Le budget Bachand

Ils ont raison de crier victoire !

VERS UNE GRÈVE SOCIALE?

Avec le dépôt du budget Bachand, les idéologues néolibéraux pavanent et  hélas, ils ont raison. Un «budget historique», clame André Pratte de Power  Corporation et tête de réseau des lucides. Sa joie le rend pompeux mais sagement il appelle ses amis à se rallier derrière ce gouvernement et son budget qui sera durement attaqué. Jean Charest et son ministre des finances, un transfuge du mouvement syndical, restent insensibles aux critiques visant les aspects les plus odieux notamment le caractère régressif de cette  nouvelle taxe sur la maladie. Sans parler de cette menace d'y ajouter un ticket dit «modérateur»: question d'apprendre à ces enfants gâtés de citoyens que chaque chose a son prix.
Par Mis en ligne le 07 avril 2010

Une vic­toire parce qu’il faut dire que cette fois ils ont mis le paquet. Le Québec est « dans le rouge » scan­dait chaque matin le Journal de Montréal relayé en soirée par TVA. Même chan­son du côté de l’axe pro­pa­gan­diste Gesca-Radio-Canada où on explique qu’enfin on ose s’en prendre aux vaches sacrées. Vache sacrée, c’est ainsi que main­te­nant au Québec il est de bon ton de parler de nos droits sociaux à la santé et à l’éducation. Pour faire le tra­vail du côté de l’électorat natio­na­leux, on a même mobi­lisé la figure toté­mique qu’est devenu l’avocat patro­nal Lucien Bouchard.

S’ils ont enfin réussi à élar­gir la brèche, c’est d’abord parce que nous n’avons pas sim­ple­ment à faire à des idéo­logues qui se contentent de remoudre à l’infini les véri­tés néo­li­bé­rales. Ce sont des stra­tèges qui ont su tirer les leçons de leurs ten­ta­tives pré­cé­dentes. De mémoire, rap­pe­lons le sort subis par le rap­port Gobeil (1986) jugé trop socia­le­ment explo­sif et les ten­ta­tives avor­tées de réin­gé­né­rie de l’État qué­bé­cois lorsqu’en 2003 nous avons mas­si­ve­ment expli­qué à M. Charest que nous n’avions pas voté pour cela.

Nos patients stra­tèges ont redé­ployés leur dis­cours à la faveur du choc de la crise en redou­blant d’effort pour du même coup délé­gi­ti­mer les reven­di­ca­tions même les plus modestes des sala­riés de l’État. À un point tel que cer­taines orga­ni­sa­tions syn­di­cales, un moment désar­çon­nées, se sont mises à jon­gler avec l’idée que peut-être une hausse des tarifs d’électricité ou de la TVQ per­met­trait de déga­ger des marges de manoeuvres…

Cette approche a freiné le pro­ces­sus de consti­tu­tion d’une force sociale syn­di­cale et popu­laire uni­fiée autour d’une cri­tique com­mune du dis­cours et des pro­jets gou­ver­ne­men­taux.

VERS UNE GRÈVE SOCIALE ?

Mis à part le cou­ra­geux combat du seul député de Québec Solidaire, aucune force poli­tique par­le­men­taire ne s’oppose sérieu­se­ment à cette pro­po­si­tion bud­gé­taire pro­fon­dé­ment anti sociale. Le PQ, lesté de ce qui res­tait de son aile syn­di­ca­liste, n’a plus qu’a s’incliner devant les cris de joie de ses Facal tout en fai­sant mine se s’indigner. Il faut s’opposr à ce budget de toute nos forçes car refu­ser d’essayer de le stop­per, c’est déjà accep­ter d’ouvrir une brèche béante dans laquelle s’engouffrera d’autres mesures beau­coup plus sévères. Il convient donc de renouer d’urgence avec la pers­pec­tive d’une mobi­li­sa­tion de la société civile avec, au pre­mier rang, les sala­rié-es de l’État, afin d’expliquer à nou­veau que nous n’avons pas voté pour ca. Nous n’avons pas voté pour frei­ner l’accessibilité au sys­tème de santé et d’éducation supé­rieure. Nous n’avons pas voté pour lais­ser le crime orga­nisé ponc­tionné les fonds publics en lien avec cer­taines élites poli­tiques. Nous n’avons pas voté pour que s’installe une tri­che­rie à grande échelle dans le finan­ce­ment des partis poli­tiques. Nous n’avons pas voté pour que les amis de Tomassi fassent main-basse sur des pans entiers du réseau de gar­de­rie.

Nous pro­po­sons donc qu’on dis­cute de la pos­si­bi­lité de remettre à l’ordre du jour la pers­pec­tive d’une grève sociale afin d’obtenir rien d’autre que des élec­tions géné­rales. Ceux et celles qui disent et écrivent que ce budget est his­to­rique ont raison. Son rejet doit l’être aussi. Ils ont raison de crier vic­toire mais nous avons sur­tout raison de nous révol­ter !

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