Le projet de loi 33 dans l'industrie de la construction

Jeter l’eau du bain et sauver le bébé

Par Mis en ligne le 26 octobre 2011

Depuis déjà plu­sieurs mois, des pra­tiques inac­cep­tables ont été iden­ti­fiées dans l’industrie de la construc­tion. La col­lu­sion entre cer­tains gros entre­pre­neurs et divers gou­ver­ne­ments aurait détourné des cen­taines de mil­lions de dol­lars. Une partie de cet argent sale sert à entre­te­nir les caisses élec­to­rales, notam­ment celle du PLQ. Des muni­ci­pa­li­tés et des com­mu­nau­tés sont lour­de­ment péna­li­sées au profit d’une petite mino­rité. Cette situa­tion archi connue ne débouche sur presque rien tant est solide l’omerta qui a été agréée entre les prin­ci­paux res­pon­sables. Les der­nières clow­ne­ries du gou­ver­ne­ment Charest sont l’épisode le plus récent (peut-être pas le der­nier) de ces manœuvres pour occul­ter, mentir, trom­per.

Or voilà que surgit sur ce pay­sage contrasté un nou­veau « scan­dale », celui des syn­di­cats de la construc­tion, en par­ti­cu­lier, de la FTQ-Construction qui est la plus impor­tante orga­ni­sa­tion syn­di­cale dans le sec­teur. Ce n’est pas tout à fait nou­veau (on se sou­vient de la Commission Cliche dans les années 1970). Aussi, un cer­tain nombre de pra­tiques dou­teuses sont bien docu­men­tées. Sur les grands chan­tiers, la FTQ-Construction exerce un quasi mono­pole sur les emplois, lequel pro­vient en partie du fait qu’il a le plus grand nombre d’adhérents, en partie de ses pra­tiques « mus­clées ». Le syn­di­cat joue éga­le­ment un rôle par­ti­cu­lier du fait que plu­sieurs chan­tiers béné­fi­cient d’investissements du Fonds de soli­da­rité de la FTQ. Cette confu­sion des genres abou­tit à des situa­tions où on ne sait plus si la FTQ agit comme inves­tis­seur ou comme repré­sen­tant des syn­di­qué-es. Enfin, on sait qu’il y a des accoin­tances ques­tion­nables entre cer­tains syn­di­ca­listes de la FTQ et des « per­son­nages » de l’industrie accu­sés de diverses mal­ver­sa­tions, Tony Accurzo notam­ment.

Entre-temps, le gou­ver­ne­ment Charest par le projet de loi 33 pré­tend mettre de l’« ordre » dans la construc­tion en pro­po­sant d’enlever aux syn­di­cats la ges­tion de l’embauche sur les chan­tiers. Ce n’est pas pour rien que la FTQ monte au cré­neau, car cette pra­tique est un des outils essen­tiels de sa domi­na­tion sur le sec­teur, ce qui explique, en partie au moins, l’appui des autres syn­di­cats (CSN, CSD, etc.) au projet de loi de Charest.

Le « timing » de cette opé­ra­tion peut dif­fi­ci­le­ment être un hasard. De facto, l’attention contre cer­taines entre­prises et auto­ri­tés « pour­ries » est détour­née contre les « méchants » syn­di­cats. On n’a qu’à lire et écou­ter les médias pou­belles de Quebecor pour consta­ter l’immense cam­pagne en cours actuel­le­ment. Le rêve de PKP et de ses aco­lytes dans le sec­teur le plus réac­tion­naire de Québec Inc est d’ « ali­gner » le Québec sur les « stan­dards » états-uniens, où les syn­di­cats ont été déca­pi­tés, réduits à moins de 5-6% de la main d’œuvre et inca­pables d’agir si ce n’est que pour accep­ter les com­pres­sions et le retour en arrière vers le capi­ta­lisme sau­vage. Les patrons qué­bé­cois, toutes ten­dances confon­dues, veulent casser le pou­voir syn­di­cal au Québec qui est, dans la majo­rité de ses actions et de ses struc­tures, un solide rem­part contre ce capi­ta­lisme sau­vage.

Pour autant, la vul­né­ra­bi­lité actuelle du syn­di­ca­lisme qué­bé­cois pro­vient en partie de ses défaillances internes dont le pire s’exprime dans cer­taines pra­tiques de la FTQ-Construction.

Que faire pour éviter que le bébé soit jeté avec l’eau du bain ?

La pre­mière étape appar­tient à la FTQ elle-même. La FTQ dis­pose d’un riche patri­moine syn­di­cal, de struc­tures solides et effi­caces qui aident réel­le­ment les tra­vailleurs et les tra­vailleuses à faire res­pec­ter leurs droits. Avec l’aide des nom­breuses per­son­na­li­tés appar­te­nant à ces syn­di­cats, la FTQ peut se res­sai­sir. Parallèlement, la FTQ-Construction doit être mise en tutelle par la FTQ et réel­le­ment net­toyée de ses élé­ments indé­si­rables.

La deuxième étape implique l’ensemble des syn­di­cats. La CSN, la CSD, le Conseil pro­vin­cial inter­na­tio­nal et d’autres syn­di­cats savent qu’il y a anguille sous roche et que le but de l’opération est beau­coup plus large qu’une attaque contre cer­taines pra­tiques mono­po­lis­tiques de la FTQ-Construction. Ces syn­di­cats ont déjà consti­tué une alliance au début de l’année pour négo­cier avec les employeurs. Ne serait-ce pas appro­prié pour cette alliance de rené­go­cier les termes et les règles et d’assurer les droits et devoirs de chacun ? La FTQ-Construction, bien qu’elle ait le plus grand nombre de membres, ne peut pas inter­dire, for­mel­le­ment ou infor­mel­le­ment l’accès aux chan­tiers des tra­vailleurs affi­liés à d’autres syn­di­cats. Les pra­tiques d’intimidation et de pres­sion doivent cesser et cela sera, à long terme, béné­fique à la FTQ-Construction comme aux autres syn­di­cats et sur­tout aux tra­vailleurs et tra­vailleuses du sec­teur.

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