Intentions de votes des Québécois-e-s : un constat brutal mais réel s’impose

Insuffisants pour faire élire une « équipe » de solidaires la prochaine fois

Par Mis en ligne le 06 décembre 2011

Pour la pre­mière fois depuis les der­nières élec­tions au Québec, et pos­si­ble­ment depuis fort long­temps, le PLQ et le PQ récoltent ensemble moins de 50% des inten­tions de vote, selon les son­dages CROP et Léger du mois de novembre [1]. Ce qui confirme l’appétit des Québécois-e-s pour du « chan­ge­ment ». Pendant ce temps, Québec soli­daire ne pro­fite pas de cette « vola­ti­lité » du vote qué­bé­cois, dégrin­go­lant même à 6 et 7% dans les der­niers son­dages, alors que sa moyenne d’appuis se situait plutôt autour de 10% en 2011.

C’est net­te­ment insuf­fi­sant pour espé­rer faire élire une « équipe » de Solidaires à l’Assemblée natio­nale lors des pro­chaines élec­tions. L’arrivée en scène de la CAQ et sa fusion pos­sible avec l’ADQ, la colère citoyenne à l’égard des Libéraux qui ne dérou­git pas et la crise au PQ qui fait gros­sir les rangs des député-e-s « indé­pen­dant-e-s » sont tout autant d’éléments nou­veaux qui devraient amener Québec soli­daire à se ques­tion­ner sur son objec­tif pour les pro­chaines élec­tions. [2]

QS n’arrive pas à faire le plein suite à la chute de ses adver­saires

Nous remar­quons une pro­gres­sion des appuis à QS depuis 2008, constante mais lente. En moyenne, pour l’année 2011, envi­ron une per­sonne sur dix aurait voté pour Québec soli­daire. C’est légè­re­ment supé­rieur à la moyenne de ses résul­tats en 2010 et 35% de plus que la moyenne des appuis récol­tés dans les son­dages de 2009. [3]

Québec soli­daire n’arrive pas à faire le plein de cette volonté popu­laire pour de la « nou­veauté ». C’était vrai en 2009, 2010 et ça l’est encore en 2011. Quand l’ADQ a perdu la moitié de ses appuis dans les son­dages au début de 2009 (suite au départ de Mario Dumont), QS récol­tait entre 5 et 7% des inten­tions de votes, soit à peine plus que son résul­tat aux élec­tions de décembre 2008. Un an plus tard, au prin­temps 2010, lorsque le PLQ débu­tait sa chute (30%) et que le PQ stag­nait (40%), QS haus­sait à peine ses appuis pour obte­nir entre 6 et 9%. Plus récem­ment, quand le PQ a atteint des résul­tats his­to­ri­que­ment bas pour lui (24%) et que le PLQ se main­te­nait autour de 30%, QS réus­sis­sait seule­ment à gagner 2-3 points de pour­cen­tage pour scorer entre 9 et 12%.

En presque trois ans, de décembre 2008 à novembre 2011 en moyenne, le PLQ a perdu entre 18 et 23% de ses appuis, le PQ entre 11 et 13% et l’ADQ a réussi à sauver les meubles en se main­te­nant à flots, alors que QS a aug­menté ses appuis d’à peine 5-6%. C’est bien peu alors que pen­dant ce temps, un nou­veau parti voyait le jour, la CAQ de François Legault, qui récolte, lui, ce que les autres ont perdu : Léger et CROP lui attri­bue 35 et 33% des inten­tions de votes dans leurs son­dages de novembre der­nier. En toute appa­rence, c’est donc lui qui a récolté le gros des insa­tis­fac­tions expri­mées par les Québécois-e-s à l’égard des trois autres partis.

10% d’appuis dans les son­dages, c’est insuf­fi­sant !

Si la ten­dance se main­tient, QS récol­te­rait donc envi­ron 10% des votes, et peut-être même un peu moins [4], si des élec­tions se tenaient pro­chai­ne­ment. Avec le mode de scru­tin actuel, cela ne lui per­met­trait pas d’envoyer à l’Assemblée natio­nale une « équipe » de Solidaires en com­pa­gnie de son seul député Amir Khadir ; tout au plus peut-il espé­rer faire élire son autre porte-parole, Françoise David.

Souvenons-nous que pour être élu dans Mercier en 2008, le pre­mier a récolté 38% des voix expri­mées et que la seconde, malgré ses 32% d’appuis est arri­vée bonne deuxième. Au regard des résul­tats de QS dans les dif­fé­rentes cir­cons­crip­tions aux deux der­nières élec­tions, force est de consta­ter que ce parti n’a aucun espoir de faire élire un-e député-e ailleurs au Québec (même à Montréal) [5], si la situa­tion ne change pas.

Rappelons-nous qu’en 1973, le PQ n’a fait élire que 6 député-e-s après avoir obtenu 30% des appuis popu­laires au total et qu’il a fallu 42% d’appuis au can­di­dat péquiste de Chicoutimi pour être élu [6]. En 1998 et 2003, l’ADQ a fait élire un seul député, son chef Mario Dumont, alors qu’elle a récolté 12% et 18% des votes expri­més pen­dant que son chef récol­tait res­pec­ti­ve­ment 46% et 57% des voix [7]. À moins donc que ses appuis soient concen­trés dans quelques cir­cons­crip­tions, Québec soli­daire ne peut espé­rer faire élire suf­fi­sam­ment de député-e-s pour espé­rer être reconnu comme une for­ma­tion poli­tique par l’Assemblée natio­nale, ou encore former l’Opposition offi­cielle ou même la seconde Opposition, si la situa­tion ne change pas.

Objectif : faire élire une « équipe » de Solidaires

Est-ce que l’élection de nos deux porte-parole aux pro­chaines élec­tions est suf­fi­sante ? Si oui, QS doit pour­suivre son bon tra­vail, sur ses propres bases et sans tenter de faire des alliances ou des pactes, dans le plus grand nombre de cir­cons­crip­tions en fai­sant connaître son pro­gramme patiem­ment et en ayant une pers­pec­tive à long terme (10-20 ans). Si non, une réflexion et des débats s’imposent sur la stra­té­gie à déployer pour qu’aux pro­chaines élec­tions QS fasse élire au moins 5 député-e-s et qu’à moyen terme (5-10 ans) il forme à tout le moins l’Opposition offi­cielle, sinon le gou­ver­ne­ment… rien de moins ! Vous aurez com­pris que c’est la seconde voie que nous pri­vi­lé­gions.

Dans le contexte actuel et sous le régime par­le­men­taire en vigueur, l’élection hypo­thé­tique de Françoise David aux côtés d’Amir Khadir don­ne­rait certes légè­re­ment plus de visi­bi­lité à Québec soli­daire. Deux têtes valent mieux qu’une dirons-nous et c’est vrai, mais c’est insuf­fi­sant pour donner au parti les moyens de se faire valoir à Québec, avec les règles actuelles de l’Assemblée natio­nale. Nos deux député-e-s seraient encore consi­déré-e-s comme des « député-e-s indé­pen­dant-e-s » et, au mieux, devraient se par­ta­ger un budget par­le­men­taire à peine haussé, en com­pa­rai­son de celui accordé à Amir Khadir actuel­le­ment [8]. Ainsi, nos deux porte-parole auraient sen­si­ble­ment les mêmes res­sources humaines et tech­niques, les mêmes temps de parole au Salon bleu et la même consi­dé­ra­tion média­tique que ceux dont dis­pose le député de Mercier aujourd’hui, mais le tout divisé en deux : rien de bien réjouis­sant quand on sait que celui-ci manque cruel­le­ment de tout pour se faire valoir jus­te­ment.

L’objectif de Québec soli­daire pour la pro­chaine élec­tion doit donc être « réa­liste » mais éga­le­ment ambi­tieux afin de s’assurer d’avoir les moyens de repré­sen­ter celles et ceux qui auront voté pour lui et de s’imposer davan­tage comme un acteur incon­tour­nable sur la scène poli­tique. Pour cela, il doit pou­voir comp­ter sur une équipe de « Solidaires » suf­fi­sam­ment nom­breuse, tout d’abord pour être reconnu comme une for­ma­tion poli­tique en bonne et due forme par l’Assemblée natio­nale mais sur­tout pour être suf­fi­sam­ment pré­sent sur la scène par­le­men­taire pour influen­cer le gou­ver­ne­ment. Et dans les deux cas, nous esti­mons que Québec soli­daire doit faire élire au moins 5 député-e-s lors de la pro­chaine élec­tion.

Le contexte poli­tique actuel est favo­rable à cet ambi­tieux objec­tif. La volonté popu­laire pour du « chan­ge­ment » sur la scène poli­tique qué­bé­coise et la « vola­ti­lité » des inten­tions de vote, com­bi­nées au fait qu’environ un-e Québécois-e sur deux est « indé­cis-e » ou ne se rend pas voter, permet de croire qu’à court terme Québec soli­daire fasse élire une « équipe » de député-e-s de gauche à l’Assemblée natio­nale s’il prend les moyens pour y arri­ver.

Stéphane Lessard
Ex-membre du Comité de coor­di­na­tion natio­nal (2006-2010) Québec soli­daire

Aperçu de la prochaine contribution

Pour espé­rer faire élire une « équipe » de Solidaires à la pro­chaine élec­tion, Québec soli­daire doit certes pré­sen­ter des can­di­da­tures cré­dibles qui défen­dront une plate-forme élec­to­rale ras­sem­bleuse et por­teuse d’espoirs. Le parti doit aussi four­nir à ces can­di­da­tures un appui et une « machine » qui leur per­mettent de prendre contact avec les Québécois-e-s pour espé­rer obte­nir leurs votes.Malgré cela, le mode de scru­tin actuel, les inten­tions de votes à son égard et l’égard de ses adver­saires ainsi que les limites des res­sources de Québec soli­daire devraient l’amener à recon­si­dé­rer deux élé­ments tac­tiques de sa stra­té­gie élec­to­rale dans le contexte actuel, en vue de se pré­pa­rer au « pire scé­na­rio », soit celui du déclen­che­ment des élec­tions dès le prin­temps pro­chain :

  • la prio­ri­sa­tion du tra­vail pré-élec­to­ral et élec­to­ral dans cer­taines cir­cons­crip­tions ;
  • la pos­si­bi­lité d’établir des pactes tac­tiques avec d’autres partis poli­tiques.

Notes

[1] Novembre 2011 : selon Léger : PLQ (22%) et PQ (21%) et selon CROP : PLQ (27%) et PQ (19%) [2] Un second texte por­tera sur deux élé­ments « tac­tiques » de la stra­té­gie à déployer pour atteindre l’objectif élec­to­ral pro­posé dans le pré­sent texte : la prio­ri­sa­tion du tra­vail pré-élec­to­ral et élec­to­ral dans cer­taines cir­cons­crip­tions et la pos­si­bi­lité d’établir des pactes tac­tiques avec d’autres partis poli­tiques. [3] Selon Léger et CROP res­pec­ti­ve­ment, QS obtient en moyenne 9,50% et 11% (2011), 8,35% et 9,09% (2010) et 6,17% et 6,75% (2009). [4] Aux élec­tions du 8 décembre 2008, Québec soli­daire a récolté 3,78% alors que les son­dages de la même année lui accor­daient en moyenne 5% des inten­tions de votes. Aux élec­tions du 26 mars 2007, QS a récolté aussi 3,64% alors que les son­dages des douze mois pré­cé­dents l’élection lui accor­daient 5,66% des inten­tions de votes. Globalement, si on fait excep­tion de la sur­prise causée par l’ADQ aux élec­tions du 26 mars 2007, les partis « tra­di­tion­nels » récoltent davan­tage d’appuis aux élec­tions que la moyenne d’appuis qui leur est accor­dée dans les son­dages des douze mois pré­cé­dents cette élec­tion, alors que les « tiers partis » comme QS récoltent un peu moins d’appuis aux élec­tions que ce que les mêmes son­dages leur accordent comme appuis popu­laires (voir le tableau 1 : résul­tats élec­to­raux VS moyennes annuelles 2006-2011). [5] En 2008, QS a connu ses meilleurs résul­tats dans les cir­cons­crip­tions de Sainte-Marie-St-Jacques (15,40%), de Hochelaga-Maisonneuve (12,93%), de Laurier-Dorion (13,01%), d’Outremont (11,43%), de Hull (8,77%) et de Taschereau (8,42). En 2007, QS a connu ses meilleurs résul­tats dans les cir­cons­crip­tions Sainte-Marie-St-Jacques (14,16%), de Hochelaga-Maisonneuve (9,67%), de Rosemont (9,37%), d’Outremont (9,13%), de Taschereau (8,24%) et de Laurier-Dorion (7,99%). [6] En 1973, les autres dépu­tés élus du PQ ont obtenu chacun 50 et 51% des voix expri­mées. [7] En 1998 et 2003 res­pec­ti­ve­ment, Mario Dumont a récolté 46% et 57% des votes. [8] Il est faux de croire que l’élection de Françoise David ferait en sorte de dou­bler le budget, les res­sources et le temps de parole accor­dés à QS. Amir Khadir a pro­fité de son statut de porte-parole, avec l’accord des autres partis, pour obte­nir un budget et des res­sources com­pa­rables à ceux accor­dés à Mario Dumont, lorsqu’il était chef et le seul élu de l’ADQ. Il est plus pro­bable que Françoise David, nou­velle dépu­tée, se ver­rait accor­der un budget et des res­sources simi­laires à tout-e autre député-e « indé­pen­dant-e », soit le mini­mum alloué par l’Assemblée natio­nale aux autres dépu­tés qui ne font pas partie d’une for­ma­tion poli­tique recon­nue offi­ciel­le­ment par l’Assemblée natio­nale.

Les commentaires sont fermés.