Jeter l’eau du bain et sauver le bébé

Depuis déjà plusieurs mois, des pratiques inacceptables ont été identifiées dans l’industrie de la construction. La collusion entre certains gros entrepreneurs et divers gouvernements aurait détourné des centaines de millions de dollars. Une partie de cet argent sale sert à entretenir les caisses électorales, notamment celle du PLQ. Des municipalités et des communautés sont lourdement pénalisées au profit d’une petite minorité. Cette situation archi connue ne débouche sur presque rien tant est solide l’omerta qui a été agréée entre les principaux responsables. Les dernières clowneries du gouvernement Charest sont l’épisode le plus récent (peut-être pas le dernier) de ces manœuvres pour occulter, mentir, tromper.

Or voilà que surgit sur ce paysage contrasté un nouveau « scandale », celui des syndicats de la construction, en particulier, de la FTQ-Construction qui est la plus importante organisation syndicale dans le secteur. Ce n’est pas tout à fait nouveau (on se souvient de la Commission Cliche dans les années 1970). Aussi, un certain nombre de pratiques douteuses sont bien documentées. Sur les grands chantiers, la FTQ-Construction exerce un quasi monopole sur les emplois, lequel provient en partie du fait qu’il a le plus grand nombre d’adhérents, en partie de ses pratiques « musclées ». Le syndicat joue également un rôle particulier du fait que plusieurs chantiers bénéficient d’investissements du Fonds de solidarité de la FTQ. Cette confusion des genres aboutit à des situations où on ne sait plus si la FTQ agit comme investisseur ou comme représentant des syndiqué-es. Enfin, on sait qu’il y a des accointances questionnables entre certains syndicalistes de la FTQ et des « personnages » de l’industrie accusés de diverses malversations, Tony Accurzo notamment.

Entre-temps, le gouvernement Charest par le projet de loi 33 prétend mettre de l’« ordre » dans la construction en proposant d’enlever aux syndicats la gestion de l’embauche sur les chantiers. Ce n’est pas pour rien que la FTQ monte au créneau, car cette pratique est un des outils essentiels de sa domination sur le secteur, ce qui explique, en partie au moins, l’appui des autres syndicats (CSN, CSD, etc.) au projet de loi de Charest.

Le « timing » de cette opération peut difficilement être un hasard. De facto, l’attention contre certaines entreprises et autorités « pourries » est détournée contre les « méchants » syndicats. On n’a qu’à lire et écouter les médias poubelles de Quebecor pour constater l’immense campagne en cours actuellement. Le rêve de PKP et de ses acolytes dans le secteur le plus réactionnaire de Québec Inc est d’ « aligner » le Québec sur les « standards » états-uniens, où les syndicats ont été décapités, réduits à moins de 5-6% de la main d’œuvre et incapables d’agir si ce n’est que pour accepter les compressions et le retour en arrière vers le capitalisme sauvage. Les patrons québécois, toutes tendances confondues, veulent casser le pouvoir syndical au Québec qui est, dans la majorité de ses actions et de ses structures, un solide rempart contre ce capitalisme sauvage.

Pour autant, la vulnérabilité actuelle du syndicalisme québécois provient en partie de ses défaillances internes dont le pire s’exprime dans certaines pratiques de la FTQ-Construction.

Que faire pour éviter que le bébé soit jeté avec l’eau du bain ?

La première étape appartient à la FTQ elle-même. La FTQ dispose d’un riche patrimoine syndical, de structures solides et efficaces qui aident réellement les travailleurs et les travailleuses à faire respecter leurs droits. Avec l’aide des nombreuses personnalités appartenant à ces syndicats, la FTQ peut se ressaisir.  Parallèlement, la FTQ-Construction doit être mise en tutelle par la FTQ et réellement nettoyée de ses éléments indésirables.

La deuxième étape implique l’ensemble des syndicats. La CSN, la CSD, le Conseil provincial international et d’autres syndicats savent qu’il y a anguille sous roche et que le but de l’opération est beaucoup plus large qu’une attaque contre certaines pratiques monopolistiques de la FTQ-Construction. Ces syndicats ont déjà constitué une alliance au début de l’année pour négocier avec les employeurs. Ne serait-ce pas approprié pour cette alliance de renégocier les termes et les règles et d’assurer les droits et devoirs de chacun ? La FTQ-Construction, bien qu’elle ait le plus grand nombre de membres, ne peut pas interdire, formellement ou informellement  l’accès aux chantiers des travailleurs affiliés à d’autres syndicats. Les pratiques d’intimidation et de pression doivent cesser et cela sera, à long terme, bénéfique à la FTQ-Construction comme aux autres syndicats et surtout aux travailleurs et travailleuses du secteur.