Histoire et critique du capitalisme

Par Mis en ligne le 29 septembre 2010

I

Les pro­fondes trans­for­ma­tions du monde au cours de ces récentes décen­nies ont montré de façon spec­ta­cu­laire que la théo­rie cri­tique contem­po­raine doit se concen­trer sur les ques­tions de tem­po­ra­lité, de dyna­mique his­to­rique et d’importants chan­ge­ments struc­tu­rels si elle veut être en adé­qua­tion avec notre uni­vers social [1]. La caté­go­rie mar­xienne de capi­tal peut, selon moi, se révé­ler un élé­ment clé pour la consti­tu­tion d’une théo­rie du monde contem­po­rain, mais seule­ment si elle est fon­da­men­ta­le­ment recon­cep­tua­li­sée d’une façon qui per­mette de la dis­tin­guer des diverses concep­tions de la caté­go­rie de capi­tal dans les inter­pré­ta­tions mar­xistes tra­di­tion­nelles ainsi que dans les récentes ana­lyses des sciences sociales.

La caté­go­rie de capi­tal, selon cette recon­cep­tua­li­sa­tion, a peu à voir avec les emplois du terme « capi­tal » chez un vaste éven­tail de théo­ri­ciens, allant de Gary Becker à Bourdieu en pas­sant par les nom­breux théo­ri­ciens mar­xistes pour qui « capi­tal » réfère géné­ra­le­ment à un sur­plus social que l’on s’approprie de façon privée. Tout en accep­tant que la caté­go­rie de capi­tal chez Marx réfère à la struc­tu­ra­tion de la société dans son ensemble, je pré­tends qu’elle ne s’applique pas seule­ment à un mode déter­miné d’exploitation, mais qu’elle est aussi, plus lar­ge­ment, une caté­go­rie de média­tion tem­po­relle. Elle envi­sage la société capi­ta­liste moderne comme une forme de vie sociale carac­té­ri­sée par des formes quasi objec­tives de domi­na­tion qui génèrent une dyna­mique historique.

II

Le fait de me foca­li­ser sur le carac­tère his­to­ri­que­ment dyna­mique de la société capi­ta­liste est une réac­tion aux trans­for­ma­tions mas­sives du capi­ta­lisme au cours du der­nier tiers du 20e siècle. Cette période est carac­té­ri­sée par l’effritement de la syn­thèse for­diste cen­trée sur l’État en Occident après la Seconde Guerre mon­diale, par l’effondrement ou la trans­for­ma­tion fon­da­men­tale des États-partis et de leur éco­no­mie diri­gée à l’Est et par l’émergence d’un ordre mon­dial capi­ta­liste néo­li­bé­ral (qui peut, à son tour, être miné par le déve­lop­pe­ment d’immenses blocs régio­naux en com­pé­ti­tion). Comme ces chan­ge­ments ont inclus l’effondrement de l’Union sovié­tique et du com­mu­nisme euro­péen, ils ont fré­quem­ment été com­pris comme mar­quant la fin du mar­xisme et de la per­ti­nence théo­rique de Marx. Cependant ces trans­for­ma­tions his­to­riques sou­lignent éga­le­ment la néces­sité de com­prendre la pro­blé­ma­tique de la dyna­mique his­to­rique et des chan­ge­ments struc­tu­rels à grande échelle, ce qui est pré­ci­sé­ment la pro­blé­ma­tique au cœur de l’analyse cri­tique de Marx.

L’importance cen­trale de cette pro­blé­ma­tique est encore plus frap­pante quand on consi­dère la vaste tra­jec­toire du capi­ta­lisme centré sur l’État au cours du 20e siècle, depuis ses débuts, qu’on peut situer à la Première Guerre mon­diale et à la Révolution russe, en pas­sant par son apogée dans les décen­nies sui­vant la Seconde Guerre mon­diale, et jusqu’à son déclin à partir du début des années 1970. Ce qui est signi­fi­ca­tif dans cette tra­jec­toire, c’est son carac­tère mon­dial. Elle com­prend les pays capi­ta­listes occi­den­taux et l’Union sovié­tique, ainsi que les ter­ri­toires colo­ni­sés et les pays déco­lo­ni­sés. Bien que des dif­fé­rences de déve­lop­pe­ment his­to­rique se soient, bien entendu, mani­fes­tées, elles semblent consti­tuer des inflexions dif­fé­rentes d’un modèle commun plutôt que des déve­lop­pe­ments fon­da­men­ta­le­ment dif­fé­rents, quand on les consi­dère par rap­port à la tra­jec­toire dans son ensemble. Par exemple, l’État-providence s’est déve­loppé dans tous les pays occi­den­taux indus­triels au cours des 25 ans qui ont suivi la Seconde Guerre mon­diale, pour être ensuite limité ou par­tiel­le­ment déman­telé à partir du début des années 1970. Ces déve­lop­pe­ments, qui ont eu leurs paral­lèles avec le succès d’après-guerre de l’Union sovié­tique et le déclin rapide qui a suivi, ont eu lieu, que ce soient des partis poli­tiques conser­va­teurs ou des partis poli­tiques sociaux-démo­crates (« libé­raux ») qui aient été au pouvoir.

De tels déve­lop­pe­ments géné­raux ne peuvent s’expliquer en termes de déci­sions poli­tiques contin­gentes locales, et sug­gèrent for­te­ment l’existence de contraintes géné­rales struc­tu­relles sur les déci­sions poli­tiques, sociales et éco­no­miques. Ils sug­gèrent éga­le­ment l’existence de forces dyna­miques qui ne sont pas tota­le­ment sou­mises au contrôle de l’État.

La prise en compte de modèles his­to­riques géné­raux qui carac­té­risent le 20e siècle rela­ti­vise his­to­ri­que­ment les théo­ries de la pri­mauté de la sphère poli­tique, si répan­dues dans les décen­nies d’après-guerre, et remet en ques­tion la com­pré­hen­sion post­struc­tu­ra­liste de l’histoire comme essen­tiel­le­ment contin­gente. Dans une cer­taine mesure, le tour­nant post­marxiste des années 1970 peut être com­pris comme une réac­tion cri­tique à l’époque for­diste sous sa forme occi­den­tale ou sous sa forme com­mu­niste, une réac­tion contre des poli­tiques qui se concen­traient sur les inté­rêts maté­riels qui devaient être satis­faits par une orga­ni­sa­tion bureau­cra­tique pyra­mi­dale de la société. Les mou­ve­ments sociaux et cultu­rels de la fin des années 1960 semblent être une réfu­ta­tion his­to­rique d’une telle concep­tion d’une vie décente. L’Union sovié­tique a cessé de cor­res­pondre à une option éman­ci­pa­trice pour de larges seg­ments de la gauche occi­den­tale au plus tard en 1968. Dans ce contexte his­to­rique cultu­rel, l’économie poli­tique était com­prise comme dérou­lant des cer­ti­tudes et l’histoire était codée comme un méta­ré­cit a priori. La concep­tion de l’histoire et de la tem­po­ra­lité de Marx s’est confon­due avec celle de Hegel, ce qui a contri­bué à un renou­veau de Nietzsche, le grand anti-hégé­lien. L’ironie de l’histoire s’est vengée, cepen­dant. Le post-struc­tu­ra­lisme et le post­mo­der­nisme se sont depuis révé­lés intel­lec­tuel­le­ment impuis­sants pour regrou­per les chan­ge­ments à grande échelle aux­quels j’ai fait allu­sion pré­cé­dem­ment. Comme topoi cri­tiques, ils paraissent main­te­nant liés à un ordre social qui n’est plus per­ti­nent depuis longtemps.

De telles consi­dé­ra­tions his­to­riques, cepen­dant, ne vont pas néces­sai­re­ment à l’encontre de l’intuition cri­tique sous-jacente aux efforts pour trai­ter l’histoire de façon contin­gente : l’histoire com­prise comme le dérou­le­ment d’une néces­sité imma­nente déli­mite une forme de non-liberté.

Cette forme de non-liberté est l’objet de la théo­rie cri­tique du capi­ta­lisme de Marx, qui traite de façon cen­trale des impé­ra­tifs et des contraintes sous-jacents à la dyna­mique his­to­rique et aux chan­ge­ments struc­tu­rels du monde moderne. Plutôt que de nier l’existence d’une telle non-liberté en se concen­trant sur la contin­gence, la cri­tique mar­xienne cherche à décou­vrir ses fon­de­ments et la pos­si­bi­lité de les dépas­ser. Je sug­gère donc que la réap­pro­pria­tion de la caté­go­rie de capi­tal permet une approche qui peut dépas­ser l’opposition clas­sique entre la néces­sité et la liberté, ou encore l’opposition entre une concep­tion de l’histoire en tant que néces­sité et son rejet post­struc­tu­ra­liste au nom de la contin­gence (et pro­ba­ble­ment de la capa­cité d’agir). Comme je vais le pré­ci­ser, la caté­go­rie de capi­tal enra­cine la dyna­mique imma­nente de la société capi­ta­liste moderne dans des formes his­to­ri­que­ment déter­mi­nées de média­tion sociale. À l’intérieur de ce cadre, l’Histoire, com­prise comme une dyna­mique direc­tion­nelle imma­nente, n’est pas une caté­go­rie uni­ver­selle de la vie sociale humaine. C’est plutôt un inté­rêt his­to­ri­que­ment spé­ci­fique de la société capi­ta­liste qui peut être pro­jeté – et a été pro­jeté – sur la vie sociale humaine en géné­ral. Loin de voir l’histoire d’une façon affir­ma­tive, une théo­rie qui enra­cine une telle dyna­mique dans la caté­go­rie de capi­tal la saisit comme une forme d’hétéronomie.

Dans cette éva­lua­tion, la posi­tion cri­tique mar­xienne est plus proche du post­struc­tu­ra­lisme que du mar­xisme ortho­doxe de la Deuxième inter­na­tio­nale. Toutefois, elle ne consi­dère pas l’histoire hété­ro­nome comme un récit qui peut sim­ple­ment être rejeté de façon dis­cur­sive mais comme l’expression d’une struc­ture de domi­na­tion tem­po­relle. De ce point de vue, tout effort pour sauver la capa­cité humaine d’agir, en insis­tant sur la contin­gence d’une façon qui met­trait entre paren­thèses l’existence de telles struc­tures his­to­ri­que­ment spé­ci­fiques de domi­na­tion, est iro­ni­que­ment pro­fon­dé­ment déresponsabilisant.

III

Qu’est-ce que le capi­tal dans l’analyse de Marx ? Au cœur de la caté­go­rie de capi­tal chez Marx se trouve celle de plus-value. Cette caté­go­rie a géné­ra­le­ment été com­prise comme rele­vant de l’exploitation, comme indi­quant que malgré les appa­rences dans le sys­tème capi­ta­liste le sur­plus pro­duit n’est pas le résul­tat d’un cer­tain nombre de fac­teurs de pro­duc­tion – comme le tra­vail, la terre et les machines – mais est le fruit du seul tra­vail. La plus-value, dans ce cadre tra­di­tion­nel, est une caté­go­rie de l’exploitation basée sur les rap­ports de classe. Sans être en désac­cord avec cette ana­lyse de la plus-value, la posi­tion que je défends la consi­dère comme par­tielle. La com­pré­hen­sion conven­tion­nelle de la plus-value se concentre exclu­si­ve­ment sur la créa­tion d’un sur­plus, mais ne consi­dère pas suf­fi­sam­ment la signi­fi­ca­tion dans l’analyse de Marx de la forme de richesse impli­quée, à savoir la valeur. Décrire la concep­tion du capi­tal chez Marx néces­site donc de s’arrêter un court ins­tant sur les caté­go­ries les plus fon­da­men­tales sur les­quelles il fonde son ana­lyse, comme la mar­chan­dise et la valeur.

Ces caté­go­ries ne doivent pas être inter­pré­tées de façon trans­his­to­rique, mais comme his­to­ri­que­ment spé­ci­fiques à la société moderne ou capi­ta­liste [2]. Dans ses œuvres de matu­rité, Marx a cher­ché à loca­li­ser la forme la plus fon­da­men­tale des rela­tions sociales qui carac­té­risent la société capi­ta­liste et, sur cette base, à éla­bo­rer une théo­rie qui pour­rait saisir le fonc­tion­ne­ment de base de cette société. Cette forme fon­da­men­tale est la mar­chan­dise [3]. Marx a choisi le terme « mar­chan­dise » et l’a employé pour dési­gner une forme his­to­ri­que­ment spé­ci­fique de rela­tions sociales, consti­tuée comme une forme struc­tu­rée de pra­tiques sociales qui est en même temps le prin­cipe struc­tu­rant les actions, les concep­tions du monde et les alié­na­tions des êtres humains. Comme caté­go­rie de pra­tique, c’est une forme à la fois de sub­jec­ti­vité sociale et d’objectivité. (Cette com­pré­hen­sion des caté­go­ries, s’appuyant sur celles de Lukács et d’Adorno, sug­gère une approche de la culture et de la société très dif­fé­rente du modèle base/​superstructure.)

Ce qui carac­té­rise la forme mar­chan­dise des rela­tions sociales, telle qu’elle est ana­ly­sée par Marx, est qu’elle est consti­tuée du tra­vail et existe sous une forme objec­ti­vée [4]. Cette ana­lyse est liée à sa concep­tion de la spé­ci­fi­cité his­to­rique du tra­vail sous le capi­ta­lisme. Marx main­tient que le tra­vail sous le capi­ta­lisme a un « carac­tère double » : c’est à la fois du « tra­vail concret » et du « tra­vail abs­trait » [5]. Le « tra­vail concret » se réfère au fait qu’une forme de ce que nous consi­dé­rons comme acti­vité labo­rieuse média­tise les inter­ac­tions des humains avec la nature dans toutes les socié­tés. Le « tra­vail abs­trait » ne signi­fie pas sim­ple­ment le tra­vail concret en géné­ral, mais est une caté­go­rie par­ti­cu­lière, his­to­ri­que­ment spé­ci­fique. Cela signi­fie que le tra­vail sous le capi­ta­lisme a aussi une fonc­tion sociale unique qui n’est pas intrin­sèque à l’activité labo­rieuse en tant que telle : dans une société struc­tu­rée par la forme mar­chan­dise, le tra­vail et ses pro­duits ne sont pas dis­tri­bués socia­le­ment selon les normes tra­di­tion­nelles ou selon des rela­tions affi­chées de puis­sance et de domi­na­tion, comme c’est le cas dans d’autres socié­tés. Au lieu de cela, le tra­vail consti­tue une nou­velle forme d’interdépendance, où les gens ne consomment pas ce qu’ils pro­duisent mais où, néan­moins, leur propre tra­vail ou leurs propres pro­duits du tra­vail fonc­tionnent comme des moyens quasi objec­tifs d’obtenir le pro­duit des autres. En ser­vant ainsi de moyen, le tra­vail et ses pro­duits pré­emptent cette fonc­tion qui ne relève plus des rela­tions sociales manifestes.

Dans les œuvres de matu­rité de Marx, la notion de la cen­tra­lité du tra­vail par rap­port à la vie sociale n’est pas une pro­po­si­tion trans­his­to­rique. Elle ne doit pas être com­prise dans le sens où la pro­duc­tion maté­rielle serait la dimen­sion la plus essen­tielle de la vie sociale en géné­ral, ni même du capi­ta­lisme en par­ti­cu­lier. Elle se réfère plutôt à la consti­tu­tion – his­to­ri­que­ment spé­ci­fique, par le tra­vail, sous le capi­ta­lisme – d’une forme de média­tion sociale qui carac­té­rise fon­da­men­ta­le­ment cette société. Puisque le tra­vail sous le capi­ta­lisme n’est pas sim­ple­ment le tra­vail comme nous le com­pre­nons trans­his­to­ri­que­ment et selon le sens commun, mais qu’il est aussi une acti­vité his­to­ri­que­ment spé­ci­fique de média­tion sociale, selon Marx, ses objec­ti­vi­sa­tions (mar­chan­dise, capi­tal) sont à la fois les pro­duits du tra­vail concret et des formes objec­ti­vées de média­tion sociale. Les rela­tions sociales qui carac­té­risent le plus fon­da­men­ta­le­ment la société capi­ta­liste, selon cette ana­lyse, sont très dif­fé­rentes des rela­tions sociales mani­festes, qua­li­ta­ti­ve­ment spé­ci­fiques, telles que les rela­tions de parenté ou les rela­tions de domi­na­tion per­son­nelle directe, qui carac­té­risent les socié­tés non capi­ta­listes. Bien que ce der­nier type de rela­tions sociales conti­nue d’exister sous le capi­ta­lisme, ce qui ulti­me­ment struc­ture cette société est un nou­veau niveau sous-jacent de rela­tions sociales consti­tuées par le tra­vail. Ces rela­tions sociales ont un carac­tère formel par­ti­cu­lier quasi objec­tif, mais sont duales : elles sont carac­té­ri­sées par l’opposition d’une dimen­sion abs­traite, géné­rale, homo­gène et d’une dimen­sion maté­rielle concrète par­ti­cu­lière, qui semblent toutes les deux être natu­relles plutôt que sociales et condi­tionnent les concep­tions sociales de la réa­lité natu­relle. La dimen­sion abs­traite de la média­tion sociale sous-jacente au capi­ta­lisme est expri­mée par la valeur, la forme de richesse domi­nante dans cette société. La « théo­rie de la valeur du tra­vail » a sou­vent été com­prise à tort comme étant une théo­rie du tra­vail comme source de richesse, une théo­rie qui consi­dé­re­rait le tra­vail, en tout temps et en tout lieu, comme la seule source sociale de la richesse. L’analyse de Marx cepen­dant n’est pas une ana­lyse de la richesse en géné­ral, ni du tra­vail en géné­ral. Il ana­lyse la valeur comme une source his­to­ri­que­ment spé­ci­fique de la richesse qui est liée au rôle his­to­ri­que­ment unique du tra­vail sous le capi­ta­lisme. Marx dis­tingue de façon expli­cite la valeur de ce qu’il appelle « la richesse maté­rielle » et relie ces deux formes dis­tinctes de richesse à la dua­lité du tra­vail sous le capi­ta­lisme [6]. La richesse maté­rielle se mesure en fonc­tion de la quan­tité de biens pro­duite et est fonc­tion d’un ensemble de fac­teurs comme la connais­sance scien­ti­fique, l’organisation sociale et les res­sources natu­relles, en plus du tra­vail [7].

La valeur, selon Marx, est consti­tuée seule­ment par la dépense en temps de tra­vail humain ; c’est la forme domi­nante de richesse sous le capi­ta­lisme [8]. Alors que la richesse maté­rielle, quand elle est la forme domi­nante de richesse, est l’objet d’une média­tion venant de forces sociales qui lui sont extrin­sèques, la valeur est une forme de richesse qui est sa propre médiation.

Ainsi, dans le cadre de cette inter­pré­ta­tion, ce qui carac­té­rise fon­da­men­ta­le­ment le capi­ta­lisme est une forme de média­tion sociale his­to­ri­que­ment spé­ci­fique, quasi objec­tive consti­tuée par le tra­vail et objec­ti­vée comme forme mar­chan­dise. Bien que cette forme his­to­ri­que­ment spé­ci­fique de média­tion soit consti­tuée par des formes déter­mi­nées de pra­tique, elle devient quasi indé­pen­dante des indi­vi­dus enga­gés dans ces pra­tiques. Il en résulte une forme his­to­ri­que­ment nou­velle de domi­na­tion sociale qui soumet les gens à des impé­ra­tifs et à des contraintes ratio­na­li­sés de plus en plus imper­son­nels qui ne peuvent pas être adé­qua­te­ment saisis en termes de domi­na­tion de classe – ou, plus géné­ra­le­ment, en termes de domi­na­tion concrète de groupes sociaux ou d’institutions rele­vant de l’État ou/​et de l’économie. Comme la notion de pou­voir chez Foucault (même si elle est beau­coup plus rigou­reu­se­ment fondée), cette forme de domi­na­tion n’a pas de lieux déter­mi­nés et, bien que consti­tuée par des formes déter­mi­nées de pra­tique sociale, se révèle comme n’étant pas du tout sociale.

À cet égard, l’analyse de Marx du mon­tant de la valeur en termes de temps de tra­vail socia­le­ment néces­saire est signi­fi­ca­tive [9]. Cette ana­lyse tem­po­relle de la valeur comme une forme de richesse sociale n’est pas sim­ple­ment des­crip­tive : elle déli­mite une norme impé­rieuse, socia­le­ment géné­rale. La pro­duc­tion doit se confor­mer à cette norme domi­nante, abs­traite et obli­ga­toire si elle veut géné­rer la pleine valeur de ses pro­duits. La forme abs­traite his­to­ri­que­ment spé­ci­fique de domi­na­tion sociale inhé­rente aux formes fon­da­men­tales de média­tion sociale du capi­ta­lisme est dès lors l’assujettissement du peuple au temps. Cette forme de domi­na­tion est liée à une forme his­to­ri­que­ment spé­ci­fique de tem­po­ra­lité – le temps abs­trait de Newton – qui est consti­tuée his­to­ri­que­ment avec la forme mar­chan­dise. La tem­po­ra­lité de cette forme de média­tion sociale, cepen­dant, n’est pas uni­que­ment abs­traite. Une par­ti­cu­la­rité de la valeur comme une forme tem­po­relle de la richesse est que, bien qu’une hausse de la pro­duc­ti­vité aug­mente le mon­tant de la valeur d’usage pro­duite par unité de temps, elle ne pro­duit que des aug­men­ta­tions à court terme dans le mon­tant de la valeur créée par unité de temps. Une fois que l’augmentation de pro­duc­tion devient géné­rale, le mon­tant de la valeur par unité de temps revient à son niveau de départ [10]. Le résul­tat est com­pa­rable à une sorte de tapis rou­lant. De plus hauts niveaux de pro­duc­ti­vité se tra­duisent par de fortes aug­men­ta­tions de la pro­duc­tion de valeur d’usage, mais non par des aug­men­ta­tions pro­por­tion­nelles de la valeur à long terme. (Il convient de remar­quer que cette dyna­mique par­ti­cu­lière d’effet de tapis rou­lant est enra­ci­née dans la dimen­sion tem­po­relle de la valeur. On ne peut tota­le­ment l’expliquer par la façon dont ce modèle est géné­ra­lisé, notam­ment par la concur­rence sur le marché.) Pourtant, bien que des chan­ge­ments dans la pro­duc­ti­vité, dans la dimen­sion de la valeur d’usage, ne modi­fient pas le mon­tant de la valeur pro­duite par unité de temps, ils déter­minent effec­ti­ve­ment ce qui compte comme une unité de temps donnée. Des aug­men­ta­tions conti­nues de la pro­duc­ti­vité pro­pulsent l’unité de temps (abs­trait) dans le temps his­to­rique, en quelque sorte. Il s’agit ici d’un mou­ve­ment de temps. Le temps abs­trait et le temps his­to­rique sont tous deux consti­tués his­to­ri­que­ment comme des struc­tures de domi­na­tion. La dia­lec­tique de ces tem­po­ra­li­tés est saisie par la caté­go­rie de capi­tal, ce que Marx ana­lyse comme étant une valeur auto­va­lo­ri­sante. C’est une caté­go­rie de mou­ve­ment, qui entraîne un procès inces­sant d’auto-expansion de la valeur, un mou­ve­ment direc­tion­nel sans élé­ment externe qui génère des cycles de pro­duc­tion et de consom­ma­tion, de créa­tion et de des­truc­tion à grande échelle. Marx signale que cette caté­go­rie sous-tend la dyna­mique his­to­rique de la société moderne capi­ta­liste, lorsqu’il la pré­sente pour la pre­mière fois dans Le Capital. Marx y uti­lise les mêmes termes que ceux employés par Hegel dans la Phénoménologie en se réfé­rant au Geist – la sub­stance auto­mo­trice qui est le sujet de son propre pro­cess [11]. Ce fai­sant, Marx laisse sup­po­ser qu’un Sujet his­to­rique au sens hégé­lien du terme existe bel et bien dans le capi­ta­lisme. Pourtant – et cela est d’une impor­tance capi­tale – il n’identifie pas ce Sujet au pro­lé­ta­riat (comme le fait Lukács) ni même à l’humanité. Au lieu de cela, il l’identifie au capi­tal, une struc­ture dyna­mique de domi­na­tion abs­traite qui, bien que consti­tuée par des humains, devient indé­pen­dante de leur volonté. Ironiquement, le carac­tère idéa­liste de la dia­lec­tique de Hegel expri­mait pré­ci­sé­ment cette carac­té­ris­tique de la dyna­mique his­to­rique du capitalisme.

Le Marx de la matu­rité n’a donc pas pos­tulé un méta-sujet his­to­rique, tel que le pro­lé­ta­riat, qui se réa­li­sera lui-même dans une société socia­liste future, mais il a fourni les bases d’une cri­tique d’une telle notion. Cela implique une posi­tion très dif­fé­rente de celle de théo­ri­ciens comme Lukács, pour qui la tota­lité sociale consti­tuée par le tra­vail four­nit la pers­pec­tive de la cri­tique du capi­ta­lisme et doit se réa­li­ser dans le socia­lisme. Dans Le Capital, la tota­lité et le tra­vail qui la consti­tue sont deve­nus les objets de la cri­tique. Le Sujet his­to­rique est la struc­ture alié­née de la média­tion sociale au cœur de la dyna­mique his­to­rique de la for­ma­tion capi­ta­liste. Les contra­dic­tions du capi­tal visent l’abolition, et non la réa­li­sa­tion du Sujet. Dans Le Capital, Marx enra­cine en fin de compte la dyna­mique his­to­rique du capi­ta­lisme dans le double carac­tère de la mar­chan­dise et, par­tant, du capi­tal. On ne peut le com­prendre si la caté­go­rie de la plus-value est enten­due uni­que­ment comme une caté­go­rie de l’exploitation, comme une plus-value et non pas aussi comme une plus-value – à savoir, comme un sur­plus d’une forme tem­po­relle de richesse.

La dyna­mique de tapis rou­lant du capi­tal que j’ai sou­li­gnée, entraî­née par la dia­lec­tique de la valeur et de la valeur d’usage, est au cœur de la très com­plexe dyna­mique his­to­rique non linéaire qui sous-tend la société moderne. D’une part, cette dyna­mique se carac­té­rise par des trans­for­ma­tions conti­nues de la pro­duc­tion et, plus géné­ra­le­ment, de la vie sociale ; d’autre part, cette dyna­mique his­to­rique implique la recons­ti­tu­tion per­ma­nente de sa propre condi­tion fon­da­men­tale comme un élé­ment immuable de la vie sociale – à savoir que la média­tion sociale s’effectue en défi­ni­tive par le tra­vail et, par consé­quent, que le tra­vail vivant reste partie inté­grante du pro­ces­sus de pro­duc­tion (consi­déré en termes de société dans son ensemble), peu importe le niveau de pro­duc­ti­vité. La dyna­mique his­to­rique du capi­ta­lisme génère sans cesse ce qui est nou­veau tout en régé­né­rant ce qui est pareil. Cette dyna­mique génère la pos­si­bi­lité d’une autre orga­ni­sa­tion de la vie sociale et en même temps empêche cette pos­si­bi­lité d’être réa­li­sée. Avec la sous-consom­ma­tion réelle du tra­vail, selon Marx, le capi­tal devient de moins en moins la forme mys­ti­fiée des pou­voirs qui sont « en réa­lité » ceux des tra­vailleurs. Au contraire, la puis­sance pro­duc­tive du capi­tal devient de plus en plus une puis­sance pro­duc­tive sociale géné­rale qui ne peut plus être com­prise comme celle des seuls pro­duc­teurs immé­diats. Cette consti­tu­tion et cette accu­mu­la­tion de savoir socia­le­ment géné­ral rend le tra­vail du pro­lé­ta­riat de plus en plus ana­chro­nique. Dans le même temps la dia­lec­tique de la valeur et de la valeur d’usage recons­ti­tue la néces­sité d’un tel tra­vail [12]. L’une des consé­quences de cette ana­lyse est que le capi­tal n’est pas une tota­lité uni­taire et que la notion mar­xiste de la contra­dic­tion dia­lec­tique entre les forces de pro­duc­tion et les rap­ports de pro­duc­tion ne se réfère pas à une contra­dic­tion entre des rap­ports qui sont soi-disant extrin­sèques à la pro­duc­tion (par exemple, le marché et la pro­priété privée) et des forces pro­duc­tives qui sont pré­ten­du­ment extrin­sèques au capi­tal (par exemple, le tra­vail). Au contraire, la contra­dic­tion dia­lec­tique se situe entre les deux dimen­sions du capi­tal lui-même. En tant que tota­lité contra­dic­toire, le capi­tal est géné­ra­teur d’une dyna­mique his­to­rique com­plexe qui vise la pos­si­bi­lité de son propre dépas­se­ment par un ordre social fondé sur la richesse maté­rielle. Soit dit en pas­sant, il convient de noter qu’en fon­dant le carac­tère contra­dic­toire de la for­ma­tion sociale sur des formes dua­listes his­to­ri­que­ment spé­ci­fiques (la mar­chan­dise et le capi­tal), Marx implique que la contra­dic­tion sociale struc­tu­rel­le­ment fondée est spé­ci­fique au capi­ta­lisme. À la lumière de cette ana­lyse, la notion que la réa­lité ou les rela­tions sociales en géné­ral sont essen­tiel­le­ment contra­dic­toires et dia­lec­tiques ne peut être qu’une hypo­thèse méta­phy­sique et ne peut être expli­quée. Cela sug­gère aussi que toute théo­rie qui pos­tule un déve­lop­pe­ment logique intrin­sèque à l’histoire en tant que telle – dia­lec­tique ou évo­lu­tion­naire – pro­jette ce qui s’applique au capi­ta­lisme sur l’histoire humaine en général.

La com­pré­hen­sion de la dyna­mique com­plexe du capi­ta­lisme que je viens d’exposer permet une ana­lyse cri­tique, sociale (plutôt que tech­no­lo­gique) du pro­ces­sus de crois­sance et de la struc­ture de la pro­duc­tion dans la société moderne. Dans ce cadre, le capi­ta­lisme se carac­té­rise par une forme de crois­sance déter­mi­née, galo­pante. Le pro­blème de la crois­sance éco­no­mique dans le capi­ta­lisme, dans ce cadre, n’est pas seule­ment qu’elle est ponc­tuée de crises, comme cela a été sou­vent et jus­te­ment sou­li­gné par les approches mar­xistes tra­di­tion­nelles. C’est plutôt que la forme de crois­sance elle-même, entraî­nant la des­truc­tion accé­lé­rée de l’environnement natu­rel, est en soi pro­blé­ma­tique. La tra­jec­toire de la crois­sance serait très dif­fé­rente selon cette approche, si le but ultime de la pro­duc­tion était une aug­men­ta­tion des quan­ti­tés de mar­chan­dises plutôt qu’une aug­men­ta­tion de la plus-value.

Cette approche four­nit éga­le­ment les bases d’une ana­lyse cri­tique de la struc­ture du tra­vail social et de la nature de la pro­duc­tion dans le capi­ta­lisme. Elle indique que le procès indus­triel de pro­duc­tion est intrin­sè­que­ment capi­ta­liste et ne doit pas être com­pris comme un procès tech­nique qui, bien que de plus en plus socia­lisé, est uti­lisé par des capi­ta­listes privés à leurs propres fins. La dyna­mique du capi­tal qui pousse à une aug­men­ta­tion constante de la pro­duc­ti­vité donne lieu à un appa­reil de pro­duc­tion tech­no­lo­gi­que­ment sophis­ti­qué qui rend la pro­duc­tion de richesses maté­rielles essen­tiel­le­ment indé­pen­dante d’une dépense directe du temps de tra­vail humain. Cela, à son tour, ouvre la pos­si­bi­lité de réduc­tions sociales géné­rales à grande échelle dans le temps de tra­vail, ainsi que de chan­ge­ments fon­da­men­taux dans la nature et dans l’organisation sociale du tra­vail. Pourtant, ces pos­si­bi­li­tés ne se réa­lisent pas dans le capi­ta­lisme. Le déve­lop­pe­ment d’une pro­duc­tion tech­no­lo­gi­que­ment sophis­ti­quée ne libère pas les indi­vi­dus d’un tra­vail par­cel­laire et répé­ti­tif. De la même façon, le temps de tra­vail n’est pas réduit pas à un niveau social géné­ral, mais il est inéga­le­ment réparti, voire même aug­menté pour beau­coup de sala­riés. Cette com­pré­hen­sion des pos­si­bi­li­tés et des contraintes du capi­ta­lisme recon­cep­tua­lise son dépas­se­ment his­to­rique par l’auto-abolition du pro­lé­ta­riat et du tra­vail mis en œuvre, comme par l’élimination du sys­tème dyna­mique de contrainte abs­traite consti­tuée par le tra­vail comme une acti­vité sociale média­trice. Elle pointe la pos­si­bi­lité d’une trans­for­ma­tion de la struc­ture géné­rale du tra­vail et du temps, four­nis­sant ainsi la base d’une cri­tique tant de la notion mar­xiste tra­di­tion­nelle de « réa­li­sa­tion » du pro­lé­ta­riat, que du mode capi­ta­liste d’abolition des classes ouvrières natio­nales par la créa­tion d’une sous-classe, dans le cadre de la répar­ti­tion inégale du tra­vail et du temps, aux niveaux natio­nal et mondial.

Bien que le niveau d’analyse logi­que­ment abs­trait sou­li­gné ici ne traite pas direc­te­ment de la ques­tion des fac­teurs spé­ci­fiques qui sous-tendent les trans­for­ma­tions struc­tu­relles des trente der­nières années, il peut four­nir un cadre dans lequel ces trans­for­ma­tions peuvent être socia­le­ment fon­dées et his­to­ri­que­ment com­prises. Il four­nit la base d’une com­pré­hen­sion de la dyna­mique de crois­sance non linéaire de la société moderne, qui pour­rait per­mettre d’élucider l’écart entre l’organisation effec­tive de la vie sociale et la façon dont elle pour­rait être orga­ni­sée, étant donné notam­ment l’importance crois­sante de la science et de la tech­no­lo­gie. Cet écart n’a cessé de croître depuis qua­rante ans. Il s’est exprimé socia­le­ment par la répar­ti­tion de la popu­la­tion dans un sec­teur post­in­dus­triel d’une part et dans un sec­teur de plus en plus mar­gi­na­lisé sur le plan social, éco­no­mique et poli­tique d’autre part. Cette approche pour­rait éga­le­ment servir de base à une théo­rie cri­tique des pays « socia­listes réel­le­ment exis­tants » en tant qu’autres formes de l’accumulation capi­ta­liste, plutôt que comme modes sociaux qui repré­sentent la néga­tion his­to­rique du capi­tal, quelle qu’en soit la forme, fût-elle impar­faite. Plus géné­ra­le­ment, elle vise à affran­chir la théo­rie cri­tique du capi­ta­lisme de la pro­mo­tion de formes éta­tiques de déve­lop­pe­ment, à laquelle elle avait été asso­ciée pen­dant une grande partie du 20e siècle. Dans la mesure où elle vise à fonder socia­le­ment, tout en étant cri­tique, des rela­tions sociales abs­traites quasi objec­tives, la nature de la pro­duc­tion, du tra­vail et des impé­ra­tifs de crois­sance dans le capi­ta­lisme, cette approche pour­rait éga­le­ment com­men­cer à s’attaquer à de nom­breuses pré­oc­cu­pa­tions, insa­tis­fac­tions et aspi­ra­tions contem­po­raines, expri­mées de diverses façons par une série de mou­ve­ments, d’une manière qui pour­rait les lier au déve­lop­pe­ment du capi­tal – même si ce n’est pas en termes tra­di­tion­nels de classes sociales.

En repen­sant fon­da­men­ta­le­ment la signi­fi­ca­tion de la théo­rie de la valeur et en recon­cep­tua­li­sant la nature du capi­ta­lisme, cette inter­pré­ta­tion change les termes du dis­cours entre les théo­ries cri­tiques du capi­ta­lisme et d’autres types de théo­rie sociale. Elle sug­gère impli­ci­te­ment qu’une théo­rie cri­tique adé­quate de la moder­nité doit être une théo­rie auto­ré­flexive capable de sur­mon­ter les dicho­to­mies théo­riques entre culture et vie maté­rielle, struc­ture et action, tout en fon­dant socia­le­ment la dyna­mique direc­tion­nelle non linéaire déter­mi­nante du monde moderne, sa forme de crois­sance éco­no­mique, la nature et la tra­jec­toire de son procès de pro­duc­tion. Autrement dit, une telle théo­rie doit être capable de rendre compte socia­le­ment des carac­té­ris­tiques para­doxales de la moder­nité sou­li­gnées plus haut. En consti­tuant un cadre pour abor­der ces ques­tions, l’interprétation que j’ai donnée vise à contri­buer au dis­cours de la théo­rie sociale cri­tique contem­po­raine et à notre com­pré­hen­sion des pro­fondes trans­for­ma­tions de notre uni­vers social.

Par Moishe Postone

Professeur d’histoire à l’Université de Chicago, spé­cia­liste de l’antisémitisme moderne et de l’histoire des idées en Europe.

Professeur d’histoire à l’Université de Chicago, spé­cia­liste de l’antisémitisme moderne et de l’histoire des idées en Europe. Il réin­ter­prète les écrits de Marx dans le cadre de l’élaboration d’une théo­rie sociale de la valeur

Notes

1. Je sou­haite remer­cier Mark Loeffler pour son apport sur la cri­tique de la valeur.

2. Karl Marx, Capital, vol.1, trans. Ben Fowkes (London, 1976), pp.166, 169.

3. Ibid., p.125.

4. Ibid., p.128 ff.

5. Ibid., pp.131-139.

6. Ibid., p.134.

7. Ibid., p.130.

8. Ibid., pp.129, 130, 136.

9. Ibid., pp.129.

10. Ibid.

11. Ibid., pp.255-256.

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