La Charte d’Amiens – adoptée en 1906

Mis en ligne le 25 mai 2014

La « Charte d’Amiens » est adop­tée en 1906 par la Confédération Générale du Travail (CGT) lors de son IXe congrès confé­dé­ral.

Cette décla­ra­tion solen­nelle réaf­firme l’indépendance du mou­ve­ment syn­di­cal vis-à-vis des partis poli­tiques et marque la pré­émi­nence du syn­di­ca­lisme révo­lu­tion­naire. Elle reste un texte de réfé­rence, cité dans les débats syn­di­caux.

XVe CONGRÈS NATIONAL CORPORATIF – IXe DE LA CGT – AMIENS, 8-16 OCTOBRE 1906.

« Le Congrès confé­dé­ral d’Amiens confirme l’article 2, consti­tu­tif de la CGT :
“La CGT groupe, en dehors de toute école poli­tique, tous les tra­vailleurs conscients de la lutte à mener pour la dis­pa­ri­tion du sala­riat et du patro­nat.”

« Le Congrès consi­dère que cette décla­ra­tion est une recon­nais­sance de la lutte de classe, qui oppose sur le ter­rain éco­no­mique les tra­vailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant maté­rielles que morales, mises en œuvre par la classe capi­ta­liste contre la classe ouvrière. Le Congrès pré­cise, par les points sui­vants, cette affir­ma­tion théo­rique : dans l’œuvre reven­di­ca­trice quo­ti­dienne, le syn­di­ca­lisme pour­suit la coor­di­na­tion des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-être des tra­vailleurs par la réa­li­sa­tion d’améliorations immé­diates, telles que la dimi­nu­tion des heures de tra­vail, l’augmentation des salaires, etc. Mais cette besogne n’est qu’un côté de l’œuvre du syn­di­ca­lisme ; il pré­pare l’émancipation inté­grale, qui ne peut se réa­li­ser que par l’expropriation capi­ta­liste ; il pré­co­nise comme moyen d’action la grève géné­rale et il consi­dère que le syn­di­cat, aujourd’hui grou­pe­ment de résis­tance, sera, dans l’avenir, le groupe de pro­duc­tion et de répar­ti­tion, base de réor­ga­ni­sa­tion sociale.

« Le Congrès déclare que cette double besogne, quo­ti­dienne et d’avenir, découle de la situa­tion des sala­riés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait, à tous les tra­vailleurs, quelles que soient leurs opi­nions ou leurs ten­dances poli­tiques ou phi­lo­so­phiques, un devoir d’appartenir au grou­pe­ment essen­tiel qu’est le syn­di­cat.

« Comme consé­quence, en ce qui concerne les indi­vi­dus, le Congrès affirme l’entière liberté pour le syn­di­qué, de par­ti­ci­per, en dehors du grou­pe­ment cor­po­ra­tif, à telles formes de lutte cor­res­pon­dant à sa concep­tion phi­lo­so­phique ou poli­tique, se bor­nant à lui deman­der, en réci­pro­cité, de ne pas intro­duire dans le syn­di­cat les opi­nions qu’il pro­fesse au dehors. En ce qui concerne les orga­ni­sa­tions, le Congrès déclare qu’afin que le syn­di­ca­lisme atteigne son maxi­mum d’effet, l’action éco­no­mique doit s’exercer direc­te­ment contre le patro­nat, les orga­ni­sa­tions confé­dé­rées n’ayant pas, en tant que grou­pe­ments syn­di­caux, à se pré­oc­cu­per des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent pour­suivre en toute liberté la trans­for­ma­tion sociale. »

SIGNATAIRES : (Nous don­nons le nom tel qu’il est écrit dans le compte rendu puis entre cro­chets le vrai nom). Marie [Marie François, ouvrier typo­graphe de la Seine]; Cousteau [Cousteau M., ouvrier jar­di­nier]; Menard [Ménard Ludovic, ouvrier ardoi­sier à Trélazé]; Chazeaud [Chazeaud Jules, chau­dron­nier, Lyon]; Bruon [Bruon C., bâti­ment]; Ferrier [Ferrier Louis, ser­ru­rier, Grenoble]; E. David, B. d. T. Grenoble [David Eugène, plâ­trier-peintre, Grenoble]; Latapie [Latapie Jean, métal­lur­gie, Paris]; Médard [Médard Jean-Baptiste]; Merrheim [Merrheim Alphonse, métal­lur­gie]; Delesalle [Delesalle Paul, métal­lur­giste en ins­tru­ments de pré­ci­sions, Paris]; Bled [Bled Jules, jar­di­nier, Seine]; Pouget [Pouget Emile]; Tabard E. [Tabard Etienne, cocher-livreur, Paris]; Bousquet A. [Bousquet Amédée, bou­lan­ger, Paris]; Monclard [bou­lan­ger, Marseille]; Mazau [Mazaud Jacques, cocher de fiacres, Seine]; Braun [Braun Joseph, ouvrier méca­ni­cien]; Garnery [Garnery Auguste, bijou­tier, Seine]; Luquet [Luquet Alexandre, coif­feur, Paris]; Dret [Dret Henri, cor­don­nier, Paris]; Merzet [Merzet Etienne, mineur, Saône-et-Loire]; Lévy [Lévy Albert, employé]; G. Thil [Thil G., litho­graphe]; Ader [Ader Paul, ouvrier agri­cole, Aude]; Yvetot [Yvetot Georges, typo­graphe, Seine]; Delzant [Delzant Charles, ver­rier, Nord]; H. Galantus [Galantus Henri, fer­blan­tier, Paris]; H. Turpin [Turpin H., voi­ture]; J. Samay, Bourse du Travail de Paris [Samay J.]; Robert [Robert Charles, palis­son­neur en peaux, Grenoble]; Bornet [Bornet Jules, bûche­ron, Cher]; P. Hervier, Bourse du Travail de Bourges [Hervier Pierre, Bourges]; Dhooghe, Textile de Reims [Dhooghe Charles, tis­seur]; Roullier, Bourse du Travail de Brest [Roullier Jules, élec­tri­cien, Finistère]; Richer, Bourse du Travail du Mans [Richer Narcisse, ouvrier en chaus­sures]; Laurent L., Bourse du Travail de Cherbourg [Laurent Léon]; Devilar, cour­tier de Paris [Devilar C.]; Bastien, Textile d’Amiens ; Henriot, Allumettier [Henriot H.]; L. Morel de Nice [Morel Léon, employé de com­merce]; Sauvage [mou­leur en métaux]; Gauthier [Gautier Henri, chau­dron­nier, Saint-Nazaire].

M’PEP, 2007

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