L’« Accord des peuples » adopté par la Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et les Droits de la Terre-Mère à Cochabamba

Mis en ligne le 01 mai 2010

Collectif-

22 mars 2010

Texte adopté par la Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et les Droits de la Terre-Mère le 22 avril à Cochabamba, Bolivie.

Aujourd’hui, notre Terre-Mère est bles­sée et l’avenir de l’humanité est en péril.

Si la pla­nète se réchauffe de plus de 2º C, comme l’implique ledit « Accord de Copenhague », il y a 50 % de chances que les dom­mages que subi­rait notre Terre-Mère soient tota­le­ment irré­ver­sibles. 20 % à 30 % des espèces seraient en danger d’extinction. De vastes éten­dues de forêt seraient tou­chées, les séche­resses et les inon­da­tions tou­che­raient dif­fé­rentes régions de la pla­nète, les déserts s’étendraient et la fonte des pôles et des gla­ciers dans les Andes et l’Himalaya s’aggraverait. De nom­breux états insu­laires dis­pa­raî­traient et l’Afrique subi­rait un accrois­se­ment de la tem­pé­ra­ture de plus de 3º C. De même, la pro­duc­tion d’aliments rédui­rait à l’échelle mon­diale avec des consé­quences catas­tro­phiques pour la survie des habi­tants de vastes régions de la pla­nète, et le nombre de per­sonnes souf­frant de famine dans le monde, qui dépasse déjà 1,02 mil­liard, aug­men­te­rait de façon dramatique.

Les entre­prises et les gou­ver­ne­ments des pays dits « les plus déve­lop­pés », avec la com­pli­cité d’une partie de la com­mu­nauté scien­ti­fique, réduisent la ques­tion du chan­ge­ment cli­ma­tique à une élé­va­tion de la tem­pé­ra­ture sans en abor­der la cause qui est le sys­tème capitalisme.

Nous sommes confron­tés à la crise ultime du modèle de civi­li­sa­tion patriar­cal fondé sur la sou­mis­sion et à la des­truc­tion des êtres humains et de la nature qui s’est accé­léré avec la révo­lu­tion industrielle.

Le sys­tème capi­ta­liste nous a imposé une logique de concur­rence, de pro­grès et de crois­sance illi­mi­tée. Ce régime de pro­duc­tion et de consom­ma­tion repose sur la recherche de gains sans limites, en sépa­rant l’être humain de la nature et en ins­tau­rant une logique de domi­na­tion sur cette der­nière, trans­for­mant tout en mar­chan­dise : l’eau, la terre, le génome humain, les cultures ances­trales, la bio­di­ver­sité, la jus­tice, l’éthique, les droits des peuples, et la vie elle-même.

En régime capi­ta­liste, la Terre-Mère est sim­ple­ment la source des matières pre­mières et les êtres humains ne sont que des moyens de pro­duc­tion et de consom­ma­tion, des per­sonnes qui ont de la valeur en fonc­tion de ce qu’ils pos­sèdent et non par ce qu’ils sont.

Le capi­ta­lisme a besoin d’une puis­sante indus­trie mili­taire pour mener à bien son entre­prise d’accumulation et pour assu­rer le contrôle des ter­ri­toires et des res­sources natu­relles, en usant de répres­sion contre la résis­tance des peuples. Il s’agit d’un sys­tème impé­ria­liste qui colo­nise la planète.

L’humanité est aujourd’hui à la croi­sée des che­mins : pour­suivre sur la voie du capi­ta­lisme, de la mise à sac et de la mort ou emprun­ter le chemin de l’harmonie avec la nature et du res­pect de la vie.

Nous exi­geons la fon­da­tion d’un nou­veau sys­tème qui réta­blisse l’harmonie avec la nature et entre les êtres humains. L’équilibre avec la nature n’est pos­sible que s’il y a équité entre les êtres humains.

Nous pro­po­sons aux peuples du monde de récu­pé­rer, de reva­lo­ri­ser et de ren­for­cer les connais­sances, les savoirs et les pra­tiques ances­trales des Peuples indi­gènes, affir­més dans l’expérience et la pro­po­si­tion du « Vivre bien », en recon­nais­sant la Terre-Mère comme un être vivant, avec lequel nous avons une rela­tion indi­vi­sible, inter­dé­pen­dante, com­plé­men­taire et spirituelle.

Pour faire face au chan­ge­ment cli­ma­tique, nous devons recon­naître la Terre-Mère comme source de vie et fonder un nou­veau sys­tème selon les prin­cipes suivants :

har­mo­nie et équi­libre entre tou-te-s et avec tout,

com­plé­men­ta­rité, soli­da­rité et égalité,

bien-être col­lec­tif et satis­fac­tion des besoins fon­da­men­taux de tou-te-s en har­mo­nie avec la Terre-Mère,

res­pect des droits de la Terre-Mère et des Droits de l’Homme,

recon­nais­sance de l’être humain pour ce qu’il est et non pour ce qu’il possède,

éli­mi­na­tion de toute forme de colo­nia­lisme, d’impérialisme et d’interventionnisme,

paix entre les peuples et avec la Terre-Mère.

Le modèle que nous défen­dons n’est pas celui d’un déve­lop­pe­ment des­truc­tif ou illi­mité. Les pays ont besoin de pro­duire des biens et des ser­vices pour satis­faire les besoins fon­da­men­taux de leur popu­la­tion, mais ils ne peuvent en aucun cas pour­suivre sur cette voie de déve­lop­pe­ment où les pays les plus riches ont une empreinte éco­lo­gique cinq fois plus grande que ce que la pla­nète peut sup­por­ter. Actuellement, la capa­cité de la pla­nète à se régé­né­rer a déjà été dépas­sée de plus de 30 %. A ce rythme de sur­ex­ploi­ta­tion de notre Terre-Mère , il nous fau­drait deux pla­nètes d’ici 2030.

Dans un sys­tème inter­dé­pen­dant dont nous, êtres humains, sommes un des com­po­sants, il n’est pas pos­sible de recon­naître des droits uni­que­ment à la partie humaine du sys­tème sans pro­vo­quer un dés­équi­libre de tout le sys­tème. Afin de garan­tir les droits de l’homme et de réta­blir l’harmonie avec la nature, il est néces­saire de recon­naitre et d’appliquer véri­ta­ble­ment les droits de la Terre-Mère . Pour cela, nous pro­po­sons le projet de Déclaration Universelle des Droits de la Terre-Mère dans lequel sont consignés :

le Droit de vivre et d’exister,

le Droit d’être respectée,

le Droit de pour­suivre ses cycles et pro­ces­sus vitaux libre de toute dégra­da­tion humaine,

le Droit de conser­ver son iden­tité et son inté­grité comme êtres dif­fé­ren­ciés, auto­ré­gu­lés et interdépendants,

le Droit à l’eau comme source de vie,

le Droit à l’air libre,

le Droit à une bonne santé,

le Droit d’être libé­rée de la conta­mi­na­tion et de la pol­lu­tion, des déchets toxiques et radioactifs,

le Droit de ne pas être modi­fié géné­ti­que­ment dans sa struc­ture, mena­çant son inté­grité ou son sys­tème vital et sa santé,

le Droit à une répa­ra­tion pleine et prompte pour les vio­la­tions des droits recon­nus dans cette Déclaration et causés par les acti­vi­tés humaines.

La vision par­ta­gée consiste à sta­bi­li­ser les concen­tra­tions de gaz à effet de serre pour rendre effec­tif l’Article 2 de la Convention-Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique, qui déter­mine « la sta­bi­li­sa­tion des concen­tra­tions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche les inter­fé­rences anthro­po­gé­niques dan­ge­reuses pour le sys­tème cli­ma­tique ». Notre but est d’exiger des pays déve­lop­pés, sur la base du prin­cipe des res­pon­sa­bi­li­tés his­to­riques com­munes mais dif­fé­ren­ciées, qu’ils s’engagent à fixer des objec­tifs quan­ti­fiés en matière de réduc­tion des émis­sions qui per­mettent de reve­nir à des concen­tra­tions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère de 300 ppm et de limi­ter ainsi l’augmentation de la tem­pé­ra­ture moyenne de la pla­nète à un niveau maxi­mum de 1°C.

En met­tant l’accent sur la néces­sité d’une action urgente pour res­pec­ter ces objec­tifs, et avec le sou­tien des peuples, des mou­ve­ments sociaux et des pays, les pays déve­lop­pés devront s’engager dans des objec­tifs ambi­tieux de réduc­tion des émis­sions qui per­met­tront d’atteindre des objec­tifs à court terme, en main­te­nant notre vision en faveur de l’équilibre du sys­tème de la Terre, en accord avec l’objectif ultime de la Convention.

La « vision par­ta­gée pour l’Action de Coopération à Long Terme » ne doit pas être réduite dans la négo­cia­tion sur le chan­ge­ment cli­ma­tique à la défi­ni­tion de la limite pour l’augmentation de la tem­pé­ra­ture et la concen­tra­tion de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, elle doit inclure de manière com­plète et équi­li­brée un ensemble de mesures finan­cières, tech­no­lo­giques, d’adaptation, de déve­lop­pe­ment des capa­ci­tés, de modèles de pro­duc­tion et de consom­ma­tion et d’autres élé­ments essen­tiels tels que la recon­nais­sance des droits de la Terre-Mère pour réta­blir une har­mo­nie avec la nature.

En assu­mant leur res­pon­sa­bi­lité passée et actuelle, les pays déve­lop­pés, prin­ci­paux res­pon­sables du chan­ge­ment cli­ma­tique, doivent recon­naitre et hono­rer leur dette cli­ma­tique dans toutes ses dimen­sions, comme une base pour une solu­tion juste, effec­tive et scien­ti­fique au chan­ge­ment cli­ma­tique. Dans ce cadre, nous exi­geons des pays déve­lop­pés qu’ils :

rétro­cèdent aux pays en déve­lop­pe­ment l’espace atmo­sphé­rique qui est occupé par leurs émis­sions de gaz à effet de serre. Ceci implique la déco­lo­ni­sa­tion de l’atmosphère par la réduc­tion et l’absorption des émissions,

prennent en charge les coûts et les besoins de trans­fert tech­no­lo­gique des pays en déve­lop­pe­ment pour la perte d’opportunités de déve­lop­pe­ment qu’ils subissent en vivant dans un espace atmo­sphé­rique réduit,

prennent sous leur res­pon­sa­bi­lité les cen­taines de mil­liers de per­sonnes qui devront migrer à cause du chan­ge­ment cli­ma­tique par leur faute et qu’ils sup­priment leurs poli­tiques de res­tric­tion de l’immigration et offrent aux per­sonnes migrantes une vie digne ainsi que tous les droits accor­dés dans leurs pays,

assument la dette d’adaptation liée aux impacts du chan­ge­ment cli­ma­tique dans les pays en déve­lop­pe­ment en four­nis­sant les moyens néces­saires per­met­tant de pré­ve­nir, de mini­mi­ser et de régler les dom­mages causés par leurs émis­sions excessives,

honorent ces dettes comme fai­sant partie d’une dette plus grande encore envers la Terre-Mère, en adop­tant et en met­tant en appli­ca­tion la Déclaration Universelle des Droits de la Terre-Mère aux Nations Unies.

Il ne s’agit pas uni­que­ment de com­pen­sa­tion éco­no­mique, mais prin­ci­pa­le­ment de jus­tice répa­ra­trice – c’est-à-dire de rendre leur inté­grité aux per­sonnes et aux membres de la com­mu­nauté de vie sur Terre.

Nous déplo­rons la ten­ta­tive faite par un groupe de pays d’annuler le Protocole de Kyoto, seul ins­tru­ment légal inalié­nable spé­ci­fique pour la réduc­tion des émis­sions de gaz à effet de serre des pays développés.

Nous aver­tis­sons le monde que, malgré leur obli­ga­tion légale, les émis­sions des pays déve­lop­pés, au lieu de réduire, ont aug­menté de 11,2 % entre 1990 et 2007. Aux Etats-Unis, les émis­sions de GES ont aug­menté de 16,8 % entre 1990 et 2007 à cause de leur consom­ma­tion illi­mi­tée, avec en moyenne 20 à 23 tonnes de CO2 reje­tées par an et par habi­tant, ce qui repré­sente plus de neuf fois les émis­sions moyennes d’un habi­tant du Tiers-monde, et plus de 20 fois les émis­sions d’un habi­tant de l’Afrique Subsaharienne.

Nous reje­tons caté­go­ri­que­ment l’« Accord de Copenhague » que nous jugeons illé­gi­time ; il permet aux pays déve­lop­pés de pro­po­ser des réduc­tions insuf­fi­santes d’émissions de gaz à effet de serre, sur la base d’engagements volon­taires et indi­vi­duels, qui violent l’intégrité envi­ron­ne­men­tale de la Terre-Mère en entraî­nant une aug­men­ta­tion de la tem­pé­ra­ture de l’ordre de 4ºC.

La pro­chaine Conférence sur le Changement Climatique qui doit avoir lieu en fin d’année au Mexique doit approu­ver un amen­de­ment au Protocole de Kyoto, pour la seconde période d’engagement de 2013 à 2017, qui sti­pule que les pays déve­lop­pés doivent s’engager à des réduc­tions domes­tiques signi­fi­ca­tives d’au moins 50 % par rap­port à 1990, l’année de réfé­rence, sans prendre en compte les mar­chés du car­bone ou autres sys­tèmes de com­pen­sa­tion qui masquent le fait que les objec­tifs de réduc­tion réelle des émis­sions de gaz à effet de serre ne sont pas remplis.

Nous exi­geons que soit d’abord décidé un objec­tif global pour l’ensemble des pays déve­lop­pés qui serait ensuite décliné pour chacun des pays déve­lop­pés en com­pa­rant les efforts four­nis par chacun, per­pé­tuant ainsi le sys­tème du Protocole de Kyoto pour la réduc­tion des émissions.

Les Etats-Unis d’Amérique, seul pays de la Terre de l’Annexe 1 n’ayant pas rati­fié le Protocole de Kyoto, ont une grande res­pon­sa­bi­lité à l’égard de tous les peuples du monde car ils doivent rati­fier le Protocole de Kyoto et s’engager à res­pec­ter et à réa­li­ser des objec­tifs de réduc­tion d’émissions à une échelle appro­priée au regard de l’importance de son économie.

Nous, les peuples, avons les mêmes droits d’être pro­té­gés des impacts du chan­ge­ment cli­ma­tique et reje­tons la notion d’adaptation au chan­ge­ment cli­ma­tique si elle est la rési­gna­tion face aux impacts des émis­sions pas­sées des pays déve­lop­pés, qui eux doivent adap­ter leurs modes de vie et de consom­ma­tion devant cette urgence pla­né­taire. Nous nous voyons contraints de faire face aux impacts du chan­ge­ment cli­ma­tique, et consi­dé­rons que l’adaptation est un pro­ces­sus, non une contrainte, qu’il est un outil per­met­tant de les com­pen­ser, démon­trant ainsi qu’il est pos­sible de vivre en har­mo­nie avec un modèle de vie différent.

Il est néces­saire de mettre en place un Fonds d’Adaptation, uti­lisé exclu­si­ve­ment pour faire face au chan­ge­ment cli­ma­tique, et qui ferait partie d’un méca­nisme finan­cier géré et dirigé de manière sou­ve­raine, trans­pa­rente et équi­table pour nos Etats. Dans le cadre de ce fonds, il convient d’évaluer les impacts et leurs coûts dans les pays en déve­lop­pe­ment et les besoins que ces impacts détournent, et enre­gis­trer et super­vi­ser le sou­tien apporté par les pays déve­lop­pés. Ce fonds doit éga­le­ment gérer un méca­nisme des­tiné à répa­rer-les dom­mages causés par des impacts passés et futurs, la perte d’opportunités et le pro­vi­sion­ne­ment pour évé­ne­ments cli­ma­tiques extrêmes et pro­gres­sifs, et les coûts sup­plé­men­taires éven­tuels si notre pla­nète dépasse les seuils éco­lo­giques ainsi que les impacts qui freinent le droit à Vivre Bien.

L’ « Accord de Copenhague », imposé aux pays en déve­lop­pe­ment par quelques Etats, outre l’insuffisance des res­sources qu’il pro­pose, pré­tend en lui-même divi­ser et oppo­ser les peuples et extor­quer les pays en voie de déve­lop­pe­ment en condi­tion­nant l’accès aux res­sources pour les efforts d’adaptation et de réduc­tion.. De plus, il est inac­cep­table que dans les pro­ces­sus de négo­cia­tion inter­na­tio­nale, on tente de clas­si­fier les pays en déve­lop­pe­ment en fonc­tion de leur vul­né­ra­bi­lité au chan­ge­ment cli­ma­tique, ce qui engendre entre eux des dis­putes, des inéga­li­tés et des ségrégations.

L’immense défi auquel nous devons faire face en tant qu’humanité pour conte­nir le réchauf­fe­ment de la pla­nète et la refroi­dir ne sera relevé que grâce à une pro­fonde trans­for­ma­tion de l’agriculture vers un modèle viable de pro­duc­tion agri­cole paysan et indi­gène et vers d’autres modèles et pra­tiques qui contri­bue­ront à résoudre le pro­blème du chan­ge­ment cli­ma­tique et garan­ti­ront la Souveraineté Alimentaire, prise en son sens de droit des peuples à contrô­ler leurs propres semences, terres et eaux et la pro­duc­tion de leurs ali­ments grâce à une pro­duc­tion locale et cultu­rel­le­ment ancrée, en har­mo­nie avec la Terre-Mère, l’accès pour les peuples à une ali­men­ta­tion suf­fi­sante, variée et nour­ris­sante en com­plé­men­ta­rité avec la Terre-Mère et en amé­lio­rant la pro­duc­tion auto­nome (par­ti­ci­pa­tive, com­mu­nau­taire et par­ta­gée) de chaque nation et de chaque peuple.

Dans le monde entier, le chan­ge­ment cli­ma­tique a main­te­nant un impact pro­fond sur l’agriculture et sur les modes de vie des peuples indi­gènes et des pay­sans ; cet impact va empi­rer à l’avenir.

L’agro-industrie, avec son modèle social, éco­no­mique et cultu­rel de pro­duc­tion capi­ta­liste glo­ba­li­sée et sa logique qui consiste à pro­duire des ali­ments pour le marché et non pas pour res­pec­ter le droit à une ali­men­ta­tion appro­priée, est l’une des causes prin­ci­pales du chan­ge­ment cli­ma­tique. Son approche tech­no­lo­gique, com­mer­ciale et poli­tique ne fait qu’exacerber la crise du chan­ge­ment cli­ma­tique et aug­men­ter la faim dans le monde. Pour cette raison, nous reje­tons les Accords de libre-échange, les Accords d’associations et toutes les formes d’application des droits de la pro­priété intel­lec­tuelle sur la vie, les tech­no­lo­gies actuel­le­ment à la mode (agro­chi­mie, modi­fi­ca­tions géné­tiques) et celles qui pro­posent de fausses solu­tions (bio­car­bu­rants, géo-ingé­nie­rie, nano­tech­no­lo­gies, etc..) et ne font qu’aggraver la crise en cours.

De même, nous dénon­çons la façon qu’a le modèle capi­ta­liste d’imposer des pro­jets de méga-infra­struc­tures et d’envahir des ter­ri­toires avec des pro­jets d’extraction, de pri­va­ti­sa­tion de l’eau et de mili­ta­ri­sa­tion, expul­sant des peuples indi­gènes de leurs terres, fai­sant obs­tacle à la sou­ve­rai­neté ali­men­taire et appro­fon­dis­sant la crise socio-environnementale.

Nous exi­geons la recon­nais­sance du droit de tous les peuples, être vivants et Mère terre, d’avoir accès à l’eau et nous appuyons la pro­po­si­tion du Gouvernement boli­vien de recon­naître l’eau comme un Droit humain fondamental..

La défi­ni­tion des forêts uti­li­sée lors des négo­cia­tions de la Convention des Nations Unies sur le chan­ge­ment cli­ma­tique, qui inclut les plan­ta­tions, est inac­cep­table. Les plan­ta­tions en mono­cul­ture ne sont pas des forêts. Nous deman­dons donc que, lors de négo­cia­tions, une défi­ni­tion qui recon­naisse les forêts vierges, les jungles et les dif­fé­rents éco­sys­tèmes de la terre soit adoptée

La Déclaration des Nations Unies sur les Droits des peuples indi­gènes doit être tota­le­ment recon­nue et inté­grée aux négo­cia­tions sur le chan­ge­ment cli­ma­tique. La meilleure stra­té­gie et les actions les plus effi­caces pour éviter la défo­res­ta­tion et la dégra­da­tion des forêts vierges et des jungles, et mieux les pro­té­ger, est de recon­naître et de garan­tir les droits col­lec­tifs aux terres et aux ter­ri­toires, sur­tout si l’on consi­dère que la plu­part de ces forêts sont situées sur les ter­ri­toires de peuples et des nations indi­gènes et d’autres com­mu­nau­tés traditionnelles.

Nous condam­nons les méca­nismes de marché tels que REDD (réduc­tion des émis­sions pro­ve­nant de la défo­res­ta­tion et de la dégra­da­tion des forêts), ainsi que ses ver­sions + et ++, qui violent la sou­ve­rai­neté des peuples et leur droit à un choix préa­lable libre­ment consenti, de même que la sou­ve­rai­neté des Etats natio­naux, les cou­tumes des peuples et les droits de la nature.

Les pays pol­lueurs ont l’obligation d’effectuer des trans­ferts directs des res­sources éco­no­miques et tech­no­lo­giques néces­saires pour finan­cer la res­tau­ra­tion et l’entretien des forêts au béné­fice des peuples et des struc­tures orga­niques ances­trales, indi­gènes et pay­sannes. Ces com­pen­sa­tions doivent être directes et en plus des sources de finan­ce­ment pro­mises par les pays déve­lop­pés en dehors du marché du car­bone, elles ne doivent jamais servir de com­pen­sa­tions cli­ma­tiques (off­sets). Nous exi­geons que les pays cessent dans les forêts et les bois toute action locale basée sur des méca­nismes de marché, elles ne pro­posent que des résul­tats inexis­tants et condi­tion­nés. Nous appe­lons les gou­ver­ne­ments à créer un pro­gramme mon­dial de res­tau­ra­tion des forêts vierges et des jungles géré et admi­nis­tré par les peuples et fai­sant usage des semences de la forêt, des arbres frui­tiers et de la flore autoch­tone. Les gou­ver­ne­ments devraient éli­mi­ner les conces­sions de forêts et appuyer le main­tien des nappes de pétrole dans le sol, et mettre rapi­de­ment fin à l’exploitation des hydro­car­bures dans les régions de forêts.

Nous appe­lons les Etats à recon­naître, res­pec­ter et garan­tir la mise en œuvre effec­tive des normes inter­na­tio­nales en matière de droits de l’homme et de droits des peuples indi­gènes, y com­pris la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples indi­gènes de la Convention 169 du BIT, parmi d’autres ins­tru­ments appro­priés pour les négo­cia­tions, poli­tiques et mesures uti­li­sées pour affron­ter le défi posé par le chan­ge­ment cli­ma­tique. Nous appe­lons tout par­ti­cu­liè­re­ment les Etats à recon­naître léga­le­ment les reven­di­ca­tions de ter­ri­toires, terres et res­sources natu­relles per­met­tant et ren­for­çant nos modes de vie tra­di­tion­nels, contri­buant ainsi effi­ca­ce­ment à la réso­lu­tion du pro­blème du chan­ge­ment climatique.

Nous deman­dons l’application com­plète et effec­tive du droit à la consul­ta­tion, à la par­ti­ci­pa­tion et au consen­te­ment préa­lable libre et informé des peuples indi­gènes lors de tout pro­ces­sus de négo­cia­tion, et l’élaboration et l’application de mesures en rela­tion avec le chan­ge­ment climatique.

La dégra­da­tion de l’environnement et le chan­ge­ment cli­ma­tique atteignent actuel­le­ment des niveaux pré­oc­cu­pants, et les migra­tions internes et inter­na­tio­nales en sont l’une des prin­ci­pales consé­quences. Selon des éva­lua­tions, il y avait déjà en 1995 envi­ron 25 mil­lions de réfu­giés cli­ma­tiques. On en estime le nombre actuel­le­ment à envi­ron 50 mil­lions et on évalue à entre 200 mil­lions et un mil­liard le nombre d’individus qui seront dépla­cés à cause de situa­tions résul­tant du chan­ge­ment cli­ma­tique d’ici à 2050.

Les pays dévelp­pés devraient assu­mer leurs res­pon­sa­bi­li­tés face aux réfu­giés cli­ma­tiques, les accueillir sur leurs ter­ri­toires et recon­naître leurs droits fon­da­men­taux en signant des conven­tions inter­na­tio­nales défi­nis­sant ce qu’on appelle un réfu­gié cli­ma­tique et exi­geant de tout Etat qu’il applique ces conventions.

Etablir un Tribunal inter­na­tio­nal des consciences qui dénonce, maté­ria­lise, docu­mente, juge et punisse les vio­la­tions des droits des migrants, des réfu­giés et des per­sonnes dépla­cées, que ce soit dans leur pays d’origine, en tran­sit ou dans le pays de des­ti­na­tion, en iden­ti­fiant clai­re­ment les res­pon­sa­bi­li­tés des Etats, des entre­prises et d’autres agents.

Les finan­ce­ments actuel­le­ment des­ti­nés aux pays en déve­lop­pe­ment pour lutter contre le chan­ge­ment cli­ma­tique et la pro­po­si­tion de l’Accord de Copenhague sont insi­gni­fiants. En plus de l’aide actuelle au déve­lop­pe­ment et des fonds publics, les pays déve­lop­pés doivent prendre l’engagement de donner chaque année au moins 6% de leur PNB pour battre en brèche le chan­ge­ment cli­ma­tique dans les pays en déve­lop­pe­ment. Ceci est par­fai­te­ment viable si l’on consi­dère qu’un mon­tant simi­laire est dépensé pour la défense natio­nale et que l’on a injecté cinq fois plus d’argent pour aller au secours des banques en faillite et des spé­cu­la­teurs, ce qui pose de sérieuses ques­tions au sujet des prio­ri­tés géné­rales et de la volonté poli­tique. Ce finan­ce­ment devrait être direct et incon­di­tion­nel et ne devrait pas inter­fé­rer avec la sou­ve­rai­neté natio­nale ou le droit à l’auto-détermination des com­mu­nau­tés et des groupes les plus affectés.

Au vu de l’inefficacité des dis­po­si­tifs actuel­le­ment en vigueur, un nou­veau mode de finan­ce­ment devrait être mis sur pieds lors de la Conférence sur le chan­ge­ment cli­ma­tique de 2010 au Mexique, sous la direc­tion de la Conférence des Parties (COP) de la Convention-cadre des Nations Unies pour le chan­ge­ment cli­ma­tique (CCNUCC) et devant lui rendre des comptes, avec une repré­sen­ta­tion signi­fi­ca­tive des pays en déve­lop­pe­ment, pour assu­rer le res­pect des enga­ge­ments de finan­ce­ment des pays de l’Annexe 1.

Il a été déclaré que les pays déve­lop­pés ont aug­menté leur émis­sions de manière signi­fi­ca­tive entre 1990 et 2007, malgré leurs allé­ga­tions que la réduc­tion serait sub­stan­tiel­le­ment appuyée par les méca­nismes du marché.

Le marché du car­bone est devenu un com­merce lucra­tif, fai­sant de notre Terre-Mère un article de com­merce. Ce n’est donc pas une alter­na­tive valable pour faire face au chan­ge­ment cli­ma­tique, puisqu’il pille et ravage la terre, l’eau et même la vie.

La crise finan­cière récente a démon­tré que le marché est dans l’incapacité de régu­ler le sys­tème finan­cier, qui est fra­gile et incer­tain à cause de la spé­cu­la­tion et de l’émergence des cour­tiers inter­mé­diaires. Il serait de ce fait tota­le­ment irres­pon­sable de lais­ser le soin et la pro­tec­tion de l’existence humaine et de notre Terre-Mère entre leurs mains.

Il est inad­mis­sible que les négo­cia­tions en cours pro­posent la créa­tion de nou­veaux dis­po­si­tifs qui étendent et font la pro­mo­tion du marché du car­bone, alors que les dis­po­si­tifs exis­tants n’ont ni résolu le pro­blème du chan­ge­ment cli­ma­tique, ni conduit à des actions réelles et directes pour réduire les émis­sions de gaz à effet de serre.

Il est néces­saire d’exiger des pays déve­lop­pés qu’ils rem­plissent les enga­ge­ments pris dans le cadre de la CCNUCC en matière de déve­lop­pe­ment et de trans­ferts de tech­no­lo­gies, et qu’ils renoncent à pro­po­ser des « vitrines tech­no­lo­giques » qui ne font que com­mer­cia­li­ser de la tech­no­lo­gie. Il est essen­tiel d’établir des direc­tives des­ti­nées à la créa­tion d’un méca­nisme mul­ti­la­té­ral et plu­ri­dis­ci­pli­naire pour le contrôle, la ges­tion et l’évaluation coopé­ra­tifs des échanges de tech­no­lo­gies. Ces tech­no­lo­gies doivent être utiles, propres et socia­le­ment irré­pro­chables. De même, il est fon­da­men­tal d’établir un fonds pour le finan­ce­ment et l’inventaire des tech­no­lo­gies appro­priées et libres de droits de pro­priété intel­lec­tuelle. Les bre­vets en par­ti­cu­lier devraient passer des mains de mono­poles privés au domaine public afin de garan­tir leur acces­si­bi­lité et un coût peu élevé.

La connais­sance et ses appli­ca­tions tech­no­lo­giques sont uni­ver­selles et ne devraient en aucun cas faire l’objet de pro­priété privée ou d’usage privé. Les pays déve­lop­pés sont res­pon­sables du par­tage de leur tech­no­lo­gie avec les pays en déve­lop­pe­ment, de la construc­tion dans ces pays de centres de recherche pour la créa­tion de tech­no­lo­gies et d’innovations, et de la défense et de la pro­mo­tion de leur déve­lop­pe­ment et de leurs appli­ca­tions en matière de « bien-vivre ». Le monde doit redé­cou­vrir et réap­prendre les prin­cipes ances­traux et les approches des peuples indi­gènes pour arrê­ter la des­truc­tion de la pla­nète ; il doit éga­le­ment pro­mou­voir les pra­tiques, les connais­sances et la spi­ri­tua­lité ances­trales afin de retrou­ver la capa­cité de « bien vivre » en har­mo­nie avec la Terre-Mère.

Compte tenu du manque de volonté poli­tique de la part des pays déve­lop­pés pour res­pec­ter effec­ti­ve­ment leurs enga­ge­ments et obli­ga­tions vis-à-vis de la CCNUCC et du Protocole de Kyoto, et étant donné le manque d’organisme inter­na­tio­nal légal chargé de pré­ve­nir et de sanc­tion­ner les crimes envers le climat et l’environnement en vio­la­tion des droits de la Terre Mère et de l’humanité, nous exi­geons la créa­tion d’un Tribunal inter­na­tio­nal pour la jus­tice cli­ma­tique et envi­ron­ne­men­tale qui ait la capa­cité légale de pré­ve­nir, juger et péna­li­ser les Etats, l’industrie et les per­sonnes qui volon­tai­re­ment ou par omis­sion pol­luent ou pro­voquent le chan­ge­ment climatique.

Nous enten­dons sou­te­nir les Etats qui déposent plainte auprès du Tribunal inter­na­tio­nal pour la jus­tice cli­ma­tique et envi­ron­ne­men­tale contre les pays déve­lop­pés qui ne rem­plissent pas leurs obli­ga­tions envers la CCNUCC et le Protocole de Kyoto et ne tiennent pas leurs enga­ge­ments de réduire leurs émis­sions de gaz à effet de serre.

Nous deman­dons ins­tam­ment aux peuples de pro­po­ser et de pro­mou­voir des réformes pro­fondes au sein des Nations Unies, afin que tous les Etats membres observent les déci­sions du Tribunal inter­na­tio­nal pour la jus­tice cli­ma­tique et environnementale.

L’avenir de l’humanité est en danger et nous ne pou­vons pas per­mettre à un groupe de diri­geants des pays déve­lop­pés de déci­der pour tous les autres pays, comme ils ont essayé (sans succès) de le faire lors de la Conférence des Parties à Copenhague. Cette déci­sion nous concerne tous. Il est donc essen­tiel de lancer un réfé­ren­dum mon­dial ou une consul­ta­tion popu­laire sur le chan­ge­ment cli­ma­tique par laquelle tou-te-s seront consul­tés en ce qui concerne les points sui­vants : le niveau de réduc­tion des émis­sions des pays déve­lop­pés et des socié­tés mul­ti­na­tio­nales, le niveau de finan­ce­ment offert par les pays déve­lop­pés, la créa­tion d’un Tribunal inter­na­tio­nal pour la jus­tice cli­ma­tique et envi­ron­ne­men­tal, le besoin d’une Déclaration uni­ver­selle des droits de la Terre-Mère, et le besoin de chan­ger le sys­tème capi­ta­liste actuel. Le pro­ces­sus de réfé­ren­dum mon­dial ou de consul­ta­tion popu­laire dépen­dra du pro­ces­sus de pré­pa­ra­tion garant de son succès.

Afin de coor­don­ner notre action inter­na­tio­nale et d’obtenir des résul­tats de cet « Accord des Peuples », nous appe­lons à la mise sur pied d’un Mouvement mon­dial des peuples pour la Terre-Mère, qui devrait avoir pour base les prin­cipes de com­plé­men­ta­rité et de res­pect pour la diver­sité des ori­gines et des visions de ses membres, éta­blis­sant ainsi un espace large et démo­cra­tique pour la coor­di­na­tion et les actions com­munes dans le monde entier.

Dans ce but, nous adop­tons le plan global d’action ci-joint pour qu’au Mexique les pays déve­lop­pés listés dans l’Annexe 1 res­pectent le cadre légal exis­tant et réduisent leurs émis­sions de gaz à effet de serre de 50%, et que les dif­fé­rentes pro­po­si­tions conte­nues dans cet accord soient adoptées.

Finalement, nous déci­dons de tenir une Seconde confé­rence mon­diale des peuples sur le chan­ge­ment cli­ma­tique et les droits de la Terre-Mère en 2011 comme fai­sant partie du pro­ces­sus de construc­tion du Mouvement mon­dial des peuples pour la Terre-Mère et en réac­tion aux résul­tats de la Conférence sur le chan­ge­ment cli­ma­tique qui se tien­dra à la fin de cette année à Cancún au Mexique.

Les commentaires sont fermés.