Les groupes populaires face à l’État

Hoodstock à Montréal-Nord, un carburant pour le socialisme ?

Résistances

Par , , , Mis en ligne le 18 mars 2019

Hoodstock est à la fois un évé­ne­ment et un mou­ve­ment. Créé en 2009 pour deve­nir le pre­mier forum social de Montréal-Nord, son objec­tif consis­tait à cana­li­ser dans un projet construc­tif et éman­ci­pa­teur la colère popu­laire causée par l’assassinat de Fredy Villanueva en août 2008. Depuis, Hoodstock s’est tenu quatre fois et est devenu au fil du temps un fer de lance du mou­ve­ment anti­ra­ciste au Québec. Le pré­sent texte revient d’abord sur les ori­gines du mou­ve­ment, relate les faits saillants de l’événement orga­nisé en 2017 et montre enfin com­ment Hoodstock est un car­re­four des luttes et idées. Il cherche à mon­trer que la gauche qué­bé­coise doit prendre très au sérieux les batailles anti­ra­cistes faute de quoi elle se pri­vera d’un bassin de mili­tantes et mili­tants dont elle ne peut abso­lu­ment pas se passer.

Les origines : « As-tu oublié qu’on vivait ici ? »

Les révoltes de 2008 à Montréal-Nord ont marqué l’imaginaire des Québécoises et des Québécois. Elles ont par ailleurs sou­tenu l’apparition d’un nouvel acteur social dans le pay­sage de la société qué­bé­coise, un mou­ve­ment anti­ra­ciste jeune et déter­miné. Les émeutes ont forcé la société à recon­naître que les quar­tiers cos­mo­po­lites excen­trés, popu­laires et lar­ge­ment mar­gi­na­li­sés n’hésiteraient pas à faire valoir leurs droits et à dénon­cer les injus­tices subies.

Le samedi 9 août 2008, Fredy Alberto Villanueva, un jeune de 18 ans d’origine hon­du­rienne, est abattu par l’agent Jean-Loup Lapointe du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Deux autres jeunes sont atteints par le poli­cier, Denis Meas d’origine cam­bod­gienne et Jeffrey Sagor Métellus d’origine haï­tienne. Même si les grands médias repren­dront à leur compte les com­mu­ni­ca­tions poli­cières pour rap­por­ter les faits, à Montréal-Nord, c’est le récit des témoins immé­diats – leurs ami-e-s – qui pré­vau­dra sur la ver­sion des auto­ri­tés. Ils savent que c’est une bavure poli­cière qui a emporté la vie de Fredy.

Le len­de­main, les rési­dentes et les rési­dents mani­festent leur colère au cœur du quar­tier. Au fur et à mesure que la jour­née avance, l’indignation popu­laire s’amplifie. En fin de jour­née, la mani­fes­ta­tion vire à la révolte. Elle durera jusque tard dans la nuit. Personne n’a oublié les images dif­fu­sées en boucle par les grands médias : les bou­teilles de pro­pane qui crachent du feu, les auto­bus qui fuient les mani­fes­tants, les com­merces sac­ca­gés et le déploie­ment d’une escouade anti­émeute com­plè­te­ment dépas­sée, comme si elle était en ter­ri­toire ennemi.

La mort de Fredy s’inscrivait dans un contexte plus large ; il s’agissait d’une injus­tice et la révolte avait des signi­fi­ca­tions réelles, elle était le résul­tat de l’interdépendance des oppres­sions vécues par cette popu­la­tion majo­ri­tai­re­ment issue de l’immigration mais née au Québec pour la plu­part. Alors que les élu-e-s locaux ten­taient d’étouffer la portée poli­tique de la révolte d’une nou­velle géné­ra­tion, la mobi­li­sa­tion col­lec­tive a connu ses pre­mières expres­sions.

Montréal-Nord Républik

Six jours après les émeutes, un col­lec­tif de rési­dentes et rési­dents, Montréal-Nord Républik (M-NR), pré­sente cinq reven­di­ca­tions aux auto­ri­tés locales. Le col­lec­tif exige la démis­sion du maire, une enquête publique sur la bavure du SPVM, une œuvre à la mémoire de Fredy, la fin du pro­fi­lage racial et « la recon­nais­sance du prin­cipe selon lequel tant qu’il y aura de l’insécurité éco­no­mique, il y aura de l’insécurité sociale ».

M-NR devien­dra un acteur impor­tant à Montréal-Nord et plus lar­ge­ment dans la société qué­bé­coise comme porte-éten­dard de la jus­tice dans les quar­tiers mar­gi­na­li­sés. Le col­lec­tif se retrouve vite en inter­ac­tion avec d’autres col­lec­tifs mili­tants de quar­tiers cos­mo­po­lites et donne un visage au mou­ve­ment anti­ra­ciste. Très rapi­de­ment, M-NR élar­git son champ d’action et inter­vient sur les pro­blèmes spé­ci­fiques au quar­tier, en par­ti­cu­lier les condi­tions socioé­co­no­miques pré­caires, l’exclusion sociale, le décro­chage sco­laire, la dis­cri­mi­na­tion à l’embauche et les vio­lences poli­cières. Son tra­vail sur le pro­fi­lage racial, expres­sion aupa­ra­vant incon­nue, amè­nera cet enjeu dans l’espace public, et aujourd’hui, même les ser­vices de police le recon­naissent. M-NR a aussi contri­bué à la cri­tique « des enquêtes de la police sur la police » qui culmi­nera plu­sieurs années plus tard avec la créa­tion au Québec du Bureau d’enquêtes indé­pen­dantes.

M-NR mili­tera éga­le­ment à cette époque contre les pra­tiques dis­cri­mi­na­toires de la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec qui refu­sait d’octroyer des permis à des pro­prié­taires de bar qui font jouer de la musique hip-hop. Le col­lec­tif par­ti­ci­pera éga­le­ment au mou­ve­ment alter­mon­dia­liste en envoyant une délé­ga­tion nord-mont­réa­laise aux mani­fes­ta­tions contre le G20 à Toronto en 2010, puis en orga­ni­sant des mani­fes­ta­tions de cas­se­roles durant le Printemps érable en 2012.

Le premier Hoodstock

Un an après la mort de Fredy Villanueva, M-NR élar­git son noyau afin de mettre sur pied le pre­mier Hoodstock/​Forum social Montréal-Nord. L’objectif consis­tait d’abord et avant tout à com­mé­mo­rer la mort de Fredy. Mais le col­lec­tif sou­haite éga­le­ment ouvrir un nouvel espace de poli­ti­sa­tion où la popu­la­tion nord-mont­réa­laise pour­rait cana­li­ser la colère qui sub­sis­tait tou­jours un an après les évé­ne­ments.

C’était la pre­mière fois qu’un évé­ne­ment per­met­tait à la popu­la­tion nord-mont­réa­laise de dis­cu­ter d’enjeux sociaux et poli­tiques liés aux réa­li­tés de Montréal-Nord sans aucune tutelle de la mairie d’arrondissement ou de l’esta­blish­ment local. Le nouvel évé­ne­ment devait per­mettre à la popu­la­tion nord-mont­réa­laise de se réap­pro­prier les espaces publics, mais plus encore de se réap­pro­prier la parole qui lui est trop sou­vent confis­quée. Hoodstock se vou­lait dès l’origine un grand dis­po­si­tif qui per­met­trait à la jeu­nesse en par­ti­cu­lier de déve­lop­per un sens cri­tique et de s’organiser comme une force col­lec­tive et construc­tive.

Dès la pre­mière édi­tion de Hoodstock, la culture hip-hop prend une place cen­trale. Largement mal­me­nés par la presse et l’industrie de la musique, les dif­fé­rents élé­ments de la culture hip-hop sont pour­tant des recons­truc­tions syn­cré­tiques qui accom­pagnent l’existence humaine dans les quar­tiers péri­phé­riques post­for­distes des métro­poles occi­den­ta­li­sées. Le poli­tique peut se construire sur une culture affir­mée et Hoodstock a sys­té­ma­ti­que­ment lié l’expression artis­tique à sa praxis poli­tique. Plusieurs artistes nord-mont­réa­lais ont ainsi pu, pour la pre­mière fois, donner un spec­tacle dans leur propre quar­tier. Le pre­mier Hoodstock a éga­le­ment permis de réflé­chir à l’évolution de la mis­sion des orga­nismes com­mu­nau­taires, au pro­fi­lage racial, et d’entendre un ex-membre de gang de rue aujourd’hui tra­vailleur social.

Enfin, Hoodstock 2009 s’est ter­miné par une longue mani­fes­ta­tion où des cen­taines de per­sonnes ont dénoncé l’impunité des poli­ciers aux côtés de la famille Villanueva et d’autres familles de per­sonnes abat­tues par le SPVM (Mohamed Anas Bennis, tué en 2005 dans Côte-des-Neiges par l’agent Yannick Bernier, et Quilem Registre, tué en 2007 par les agents Yannick Bordeleau et Steve Thibert). Hoodstock 2010 a éga­le­ment asso­cié un forum social et une mani­fes­ta­tion. Ce soir-là, les mani­fes­tantes et mani­fes­tants ont rebap­tisé sym­bo­li­que­ment le parc Henri-Bourassa de Montréal-Nord « parc Fredy Villanueva ».

« We rise / On s’élève »

Après plu­sieurs années d’absence, Hoodstock est revenu en force en 2016, fort d’une logis­tique plus impo­sante et d’un appui plus grand des orga­ni­sa­tions locales de Montréal-Nord. Mais c’est une fois de plus une bavure poli­cière qui a rendu néces­saire le retour de Hoodstock. En effet, Bony Jean-Pierre est tué le 4 avril 2016 lors d’une inter­ven­tion poli­cière à deux coins de rue de là où Fredy Villanueva avait été tué. Le troi­sième Hoodstock a été orga­nisé en col­la­bo­ra­tion avec le Forum social mon­dial (FSM) qui s’est tenu à Montréal. Hoodstock a décidé de tenir son évé­ne­ment dans les quar­tiers mar­gi­na­li­sés plutôt que de se fondre dans les acti­vi­tés du centre-ville ; il a déploré par ailleurs qu’un réseau mon­dial de mili­tantes et mili­tants comme le FSM peine à entrer en rela­tion avec les groupes mili­tants les plus enra­ci­nés. Hoodstock a com­mencé à accueillir en 2016 des invité-e-s inter­na­tio­naux, notam­ment des États-Unis, de France et du Brésil. Ce troi­sième Hoodstock s’intitulait « Sommet noir » et met­tait l’accent sur le racisme anti-noir ou négro­pho­bie.

Hoodstock 2017, la qua­trième édi­tion, pro­po­sait à nou­veau de réflé­chir et de débattre sur le racisme anti-noir et le racisme sys­té­mique. Conscient de ses propres limites orga­ni­sa­tion­nelles, Hoodstock a éga­le­ment cher­ché à favo­ri­ser, à la manière d’une espèce d’incubateur, le rap­pro­che­ment, la réflexion et le par­tage de connais­sances entre orga­ni­sa­tions et ini­tia­tives socioé­co­no­miques en tout genre, afin d’accélérer la réa­li­sa­tion de pro­jets concrets.

Il s’est tenu du 11 au 13 août 2017, dans le cœur du dis­trict nord-est de Montréal-Nord, au parc « Fredy-Villanueva » et à la Maison cultu­relle et com­mu­nau­taire. Il com­pre­nait des pro­jec­tions de docu­men­taires, d’ateliers, de confé­rences, de musique et de célé­bra­tion de la diver­sité cultu­relle en plein cœur de Montréal-Nord. Les par­ti­ci­pantes et par­ti­ci­pants pou­vaient consul­ter gra­tui­te­ment sur place une cli­nique juri­dique ainsi qu’une cli­nique de santé orga­ni­sée par la Fédération inter­pro­fes­sion­nelle de la santé du Québec (FIQ). Comme chaque année, la pro­gram­ma­tion tou­chait à des thèmes aussi variés que la santé, l’économie, la tech­no­lo­gie, l’environnement, l’espace urbain et les arts.

Parmi les pro­jets d’initiatives sociales et com­mu­nau­taires figu­raient l’établissement d’une cli­nique de proxi­mité à Montréal-Nord, d’un centre d’aide et de lutte contre les agres­sions sexuelles et l’installation d’une maison du numé­rique. La troi­sième jour­née visait à appor­ter un sou­tien à l’ambitieux projet Racines, une librai­rie nord-mont­réa­laise consa­crée aux auteur-e-s raci­sés.

Hoodstock 2017 s’est éga­le­ment carac­té­risé par la par­ti­ci­pa­tion de mili­tantes et mili­tants anti­ra­cistes venus de France, des États-Unis et de Toronto. Ces échanges per­mettent à la fois de com­pa­rer les dif­fé­rents mou­ve­ments et les conjonc­tures dans les­quelles ils évo­luent, et de ren­for­cer des soli­da­ri­tés par delà les fron­tières.

Lors des deux der­niers évé­ne­ments, Hoodstock s’est allié à des com­mu­nau­tés autoch­tones afin d’affirmer son enga­ge­ment anti­co­lo­nia­liste. La dis­cus­sion publique entre Viviane Michel de Femmes autoch­tones du Québec et Kali Akuno, ex-membre des Crips[1] et codi­rec­teur d’un réseau de coopé­ra­tives à Jackson au Mississippi, a été très émou­vante. Les par­ti­ci­pantes et par­ti­ci­pants ont éga­le­ment pu entendre Desmond Cole, un mili­tant contre le racisme anti-noir congé­dié par le Toronto Star après avoir mani­festé durant une séance du Conseil d’administration du ser­vice de police de la ville.

La pré­sen­ta­tion d’Assa Traoré, la sœur d’Amada Traoré, assas­siné par la gen­dar­me­rie fran­çaise en 2016, a consti­tué l’un des moments forts de la ren­contre. La mili­tante a décrit les détails de cette affaire qui a sus­cité d’importants remous poli­tiques et judi­ciaires en France. Plusieurs acti­vi­tés por­taient notam­ment sur les migrantes et migrants haï­tiens, le concept de ville refuge, la construc­tion de villes inclu­sives, la démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive, l’afrofuturisme, la diver­sité sexuelle. Des ate­liers jeu­nesse sur les dif­fé­rents élé­ments de la culture hip-hop ont éga­le­ment été offerts. Ce sont d’ailleurs ces ate­liers qui ont ins­piré l’un des pro­jets de Hoodstock, S.T.ARTS, qui a pour objec­tif de favo­ri­ser le déve­lop­pe­ment de la culture du quar­tier et le déve­lop­pe­ment de nou­velles tech­no­lo­gies pour servir la cause de l’émancipation de la jeu­nesse.

Un carrefour de luttes et d’idées

Hoodstock n’a pas seule­ment réussi à cana­li­ser dans des ini­tia­tives concrètes et construc­tives la rage res­sen­tie par les popu­la­tions raci­sées à la suite de la répres­sion et de la mar­gi­na­li­sa­tion poli­tique, il est devenu au fil du temps un car­re­four de luttes et de mou­ve­ments sociaux qui autre­ment ne se ren­con­tre­raient guère. Depuis le pre­mier évé­ne­ment en 2009, Hoodstock n’impose pas d’orientation idéo­lo­gique et ne s’aligne pas sur les inté­rêts de bailleurs de fonds influents, mais déve­loppe des pro­grammes hété­ro­clites où appa­raissent tantôt des rési­dentes et rési­dents du quar­tier, tantôt des mili­tantes et mili­tants de l’étranger, tantôt des per­sonnes issues des mou­ve­ments anar­chiste ou syn­di­cal, d’organisations ins­ti­tu­tion­na­li­sées ou de fon­da­tions pro­gres­sistes cana­diennes. Cette créa­ti­vité, cette ouver­ture et ce constant renou­vel­le­ment per­mettent à Hoodstock d’être un véri­table car­re­four où tran­sitent des idées mises en débat, idées qui s’imposent par­fois dans la société qué­bé­coise.

En ce sens, Hoodstock ne reçoit pas encore la recon­nais­sance et l’attention qu’il mérite au sein de la gauche qué­bé­coise, qui pour­rait pro­fi­ter bien davan­tage de ce ras­sem­ble­ment annuel pour se mettre à jour et res­ser­rer des liens encore trop fra­giles dans le domaine de l’antiracisme et de la diver­sité. Les liens qui se tissent avec beau­coup de milieux anglo­phones pour­raient par ailleurs lais­ser à nou­veau les orga­ni­sa­tions fran­co­phones à dis­tance de luttes qu’elles ne peuvent plus igno­rer si elles sou­haitent s’ancrer dans notre époque.

À cet égard, le sou­tien apporté par Hoodstock à la famille de Pierre Coriolan est un exemple révé­la­teur de la parenté des luttes. Coriolan, dont les pro­blèmes de santé men­tale étaient connus, a été abattu par le SPVM alors qu’il vivait dans un HLM au centre-ville de Montréal. Trois enjeux mis de l’avant par Hoodstock devraient suf­fire à éta­blir un lien très serré avec les milieux pro­gres­sistes : la dénon­cia­tion de la répres­sion poli­cière et du pro­fi­lage racial, la pau­vreté et la ques­tion de la santé men­tale. Il s’agit dans chaque cas d’enjeux cen­traux de la tra­di­tion socia­liste et Hoodstock, un mou­ve­ment d’abord anti­ra­ciste, a rallié des gens et des orga­ni­sa­tions pour mener la lutte sur ces trois fronts. Hoodstock refuse tant le cor­po­ra­tisme que le cloi­son­ne­ment des luttes.

Hoodstock for­mule le même constat en ce qui concerne la ques­tion des armes. M-NR a exigé depuis sa fon­da­tion le retrait des armes inter­mé­diaires qui ont tué des per­sonnes comme Bony Jean-Pierre, Quilem Registre et Pierre Coriolan. Il s’agit des mêmes armes aux­quelles les étu­diantes et les étu­diants ont dû faire face durant le mou­ve­ment de 2012 et au-delà. Ces faits montrent à nou­veau la néces­sité de fédé­rer les luttes ; les per­sonnes raci­sées sont les pre­mières vic­times du sys­tème, mais l’injustice finit par nous tou­cher toutes et tous.

Hoodstock inter­vient dans un contexte socio­po­li­tique qué­bé­cois où de nom­breuses ins­ti­tu­tions et fai­seurs d’opinion nient car­ré­ment l’existence du racisme. En 2017, le gou­ver­ne­ment qué­bé­cois a éli­miné la Consultation sur la dis­cri­mi­na­tion sys­té­mique et le racisme (mise sur pied, notam­ment, par des membres fon­da­teurs de Hoodstock) et l’a rem­pla­cée par un Forum sur la valo­ri­sa­tion de la diver­sité et la lutte contre la dis­cri­mi­na­tion qui met l’accent sur les ques­tions d’immigration, d’emploi et de fran­ci­sa­tion, et sup­prime la réflexion sur les dif­fé­rentes formes de racisme pré­sentes au Québec. Hoodstock et d’autres orga­ni­sa­tions nord-mont­réa­laises envi­sa­geaient contri­buer au débat avant de se retrou­ver plutôt à dénon­cer le recul du gou­ver­ne­ment.

Hoodstock est néan­moins inter­venu dans d’autres débats en 2017, notam­ment lors de la contro­verse entou­rant la Saint-Jean-Baptiste, la fête natio­nale du Québec. Lors du défilé du 24 juin, des images ont montré de jeunes noirs du quar­tier Saint-Michel à Montréal, vêtus à la façon de bagnards, qui pous­saient un char sur lequel une artiste chan­tait. Le char était entouré de dames entiè­re­ment vêtues de blanc qui fai­saient de gra­cieux mou­ve­ments de bras pen­dant qu’à leurs côtés les gar­çons noirs étaient pen­chés sur des barres pour faire avan­cer une vaste pla­te­forme sur des kilo­mètres. Ces images qui ont fait le tour du monde ont choqué les per­sonnes sen­si­bi­li­sées au passé escla­va­giste. Hoodstock a par­ti­cipé à l’organisation d’une acti­vité dans Saint-Michel pour per­mettre aux jeunes de com­prendre les rai­sons de la contro­verse et les amener à se mettre en valeur autre­ment.

Hoodstock a donc évolué à la manière d’une cour­roie de trans­mis­sion entre le Québec et l’actualité des luttes anti­ra­cistes, anti­co­lo­niales et pour la démo­cra­ti­sa­tion de l’économie dans le monde. L’événement permet de faire rayon­ner au Québec des idées et des causes qui sont por­tées par des mou­ve­ments sociaux ailleurs dans le monde, soit en Amérique du Nord bien sûr, mais aussi en Europe ou encore dans des pays du Sud, qu’il s’agisse de Haïti ou de la Palestine. C’est ainsi que depuis son ori­gine, Hoodstock ouvre des espaces où se côtoie une grande diver­sité de luttes non hié­rar­chi­sées même si celle qui combat le racisme anti-noir s’est natu­rel­le­ment impo­sée comme cen­trale.

Alors que l’intégration des per­sonnes raci­sées est beau­coup moins avan­cée au Québec que dans le reste du Canada, et que le Québec compte désor­mais un mil­lion de per­sonnes raci­sées sur les huit que compte sa popu­la­tion, le rayon­ne­ment de Hoodstock et de l’antiracisme n’est pas ce qu’il devrait être dans les réseaux pro­gres­sistes qué­bé­cois. Par exemple, des appuis à l’événement viennent régu­liè­re­ment du Canada anglais ou des États-Unis. Or, la gauche qué­bé­coise doit impé­ra­ti­ve­ment inter­agir davan­tage avec le mou­ve­ment pour la jus­tice sociale porté par les per­sonnes raci­sées. Celui-ci apporte la vigueur, le souffle et les idées sans les­quels les autres orga­ni­sa­tions risquent la sclé­rose. Né des révoltes de 2008 consé­cu­tives à l’assassinat de Fredy Villanueva, Hoodstock a contri­bué à l’émergence d’un mou­ve­ment plus large aux facettes mul­tiples dont il consti­tue un point de ren­contre incon­tour­nable.

Guillaume Hébert, Wissam Mansour, Nargess Mustapha et Will Prosper, pour le col­lec­tif Hoodstock

Militants du col­lec­tif Hoodstock

  1. Crips : gang de la côte ouest des États-Unis consti­tuée majo­ri­tai­re­ment d’Afro-Américains. (NdR)


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