(Première partie)

Islamophobie

La charte des valeurs "québécoises"

Par Mis en ligne le 23 septembre 2013

Un peu partout en Europe et en Amérique du Nord, les manifestations d’hostilité contre les Musulmans et contre l’islam se sont multipliées ces dernières années.

L’antisémitisme

Bien que le contexte soit différent, cela nous rappelle l’antisémitisme qui avait des ravages avant 1945.

À l’époque, et non seule­ment en Allemagne, on pro­fi­lait les Juifs qu’on accu­sait d’être des voleurs. Des médias, des intel­lec­tuels, des partis poli­tiques s’attiraient des appuis parmi des couches moyennes et popu­laires en affir­mant que la cause de leur misère, c’était les juifs. Au Québec, cette idéo­lo­gie pre­nait des allures sur­réa­listes. Notre bon cha­noine Lionel Groulx appe­lait à résis­ter à la « dic­ta­ture com­mer­ciale juive ». (Politiciens et Juifs, 1933). Le Premier Ministre Maurice Duplessis, qui ven­dait les res­sources du Québec pour une bou­chée de pain aux grandes entre­prises nord-amé­ri­caines, accu­saient les bou­ti­quiers juifs du bou­le­vard Saint-Laurent d’« affa­mer les familles ». Pendant la Deuxième Guerre mon­diale, la Société Saint-Jean Baptiste s’opposait à l’émigration des Juifs fuyant le mas­sacre en Europe. Dans ce dis­cours de droite, les juifs, tout en étant de « sales capi­ta­listes », étaient aussi des sub­ver­sifs, des com­mu­nistes. Des syn­di­cats et des partis de gauche étaient accu­sés d’être « infil­trés » par les juifs pour détruire notre « civi­li­sa­tion chré­tienne ». Cet amal­game entre les juifs et la gauche fut long­temps entre­tenu par Duplessis et la hié­rar­chie catho­lique au Québec.

Certains nationalistes d’aujourd’hui, dans leur volonté de « réhabiliter » Duplessis et le bon chanoine disent que cet antisémitisme n’était pas plus virulent au Québec qu’ailleurs.

Là-dessus, il faut recon­naître qu’ils ont raison. Au Canada anglais, le pre­mier ministre Mackenzie King, avant la guerre, admire Hitler et bloque des bateaux ame­nant des réfu­giés juifs au Canada. Dans des res­tau­rants et des hôtels de Toronto et de Halifax, il n’est pas rare de voir des pan­cartes « inter­dit aux juifs ». À l’université McGill, ins­ti­tu­tion par excel­lence de la grande bour­geoi­sie anglo-cana­dienne, des quotas sont impo­sés pour limi­ter l’entrée des juifs dans cer­taines facul­tés pres­ti­gieuses, la méde­cine par exemple. Aux États-Unis, les cham­pions du capi­ta­lisme comme Henry Ford font cam­pagne pour Hitler. L’Allemagne, disent-ils, est notre allié contre le com­mu­nisme ». Ford par ailleurs s’acharnent contre les syn­di­cats avec l’appui d’organisations catho­liques qui pro­pagent leurs mes­sages de haine contre la gauche et contre les juifs.

Le virage

Durant et après la guerre cependant, cet antisémitisme diminue.

Les élites acceptent de com­battre Hitler, qui devient trop dan­ge­reux et qui menace l’hégémonie anglo-amé­ri­caine sur le monde. L’opinion est éga­le­ment saisie des mas­sacres per­pé­trés contre les juifs en Europe. Les partis ouver­te­ment fas­cistes, comme celui d’Adrien Arcand au Québec, mettent le lan­gage hai­neux contre les juifs de côté, même si pour eux, la gauche, les syn­di­cats et les juifs res­tent un ennemi à abattre.

Pendant ce temps, le projet de colo­ni­sa­tion de la Palestine, relancé par les sur­vi­vants de l’holocauste, est bien vu par les États vain­queurs d’Hitler. Pour l’Angleterre et plus tard pour les États-Unis, la créa­tion de l’État d’Israël, avec l’expulsion des Palestiniens qui en découle, est une bonne chose, un rem­part contre le natio­na­lisme arabe qui com­mence à prendre forme. Cette réa­lité atteint la France lorsque se lève l’étendard de la libé­ra­tion natio­nale en Algérie. Il se construit alors une idéo­lo­gie anti-arabe et par le rebond, anti-musul­mane, où de manière simi­laire à ce qu’on avait fait contre les Juifs, les arabes sont décrits comme des êtres vils, retords, sub­ver­sifs.

Dans les années 1950 et 1960, la défense d’Israël devient une des fondations de la politique extérieure des États-Unis et de ses alliés-subalternes dont le Canada.

Il est alors gênant de jouer sur le registre du racisme anti-juif même si existent ici et là des ves­tiges de cette idéo­lo­gie rétro­grade, non seule­ment dans les milieux catho­liques de droite, mais aussi dans la grande élite « WASP » aux États-Unis et au Canada anglais.

Dans les années 1970, les arabes et les musulmans deviennent l’ennemi, au moment de la guerre entre l’Égypte et Israël (1973), suivi de l’arrêt des livraisons de pétrole aux États-Unis par les pétromonarchies du Golfe et par l’Iran.

Hollywood devient alors un grand archi­tecte de l’imagerie raciste contre arabes et musul­mans : exploi­teurs d’une part, ter­ro­ristes d’autre part. Les exac­tions de l’État d’Israël contre le peuple pales­ti­nien sont non seule­ment tolé­rées mais appuyées, car Israël devient le bras armé de l’Occident contre ces peuples « bar­bares ».

En Europe dans le sillon de la crise éco­no­mique qui s’étend sur plu­sieurs décen­nies, les immi­grants arabes et musul­mans, qui avaient servi à recons­truire le conti­nent en étant la main d’œuvre à bon marché dans l’industrie et le bâti­ment, deviennent des popu­la­tions louches », confi­nées dans des ghet­tos urbains, frap­pées par le chô­mage et donc tur­bu­lentes. L’arabe devient le « para­site », celui qui ne veut pas accep­ter les « valeurs » et dont il fau­drait bien se débar­ras­ser, un jour ou l’autre. Un peu par­tout, des mou­ve­ments d’extrême droite fleu­rissent sur ce racisme anti-arabe, notam­ment le Front natio­nal de Jean-Marie Le Pen.

Dans les années 1980-90 se profile une nouvelle « théorie » à l’effet que le monde est le théâtre d’une « guerre de civilisations ».

D’un côté, l’ « Occident », de par nature libé­ral et démo­cra­tique. Et en face, les « autres », chi­nois, russes, lati­nos et aussi, « arabo-musul­mans ». Ces « autres » non seule­ment ne par­tagent pas « nos » valeurs, mais ils sont intrin­sè­que­ment, presque géné­ti­que­ment, contre la démo­cra­tie, les droits (notam­ment des femmes), le libé­ra­lisme éco­no­mique. Cette « guerre des civi­li­sa­tions » explique le poli­ti­co­logue Samuel Huntingdon (qui conseille éga­le­ment les pré­si­dents à temps perdu), est là pour per­du­rer.

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