Haïti :

Quand justice sera-t-elle rendue aux victimes de la Minustah ?

Par Mis en ligne le 12 mai 2017

N’est-il pas sur­pre­nant et iro­ni­que que l’ONU qui pré­tend main­te­nant conso­li­der la jus­tice dans notre pays par la Minujusth (Mission des Nations unies pour l’appui à la jus­tice en Haïti) refuse même de consi­dé­rer les sévi­ces infli­gés à la popu­la­tion par son autre orga­nisme, la Minustah (Mission des Nations unies pour la sta­bi­li­sa­tion en Haïti), comme un pro­blème qui relève du droit inter­na­tio­nal et de la jus­tice ?

Que faut-il atten­dre d’une telle orga­ni­sa­tion en termes de jus­tice quand, par sa faute, des mil­liers d’enfants deve­nus orphe­lins, des famil­les entiè­res déci­mées par le cho­léra, des femmes et d’enfants vic­ti­mes de viols, de bru­ta­lité par des sol­dats sous sa propre juri­dic­tion, n’ont jusqu’à aujourd’hui obtenu aucune jus­tice, aucun dédom­ma­ge­ment ?

Comment l’ONU ose-t-elle pré­ten­dre donner des leçons de jus­tice à l’État haï­tien, quand toute une partie de la popu­la­tion souf­fre du déni de jus­tice dont elle-même est à l’origine ?

Ce sont des ques­tions pour­tant qu’un gou­ver­ne­ment digne de ce nom, un gou­ver­ne­ment sou­ve­rain, qui a à cœur la dignité de son peuple et sa pro­tec­tion, devrait se poser.

Mais, on le sait, c’est une vérité de La Palice, pour nos gou­ver­ne­ments (actuel et passés), toutes ques­tions liées à la jus­tice pour le peuple ne sont que le cadet de leurs soucis .

Dès qu’il s’agit, par contre, de clai­ron­ner, haut et fort, par des tours de passe-passe et de bâton magi­que, sur le « déve­lop­pe­ment éco­no­mi­que » du pays, nos « chefs d’État » s’y prê­tent avec un enthou­siasme débor­dant.

Tel est le cas actuel­le­ment de Jovenel Moïse qui s’est érigé leader d’une « Caravane du chan­ge­ment», dont l’objectif serait la réha­bi­li­ta­tion de l’agriculture dans l’Artibonite. Tout ce tapage autour du ren­de­ment agri­cole aurait au moins un sens si le nou­veau pré­si­dent avait eu le cou­rage de mon­trer du doigt les causes de la déchéance de l’agriculture de notre pays, les rai­sons qui expli­quent sa quasi-dis­pa­ri­tion : la mise en place depuis les années 1980 du plan d’ajustement struc­tu­rel qui a ouvert la voie au dum­ping de pro­duits agri­co­les étran­gers sub­ven­tion­nés (par­ti­cu­liè­re­ment le riz amé­ri­cain) et la baisse des tarifs doua­niers.

Car il ne s’agit pas sim­ple­ment d’aller « curer les canaux d’irrigation » et de « construire les routes secon­dai­res » pour relan­cer l’agriculture, il s’agit sur­tout de remet­tre en ques­tion la poli­ti­que néo­li­bé­rale qui a détruit et conti­nue de détruire notre agri­cul­ture et toute pos­si­bi­lité de déve­lop­per l’autosuffisance ali­men­taire.

C’est là un choix poli­ti­que que seul un État natio­nal et popu­laire peut assu­mer et mettre en appli­ca­tion.

À l’instar du char allé­go­ri­que de Martelly, la Caravane de Moïse ne fait que détour­ner l’attention sur les véri­ta­bles pro­blè­mes du pays, et vendre des illu­sions sur les moyens effi­ca­ces de déve­lop­per notre agri­cul­ture. C’est un véri­ta­ble « culte du spec­ta­cle » que Martelly et main­te­nant Moïse offrent comme poli­ti­que géné­rale dans un pays qui souf­fre de tous les maux.

Et pen­dant que le pré­si­dent se pavane dans sa Caravane, des cris assour­dis­sants récla­ment jus­tice pour ces mil­liers de per­son­nes vic­ti­mes de la Minustah, des gens du peuple qui refu­sent d’accepter comme une fin en soi les excu­ses insi­pi­des de Ban Ki-moon, et qui exi­gent répa­ra­tions et dédom­ma­ge­ments.

Des cris qui se mêlent à ceux des ouvriers et ouvriè­res du tex­tile qui reven­di­quent un salaire mini­mum décent, qui dénon­cent les condi­tions de tra­vail escla­va­giste et l’exploitation outran­cière.

C’est un seul et même combat !

Pour authentification,
Renel Exantus
Ricardo Gustave
Contact : rehmoncohaiti1​9​1​5​@​gmail.​com

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