L’origine des guerres

Par Mis en ligne le 14 juillet 2010

J’ai affirmé le 4 juillet que les États-Unis ne céde­raient pas, et l’Iran non plus : « …l’une, par arro­gance de puis­sants ; l’autre, par la résis­tance au joug et par la capa­cité de com­battre, comme cela est arrivé si sou­vent dans l’histoire de l’homme. » (*)

Dans presque toutes les guerres, une des par­ties sou­haite l’éviter, et par­fois les deux. En l’occurrence, celle-ci écla­tera, même si l’une de par­ties ne le désire pas, comme cela arriva lors des guerres mon­diales de 14-18 et de 39-45, sépa­rées par vingt-cinq ans à peine.

La bou­che­rie fut effroyable. Ces guerres n’auraient pas éclaté sans des erreurs de cal­culs préa­lables des deux par­ties qui défen­daient des inté­rêts impé­ria­listes et croyaient pou­voir atteindre leurs objec­tifs sans de si ter­ribles coûts.

Dans le cas pré­sent, l’une des par­ties défend des inté­rêts natio­naux abso­lu­ment justes ; l’autre pour­suit des visées illé­gi­times et des inté­rêts bas­se­ment matériels.

Quand on ana­lyse toutes les guerres qui se sont dérou­lées dans les annales de l’Histoire, on constate que l’une des par­ties a tou­jours visé ces objectifs-ci.

L’illusion qu’il soit pos­sible de les atteindre en l’occurrence sans la plus ter­rible de toutes les guerres est abso­lu­ment vaine.

Dans l’un des meilleurs articles publiés sur le site web Global Research, le 11 avril 2010, Rick Rozoff apporte de nom­breux cri­tères incon­tes­tables sur les visées des USA. Toute per­sonne qui se veut bien infor­mée doit les connaître.

Selon cet auteur, les USA pensent qu’ « une guerre peut être gagnée sans même avoir été lancée. Il est pos­sible de rem­por­ter la vic­toire si l’adversaire sait qu’il est vul­né­rable à une attaque ins­tan­ta­née et non détec­table, écra­sante et dévas­ta­trice, sans qu’il puisse se défendre ou exer­cer des représailles ».

C’est « un pays qui aspire à rester le seul État dans l’histoire à exer­cer une domi­na­tion mili­taire com­plète sur terre, dans les airs, sur les mers et dans l’espace. »

« Qui main­tient et étend des bases mili­taires et des troupes, des groupes de bataille formés de porte-avions et de bom­bar­diers stra­té­giques sur presque toutes les lati­tudes et lon­gi­tudes. Qui pos­sède pour ce faire un budget de guerre record depuis la fin de la Seconde Guerre mon­diale : 708 mil­liards de dol­lars pour le pro­chain exer­cice fiscal. »

« …le pre­mier pays à avoir mis au point et uti­lisé des armes atomiques. »

« …les USA conservent 1 550 ogives nucléaires déjà déployées et 2 200 (ou 3 500 selon cer­tains cal­culs) de plus entre­po­sées, et une triade de vec­teurs de lan­ce­ment ter­restres, aériens et sous-marins ».

« Leur arse­nal non nucléaire uti­lisé pour neu­tra­li­ser et détruire les défenses aériennes et stra­té­giques, poten­tiel­le­ment toutes les forces mili­taires impor­tantes d’autres nations, sera consti­tué de mis­siles balis­tiques inter­con­ti­nen­taux, de mis­siles balis­tiques adap­tés pour être lancés à partir de sous-marins, de mis­siles de croi­sière et de bom­bar­diers hyper­so­niques, et de bom­bar­diers stra­té­giques « super-fur­tifs » non détec­tables par les radars et donc capables de déjouer les défenses ter­restres et aériennes. »

Rozoff énu­mère les nom­breuses confé­rences de presse, réunions et décla­ra­tions de ces der­niers mois en pro­ve­nance des chefs de l’état-major inter­armes et de hauts fonc­tion­naires de l’administration étasunienne.

Il explique les enga­ge­ments des USA avec l’OTAN et leur coopé­ra­tion ren­for­cée avec leurs alliés du Proche-Orient, autre­ment dit, en pre­mier lieu, Israël. Il écrit :

« Les USA inten­si­fient aussi leurs pro­grammes de guerre spa­tiale et cyber­né­tique afin d’être en mesure de para­ly­ser les sys­tèmes de sur­veillance et de com­man­de­ment mili­taires, de contrôle, de com­mu­ni­ca­tions, d’informatique et de ren­sei­gne­ment d’autres nations, les lais­sant abso­lu­ment sans défense sauf au niveau tac­tique le plus élémentaire. »

Il rap­pelle que la Russie et les USA ont signé à Prague, le 8 avril der­nier, le nou­veau Traité START qui « ne contient aucune contrainte sur la capa­cité actuelle ou pla­ni­fiée des USA en matière d’attaque clas­sique glo­bale rapide. »

Il rap­porte de nom­breuses nou­velles à ce sujet et donne un exemple élo­quent sur les visées des USA :

« Le dépar­te­ment de la Défense explore actuel­le­ment toute la gamme de tech­no­lo­gies et de sys­tèmes concer­nant la capa­cité d’attaque clas­sique glo­bale rapide qui pour­rait offrir au pré­sident des choix plus cré­dibles et tech­ni­que­ment viables pour faire face à de nou­velles menaces en évolution. »

Je suis d’avis qu’aucun pré­sident, voire le chef mili­taire le plus expert, n’aurait pas un ins­tant pour savoir quoi faire si les ordi­na­teurs ne l’avaient déjà programmé.

Rozoff, imper­tur­bable, rap­pelle l’analyse faite par Elaine Grossman sur Global Security Network dans un article inti­tulé « Les essais concer­nant le mis­sile d’attaque glo­bale pour­raient coûter 500 mil­lions de dollars » :

« L’administration Obama a demandé 239,9 mil­lions de dol­lars à des fins de recherche-déve­lop­pe­ment par les ser­vices mili­taires d’une attaque glo­bale ins­tan­ta­née pour l’exercice fiscal 2011…. Si le finan­ce­ment se main­tient au niveau prévu dans les années à venir, le Pentagone aura dépensé quelque 2 mil­liards de dol­lars pour cette capa­cité d’attaque glo­bale rapide d’ici la fin de l’exercice fiscal 2015, selon les docu­ments bud­gé­taires soumis au Capitole ce der­nier mois. »

« Un scé­na­rio tout aussi hor­ri­fiant au sujet des effets d’une attaque clas­sique glo­bale rapide, cette fois en ver­sion mari­time, est apparu voilà trois ans dans la revue Popular Mechanics :

« Un sous-marin ato­mique classe Ohio émerge dans le Pacifique, atten­dant l’ordre de tir du pré­sident. Quand celui-ci arrive, le sous-marin tire un mis­sile balis­tique Trident-II de 65 tonnes qui atteint en deux minutes plus de 22 000 km/​heure. Il s’élève au-dessus des océans et dans l’espace extra-atmo­sphé­rique pen­dant des mil­liers de kilomètres.

« Au sommet de sa para­bole, sus­pen­dus dans l’espace, les quatre ogives du Trident se séparent et com­mencent à redes­cendre vers la planète.

« Les ogives, qui voyagent à près de 21 000 km/​h, sont rem­plies de tringles de tungs­tène, un métal deux fois plus résis­tant que l’acier.

« Les ogives détonnent juste au-dessus de l’objectif, répan­dant sur la zone des mil­liers de tringles, dont cha­cune est douze fois plus des­truc­trice qu’une balle calibre 50. Tout ce qui se trouve dans un rayon de 280 m2 autour de cette tem­pête métal­lique tour­billon­nante est anéanti. »

Rozoff explique ensuite la colonne écrite le 7 avril, sous le titre : « La sur­prise nucléaire d’Obama », par l’ancien chef de l’état-major inter­armes russe, le géné­ral Leonid Ivashov, qui, après avoir fait réfé­rence au dis­cours pro­noncé par le pré­sident éta­su­nien à Prague, un an avant – « l’existence de mil­liers d’armes nucléaires est l’héritage le plus dan­ge­reux de la Guerre froide » – et à sa signa­ture de START II dans cette même ville, le 8 avril der­nier, affirme :

« L’histoire des USA durant le siècle der­nier n’offre aucun exemple que les élites éta­su­niennes aient fait le moindre sacri­fice pour l’humanité ou pour les peuples d’autres pays. Serait-il dès lors réa­liste d’attendre que l’arrivée à la Maison-Blanche d’un pré­sident afro-éta­su­nien change la phi­lo­so­phie poli­tique de ce pays tra­di­tion­nel­le­ment axée sur la domi­na­tion mon­diale ? Ceux qui croient à quelque chose de pareil devraient alors se deman­der pour­quoi les USA – le pays dont le budget mili­taire dépasse déjà celui de tous les autres pays du monde réunis – conti­nuent de dépen­ser des sommes d’argent énormes pour se pré­pa­rer à la guerre. »

Le géné­ral russe affirme : « Le concept d’Attaque glo­bale rapide implique une frappe concen­trée par des mil­liers d’armes clas­siques de pré­ci­sion durant deux à quatre heures qui détrui­rait com­plè­te­ment les infra­struc­tures vitales du pays cible et le for­ce­rait donc à capituler. »

« Le concept d’Attaque glo­bale rapide vise à main­te­nir le mono­pole des USA dans le domaine mili­taire et à creu­ser l’écart entre eux et le reste du monde. De pair avec le déploie­ment de mis­siles de défense censés blin­der les USA face à des frappes de repré­sailles russes et chi­noises, l’initiative d’Attaque glo­bale rapide est en train de faire de Washington le dic­ta­teur mon­dial de l’ère moderne. »

« Par essence, la nou­velle doc­trine nucléaire est un élé­ment de la nou­velle stra­té­gie de sécu­rité éta­su­nienne qu’on pour­rait mieux décrire comme stra­té­gie de l’impunité totale. Les USA dopent leur budget mili­taire, lâchent les rênes de l’OTAN comme gen­darme mon­dial et pla­ni­fient des manœuvres réelles en Iran pour tester dans la pra­tique cette ini­tia­tive d’Attaque glo­bale rapide. Entretemps, Washington parle d’un monde abso­lu­ment exempt d’armes nucléaires. »

Au fond, Obama pré­tend leur­rer le monde en par­lant d’une huma­nité exempte d’armes nucléaires, les­quelles seraient rem­pla­cées par d’autres extrê­me­ment des­truc­trices, mais mieux adap­tées à la volonté de ter­ro­ri­ser les diri­geants des États et de garan­tir cette nou­velle stra­té­gie d’impunité totale.

Les Yankee croient que la red­di­tion de l’Iran est proche. Dans ce sens, on s’attend à ce que l’Union euro­péenne fasse connaître son propre train de sanc­tions le 26 juillet. Les 5+1 se sont réunis la der­nière fois le 2 juillet, après que le pré­sident ira­nien Mahmud Ahmadineyad a affirmé que « son pays repren­drait les négo­cia­tions fin août avec la par­ti­ci­pa­tion du Brésil et de la Turquie ».

Un haut fonc­tion­naire de l’UE « a averti que ni le Brésil ni la Turquie ne sera invité à ces conver­sa­tions, du moins pas à ce niveau ».

« Le ministre des Affaires étran­gères ira­nien, Manouchehr Mottaki, s’est déclaré par­ti­san de défier les sanc­tions inter­na­tio­nales et de conti­nuer d’enrichir l’uranium. »

Depuis le mardi 5 juillet où l’Union euro­péenne a réitéré qu’elle pren­drait de nou­velles mesures, l’Iran a répondu qu’il ne négo­ciera pas avant septembre.

Les pos­si­bi­li­tés de vaincre cet obs­tacle insur­mon­table dimi­nuent de jour en jour.

Ce qui va se passer est si évident qu’on peut le pré­voir d’une façon quasi exacte.

Je dois de mon côté faire mon auto­cri­tique : j’ai commis l’erreur d’affirmer dans mes Réflexion du 27 juin que le conflit écla­te­rait le jeudi, le ven­dredi ou, au plus tard, le samedi. On savait alors que des bâti­ments de guerre israé­liens navi­guaient vers l’Iran aux côtes des forces navales yan­kees, et que l’ordre d’arraisonner les cargos ira­niens avait déjà été donné.

Je n’ai pas fait atten­tion, tou­te­fois, à une étape préa­lable : que l’Iran refuse concrè­te­ment l’inspection de ses cargos. Analysant le lan­gage tor­tueux de la réso­lu­tion du Conseil de sécu­rité impo­sant des sanc­tions à ce pays, je n’ai pas fait atten­tion à ce détail sans lequel le mandat de per­qui­si­tion ne pou­vait être plei­ne­ment valable. C’était tout ce qu’il manquait.

Le délai de soixante jours fixé par le Conseil de sécu­rité le 9 juin pour rece­voir des infor­ma­tions sur la mise en œuvre de sa réso­lu­tion pren­dra fin le 8 août.

Mais il s’est passé en fait quelque chose de plus lamen­table. J’ai tra­vaillé à partir du der­nier docu­ment éla­boré sur ce thème épi­neux par notre minis­tère des Relations exté­rieures, lequel ne conte­nait pas deux para­graphes cru­ciaux, les der­niers de cette Résolution, que voici :

« 36. Demande au Directeur géné­ral de l’AIEA de pré­sen­ter dans les 90 jours au Conseil des gou­ver­neurs de l’AIEA et paral­lè­le­ment, pour examen, au Conseil de sécu­rité un rap­port concer­nant la sus­pen­sion com­plète et durable par l’Iran de toutes les acti­vi­tés men­tion­nées dans la réso­lu­tion 1737 (2006) et l’application par ce pays de toutes les mesures pres­crites par le Conseil des gou­ver­neurs et des déci­sions énon­cées dans les réso­lu­tions 1737 (2006), 1747 (2007) et 1803 (2008) et dans la pré­sente résolution ;

« 37. Affirme qu’il exa­mi­nera les mesures prises par l’Iran au vu du rap­port demandé au para­graphe 36 ci-dessus, qui doit être pré­senté dans un délai de 90 jours, et : a) qu’il sus­pen­dra l’application des mesures sus­men­tion­nées si l’Iran sus­pend, et aussi long­temps qu’il sus­pen­dra, toutes les acti­vi­tés liées à l’enrichissement et au retrai­te­ment, y com­pris la recherche-déve­lop­pe­ment, sous véri­fi­ca­tion de l’AIEA, pour ouvrir la voie à des négo­cia­tions de bonne foi per­met­tant de par­ve­nir rapi­de­ment à un résul­tat mutuel­le­ment accep­table ; b) qu’il mettra fin aux mesures visées aux para­graphes 3, 4, 5, 6, 7 et 12 de la réso­lu­tion 1737 (2006), aux para­graphes 2, 4, 5, 6 et 7 de la réso­lu­tion 1747 (2007), aux para­graphes 3, 5, 7, 8, 9, 10 et 11 de la réso­lu­tion 1803 (2008) et aux para­graphes 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 21, 22, 23 et 24 ci-dessus dès qu’il aura constaté, après récep­tion du rap­port visé au para­graphe pré­cé­dent, que l’Iran res­pecte plei­ne­ment les obli­ga­tions que lui imposent ses réso­lu­tions per­ti­nentes et se conforme aux exi­gences du Conseil des gou­ver­neurs de l’AIEA, et que celui-ci l’aura confirmé ; c) que, au cas où il res­sor­ti­rait du rap­port demandé au para­graphe 36 ci-dessus que l’Iran n’a pas appli­qué les dis­po­si­tions des réso­lu­tions 1737 (2006), 1747 (2007) et 1803 (2008) et de la pré­sente réso­lu­tion, il adop­tera, en vertu de l’Article 41 du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, toutes autres mesures qui pour­raient être requises pour per­sua­der l’Iran de se confor­mer à ces réso­lu­tions et aux exi­gences de l’AIEA, et sou­ligne que de nou­velles déci­sions devront être prises si de telles mesures addi­tion­nelles s’avéraient nécessaires… »

Un com­pa­gnon du minis­tère, sans doute épuisé par le tra­vail de nom­breuses heures consis­tant à faire des copies de tous les docu­ments, s’est endormi. Si j’ai pu décou­vrir cet oubli, c’est parce que je dési­rais avoir toute l’information pos­sible et échan­ger des vues sur ces ques­tions délicates.

À mon avis, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont dit leur der­nier mot. Deux puis­sants États dotés d’autorité et de pres­tige n’ont pas exercé leur droit de veto pour blo­quer cette réso­lu­tion per­fide de l’ONU. C’était pour­tant là la seule pos­si­bi­lité de gagner du temps à la recherche d’une for­mule pour sauver la paix, un objec­tif qui leur aurait pro­curé plus d’autorité pour conti­nuer de se battre en sa faveur.

Aujourd’hui, tout pend d’un mince fil.

J’ai cher­ché avant tout à mettre en garde l’opinion publique inter­na­tio­nale sur le cours des événements.

J’y suis arrivé en partie en obser­vant ce qu’il se pas­sait, en ma qua­lité de diri­geant poli­tique qui a affronté de longues années l’Empire, ses blocus et ses crimes inqua­li­fiables. Mais je ne le fais par esprit de vengeance.

Je n’hésite pas à courir le risque de com­pro­mettre ma modeste auto­rité morale.

Je conti­nue­rai d’écrire plu­sieurs autres Réflexions sur ce point en juillet et en août pour aller plus loin, sauf inci­dent qui déclenche les armes meur­trières bra­quées les unes sur les autres.

J’ai beau­coup appré­cié les der­niers matchs de la Coupe du monde de foot­ball et les matchs de volley-ball de la Ligue mon­diale où notre cou­ra­geuse équipe s’est qua­li­fiée à la tête de son groupe.

Fidel Castro Ruz

Le 11 juillet 2010

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