Seconde édition du forum social Hoodstock,

Hoodstock : s’organiser pour s’élever !

Par , Mis en ligne le 10 septembre 2010

Le 8 août der­nier se tenait, à Montréal-Nord, la seconde édi­tion du forum social Hoodstock, orga­nisé par Montréal-Nord Republik (MNR), en col­la­bo­ra­tion avec la Coalition contre la Répression et les Abus Policiers (CRAP). Près d’une cin­quan­taine de rési­dents et de rési­dentes du quar­tier est venue assis­ter et par­ti­ci­per aux confé­rences et ainsi contri­buer à l’organisation d’un mou­ve­ment col­lec­tif visant à s’opposer et à com­battre les abus poli­ciers et le pro­fi­lage racial au sein du quar­tier.

Cette ini­tia­tive citoyenne visait dans un pre­mier temps à « com­mé­mo­rer la mort de Fredy Villanueva » et dans un second temps à « cana­li­ser le sen­ti­ment de frus­tra­tion de la popu­la­tion dans le quar­tier, puisque qu’on le veuille ou non, il y a des grosses ten­sions à Montréal-Nord. », explique Stéphanie Germain, la porte-parole de l’événement. Pour l’occasion, les Nord-Montréalais et Nord-Montréalaises se sont sym­bo­li­que­ment réap­pro­prié le parc Henri-Bourassa, rebap­tisé pour l’occasion « Parc Fredy Villanueva », en mémoire du jeune Hondurien qui y a été assas­siné deux ans plus tôt. L’exercice visait à offrir un lieu d’expression et de débats pour les rési­dents et rési­dentes d’un des quar­tiers les plus défa­vo­ri­sés de Montréal.

Dès 11h, des enjeux chauds, trop sou­vent lami­nés par les grands médias, furent abor­dés de front par les confé­ren­ciers et confé­ren­cières : situa­tion des per­sonnes migrantes et des sans-sta­tuts, actua­lité de l’enquête Villanueva, arres­ta­tions au sommet du G20, abus poli­ciers et recons­truc­tion en Haïti. Tout au long de la jour­née, une péti­tion cir­cu­lait éga­le­ment récla­mant l’abolition de la « double peine », c’est-à-dire la menace pour une per­sonne migrante ayant déjà purgé une peine de se voir en plus dépor­tée dans son pays d’origine, menace que le gou­ver­ne­ment fédé­ral impose pré­sen­te­ment à Dany Villanueva, le frère de Fredy. La confé­rence d’Alexandre Popovic de la CRAP sur les déve­lop­pe­ments de l’enquête publique entou­rant la mort de Freddy Villanueva était par­ti­cu­liè­re­ment atten­due. Pendant plus de deux heures, le confé­ren­cier a pré­senté le passé pro­fes­sion­nel enta­ché de l’agent Jean-Loup Lapointe (matri­cule #3776), les détails des com­pa­ru­tions de l’enquête publique, ainsi que la ver­sion exacte des faits, selon les témoins civils pré­sents lors de l’intervention.

À peine la der­nière confé­rence ter­mi­née que tous et toutes se ren­daient à la vigile qui a été érigée à la mémoire de Fredy pour se recueillir et offrir un mot de sou­tien à la famille Villanueva. La ten­sion était exa­cer­bée par la pré­sence de cinq poli­ciers montés sur des che­vaux qui obser­vaient la scène près de la vigile. La plu­part des gens pré­sents étaient déjà au cou­rant d’un évé­ne­ment sur­venu au cours de la semaine pré­cé­dente, alors qu’un poli­cier avait arra­ché les affiches posées sur l’arbre adja­cent à la vigile, allant jusqu’à pié­ti­ner les fleurs et autres témoi­gnages lais­sés en guise d’adieu. Cet « endroit qui est tel­le­ment impor­tant, non seule­ment pour la famille Villanueva, mais impor­tant aussi pour tous les gens du quar­tier qui viennent se recueillir là. », rap­porte Stéphanie. Cette der­nière voit d’ailleurs dans cet acte la preuve qu’ils et elles doivent aller encore plus loin dans leurs démarches de réap­pro­pria­tion du parc. « Si on ne peut même pas avoir une vigile, pour­quoi pensez-vous qu’on veut avoir un parc au nom de Fredy ? » Stéphanie affirme que des pro­cé­dures de chan­ge­ment de nom du parc Henri-Bourassa pour le parc Fredy Villanueva seront enta­mées dès le len­de­main de Hoodstock.

Par la suite, les Nord-Montréalais et Nord-Montréalaises ainsi que les per­sonnes venues en soli­da­rité à la cause ont pris la rue afin de récla­mer jus­tice pour Fredy et pour toutes les vic­times d’abus et de répres­sion poli­cières. C’est au son d’une fan­fare mili­tante et malgré le temps plu­vieux qu’ils et elles ont cal­me­ment mani­festé dans le quar­tier, s’arrêtant fina­le­ment devant le poste de police # 39 sur le bou­le­vard Henri-Bourassa. Pour clore la marche, les mani­fes­tants et mani­fes­tantes se sont couché-e-s en die-in sym­bo­lique au beau milieu du bou­le­vard afin de repré­sen­ter les vingt minutes durant les­quelles Fredy a attendu, à l’agonie, avant que des secours n’arrivent. Au micro­phone, Will Prosper, porte-parole de Montréal-Nord Republik, racon­tait : « Si Fredy Villanueva s’était appelé Frédéric Villeneuve, il n’y aurait pas ici aujourd’hui 200 per­sonnes cou­chées dans la rue, mais bien plu­sieurs mil­liers. […] Et si Dany Villanueva s’était appelé Daniel Villeneuve, on ne dirait pas aujourd’hui qu’il fait partie d’un gang de rue, mais bien qu’il a réussi une bonne réin­ser­tion sociale parce que Dany, il a com­plété une tech­nique en méca­nique. Mais ça, per­sonne n’en parle dans les médias ! ».

En somme, le forum social Hoodstock, tout comme cette marche, visaient avant tout à unir les luttes. Pour une jour­née, les mili­tants et mili­tantes et les citoyens et citoyennes se sont ras­sem­blé-e-s en un seul cri pour la jus­tice sociale. « Tant et aussi long­temps qu’il y aura de l’injustice sociale, il va y avoir de l’insécurité sociale aussi. », conclut Stéphanie Germain. La mort de Fredy Villanueva, bien qu’elle reste une tra­gé­die sans pré­cé­dent au Québec, n’est mal­heu­reu­se­ment qu’un symp­tôme des abus quo­ti­diens infli­gés par la main armée des pré­ju­gés. Tous les jours, des popu­la­tions défa­vo­ri­sées doivent com­battre à la fois la pré­ca­rité et la stig­ma­ti­sa­tion dont elles font l’objet. Il reste encore beau­coup à faire et la solu­tion réside non seule­ment dans une répar­ti­tion équi­table de la richesse, mais éga­le­ment dans l’abandon de com­por­te­ments bien tenaces, tels que le racisme, l’impunité et l’indifférence.

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