L’écologie est-elle soluble dans le socialisme ?

Mis en ligne le 20 mai 2010

Andrea Levy

Je lisais récem­ment une lettre dans la revue amé­ri­caine The Sun, qui répon­dait à un article du jour­na­liste et envi­ron­ne­men­ta­liste James Howard Kunstler où il ras­su­rait ses lec­teurs qu’il était capi­ta­liste et non socia­liste. L’auteure de la lettre répli­qua qu’elle voyait peu de dif­fé­rence entre capi­ta­lisme et socia­lisme dans la mesure où les deux per­çoivent les res­sources natu­relles comme étant une simple matière à exploi­ter et ne recon­naissent aucune autre valeur à la faune, aux forets, aux mon­tagnes et aux océans, autre­ment que ce qui peut béné­fi­cier aux humains, Les deux visions se pré­oc­cupent d’avoir accès à ces res­sources gra­tui­te­ment en négli­geant les couts dévas­ta­teurs pour le monde non humain. Ce reproche remonte aux débuts du mou­ve­ment éco­lo­gique et on peut se deman­der si l’écosocialisme repré­sente un pro­grès à cet égard par rap­port à la tra­di­tion socia­liste.

On peut dis­tin­guer, comme cer­tains cher­cheurs le font, entre jus­tice envi­ron­ne­men­tale et jus­tice éco­lo­gique. La pre­mière fait réfé­rence à la jus­tice en ce qui concerne la dis­tri­bu­tion des biens et des maux envi­ron­ne­men­taux entre les peuples et les classes sociales. La seconde est défi­nie comme étant la jus­tice des rap­ports entres humains et le reste du monde natu­rel. D’emblée, il me semble que la pré­oc­cu­pa­tion pour la jus­tice envi­ron­ne­men­tale est un des points forts de l’écosocialisme. Parallèlement, la ques­tion de la jus­tice éco­lo­gique reste un point faible.

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À mon avis, en ce qui a trait au pro­blème des rela­tions entre l’humain et la tota­lité des êtres vivants, l’écosocialisme n’a pas inté­gré la réflexion offerte par les tra­di­tions de l’écologie radi­cale et de l’éthique envi­ron­ne­men­tale, . Ainsi« l’éco » dans l’écosocialisme demeure sous-déve­loppé à tel point que cela pose un obs­tacle, entre autres, à une prise de conscience de l’énormité de la ques­tion de la bio­di­ver­sité, . Il faut com­prendre que la santé de la bio­sphère implique aussi la santé des espèces non-humaines qui sont nos colo­ca­taires sur la pla­nète. Je crois qu’une plus grande appré­cia­tion de cette ques­tion faci­li­tera une dia­logue avec d’autres cou­rants du mou­ve­ment éco­lo­gique et per­met­tra une récep­tion plus large de l’important dis­cours mise de l’avant par l’écosocialisme sur les consé­quences envi­ron­ne­men­tales désas­treuses du capi­ta­lisme contem­po­rain.

Il est inté­res­sant à cet égard de citer Angus Taylor : « Le capi­ta­lisme a réussi à créer une éco­no­mie mon­diale de plus en plus inté­grée. A tous les coins de la pla­nète on a ten­dance à voir tous les élé­ments du monde — animé et inanimé — comme matière à exploi­ter dans la pour­suite de l’accumulation du capi­tal. Ce fait milite contre le ren­ver­se­ment de la per­cep­tion tra­di­tion­nelle des ani­maux comme étant des res­sources au profit humain. »

Je trouve ce com­men­taire très per­ti­nent. Est-il pos­sible que les éco­so­cia­listes n’arrivent pas à tirer toutes les conclu­sions d’une ana­lyse cri­tique du capi­ta­lisme ? Les fon­de­ments d’un socia­lisme éco­lo­gique devraient, il me semble, inclure une réflexion sur nos concep­tions et nos pra­tiques en qui a trait au monde natu­rel, et plus par­ti­cu­liè­re­ment vis-à-vis les autres êtres doués de sen­sa­tions, ainsi qu’une ana­lyse de la forme par­ti­cu­lière que prennent nos rap­ports avec les autres êtres vivants sous le régime capi­ta­liste.

Il faut dire qu’en géné­ral la tra­di­tion socia­liste a rela­ti­ve­ment peu à offrir à cette dis­cus­sion. Pour Marx, par exemple, seul les humains sont pro­duc­tifs. L’animal ne pro­duit que lui-même, tandis que l’homme pro­duit la nature toute entière, a-t-il écrit. Bien sur, Marx avait une concep­tion par­ti­cu­lière de ce que consti­tue la pro­duc­tion — la trans­for­ma­tion d’un objet natu­rel par le tra­vail humain, qui lais­sait la nature non humaine avec peu ou pas de valeur en soi ; sa valeur consiste en son uti­lité et capa­cité de trans­for­ma­tion par l’homme. Mais la consta­ta­tion parait un peu dou­teuse quand on com­prend à quel point les autres ani­maux et orga­nismes pro­duisent, eux-aussi, la nature toute entière. Il est clair que la dis­pa­ri­tion de l’humanité ne nui­rait pas à la majo­rité des autres espèces – au contraire – tandis que la dis­pa­ri­tion de l’humble abeille sera une catas­trophe pour l’humanité, comme Albert Einstein nous en avait pré­venu.

Mais il faut dire que la com­pré­hen­sion mar­xiste du rap­port humain/​nature que prônent les éco­so­cia­listes, grâce en grande partie à la relec­ture de Marx offerte par John Bellamy Foster, se démarque des concep­tions réduc­tion­nistes et uti­li­taires des Lumières pour qui la nature – comme res­source – doit être exploi­tée selon le bon vou­loir humain. Les éco­so­cia­listes mettent l’emphase sur une com­pré­hen­sion dia­lec­tique des rap­ports entre humains et nature. Cela implique un rejet de la dicho­to­mie entre le natu­rel et le social, et entre la concep­tion de

l’ « envi­ron­ne­ment » comme élé­ment externe aux humains, et de la nature comme étant dis­tincte de la réa­lité humaine. Faisant partie de l’évolution du monde natu­rel, les humains sont éga­le­ment une force évo­lu­tive, trans­for­mant le monde par leur acti­vité pro­duc­tive, dont la nature est la condi­tion. Comme l’a observé Joel Kovel, « la nature a été réor­ga­ni­sée de manière sub­stan­tielle par l’influence humaine, au point où il est dif­fi­cile de trou­ver une quel­conque confi­gu­ra­tion de la matière à la sur­face de la terre, bien au-dessus ou bien en des­sous, qui n’ait pas été modi­fiée par l’activité de notre espèce ». La nature fait alors partie de l’histoire ou comme l’exprime James O’Connor, l’expérience humaine de la nature est pro­duite his­to­ri­que­ment.

C’est prin­ci­pa­le­ment sous le capi­ta­lisme que le rap­port entre humains et nature est dis­lo­qué, puisque la nature et le tra­vail sont trans­for­més en mar­chan­dises fon­gibles que d’être le socle de l’activité créa­trice, la nature devient un champ d’exploitation. Seule la trans­cen­dance du capi­ta­lisme offre l’espoir d’une nou­velle récon­ci­lia­tion avec la nature.

L’écosocialisme offre alors un réel pro­grès par rap­port à la pensée tra­di­tion­nelle en ce qui concerne les rap­ports entre humains et non-humains, dans la mesure où l’emphase est mise sur l’ancrage humain dans la nature et sur l’interdépendance, qui se tra­duit par un devoir d’intendance envi­ron­ne­men­tale, c’est-à-dire l’exploitation de la nature sans la dégra­der outre l’utilité que nous en tirons. Par contre, en pra­tique, l’écosocialisme ne s’élève guère au dessus des vielles atti­tudes quant aux autres êtres vivants, même si ce pro­blème com­mence à faire du chemin dans le mou­ve­ment anti­ca­pi­ta­liste plus large.

La nature non humaine dans son énorme diver­sité est trop faci­le­ment réduite à ce que le phi­lo­sophe Tchèque Erazim Kohák décrit comme la scène, ou la toile de fond, sur laquelle le drame de la vie humaine se déroule. En jan­vier der­nier dans le numéro du 50e anni­ver­saire de la célèbre revue de gauche anglaise New Left Review l’article de tête de l’auteur amé­ri­cain Mike Davis, s’intitulait « Qui bâtira l’arche ? » et trai­tait de la lutte — per­dante jusqu’ici — contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques. En dépit de la réfé­rence biblique au mythe de l’arche de Noé où l’objectif était de conser­ver la diver­sité des espèces, Davis passe sous silence cette ques­tion.

Pourtant le pro­blème des chan­ge­ments cli­ma­tiques va de pair avec une autre crise, celle de la bio­di­ver­sité, qui est perçue par beau­coup de scien­ti­fiques comme étant aussi sévère et aussi dan­ge­reuse, même par rap­port aux pers­pec­tives et à la qua­lité de vie humaines.

La bio­di­ver­sité a été défi­nie par la Convention sur la Diversité Biologique, signée à Rio en 1992, comme « la varia­bi­lité des orga­nismes vivants de toute ori­gine y com­pris, entre autres, les éco­sys­tèmes ter­restres, marins et autres éco­sys­tèmes aqua­tiques et les com­plexes éco­lo­giques dont ils font partie ; cela com­prend la diver­sité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des éco­sys­tèmes ».

La 3e édi­tion des Perspectives mon­diales de la bio­di­ver­sité vient tout juste de paraître. Selon le com­mu­ni­qué émis par le Programme de l’environnement des Nations unies, on nous pré­vient que, puisque nous avons échoué à réduire de manière signi­fi­ca­tive les taux de perte de bio­di­ver­sité, tel que cela avait été déter­miné pour 2010. Une perte mas­sive de bio­di­ver­sité est de plus en plus pro­bable et entrai­ne­rait une forte réduc­tion du nombre des fonc­tions essen­tielles four­nies aux socié­tés humaines puisque plu­sieurs « points de bas­cu­le­ment » sont sur le point d’être fran­chis, condui­sant les éco­sys­tèmes à une chute de pro­duc­ti­vité qu’il sera très dif­fi­cile, voire impos­sible de « répa­rer ».

Enfin, nous vivons aujourd’hui durant la 6e extinc­tion de masse, sui­vant celle qui a fait dis­pa­raitre les dino­saures ; mais cette 6e extinc­tion résulte entiè­re­ment de l’action des humains sur les éco­sys­tèmes, incluant le pré­lè­ve­ment des plantes, la chasse et la pêche, mais sur­tout la des­truc­tion des habi­tats comme les forêts tro­pi­cales par l’urbanisation, la défo­res­ta­tion et l’agriculture inten­sive.

La bio­sphère perd des espèces à un rythme qui est de mille fois supé­rieur au rythme normal. En trois décen­nies presque la moitié des forêts du monde et un tiers des espèces ont dis­paru, et les scien­ti­fiques s’accordent pour pré­dire l’extinction de 25 % des espèces encore en vie avant 2025 et de deux tiers d’ici la fin du siècle. En dépit de ces don­nées, les repré­sen­tants des gou­ver­ne­ments à la Convention Internationale sur le Commerce des Espèces Sauvages (CITES), réunie à Doha en mars der­nier, ont refusé d’interdire le com­merce inter­na­tio­nal du thon rouge et des ours polaires, qui sont toutes deux des espèces mena­cées.

On peut voir cette perte impen­sable de la bio­di­ver­sité de manière stric­te­ment uti­li­taire, c’est-à-dire en fonc­tion des consé­quences — assez dra­ma­tiques d’ailleurs — pour notre espèce. Mais cette crise nous inter­pelle aussi de manière cri­tique sur nos rap­ports avec d’innombrables formes de vie que nous chas­sons et pêchons jusqu’à l’extinction et que nous anéan­tis­sons autre­ment en les pri­vant des zones d’habitat qui leur res­tent.

Cette ques­tion du trai­te­ment et du sort, des autres êtres vivants avec les­quels nous par­ta­geons la bio­sphère fait partie inté­grante de l’écologie en tant que mou­ve­ment et ce depuis ses débuts. Rachel Carson, l’auteure de Silent Spring, un des textes pion­niers de la conscien­ti­sa­tion envi­ron­ne­men­tale, se pré­oc­cu­pait de l’empoisonnement et de la dis­pa­ri­tion des oiseaux non seule­ment parce qu’il s’agissait du phé­no­mène du canari dans la mine de char­bon – la sen­ti­nelle qui annonce les effets toxiques pos­sibles pour les humains résul­tant de l’utilisation des pes­ti­cides — mais aussi parce qu’elle s’inquiétait sin­cè­re­ment pour les oiseaux.

Il y a bien sûr des débats intenses au sein de cette tra­di­tion de l’éthique envi­ron­ne­men­tale. Il y a des points de vue dif­fé­rents par rap­port à une concep­tion holis­tique qui pri­vi­lège les ensembles et groupes, comme les espèces, et d’autres plutôt axées vers la défense ani­male qui veut lais­ser de la place à un res­pect de l’individu. Et il y un large éven­tail d’approches dif­fé­rentes à la réorien­ta­tion de notre façon de conce­voir les rap­ports entre la vie humaine et non-humaine.

Richard Routley et Holmes Rolston dans les années 70 ont été les pre­miers parmi des pen­seurs éco­lo­giques qui ont pro­posé l’attribution d’une valeur intrin­sèque et non uni­que­ment fonc­tion­nelle aux êtres et enti­tés natu­relles. Pour des phi­lo­sophes éco­cen­triques, comme l’australienne Robyn Eckersley il s’agit de voir la vie comme indi­vi­sible ; de revoir les pers­pec­tives car­té­siennes et tra­di­tion­nelles sur les fron­tières entre l’humain et la nature non humaine afin d’étendre la com­mu­nauté morale Pour le socia­liste amé­ri­cain John Sanbonmatsu il faut recon­naitre que le non-humain mérite lui aussi le statut de sujet. Il affirme que le mar­xisme repro­duit ce qu’il consi­dère comme l’erreur de l’humanisme radi­cal : une concep­tion de la liberté défi­nie comme la néga­tion de la sub­jec­ti­vité non-humaine, ce qui réduit la nature à un statut d’objet et l’être humain à une abs­trac­tion, à l’esprit. D’autres par­ti­ci­pants à cette dis­cus­sion pro­posent d’aller au delà de la dicho­to­mie entre éco­cen­trisme et huma­nisme pour arri­ver à des stra­té­gies de récon­ci­lia­tion entre humains et nature non-humaine.

Les argu­ments sont com­plexes et je ne peux pas résu­mer toutes les posi­tions. Par contre il y un point clé qui fait consen­sus : l’attitude uti­li­taire qu’ont les humains par rap­port à la nature et les autres formes de vie est une des causes pro­fondes de la crise éco­lo­gique.

Cette tra­di­tion de l’éthique envi­ron­ne­men­tale pro­pose une vaste et pro­fonde réflexion sur les rap­ports humain-nature, qui demeure incon­nue ou du moins peu ou pas com­men­tée par les pen­seurs éco­so­cia­listes, à part quelques rares excep­tions comme le bri­tan­nique Ted Benton, , qui est un pion­nier dans ce domaine et qui a lon­gue­ment réflé­chi sur la ques­tion du statut moral de la vie non humaine et de nos obli­ga­tions envers elle. Pour sa part, Joel Kovel, l’un des prin­ci­paux théo­ri­ciens de l’écosocialisme aux États-Unis, parle dans son livre L’ennemi de la nature du « défi­cit de soli­da­rité » à l’égard de la vie non-humaine dans la tra­di­tion mar­xiste et rejette expli­ci­te­ment le chau­vi­nisme humain, en endos­sant une affir­ma­tion de la liberté pour toutes les créa­tures, sans tou­te­fois s’efforcer de pré­ci­ser les réper­cus­sions de ces idées en pra­tique.

Il est tout de même para­doxal que la tra­di­tion socia­liste cri­tique le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste pour sa ten­dance à tout réduire à des mar­chan­dises tout en pas­sant plus ou moins sous silence la ten­dance du capi­ta­lisme à réduire la vie non-humaine incluant des êtres doués de sen­sa­tions à des pro­duits et ser­vices.

On constate une des mani­fes­ta­tions les plus bru­tales de cette ins­tru­men­ta­li­sa­tion de la vie non-humaine dans les fermes indus­trielles. Pourtant même si la science moderne nie de plus en plus la dif­fé­rence essen­tielle entre l’humain et l’animal, et même s’il existe des argu­ments convain­cants en faveur de la réduc­tion de la consom­ma­tion de viande du point de vue envi­ron­ne­men­tal et du point de vue du bien être humain, la cri­tique de l’élevage indus­triel ne figure guère dans les contri­bu­tions des éco­so­cia­listes, en fai­sant excep­tion encore une fois de Ted Benton. Il ne faut pas oublier que la consom­ma­tion de la viande et sur­tout l’élevage indus­triel contri­buent de façon très signi­fi­ca­tive aux chan­ge­ments cli­ma­tiques et à la perte de la bio­di­ver­sité.

C’est en effet une des causes prin­ci­pales de la dégra­da­tion envi­ron­ne­men­tale, en raison de l’utilisation de car­bu­rants fos­siles et de l’émission de méthane qui contri­bue à l’effet de serre, et à cause de la consom­ma­tion d’une quan­tité énorme d’eau et d’engrais et l’accélération du pro­ces­sus d’érosion des sols. Cette pro­duc­tion repré­sente enfin un danger pour la santé humaine, puisqu’elle peut être le vec­teur de mala­dies zoo­no­tiques, comme le démontre l’apparition récente du virus de la grippe por­cine ou les éclo­sions cau­sées par E. coli, et éga­le­ment en raison de l’utilisation mas­sive d’antibiotiques (néces­saires dans les condi­tions invi­vables où les ani­maux sont main­te­nus, les pré­dis­po­sant aux mala­dies) qui pour­rait conduire au déve­lop­pe­ment de « super-bac­té­ries ».

En ce qui a trait à la bio­di­ver­sité, l’un des fac­teurs les plus impor­tants dans la des­truc­tion de l’habitat est la conver­sion des habi­tats en unités de pro­duc­tion agri­cole, celles pro­vo­quant le plus de gas­pillage étant les pâtu­rages réser­vés au bétail bovin. L’élevage du bétail en géné­ral acca­pare déjà 30% des sur­faces ter­restres de la pla­nète, et on estime que la demande pour la viande devrait plus que dou­bler d’ici l’an 2050. Il res­sort qu’une des mesures les plus pro­met­teuses pour pré­ser­ver la bio­di­ver­sité serait de pro­mou­voir une réduc­tion de la consom­ma­tion de viande et de la rem­pla­cer par la culture de céréales des­ti­nées direc­te­ment à la consom­ma­tion humaine, ce qui non seule­ment néces­site moins d’espace, mais peut aussi aug­men­ter les réserves mon­diales en nour­ri­tures.

Avec une telle ini­tia­tive, une concep­tion de la vie non-humaine comme ayant une valeur inhé­rente (et je parle ici à la fois d’innombrables formes de vie mena­cées d’extinction par la crise de la bio­di­ver­sité ainsi que des ani­maux domes­tiques, réduits, d’une cruauté impen­sable, à de simples fac­teurs de pro­duc­tion sur les fermes indus­trielles) ne serait pas uni­que­ment un choix éthique, mais aussi une option poli­ti­que­ment et éco­lo­gi­que­ment ration­nelle.

Présentation à la confé­rence des Nouveaux Cahiers du socia­lisme et de Masse cri­tique, « Après l’échec de Copenhague : éco­so­cia­lisme et mobi­li­sa­tion popu­laire », 11 mai 2010.

2 réponses à “L’écologie est-elle soluble dans le socialisme ?”

  1. Melanie dit :

    Fabuleuses réflexions. Très éclai­rantes. Je me consi­dère éco­so­cia­liste, et je crois que ce dia­logue est abso­lu­ment pri­mor­dial. L’Écosocialisme doit inté­grer davan­tage la jus­tice éco­lo­gique – cela est essen­tiel. Et je crois que cela est pos­sible. Mais bien entendu, cela sous-entend un tra­vail de réflexion, d’introspection, et de pro­fonde ana­lyse non seule­ment d’ordre socio-cultu­relle, mais aussi éthique, voire spi­ri­tuelle. Oui, spi­ri­tuelle. Selon la concep­tion d’une quête de sens et de sen­si­bi­lité envers le vivant, humain ou autre – comme le pro­pose le grand phi­lo­sophe-théo­lo­gien de la libé­ra­tion bré­si­lien Leonardo Boff dans son ouvrage « Écologie : Cri des Pauvres, Cri de la Terre ». La spi­ri­tua­lité est tel­le­ment connexe aux uto­pies, qui, comme le dit Benedetti, sont des « scin­tille­ments de l’imagination, des aspi­ra­tions presque invrai­sem­blables qui, tou­te­fois, portent en elles-mêmes, le germe du pos­sible » et « ne par­tagent rien avec la reli­gion de l’argent, avec la mes­qui­ne­rie » car elle sont de par leur essence même « un signe sans équi­voque de soli­da­rité ». L’éthique, l’utopie et la spi­ri­tua­lité ne sont pas des « reli­gions » – elles ne sont ni des struc­tures humaines hié­rar­chiques de pou­voir, ni des dogmes, ni por­teuses de mes­sages aux­quels il faille ‘conver­tir’ des infi­dèles de façon pro­sé­lyte. Notre civi­li­sa­tion moderne (sur­tout le capi­ta­lisme qui la domine) et en partie sa science, de même que la cos­mo­lo­gie qui les accom­pagne et sous-tend tout à la fois, ont gran­de­ment mal­mené, déni­gré, ridi­cu­lisé, voire évacué ces aspects de l’esprit humain. Une chose est de cri­ti­quer les reli­gions (tout à fait sou­hai­table et légi­time), une autre est de tuer Dieu, et l’autre est de tuer l’éthique, l’utopie et la spi­ri­tua­lité, ou pire, d’en venir à penser que les trois sont la même chose. Je crois for­te­ment que l’écosocialisme, por­teur d’une éthique pro­fonde de souci d’autrui (dumoins, l’autre humain) et d’une utopie en ce sens – de jus­tice, soli­da­rité et éman­ci­pa­tion sociale – sera capable, très bien­tôt, d’étendre cela à la Terre mère, Gaïa, Pachamama, et toutes ses créa­tures – qui sont eux et elles aussi nos frères et soeurs. Bien sûr, il y aura des raille­ries – comme cette très absurde, aveu­glé­ment eth­no­cen­triste , voire raciste ana­lyse du Sommet de Cochabamba qu’a fait Pablo Stefanoni, le cor­res­pon­dant du Monde Diplo en Bolivie et publiée dans le très res­pecté et res­pec­table jour­nal Rebelion (!), dans son article sur le « pacha­ma­mismo ». Mais j’ai confiance en la sagesse, l’ouverture d’esprit, le cou­rage, la verve, l’intelligence ainsi que la sen­si­bi­lité du mou­ve­ment éco­so­cia­liste. Socialismo, Pacha o Muerte.

  2. pascal dit :

    Splendide, per­ti­nent, lim­pide, intel­li­gent… et tota­le­ment ignoré (?)
    L’actualité et les prises de posi­tions du gou­ver­ne­ment de François Hollande nous éclairent sur le peu de cas qu’ils ont l’intention de faire de l’écologie !