La bataille pour l’«égaliberté »

Par Mis en ligne le 22 juillet 2013

« En réalité, le néolibéralisme, plus qu’un plan d’austérité, est une vision du monde, en l’occurrence, celle des dominants. »

Jean-Paul Faniel

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Tout le monde a une assez bonne idée de ce qu’est le néo­li­bé­ra­lisme : attaques répé­tées contre les gains sociaux, pri­va­ti­sa­tion du sec­teur public, finan­cia­ri­sa­tion à outrance de l’économie, mar­chan­di­sa­tion accé­lé­rée des besoins essen­tiels. Qui sont visés ? Travailleurs et tra­vailleuses, chô­meurs-euses, jeunes, aînés, femmes, immi­grants : pra­ti­que­ment tout le monde ! C’est tel­le­ment évident et tel­le­ment scan­da­leux ! Alors vient la ques­tion qui tue : com­ment les domi­nants arrivent à faire passer cela ?! En réa­lité, le néo­li­bé­ra­lisme, plus qu’un plan d’austérité, est une vision du monde, en l’occurrence, celle des domi­nants. Mais cette vision pénètre lar­ge­ment la conscience des domi­nés, via les médias-pou­belles et de puis­sants appa­reils idéo­lo­giques d’état.

Tout-le-monde-contre-tout-le-monde

Le mes­sage est le sui­vant : il n’y a pas de société, encore moins de peuple. Il n’y a que des indi­vi­dus ! Et chacun est une entre­prise qui s’inscrit dans la bataille de la concur­rence où les plus forts gagnent. En fin de compte, le prin­cipe nor­ma­tif, c’est « tout-le-monde-contre-tout-le-monde », dans une vision mécham­ment dar­wi­nienne : les gagnants ont raison puisqu’ils sur­vivent, les per­dants ont tort puisqu’ils ne sur­vivent pas ! Entre-temps, les domi­nants inculquent la peur de l’autre (sur­tout s’ils ne sont pas nés ici), ou encore l’indifférence et le mépris contre les couches popu­laires (« tous des Bougons »). Au bout du compte, l’État doit lais­ser le « marché » (lire « les capi­ta­listes ») régu­ler l’économie et se concen­trer à défendre, par tous les moyens néces­saires, les indi­vi­dus et la pro­priété, les deux socles de la « démo­cra­tie libé­rale ». Ainsi, en édu­ca­tion, on judi­cia­rise le « droit indi­vi­duel » à se sco­la­ri­ser. En santé et dans les ser­vices sociaux, on pri­va­tise les ser­vices. On songe à mar­chan­di­ser des besoins aussi essen­tiel que l’eau et on laisse les capi­ta­listes spé­cu­ler sur l’alimentation comme si manger était un luxe. En milieu de tra­vail, après avoir déva­lisé la caisse d’assurance-emploi, on spolie les chô­meurs et chô­meuses. On isole les jeunes tra­vailleurs des plus vieux avec les clauses « orphe­lin » pour faire passer le pillage des retraites. Diviser, humi­lier, culpa­bi­li­ser, sus­ci­ter des conflits à n’en plus finir sont autant de moyens pour écra­ser le peuple, à chaque jour, voir à chaque seconde.

Résister

Mais voilà que resur­git une vielle-nou­velle idée : la soli­da­rité, la coopé­ra­tion, l’idée de se mettre ensemble et de s’appuyer, ce qu’Étienne Balibar appelle l’« éga­li­berté ». Cette résis­tance repose sur l’idée que la liberté et l’égalité n’existent pas l’une sans l’autre. Citoyens et citoyennes sont co-res­pon­sables et co-garants pour eux/elles-mêmes, mais aussi pour les pro­chaines géné­ra­tions et pour la terre toute entière (Pachamama), qui est un ensemble soli­daire et orga­nique de vies humaines et non-humaines et de non-vies. Ce mes­sage, celui des Carrés rouges notam­ment, devient de plus en plus fort. De grandes confron­ta­tions se pro­filent dans ce qui devient une véri­table guerre des idées. Notre rôle, c’est de contri­buer à éla­bo­rer cette alter­na­tive idéo­lo­gique à tra­vers les luttes et les chan­tiers où la force popu­laire se construit.

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