L’Afrique au centre du monde

Dakar, le mardi 8 février 2011 – L’édition 2011 du Forum social mondial (FSM) a débuté le dimanche 6 février par une vaste marche qui a rassemblé près de 100 000 personnes dans les rues de la capitale Sénégalaise. Une foule bigarrée d’altermondialistes, majoritairement africains mais auxquels se mêlaient des militants provenant de plus de 140 pays, a convergé vers le campus de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) où se déroule la majeure partie des activités. «Jeunes, cessons d’êtres sujets, soyons citoyens!» ; «mondialisons la paix!» ; «la terre est ma vie, touche pas à ma terre!» ; «emploi et travail décent pour les hommes et les femmes» ; «l’alternative : peuple, emploi, nourriture et démocratie» et même «un autre Québec est en marche!» pouvaient-on lire sur les banderoles, les T-shirt et autres drapeaux qui coloraient le cortège.

Les marcheurs furent accueillis sur le campus par le président bolivien Evo Morales qui, vantant les mérites de ses politiques économiques fondées sur la nationalisation des ressources naturelles, entendaient illustrer concrètement la possibilité d’un changement social profond. Les ressources naturelles d’un pays doivent appartenir à sa population et les profits tirés de leur exploitation responsable, dans une perspective de développement durable, doivent servir les intérêts de la population dans son ensemble, et non pas une minorité d’entreprises privées et d’acteurs du monde financier. Cet autre monde que tous les participants rassemblés lors du FSM appellent de leurs vœux est déjà en construction dans plusieurs pays, dont la Bolivie, l’Équateur, le Venezuela, le Brésil… Mais ce n’est pas suffisant selon le président bolivien. Les gouvernements progressistes de la planète doivent participer au Forum social mondial pour venir s’informer auprès des mouvements sociaux qui luttes concrètement pour changer le monde. Ce travail d’éducation des dirigeants politiques par les organisations de la société civile est fondamental pour la concrétisation de l’alternative. «J’ai un rêve. Il faut que le FSM devienne une école pour les présidents qui se préoccupent de leur peuple», a affirmé pour conclure Evo Morales.

Les activités de réflexion du FSM ont ensuite débuté la journée du 7 février qui fut entièrement consacrée aux thèmes de la réalité africaine et des diasporas. Des centaines d’ateliers, conférences, groupes d’échanges et de discussion étaient programmés afin d’aborder les multiples défis auxquels se trouvent confrontés les peuples et les mouvements sociaux africains. La journée a cependant été très fortement perturbée par de sérieux problèmes logistiques. La direction de l’université, qui s’était engagée à fournir les locaux pour la tenue de l’événement, a décidé tardivement, suite à un changement de direction à la tête de l’institution, de revenir sur ses engagements. Résultat, les dizaines de milliers d’altermondialistes se sont vus devoir partager des locaux déjà insuffisants avec les plus de 50 000 étudiants présents sur le campus. Ce casse-tête logistique a paralysé les organisateurs du FSM qui n’ont pas été capables de sortir à temps le programme de l’événement. Ainsi, les dizaines de milliers de participants se trouvent à errer sur le site de l’UCAD à la recherche désespérée des salles et tentes où doivent se tenir les activités auxquelles ils souhaitent participer. Cela génère de nombreuses frustrations, mais permet aussi multiplier les rencontres impromptues et de renforcer les échanges informelles en dehors des salles de conférence. Malgré tout, de nombreux sujets ont été traités par les différentes organisations présentes lors de cette seconde journée d’activité du FSM 2011. Les thèmes de l’indépendance et de la décolonisation du continent ont largement été couverts, tout comme les questions de la dette odieuse qui entrave le développement des pays africains, les problématiques de développement, les questions liées à l’éducation, la santé, l’accès à l’eau, à un travail et un habitat décent, la condition de la femme africaine, la sécurité énergétique et la souveraineté alimentaire, le droit à la terre, le droit des migrants, les conflits territoriaux, les ravages des industries minières dans différents pays du continent… Malgré les obstacles logistiques, les échanges ont été nombreux et riches, permettant aux participantes et participants de mieux cheminer vers la compréhension commune des enjeux globaux, afin de déployer des actions locales porteuses de changement.

L’espace du FSM a aussi laissé la place au scepticisme et à la critique. La conférence donnée conjointement par le président sortant du Brésil, Lula, et le président sénégalais Abdoulaye Wade sur la place du Souvenir bordant la route de la Corniche en fut une parfaite illustration. Deux visions à la fois de la mondialisation, des rapports nord-sud et du progrès social se sont alors confrontées. Pour Lula, qui a quitté la présidence du Brésil il y a quelques semaines avec un taux de popularité dépassant les 80% après 8 ans de présence au gouvernement, la crise actuelle qui frappe au cœur du capitalisme mondial démystifie le discours et les politiques néolibérales qui s’imposent depuis plus de 30 ans. Afin de sortir des turbulences causées par les excès de la finance internationale, la présence régulatrice des États est indispensable et le marché ne doit plus être considéré comme une panacée. La position carrément inverse fut endossée par le président Wade, qui s’est ouvertement déclaré libéral et à lancé à la blague, «vous, les altermondialistes, vous avez changé quoi au juste?». Le chef de l’État sénégalais, âgé de 82 ans et au pouvoir depuis 2000, préfère la voie du libre-échange et les mesures classiques énoncées par le Consensus de Washington pour gravir l’échelle du développement. Il a cependant voulu souligner sa grande ouverture et son penchant pour le débat démocratique en autorisant la tenue du FSM 2011 dans sa capitale.

Selon les organisateurs, le FSM 2011 rassemble entre 120 000 et 145 000 participants provenant de 143 pays. Plus d’un milliers d’activités sont inscrites par 1200 organisations de la société civile au sein de la programmation de l’événement qui se poursuit jusqu’au 11 février. Près de 200 Québécoises et Québécois rassemblés en plusieurs délégations sont présents à Dakar.

Pour contacter les délégations québécoises présentes à Dakar : canet.raphael@gmail.com

Pour plus d’information sur :

-La délégation UNIALTER/YMCA : www.quebecfsm2011.blogspot.com ; Blogue des membres de la délégation: www.partagetavision.blogspot.com

-La délégation d’Alternatives : http://parolecitoyenne.org/blogs/FSM2011/

-La délégation du CETECQ : http://rapdakar.blogspot.com/

-La délégation de l’université du Québec à Rimouski : www.moutonnoir.com