L’« état de droit » ?

Les élites, les bien-pensants et leurs roquets de service dans les médias-poubelles de Quebecor nous rabattent les oreilles avec la défense de ce qu’ils appellent l’ « état de droit ». Autrement dit, « la loi, c’est la loi ». Lucien Bouchard le dit plus crument, « il faut rétablir l’ordre ».

Notre ami François Cyr qui aimait les subtilités de la chose juridique nous rappelait toujours que les lois ne sont pas une religion, qu’elles découlent d’une vision politique, et qu’elles structurent les rapports de force au profit de ceux qui sont au-dessus des autres. Des lois peuvent être justes ou injustes, légitimes ou illégitimes, elles ne doivent jamais être prises comme si elles venaient d’une vérité incarnée ou du ciel.

Pendant des années, on s’est battu au Québec contre des lois iniques, dont celle qui criminalisait les femmes qui voulaient contrôler leurs corps. Les syndiqués qui se faisaient casser les bras par la police ont fini par imposer une loi anti-scab qui a amélioré leur sort, et que les patrons cherchent à abolir d’ailleurs.

Ni l’« État » ni le « droit » ne sont neutres.

Aujourd’hui par exemple, il est « légal » de foutre à porte des milliers de travailleurs d’AVEOS sans préavis. La loi des puissants n’impose pas aux voyous de la finance de protéger les pensions des travailleurs et des travailleuses, qu’ils ont péniblement accumulées pendant des années de dur labeur. Il est « légal » de tuer des personnes affectées de maladies mentales dans la rue même si d’autres moyens existent pour les « forces de l’ordre » de les « maîtriser ». On peut crever un œil à un étudiant sans avoir de compte à rendre.

Par contre, renverser une poubelle ou casser une vitrine, alors là, c’est un scandale, un affront contre l’ « état de droit » comme le disent Liza Frulla, Richard Martineau et tant des commentateurs patentés qui monopolisent la parole.

Il s’agit donc de remettre les choses à leur place. Personne n’aime la violence, pas plus celle de quelques casseurs que celle, plus invisible mais beaucoup plus coûteuse, de ceux qui exploitent, oppriment et discriminent. Pour autant, cela n’excuse pas les casseurs dont la violence symbolique et plutôt risible même si parfois, les black-blocs et autres excités de service agissent sans penser aux conséquences de leurs actions sur les mouvements et les luttes populaires.