Il y a 60 ans… La République populaire de Chine

La proclamation de la République populaire de Chine, le 1er octobre 1949 à Pékin, a constitué l’un des événements majeurs du XXe siècle. Si la révolution avait échoué en 1937-1945, face aux forces d’occupation japonaises, le cours de la guerre mondiale en Orient en aurait peut-être été modifié. Si, en 1945-1947, elle avait échoué face aux armées contre-révolutionnaires du Guomindang, le pays serait probablement passé sous la coupe de l’impérialisme étatsunien. La face du monde en aurait été changée.
Par Mis en ligne le 29 septembre 2009

La vic­toire de la révo­lu­tion chi­noise a fait du plus grand pays du monde (par la popu­la­tion) un acteur indé­pen­dant dans l’arène inter­na­tio­nale. Ce n’est pas rien ! Mais elle a aussi, et à plus d’une reprise, posé des ques­tions nou­velles aux mar­xistes par ses succès et ses échecs (tous deux reten­tis­sants) – et ce, du fait, notam­ment, de sa lon­gé­vité. Le bouillon­ne­ment révo­lu­tion­naire a com­mencé dès 1919 avec le Mouvement du 4 Mai et ne s’est ter­miné que cin­quante ans plus tard dans le chaos de la Révolution cultu­relle. Par-delà ses hauts et ses bas, c’est l’un des pro­ces­sus révo­lu­tion­naires les plus longs du monde, avec la révo­lu­tion viet­na­mienne. Il enchaîne des cycles suc­ces­sifs qui, chacun, offre son lot de sur­prises.

L’Octobre russe de 1917 avait déjà été une sur­prise pour la plu­part des mar­xistes qui pen­saient que la révo­lu­tion mon­diale ne pou­vait débu­ter qu’en Europe occi­den­tale. La vic­toire des bol­che­viks a ouvert un cycle de luttes révo­lu­tion­naires qui s’est rapi­de­ment mani­festé en Chine, sou­le­vant des ques­tions encore plus sai­sis­santes pour l’époque : la moder­ni­sa­tion d’un pays du « tiers-monde » (le terme est ana­chro­nique) peut-elle prendre des voies non capi­ta­listes ? Comment le mar­xisme, issu de la pensée occi­den­tale, peut-il être inté­gré à une culture orien­tale ?

Après la défaite, en Occident, de la révo­lu­tion alle­mande (1923), le cycle révo­lu­tion­naire ouvert par l’Octobre russe se clôt en Orient avec, en 1927, l’écrasement de la Seconde Révolution chi­noise (la pre­mière datant de 1911). Vu la res­pon­sa­bi­lité de Moscou dans la défi­ni­tion des orien­ta­tions du Parti com­mu­niste chi­nois (PCC), cet échec san­glant a pour la pre­mière fois posé une ques­tion cru­ciale : quelles seraient les consé­quences pour le mou­ve­ment com­mu­niste inter­na­tio­nal de la bureau­cra­ti­sa­tion, de la sta­li­ni­sa­tion de l’Etat sovié­tique ? Elles s’annoncent très graves…

Une décen­nie plus tard en Extrême-Orient, l’invasion japo­naise en Chine (1937) annonce la Seconde Guerre mon­diale – de même qu’en Europe la Guerre civile espa­gnole. Elle inau­gure un troi­sième cycle de luttes. Le cou­rant domi­nant du mou­ve­ment com­mu­niste chi­nois est alors le maoïsme – encore une nou­veauté. La résis­tance à l’occupation nip­pone est l’occasion d’enrichir l’expérience mili­tante en de nom­breux domaines, d’une concep­tion très poli­tique de la guerre popu­laire jusqu’à l’organisation directe de la pay­san­ne­rie par un parti com­mu­niste (ce que les mar­xistes russes n’avaient pas fait avant 1917). La défaite japo­naise de 1945 laisse le champ libre à la guerre civile entre le PCC et le Guomindang. Puis l’Octobre chi­nois de 1949 ouvre, comme hier l’Octobre russe, un cycle inter­na­tio­nal de luttes révo­lu­tion­naires qui ne s’achève qu’en 1975 avec la vic­toire viet­na­mienne, la libé­ra­tion des colo­nies por­tu­gaises et la chute de la dic­ta­ture Salazar. Il engage aussi l’impérialisme dans la guerre de Corée (1950-1953) puis dans la guerre d’Indochine (1965-1975), aux fron­tières chi­noises. Washington déploie un sys­tème contre-révo­lu­tion­naire mon­dial sans pré­cé­dent.

Cependant, le maoïsme n’est pas la réplique du bol­che­visme et la République popu­laire n’est la copie conforme de l’Etat sovié­tique ni dans sa ver­sion ori­gi­nelle ni dans sa cari­ca­ture sta­li­nienne. Une vraie révo­lu­tion est en cours, avec un bou­le­ver­se­ment radi­cal de la struc­ture de classe du pays. Le statut des femmes, des pay­sans, des ouvriers change. Mais le PCC garde un strict mono­pole du pou­voir poli­tique.

Le sort de la RPC se joue en trois crises, de plus en plus intenses : les Cent Fleurs (1957), le Grand Bond en avant (1959) et la mal nommée Révolution cultu­relle (1966-1968) qui dés­in­tègre un temps le Parti com­mu­niste. Au bout de ces années tumul­tueuses, c’est la bureau­cra­tie qui l’emporte, conso­li­dant son pou­voir, alors que l’élan révo­lu­tion­naire s’épuise. Sur le plan inter­na­tio­nal, les conflits inter­bu­reau­cra­tiques (URRS-Chine) prennent un tour d’une très grande vio­lence.

A partir des années 1980, le PCC engage la tran­si­tion capi­ta­liste, en alliance avec le capi­tal chi­nois trans­na­tio­nal établi à Taiwan et en bien d’autres contrées. On assiste à un bou­le­ver­se­ment à rebours de la struc­ture de classe : ce qui avait été noué après 1949 est sys­té­ma­ti­que­ment défait. La contre-révo­lu­tion bour­geoi­sie suc­cède à la contre-révo­lu­tion bureau­cra­tique. La nou­velle bour­geoi­sie chi­noise peut remer­cier Mao : c’est parce que la révo­lu­tion chi­noise a pré­servé le pays de la domi­na­tion impé­ria­liste qu’elle peut aujourd’hui occu­per la place inter­na­tio­nale qui est la sienne.

En 90 ans (1919-2009), la Chine en révo­lu­tion et contre-révo­lu­tion n’a cessé de nous confron­ter au neuf, à l’imprévu. Les 50 pre­mières années, elle a contri­bué à enri­chir la pensée stra­té­gique, la réflexion sur les pos­si­bi­li­tés et les dif­fi­cul­tés des com­bats d’émancipation, la com­pré­hen­sion des socié­tés de tran­si­tion. Ces trente der­nières années, elle nour­rit sur­tout l’analyse des voies de la recons­truc­tion capi­ta­liste ! En atten­dant qu’elle nous offre à nou­veau des leçons révo­lu­tion­naires dans un avenir que l’on espère pas trop loin­tain…

Pierre Rousset

* Article écrit pour Diagonal (per­ió­dico quin­ce­nal de actua­li­dad crí­tica) nº 109 / Del 1 al 14 de octubre de 2009). Sección : Global


Pour une ana­lyse plus détaillée, voir :

La Chine du XXe siècle en révo­lu­tions – I – 1911-1949 ou de la chute des Qing à la vic­toire maoïste
http://​www​.europe​-soli​daire​.org/spi…

La Chine du XXe siècle en révo­lu­tions – II – 1949-1969 : crises et trans­for­ma­tions sociales en République popu­laire
http://​www​.europe​-soli​daire​.org/spi…

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