­sieurs siècles. Cela impres­sionne des gens cré­dules comme les Témoins de Jéhovah, qui y voient la preuve de l’inspiration divine de la Bible. D’autres, plus scep­tiques et scien­ti­fiques, accueillent de telles « pré­dic­tions » d’un grand rire. Toujours est-il que les mêmes gens qui raillaient les mar­xistes et nous assu­raient qu’il n’y aurait pas de crise se tordent à pré­sent les mains de déses­poir. Ils nous informent que nous vivons la crise la plus grave depuis les années 30, et espèrent que per­sonne ne remar­quera la contra­dic­tion fla­grante entre ce qu’ils disent aujourd’hui et ce qu’ils disaient hier.

Le fait est que depuis 20 ou 30 ans, les éco­no­mistes bour­geois n’ont rien com­pris et rien anti­cipé. Ils n’ont vu venir ni les crises, ni les reprises. Ils ont passé des décen­nies à essayer de nous expli­quer que le cycle éco­no­mique avait été aboli, que le chô­mage de masse était une chose du passé, que le monstre de l’inflation avait été appri­voisé, etc. Et bien évi­dem­ment, tous les poli­ti­ciens réfor­mistes ont cru et répété ces contes de fées. Cela montre que les éco­no­mistes bour­geois ne servent qu’à jus­ti­fier un sys­tème en faillite et dégé­néré.

Ce que nous avions prédit

Comparons les pers­pec­tives des mar­xistes à celles des bour­geois. Contrairement aux éco­no­mistes bour­geois, qui ont commis l’erreur de croire à leur propre pro­pa­gande, la ten­dance mar­xiste a cor­rec­te­ment expli­qué la réa­lité de la situa­tion. Dans nos Perspectives pour l’économie mon­diale, en 1999, nous écri­vions :

« Dans le passé, on disait que le rôle de la Fed était de fermer le bar juste au moment où la fête com­men­çait à battre son plein. Mais ce n’est plus le cas. Tout en se disant publi­que­ment dévoué à l’austérité et à la pro­bité, Alan Greenspan a toléré la créa­tion de la plus grande orgie spé­cu­la­tive de l’histoire – même s’il est sans doute conscient des dan­gers que cela implique. Comme l’empereur Néron, il joue du violon pen­dant que Rome brûle. Ainsi se véri­fie la vieille devise : « Les dieux rendent d’abord fous ceux qu’ils veulent détruire ». »

Dans le même docu­ment, nous écri­vions :

« A notre époque, les obs­tacles fon­da­men­taux au déve­lop­pe­ment des forces pro­duc­tives sont la pro­priété privée des moyens de pro­duc­tion et l’Etat-nation. Cependant, le capi­ta­lisme peut tem­po­rai­re­ment et par­tiel­le­ment contour­ner ces bar­rières par divers moyens, tels le déve­lop­pe­ment du com­merce mon­dial et l’expansion du crédit. Marx expli­quait déjà le rôle du crédit dans le sys­tème capi­ta­liste. C’est un moyen par lequel le marché peut être déve­loppé au-delà de ses limites nor­males. De la même façon, l’expansion du com­merce mon­dial peut repor­ter la crise pour un temps – mais seule­ment au prix de pré­pa­rer une crise encore plus catas­tro­phique à l’avenir.

« Comme l’écrivait Marx : « La pro­duc­tion capi­ta­liste est constam­ment enga­gée dans des ten­ta­tives de dépas­ser ces bar­rières imma­nentes, mais elle ne les dépasse que par des moyens qui placent les mêmes bar­rières sur sa voie, à une échelle encore plus for­mi­dable.

«  « Le véri­table obs­tacle de la pro­duc­tion capi­ta­liste est le capi­tal lui-même. » (Marx, Le Capital, vol. 3, 15 ; 2-3.)

« Le cir­cuit de la pro­duc­tion capi­ta­liste dépend, entre autres, du crédit. La sol­va­bi­lité d’un maillon de la chaîne dépend de la sol­va­bi­lité d’un autre maillon, etc. La chaîne peut se briser à dif­fé­rents points. Tôt ou tard, le crédit doit être rem­boursé en cash. C’est un fait trop sou­vent oublié par ceux qui s’endettent pen­dant la phase de crois­sance. Dans la pre­mière phase de l’extension capi­ta­liste, le crédit agit comme un sti­mu­lant sur la pro­duc­tion : » Le déve­lop­pe­ment du pro­ces­sus pro­duc­tif étend le crédit, et le crédit mène à une exten­sion des opé­ra­tions indus­trielles et com­mer­ciales. » » (Marx, Le Capital, vol. 3, p. 470.)

« Cependant, ce n’est là qu’une face de la pièce. L’extension rapide du crédit et de la dette pousse le marché au-delà de ses limites nor­males. Mais à un cer­tain stade, cela doit se trans­for­mer en son contraire. Pendant le boom, le crédit appa­raît illi­mité, comme la Corne d’Abondance de la mytho­lo­gie grecque. Mais dès qu’une crise inter­vient, ces illu­sions tombent en miette. Les retours sur inves­tis­se­ment sont retar­dés, les mar­chan­dises ne trouvent pas d’acheteurs dans des mar­chés satu­rés, et les prix baissent. Le déve­lop­pe­ment du marché mon­dial n’altère pas ce pro­ces­sus fon­da­men­tal, mais lui donne seule­ment une dimen­sion beau­coup plus vaste. En der­nière ana­lyse, l’accumulation de dette ne peut que rendre la crise pour pro­fonde et plus longue. L’histoire récente du Japon suffit lar­ge­ment à le confir­mer. Après une décen­nie de crois­sance carac­té­ri­sée par une aug­men­ta­tion rapide des valeurs bour­sières, la bulle a été fina­le­ment crevée par une nette aug­men­ta­tion des taux d’intérêts. Cette situa­tion était très sem­blable à celle des Etats-Unis, aujourd’hui. Le 25 décembre 1989, la banque du Japon a aug­menté ses taux d’intérêt et pro­vo­qué ainsi une chute bru­tale des mar­chés bour­siers. Mais comme le prix du fon­cier conti­nuait de monter, une nou­velle aug­men­ta­tion des taux était néces­saire. Finalement, les taux d’intérêts ont été pous­sés à 6%, et à la fin de l’année, les valeurs bour­sières avaient chuté de 40 %. Après cela, la Banque Centrale du Japon a main­tenu les taux d’intérêts à un haut niveau. A l’époque, les éco­no­mistes féli­ci­taient la Banque du Japon pour la pru­dence de sa poli­tique. Mais le résul­tat fut de pro­lon­ger la réces­sion sur une décen­nie.

« Avec la mon­dia­li­sa­tion et l’abolition de limi­ta­tions sur le crédit et les opé­ra­tions finan­cières, l’échelle de l’expansion n’a jamais été aussi grande – mais jamais, éga­le­ment, les pos­si­bi­li­tés d’un crash mon­dial n’ont été aussi grandes.

« L’expansion du com­merce mon­dial et l’ouverture de nou­veaux mar­chés en Asie ont sti­mulé la crois­sance – mais seule­ment au prix de pré­pa­rer un plus grand effon­dre­ment. Telles sont les pers­pec­tives. »

Ces lignes ont été écrites il y a près de dix ans, lorsque l’écrasante majo­rité des éco­no­mistes bour­geois niaient tou­jours la pos­si­bi­lité d’une crise mon­diale. Nous sommes en droit de deman­der : qui a le mieux com­pris les méca­nismes de l’économie mon­diale ? Qui a for­mulé des pré­dic­tions cor­rectes ? Les éco­no­mistes bour­geois ou les mar­xistes ?

La Chine peut-elle sauver le monde ?

Un vieux pro­verbe dit : un homme qui se noie s’accrocherait à une paille. Effrayés par la pro­fon­deur de la crise, la bour­geoi­sie et ses apo­logues cherchent déses­pé­ré­ment une paille à laquelle s’accrocher. Jusqu’à récem­ment, ils pla­çaient leurs espoirs sur l’Asie, et en par­ti­cu­lier la Chine. Mais la Chine est fer­me­ment connec­tée au marché mon­dial, et reflé­tera sa vola­ti­lité.

En dépit du retour­ne­ment éco­no­mique amé­ri­cain, les expor­ta­tions chi­noises ont conti­nué de croître : de 22% au cours des huit pre­miers mois de 2008. Cela tient en partie au fait que les entre­prises chi­noises conti­nuent de trou­ver de nou­veaux mar­chés dans d’autres éco­no­mies en voie de déve­lop­pe­ment. Mais c’est sim­ple­ment repor­ter l’inévitable. Après la crise de Wall Street et la stag­na­tion en Europe et au Japon, les inves­tis­seurs se demandent si la Chine n’est pas, elle aussi, entrée dans la crise. Après cinq ans de crois­sance rapide, l’économie chi­noise est clai­re­ment en train de ralen­tir, dès à pré­sent. Or, un taux de crois­sance infé­rieur à 8% aurait de grandes impli­ca­tions pour la Chine et l’économie glo­bale. Les éco­no­mistes s’inquiètent éga­le­ment du sec­teur ban­caire chi­nois.

Il y a déjà des signes de fai­blesse dans cer­tains sec­teurs des expor­ta­tions. Dans la pro­vince de Guangdong, l’industrie tex­tile connaît de sérieuses dif­fi­cul­tés. D’après des sta­tis­tiques pro­vin­ciales, les expor­ta­tions de tex­tile et d’accessoires ont chuté de 31%, en jan­vier-juillet 2008, par rap­port à la même période de 2007. Les expor­ta­tions de pro­duits en plas­tique, de jouets et de lampes stag­nent ou reculent, elles aussi. Cela a coïn­cidé avec une demande faible des Etats-Unis, où les ventes de détail ont reculé en juillet et en août. Au cours des sept pre­miers mois de l’année, la crois­sance des expor­ta­tions glo­bales de Guangdong vers les Etats-Unis a ralenti, à 6,3%. Cela ne peut pas être une coïn­ci­dence.

Un euro fort et une aug­men­ta­tion de 27% des expor­ta­tions de Guangdong vers l’Europe ont com­pensé les effets d’un dollar faible et d’une contrac­tion du marché amé­ri­cain. Cependant, il y a des signes évi­dents d’une nette contrac­tion de l’économie euro­péenne, qui est aussi l’un des prin­ci­paux mar­chés pour les expor­ta­tions chi­noises. Cela finira par les affec­ter. « Ce pour­rait être le calme avant la tem­pête », écrit Stephen Green, un éco­no­miste de la Standard Chartered à Shangaï.

De sérieuses inquié­tudes planent éga­le­ment sur le marché immo­bi­lier, qui a été l’une des prin­ci­pales com­po­santes du boom de l’investissement en Chine, ces der­nières années. Les ventes et les chan­tiers ont chuté en août, cepen­dant que la pro­duc­tion d’acier, de ciment et de cli­ma­ti­seurs a stagné ou chuté – ce qui est un autre symp­tôme d’une acti­vité fra­gile. Les ana­lystes rap­portent que le nombre de cré­dits contrac­tés a éga­le­ment baissé au cours des der­niers mois. Jerry Lou, ana­lyste chez Morgan Stanley à Shangaï, écrit : « Nous pen­sons que la pro­ba­bi­lité d’une crise de l’immobilier en Chine est élevée ».

Un retour­ne­ment du marché immo­bi­lier aurait de sérieuses consé­quences sur le sec­teur ban­caire. Si la crois­sance du PIB chi­nois tombe au-des­sous de 8%, cela pro­vo­quera une baisse encore plus nette des prix de l’immobilier, ainsi qu’une chute de l’investissement privé. Les consé­quences sociales et poli­tiques en seront consi­dé­rables.

Les feux sont au rouge dans d’autres sec­teurs de l’économie chi­noise. Le crash bour­sier a eu un effet néga­tif sur la confiance des ménages. Dans les zones urbaines, la crois­sance des reve­nus a net­te­ment baissé, cette année. Le mois der­nier, les ventes de voi­tures ont chuté de 6%, et le trans­port aérien a éga­le­ment net­te­ment reculé, cet été. Gome, le plus grand détaillant de pro­duits élec­tro­niques du pays, a éga­le­ment annoncé une chute de 3% de ses ventes, au deuxième tri­mestre 2008.

Le gou­ver­ne­ment a baissé les taux d’intérêts, ce qui prouve qu’il craint une crise. Ceci dit, la marge de manœuvre de sa poli­tique moné­taire est limi­tée par le danger infla­tion­niste. L’inflation a bondi de 8,7% en février, avant de redes­cendre à 4,9% en août. Zhou Xiaochuan, le pré­sident de la Banque Centrale chi­noise, a récem­ment déclaré : « L’inflation a effec­ti­ve­ment ralenti au cours des der­niers mois. Cependant, aucun relâ­che­ment n’est pos­sible, car elle pour­rait rebon­dir. »

Une réces­sion en Chine – ou même un sérieux ralen­tis­se­ment – aurait de sérieuses consé­quences sur le marché mon­dial, à com­men­cer par les pays pro­duc­teurs en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique latine. Le prix du cuivre, par exemple, a chuté de 23% au cours des deux der­niers mois. C’est en partie dû au ralen­tis­se­ment de la consom­ma­tion chi­noise de cuivre, qui a chuté de plus de moitié, cette année.

A propos des « spé­cu­la­teurs »

Une humeur cri­tique se déve­loppe contre « le marché » – c’est-à-dire contre le capi­ta­lisme. En réac­tion à cette humeur, les poli­ti­ciens bour­geois du style d’Alec Salmond, du Parti National Ecossais, essayent de détour­ner la colère des gens du sys­tème capi­ta­liste et de la concen­trer sur un sec­teur par­ti­cu­lier de la classe capi­ta­liste : les « spé­cu­la­teurs » de la haute finance.

Tout d’un coup, il est devenu à la mode, parmi les poli­ti­ciens, de condam­ner ces indi­vi­dus mys­té­rieux qui ont miné d’aussi véné­rables ins­ti­tu­tions que la Banque d’Ecosse. Cette vieille dame res­pec­table, nous dit-on, est parmi nous depuis trois siècles et a sur­vécu aux guerres napo­léo­niennes, au crash de Wall Street et aux deux guerres mon­diales – pour finir par être détruite par un gang de requins avides en cos­tumes de marque et lunettes noires. Ce genre d’« expli­ca­tions » n’explique rien du tout. Comment se fait-il qu’un petit nombre d’individus cupides ait concen­tré tant de pou­voir ? Qui sont ces gens ? Comment s’appellent-ils ? Où vivent-ils ? Nul ne le sait. Mais en période de crise, il est tou­jours pra­tique d’avoir quelqu’un à blâmer. Et si ce quelqu’un se trouve être par­fai­te­ment ano­nyme et introu­vable, c’est encore mieux.

Tout d’un coup, les « spé­cu­la­teurs » com­mencent à jouer le même rôle, dans le domaine éco­no­mique, qu’Al-Qaïda dans celui de la poli­tique inter­na­tio­nale. En réa­lité, tous les ban­quiers et capi­ta­listes sont des spé­cu­la­teurs. Et ils sont bien obli­gés de l’être, car le sys­tème capi­ta­liste repose sur la spé­cu­la­tion. Il repose éga­le­ment sur la cupi­dité. Nier la cupi­dité, c’est nier les méca­nismes de l’économie de marché, qui reposent sur la soif de profit. En der­nière ana­lyse, c’est la soif de profit qui est le moteur du capi­ta­lisme, et il en est ainsi depuis ses ori­gines. Ah, oui, mais les capi­ta­listes sont deve­nus trop cupides ! Ils gagnent trop d’argent ! C’est ce qu’écrit David Walker, pré­sident de la Fondation Peter G. Peterson :

« Y a-t-il des leçons à tirer de la crise des sub­primes ? La réponse est oui. Les actions récentes ont été ren­dues néces­saires du fait de l’échec du gou­ver­ne­ment à éta­blir une struc­ture effi­cace de régu­la­tion des cré­dits, des pro­duits déri­vés et autres titres. La cupi­dité l’a emporté. Fannie Mae et Freddie Mac sont sortis de leur mis­sion publique ori­gi­nelle pour se concen­trer sur le profit et le gain per­son­nel. » (The Financial Times, le 22 sep­tembre 2008)

C’est par­fai­te­ment exact. Alors que les tra­vailleurs ne touchent une prime qu’en fonc­tion des résul­tats, les patrons se payent des sommes obs­cènes quels que soient les résul­tats. Ces faits sont bien connus. Pendant des années, les tra­vailleurs ont grincé des dents face aux injus­tices et aux inéga­li­tés. Mais puisque l’économie allait de l’avant, puisque le marché sem­blait pro­fi­ter à tout le monde (quoique très inéga­le­ment), puisque la presse et la télé­vi­sion chan­taient en cœur sa gloire, et puisque les poli­ti­ciens de tous les partis allaient dans le même sens – les tra­vailleurs ont accepté l’argument selon lequel « ce qui est bon pour les patrons est bon pour nous ».

« Économie concen­trée »

Lénine remar­quait que la poli­tique est de l’économie concen­trée. La crise éco­no­mique qui balaye le monde a de très sérieux effets sur la psy­cho­lo­gie de toutes les classes, à com­men­cer par les capi­ta­listes eux-mêmes. Lorsque que le capi­ta­lisme allait de l’avant, la pres­sion des idées bour­geoises sur la classe ouvrière et ses orga­ni­sa­tions redou­blait d’intensité. En Grande-Bretagne, il n’y a pas eu de sérieuse réces­sion depuis plus de deux décen­nies. Par consé­quent, les argu­ments des poli­ti­ciens et des éco­no­mistes bour­geois (qui tra­vaillent main dans la main) sur les vertus mira­cu­leuses du « libre marché » ont trouvé un écho dans la classe ouvrière elle-même, et tout par­ti­cu­liè­re­ment dans sa direc­tion.

C’était la base maté­rielle de la dégé­né­res­cence com­plète des diri­geants de la social-démo­cra­tie, des partis « com­mu­nistes » et des syn­di­cats. En Grande-Bretagne, qui était à l’avant-garde de la réac­tion capi­ta­liste pen­dant des décen­nies, ce fut le ter­reau sur lequel le « New Labour » a fleuri, sous la direc­tion du Révérend Anthony Blair.

Pour les mili­tants du mou­ve­ment ouvrier, cette période sem­blait un cau­che­mar sans fin. Il sem­blait n’y avoir aucune limite à la dégé­né­res­cence des diri­geants des orga­ni­sa­tions de masse, aucun abîme où ils ne soient capables de som­brer, aucun acte vil qu’ils ne soient capables d’accomplir pour satis­faire la classe diri­geante et, bien sûr, le Marché. Le décou­ra­ge­ment des mili­tants a mené à l’apathie. Les orga­ni­sa­tions de masse tra­di­tion­nelles se sont vidées de leurs mili­tants, tout en se rem­plis­sant de car­rié­ristes petit-bour­geois à la recherche d’un emploi ou d’une pro­mo­tion. Cela a à son tour accen­tué le virage vers la droite de ces orga­ni­sa­tions, qui a ren­forcé les dés­illu­sions des tra­vailleurs. C’était un cercle vicieux qui se nour­ris­sait lui-même et a duré jusqu’à aujourd’hui. Mais désor­mais, les choses com­mencent à chan­ger rapi­de­ment.

La conscience humaine est en géné­ral conser­va­trice. Les gens ont nor­ma­le­ment peur du chan­ge­ment et s’accrochent à ce qui leur est fami­lier. Les habi­tudes, la rou­tine et les tra­di­tions pèsent lour­de­ment sur la conscience des masses, qui est à la traîne des évé­ne­ments. Mais il y a des moments déci­sifs, dans l’histoire, où les évé­ne­ments s’accélèrent jusqu’au point cri­tique où la conscience rat­trape sou­dai­ne­ment son retard. Nous sommes pré­ci­sé­ment en train de par­ve­nir à un tel point cri­tique.

Ce qui est vrai des nations indus­tria­li­sées est encore plus vrai des pays sous-déve­lop­pés. En Asie, en Afrique et en Amérique latine, la popu­la­tion vivant sous le seuil de pau­vreté aug­mente rapi­de­ment. Un rap­port récem­ment publié par les Nations-Unies révèle qu’un enfant sur quatre y est sous-ali­menté. Plus de 500 000 femmes meurent chaque année lors d’un accou­che­ment ou suite à des com­pli­ca­tions liées à la gros­sesse. Un tiers de la popu­la­tion urbaine des pays sous-déve­lop­pés vit dans des bidon­villes. L’été der­nier, un rap­port de la Banque Inter-Américaine a pré­venu que l’augmentation des prix allait plon­ger 26 mil­lions de Latino-amé­ri­cains dans des condi­tions d’extrême pau­vreté. Telle est la situa­tion au terme d’une longue phase de crois­sance éco­no­mique, à l’échelle mon­diale. C’est ce que le capi­ta­lisme a de mieux à offrir. Mais qu’en sera-t-il dans les condi­tions d’une crise éco­no­mique ?

Par consé­quent, nous fai­sons face à un phé­no­mène mon­dial qui est lourd d’implications révo­lu­tion­naires. La mon­dia­li­sa­tion se mani­feste comme une crise mon­diale du capi­ta­lisme.

Quelle est la solu­tion ?

On nous explique que la crise actuelle est la consé­quence d’un manque de régu­la­tion des risques exces­sifs qui ont été pris, dans le sys­tème finan­cier, en par­ti­cu­lier aux Etats-Unis. Ainsi, on nous dit « qu’il faut s’assurer que cela ne se repro­duise pas. » Quelle ironie ! Ces trois der­nières décen­nies, les éco­no­mistes et poli­ti­ciens bour­geois nous expli­quaient pré­ci­sé­ment l’inverse, à savoir que toute forme de régu­la­tion était mau­vaise pour les affaires et devait être éli­mi­née (c’était par­ti­cu­liè­re­ment le cas du sec­teur finan­cier).

Les décla­ra­tions sur la néces­sité d’encadrer les « bonus exces­sifs » et de régu­ler les rému­né­ra­tions des patrons ne sont que pure déma­go­gie. Comment vont-ils accom­plir pareils miracles ? Par quels méca­nismes ? Les ban­quiers ont mille et un moyens de contour­ner toute régu­la­tion. Ils ont des comp­ta­bi­li­tés paral­lèles qui rendent impos­sible la décou­verte de leurs acti­vi­tés frau­du­leuses. Même le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain recourt à ce type d’astuces pour cacher l’ampleur réelle de la dette publique.

L’idée de « régu­ler » les mar­chés bour­siers est absurde. Pour que le marché puisse fonc­tion­ner, il faut que les gens puissent ache­ter et vendre des actions, et ils doivent le faire sur la base d’une esti­ma­tion du cours à venir de l’action – mon­tant ou des­cen­dant. L’idée qu’il n’est auto­risé d’acheter des actions que lorsqu’elles aug­mentent est une évi­dente absur­dité.

La conclu­sion est assez claire. Soit on a une éco­no­mie de marché basée sur la course au profit, soit on a une éco­no­mie natio­na­li­sée et pla­ni­fiée. Mais le « capi­ta­lisme régulé » est une contra­dic­tion dans les termes.

Ce qu’il faut, c’est éli­mi­ner ces casi­nos gro­tesques qui décident du sort de mil­lions de per­sonnes, et rem­pla­cer l’anarchie capi­ta­liste par une société ration­nelle repo­sant sur une éco­no­mie pla­ni­fiée. On dit que les mesures prises par Bush et Brown consti­tuent des natio­na­li­sa­tions. Mais ces mesures n’ont rien en commun avec l’idée socia­liste de natio­na­li­sa­tion. Elles ne sont pas des­ti­nées à arra­cher le pou­voir éco­no­mique des mains des para­sites mil­lion­naires qui consti­tuent un obs­tacle mons­trueux sur la voie du pro­grès social. Au contraire, elles repré­sentent une ten­ta­tive de pro­té­ger les inté­rêts de ces para­sites en les sub­ven­tion­nant mas­si­ve­ment – en pui­sant dans les poches des tra­vailleurs et des classes moyennes.

Les mar­xistes sont radi­ca­le­ment oppo­sés à ces mesures, qui n’ont rien à voir avec d’authentiques natio­na­li­sa­tions, et relèvent d’une sorte de capi­ta­lisme d’Etat des­tiné à sau­ve­gar­der le sys­tème capi­ta­liste. Elles mènent inévi­ta­ble­ment à une concen­tra­tion du capi­tal, des licen­cie­ments mas­sifs, des fer­me­tures de banques, des cré­dits plus chers et autres mesures anti-sociales. L’Etat récom­pense les ban­quiers pour leurs acti­vi­tés néfastes. Il rachète toutes leurs pertes, puis dépense de vastes quan­ti­tés d’argent des contri­buables pour les rendre ren­tables, et lorsque c’est fait, il les revend aux ban­quiers, qui réa­lisent ainsi un coup double aux dépens de la société. Ceux-ci peuvent alors reprendre toutes leurs acti­vi­tés spé­cu­la­tives, à nou­veau.

Il faut arra­cher au sec­teur privé les prin­ci­paux leviers de l’économie en natio­na­li­sant les banques, les com­pa­gnies d’assurance et les grandes entre­prises – avec un mini­mum d’indemnisation, uni­que­ment sur la base d’un besoin prouvé. Ce n’est que lorsque les forces pro­duc­tives seront sous le contrôle de la société qu’il sera pos­sible d’établir un plan de pro­duc­tion socia­liste ration­nel, où les déci­sions seront prises dans l’intérêt de la société, et non plus d’une poi­gnée de riches para­sites et de spé­cu­la­teurs.

Telle est l’idée fon­da­men­tale du socia­lisme. C’est une idée qui, désor­mais, sera com­prise et accep­tée par des mil­lions de gens qui, jusqu’alors, la consi­dé­raient irréa­liste. Les gens qui mani­fes­taient, devant Wall Street, contre le Plan Paulson, n’étaient pas socia­listes. Il y a à peine 12 mois, ils auraient sans doute défendu l’économie de marché. Ils n’ont jamais lu Marx et se consi­dèrent sans doute comme des Américains patriotes. Mais la vie enseigne, et dans de telles situa­tions, les gens apprennent davan­tage en quelques jours que sur toute une vie. Aujourd’hui, les tra­vailleurs des Etats-Unis apprennent rapi­de­ment. Et comme le disait Victor Hugo : « Aucune armée n’est aussi puis­sante qu’une idée dont l’heure est venue. »

Alan Woods (26 sep­tembre 2008)


Source : In Defense of Marxism, tra­duc­tion en fran­çais : La riposte

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