L’empire américain est ruiné par ses guerres

Mis en ligne le 10 février 2010

par Eric Margolis, Toronto Sun, 5 février 2010

Les USA se ruinent à vou­loir main­te­nir leur statut de super puis­sance par de coû­teuses guerres et un budget mili­taire gigan­tesque finan­cés à crédit. Pour Eric Margolis, le com­plexe mili­taro-indus­triel, contre lequel le pré­sident Eisenhower avait mis en garde lors de son dis­cours d’adieu, entraîne le pays vers sa chute et Obama, comme son pré­dé­ces­seur, abuse ses conci­toyens en recou­rant à l’emprunt pour conti­nuer à main­te­nir l’illusion d’un empire aujourd’hui vacillant.

Le pré­sident amé­ri­cain Barack Obama a qua­li­fié d’étape impor­tante dans le réta­blis­se­ment de la santé éco­no­mique de l’Amérique le budget de 3 800 mil­liards de dol­lars US qu’il vient de sou­mettre au Congrès.

En fait, il s’agit d’une nou­velle forte dose donnée à un malade souf­frant d’une grande dépen­dance à une drogue dan­ge­reuse : la dette.

Plus d’empires sont tombés à cause d’une poli­tique bud­gé­taire incon­si­dé­rée qu’en raison d’une inva­sion. Le der­nier exemple en a été donné par l’Union sovié­tique, qui s’est ruinée en ache­tant des chars.

Le défi­cit bud­gé­taire de Washington (la dif­fé­rence entre les dépenses et les reve­nus pro­ve­nant des impôts) attein­dra le mon­tant ver­ti­gi­neux de 1 600 mil­liards de dol­lars US cette année. Cette somme énorme sera emprun­tée, prin­ci­pa­le­ment auprès de la Chine et du Japon, aux­quels les États-Unis doivent déjà 1 500 mil­liards de dol­lars. A lui seul, le ser­vice de cette dette coû­tera 250 mil­liards de dol­lars.

Dépenser 1000 mil­liards de dol­lars revient à avoir dépensé 1 mil­lion par jour, depuis le temps de la fon­da­tion de Rome, et durant les 2738 années écou­lées jusqu’à aujourd’hui.

Le budget total de la défense approche les 1000 mil­liards de dol­lars. Cela inclut les dépenses du Pentagone, soit 880 mil­liards de dol­lars, aux­quelles il faut ajou­ter les « blacks pro­grams » secrets (envi­ron 70 mil­liards de dol­lars), l’aide mili­taire à des pays étran­gers comme l’Egypte, Israël et le Pakistan, le coût des 225.000 « contrac­tuels » (mer­ce­naires et sala­riés) et les dépenses pour les anciens com­bat­tants. Il faut encore ajou­ter 75 mil­liards de dol­lars (près de quatre fois le budget total de défense du Canada) pour les 16 agences de ren­sei­gne­ment, qui comptent 200 000 employés.

Les guerres d’Afghanistan et d’Irak (1000 mil­liards de dol­lars à ce jour), coû­te­ront 200-250 mil­liards de dol­lars sup­plé­men­taires cette année, y com­pris les coûts cachés et indi­rects. La déci­sion d’Obama de ren­for­cer de 30 000 hommes le contin­gent Afghan coû­tera une somme sup­plé­men­taire de 33 mil­liards – supé­rieure au budget total de défense de l’Allemagne.

Le cours des actions des entre­prises du sec­teur de la défense a évi­dem­ment aug­menté après l’annonce du pro­gramme d’ « aus­té­rité » du Nobel de la paix Obama.

Les dépenses pour l’armée et le ren­sei­gne­ment aug­mentent sans cesse alors que le taux de chô­mage s’approche des 10% et que l’économie conti­nue de souf­frir. L’Amérique est deve­nue l’homme malade de l’hémisphère occi­den­tal, un estro­pié éco­no­mique à l’image du défunt Empire otto­man.

Le Pentagone repré­sente main­te­nant la moitié du total mon­dial des dépenses mili­taires. Si on y ajoute les bud­gets des riches alliés de l’Amérique que sont les membres de l’OTAN et le Japon, ce chiffre atteint 75%.

La Chine et la Russie réunis ne consacrent qu’un petit 10% des sommes consa­crées à la défense par les USA.

Il ya 750 bases mili­taires amé­ri­caines dans 50 pays et 255 000 sol­dats sta­tion­nés à l’étranger, dont 116 000 en Europe et près de 100 000 au Japon et en Corée du Sud.

Les dépenses mili­taires englou­tissent 19% des dépenses fédé­rales et au moins 44% des recettes fis­cales. Sous l’administration Bush, les guerres d’Irak et d’Afghanistan – finan­cées par l’emprunt – ont coûté plus de 25.000 $ à chaque famille amé­ri­caine.

Comme Bush, Obama finance les guerres amé­ri­caines par le biais d’autorisations sup­plé­men­taires d’endettement – en les empi­lant sur la carte de crédit de la nation qui a déjà atteint son maxi­mum auto­risé. Les géné­ra­tions futures paye­ront la fac­ture.

Ce poker men­teur joué par la pré­si­dence et les par­le­men­taires est un comble de mal­hon­nê­teté publique.

Les guerres de l’Amérique doivent être finan­cées par les impôts, pas par la fraude comp­table.

Si les contri­buables amé­ri­cains avaient dû payer les guerres en Afghanistan et en Irak, ces conflits s’arrêteraient à brève échéance.

Ce dont l’Amérique a besoin c’est d’un impôt pour la guerre, hon­nête et trans­pa­rent.

Les États-Unis ont clai­re­ment atteint le point de rup­ture de leur ambi­tion impé­riale. Les dépenses mili­taires et le ser­vice de la dette can­ni­ba­lisent l’économie amé­ri­caine, qui est la base réelle de leur puis­sance mon­diale. Outre l’URSS sur le déclin, les Etats-Unis res­semblent éga­le­ment de plus en plus à l’Empire bri­tan­nique ago­ni­sant de 1945, écrasé par les dettes immenses sous­crites pour mener la Seconde Guerre mon­diale, devenu inca­pable de conti­nuer à finan­cer ou à défendre l’Imperium, tout en res­tant impré­gné de ses pré­ten­tions.

Il est de plus en plus évident que le pré­sident ne contrôle pas la fuite en avant du mas­to­donte mili­taire amé­ri­cain. Il ya soixante ans, le grand pré­sident Dwight Eisenhower, dont je garde le por­trait dans mon bureau, avait averti les Américains de se méfier du com­plexe mili­taro-indus­triel. Six décen­nies plus tard, les par­ti­sans de la guerre per­ma­nente et de la domi­na­tion du monde se sont unis aux prê­teurs de Wall Street pour réduire l’Amérique en escla­vage.

Un nombre crois­sant d’Américains redoutent les défi­cits incon­trô­lables et s’en indignent à juste titre. Mais la plu­part ne com­prennent pas que leurs diri­geants poli­tiques ruinent éga­le­ment leur nation dans des guerres étran­gères inutiles, en une vaine et orgueilleuse ten­ta­tive de contrô­ler une grande partie de la pla­nète – ce que les néo-conser­va­teurs appellent la « Full spec­trum domi­nance ».

Si Obama vou­lait réel­le­ment réta­blir la santé éco­no­mique de l’Amérique, il exi­ge­rait que les dépenses mili­taires soient réduites, met­trait rapi­de­ment fin aux guerres en Irak et en Afghanistan et déman­tè­le­rait les « Frankenbanks » géantes du pays.

DOCUMENT : Eisenhower’s Farewell Address to the Nation

January 17, 1961

Good eve­ning, my fellow Americans. (…)

Three days from now, after a half cen­tury of ser­vice of our coun­try, I shall lay down the res­pon­si­bi­li­ties of office as, in tra­di­tio­nal and solemn cere­mony, the autho­rity of the Presidency is vested in my suc­ces­sor.

This eve­ning I come to you with a mes­sage of leave-taking and fare­well, and to share a few final thoughts with you, my coun­try­men.

(…)

we have been com­pel­led to create a per­ma­nent arma­ments indus­try of vast pro­por­tions. Added to this, three and a half mil­lion men and women are directly enga­ged in the defense esta­blish­ment. We annually spend on mili­tary secu­rity more than the net income of all United States cor­po­ra­tions. American makers of plow­shares could, with time and as requi­red, make swords as well. But now we can no longer risk emer­gency impro­vi­sa­tion of natio­nal defense ; we have been com­pel­led to create a per­ma­nent arma­ments indus­try of vast pro­por­tions.

This conjunc­tion of an immense mili­tary esta­blish­ment and a large arms indus­try is new in the American expe­rience. The total influence – eco­no­mic, poli­ti­cal, even spi­ri­tual – is felt in every city, every Statehouse, every office of the Federal govern­ment. We reco­gnize the impe­ra­tive need for this deve­lop­ment. Yet we must not fail to com­pre­hend its grave impli­ca­tions. Our toil, resources and live­li­hood are all invol­ved ; so is the very struc­ture of our society.

In the coun­cils of govern­ment, we must guard against the acqui­si­tion of unwar­ran­ted influence, whe­ther sought or unsought, by the mili­tary-indus­trial com­plex. The poten­tial for the disas­trous rise of mis­pla­ced power exists and will per­sist.

We must never let the weight of this com­bi­na­tion endan­ger our liber­ties or demo­cra­tic pro­cesses. We should take nothing for gran­ted. Only an alert and know­led­geable citi­zenry can compel the proper meshing of the huge indus­trial and mili­tary machi­nery of defense with our pea­ce­ful methods and goals, so that secu­rity and liberty may pros­per toge­ther.

(…)

Publication ori­gi­nale Toronto Sun, tra­duc­tion Contre Info

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