INDONÉSIE, BRÉSIL Copenhague : des forêts vert dollar

Par Mis en ligne le 09 décembre 2009

a confé­rence de Copenhague sur le climat, en décembre, s’annonce comme le rendez-vous de tous les dan­gers. Parmi les enjeux figure la mise en place d’un méca­nisme de réduc­tion des émis­sions liées à la défo­res­ta­tion et à la dégra­da­tion des forêts – appelé REDD – qui fait l’objet d’âpres négo­cia­tions dans un contexte où la néces­sité de réduire les émis­sions de gaz à effet de serre est pro­cla­mée par tous et où chaque pays essaie d’échapper le plus pos­sible à ses obligations.

De quoi s’agit-il ? De comp­ta­bi­li­ser au titre des réduc­tions d’émissions la part cor­res­pon­dant à une réduc­tion de la défo­res­ta­tion. La défo­res­ta­tion a un effet consi­dé­rable sur le réchauf­fe­ment cli­ma­tique (20%), rédui­sant le stock de car­bone piégé par les forêts et en dis­si­pant par la com­bus­tion du bois. La défo­res­ta­tion don­ne­rait lieu à l’octroi de cré­dits car­bone pou­vant être uti­li­sés pour com­pen­ser d’autres émissions.

Pourquoi s’inquiéter ? Parce que cette prise en compte de la défo­res­ta­tion dans la réduc­tion des gaz à effet de serre a toutes les chances d’aboutir à des dimi­nu­tions fic­tives de la défo­res­ta­tion accom­pa­gnées d’attaques sociales. REDD est un méca­nisme ardem­ment promu par les pays du Nord. Il s’agit pour eux, dans le cadre notam­ment du méca­nisme de déve­lop­pe­ment propre (MDP) mis en place par le pro­to­cole de Kyoto, de pou­voir se défaus­ser sur les pays du Sud de leur res­pon­sa­bi­lité. Ce sont en effet les pays indus­tria­li­sés qui sont res­pon­sables his­to­ri­que­ment de la plus grande partie des émis­sions de gaz à effet de serre. En outre, les réduc­tions de défo­res­ta­tion sont extrê­me­ment dif­fi­ciles à comp­ta­bi­li­ser. Personne ne sait ainsi éva­luer avec pré­ci­sion l’ampleur annuelle de la défo­res­ta­tion au Brésil ou en Indonésie. On voit donc mal com­ment la réduc­tion de cette défo­res­ta­tion pour­rait être exac­te­ment comp­ta­bi­li­sée. Au-delà de cet obs­tacle tech­nique majeur, le risque est celui d’un vaste mou­ve­ment d’appropriation des forêts du Sud par les mul­ti­na­tio­nales en quête de cré­dits car­bone à même de com­pen­ser la conti­nua­tion de leur pol­lu­tion au Nord.

Les dan­gers de ce mou­ve­ment d’appropriation privée sont poli­tiques, sociaux et éco­lo­giques. Il se met­trait sur pied un méca­nisme de contrôle néo­co­lo­nial du patri­moine natu­rel au détri­ment des peuples qui vivent au sein de ces forêts, les entre­tiennent depuis de nom­breuses géné­ra­tions et seraient mena­cés dans leur exis­tence même. Cette appro­pria­tion consti­tue­rait une vio­la­tion ouverte de la sou­ve­rai­neté de ces peuples sur leur ter­ri­toire de vie.

Il n’existe aujourd’hui aucune dis­tinc­tion dans les pro­jets entre forêt et plan­ta­tion. L’appropriation pour­rait se tra­duire alors par la des­truc­tion des forêts ini­tiales et leur rem­pla­ce­ment par des plan­ta­tions d’eucalyptus (éven­tuel­le­ment géné­ti­que­ment modi­fiés) comme au Brésil ou de pal­miers à huile comme en Indonésie. Outre que cette sub­sti­tu­tion signi­fie une aug­men­ta­tion nette des émis­sions de CO2 puisque les forêts pri­maires stockent cinq fois plus de car­bone que les plan­ta­tions, elle implique aussi une des­truc­tion de la bio­di­ver­sité sans équi­valent des forêts tro­pi­cales. Et ceci au ser­vice de la pro­duc­tion indus­trielle pos­sible d’agrocarburants.

Face àla menace REDD, les peuples indi­gènes se mobi­lisent et alertent l’opinion publique mon­diale. Nous devons nous battre àleurs côtés. Cet exemple illustre àquel point la bataille contre la crise cli­ma­tique ne peut dis­so­cier réponses sociales et éco­lo­giques. Partout sur la pla­nète, la poli­tique concrète des classes domi­nantes abou­tit à com­bi­ner de fausses réponses éco­lo­giques avec de véri­tables attaques sociales. Seule la mobi­li­sa­tion inter­na­tio­nale per­met­tra de les arrêter.

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