L’endettement exagéré des entreprises mène à la catastrophe

Le modus operandi de ces LBO consiste au rachat d’entreprises de taille importante avec un fort recours à l’emprunt, dont le remboursement est supporté par l’entreprise elle-même. Les résultats sont une tendance de plus en plus forte, pour ces entreprises, de délaisser les stratégies d’investissement de long terme au profit des rendements de court terme.

Les attentes de rendement croissant, trimestre après trimestre, découragent les entreprises à poursuivre des investissements de plus long terme (R-D, formation de la main-d’œuvre, relations partenariales avec les employés ou les fournisseurs) et conduisent certains dirigeants d’entreprises à réduire ces dépenses, à comprimer toutes les dépenses, afin d’améliorer leurs bilans financiers, ou dit autrement, afin d’extraire le maximum de valeurs de court terme. Les travailleurs sont systématiquement les perdants de ces pratiques spéculatives : pertes d’emplois, réduction des avantages sociaux, augmentation des heures de travail.

Selon le site syndical de surveillance des LBO, The IUF’s Private Equity Buyout Watch, la dette des entreprises qui font parties du portefeuille de ces fonds d’investissement est devenu un enjeu majeur dans le contexte de crise actuelle. La moitié des 293 entreprises identifiées dans la liste des « weakest links » du Standard & Poor’s proviennent de ces portefeuilles; par ailleurs, les fonds de private equity étaient impliqués dans 78 des 140 grandes faillites d’entreprises aux Etats-Unis. Selon cette organisation syndicale, si l’on tient compte du fait que la valeur des « obligations de pacotille » liées aux LBO (avec échéance pour 2014) est évaluée à 1 000 milliards $US, mais que par ailleurs, en raison de la crise de liquidités, ces fonds connaissent de sérieuses difficultés à se refinancer, le sort des entreprises détenues par ces derniers ne laisse rien présager de bon.

Dans un article du journal Le Monde, on donne des exemples d’impacts négatifs de ces fonds en France. Par exemple celle de SGD dont la situation est jugée « catastrophique avec des milliers d’emplois menacés ». Selon les syndicats, la principale source des problèmes de Desjonquère est liée à son LBO. Depuis cette opération, menée en 2007, la société paie chaque année 40 millions d’euros en intérêts sur sa dette.

Selon les spécialistes consultés, le phénomène risque de s’aggraver dans les années à venir, en raison de la crise. Une étude du Boston Consulting Group confirme les inquiétudes du mouvement syndical : « près de 50 % des sociétés sous LBO pourraient faire défaut au cours des trois prochaines années. Quant aux fonds, 20 % à 40 % des plus gros acteurs du LBO pourraient disparaître ».

Les LBO sont peut-être des outils de financement qui ont leur utilité. Là n’est pas la question. Le problème survient lorsque des spéculateurs sans foi ni loi réussissent à canaliser des masses gigantesques de capitaux pour tirer le maximum de rendement dans le court terme. Alors là, les transactions se multiplient à un rythme effréné, les prix des sociétés s’envolent, jusqu’à ce que la bulle éclate et que les impacts sociaux négatifs se répercutent sur les travailleurs. Or, la majorité des capitaux disponibles qui s’engouffrent dans ces fonds proviennent des caisses de retraite ou de l’épargne-retraite des travailleurs. La solution passe en partie par le contrôle de la gouvernance du « capital des travailleurs ».

En passant, le prochain dossier de la Revue vie économique portera sur le thème : Le capital au service du travail et du développement.