Choix politique de dépendance

Haïti-Zones franches : Extraversion économique et sous-développement

À propos du dernier livre de l’économiste Fred Doura

Par Mis en ligne le 26 mars 2012

Des ques­tions impor­tantes, comme la signi­fi­ca­tion des zones franches, sont abor­dées dans l’ouvrage de Fred Doura inti­tulé Haïti, Histoire et ana­lyse d’une extra­ver­sion dépen­dante orga­ni­sée.

Le livre de Fred Doura nous fait décou­vrir com­ment cette domi­na­tion s’est opérée, com­ment gra­duel­le­ment, par­fois de façon tout à fait vio­lente (expul­sion des pay­sans de leur terre, etc.), le capi­ta­lisme éta­su­nien s’est imposé pour trans­for­mer l’économie locale selon ses propres objec­tifs et besoins…

Des modèles d’enclaves de la plan­ta­tion agro-expor­ta­trice (sisal, cryp­tos­té­gia, figues-bananes), des enclaves (minière et de la sous-trai­tance) qui ont induit l’extraversion orga­ni­sée de [l’économie haï­tienne]…

Ne s’agit-il pas, avant tout, de construire un État natio­nal, affran­chi de toute domi­na­tion étran­gère quant à l’orientation poli­tique et éco­no­mique à donner au pays, avant même de penser à l’élaboration d’une éco­no­mie sociale de marché, une éco­no­mie natio­nale auto­cen­trée, une éco­no­mie qui pour­rait inté­grer des inves­tis­se­ments étran­gers dans le cadre d’un pro­gramme de déve­lop­pe­ment réel au profit de l’ensemble de la popu­la­tion.

Le 28 novembre 2011, au cours du lan­ce­ment offi­ciel du Parc indus­triel de Caracol (Nord-Est d’Haïti), le pré­sident Joseph Michel Martelly fit une décla­ra­tion, lais­sant voir clai­re­ment sa concep­tion du déve­lop­pe­ment du pays : « Voici un modèle d’investissement, dit-il, qui doit être réa­lisé dans d’autres dépar­te­ments. Ceci peut contri­buer au chan­ge­ment du pays. C’est un modèle de déve­lop­pe­ment durable, réel… ». [2]

Pour sa part, l’ancien pré­sident amé­ri­cain William Jefferson (Bill) Clinton, l’éminence grise der­rière ce projet et qui semble aussi conce­voir le déve­lop­pe­ment natio­nal en mul­ti­pliant les zones franches, eut à dire que c’est « le pre­mier gou­ver­ne­ment haï­tien » – connu de lui – qui se pré­oc­cupe sérieu­se­ment de l’économie du pays.

Voilà donc un projet-modèle qui rentre dans un cadre d’un pro­gramme éco­no­mique à long terme.

Pourtant, la ques­tion de la pré­sence de com­pa­gnies étran­gères en Haïti, de leur « contri­bu­tion » au déve­lop­pe­ment natio­nal n’est pas nou­velle.

Le récent ouvrage de l’économiste Fred Doura démontre clai­re­ment que les mul­tiples com­pa­gnies étran­gères – qui se sont implan­tées dans le pays depuis le début du XXe siècle, sous l’occupation amé­ri­caine (1915-1934) et après – n’ont nul­le­ment contri­bué à déve­lop­per l’économie. Leur pré­sence répon­dait à une tout autre logique : celle de tirer le maxi­mum de pro­fits dans un pays où les res­sources natu­relles et la main-d’œuvre à bon marché sont dis­po­nibles sans aucune véri­table contrainte légale ou juri­dique.

Une éco­no­mie désar­ti­cu­lée

Pour com­prendre pour­quoi l’investissement étran­ger – qui existe dans tous les pays et qui n’est pas une acti­vité néga­tive en soi – n’a jamais consti­tué un fac­teur de déve­lop­pe­ment en Haïti, Doura pro­cède, tout au début de l’ouvrage, à une ana­lyse des carac­té­ris­tiques his­to­riques de l’économie « natio­nale » haï­tienne.

C’est une éco­no­mie qui, au len­de­main même de l’indépendance, fonc­tionne et pro­duit des den­rées agri­coles « en fonc­tion des besoins du centre [c’est-à-dire, des puis­sances occi­den­tales] ».

À l’origine, une éco­no­mie donc dépen­dante, qui ne se repro­duit que pour satis­faire une demande externe, par consé­quent une éco­no­mie ins­crite dans une logique contraire et néga­tive à son propre déve­lop­pe­ment.

Cette dépen­dance s’accentue à partir du début du XXe siècle : le pays ne pro­duit pas seule­ment des den­rées pour l’exportation, mais il reçoit éga­le­ment des com­pa­gnies nord-amé­ri­caines d’exploitation agri­cole et minière.

Comme le montre l’auteur, l’installation de ces com­pa­gnies a eu, non seule­ment un impact néga­tif sur le déve­lop­pe­ment du pays, mais a empiré la situa­tion de dépen­dance. Car, ces com­pa­gnies en s’installant dans le pays, n’intègrent pas véri­ta­ble­ment l’économie locale, c’est-à-dire qu’elles ne reçoivent ni ne pro­duisent des biens venant des indus­tries natio­nales ou des­ti­nés au marché local.

Par le fait même que ces entre­prises s’approprient et exploitent une partie impor­tante des richesses minières ou agri­coles du pays, sans que ces acti­vi­tés aient des liens orga­niques avec le reste de l’économie locale, ces der­nières res­tent confi­nées dans le cadre d’une éco­no­mie d’enclave, c’est-à-dire « une économie…caractérisée par un modèle éco­no­mique tota­le­ment extra­verti, dont le cycle de repro­duc­tion a très peu de lien avec l’économie natio­nale. L’enclave orien­tée vers l’exportation […] est inté­grée au marché du pays-foyer ou du marché mon­dial capi­ta­liste, où la pro­duc­tion, la fabri­ca­tion et la consom­ma­tion du pro­duit final sont faites au béné­fice des firmes trans­na­tio­nales du pays-foyer, échap­pant ainsi au contrôle du pays dans lequel est située l’enclave ».

L’économie locale devient ainsi une éco­no­mie désar­ti­cu­lée, c’est-à-dire qu’elle est consti­tuée de « sec­teurs (minier, agri­cole, indus­triel) jux­ta­po­sés, qui n’échangent que mar­gi­na­le­ment entre eux. Ces sec­teurs sont liés prin­ci­pa­le­ment avec l’extérieur ».

Cette désar­ti­cu­la­tion, comme l’avait déjà vu l’économiste égyp­tien Samir Amin (dont Doura reprend ici l’essentiel des ana­lyses), empêche toute forme réelle d’un déve­lop­pe­ment éco­no­mique auto­cen­tré, de sorte qu’on ne peut pas « véri­ta­ble­ment [parler] de nation, au sens éco­no­mique du terme, de marché inté­gré ». [3]

Même si les régions, dans les­quelles sont implan­tées les com­pa­gnies, connaissent une crois­sance spec­ta­cu­laire, celle-ci ne peut pas avoir d’effet mul­ti­pli­ca­teur pour le reste de l’économie locale, parce que, comme l’explique Amin « autour de cette pro­duc­tion, aucun ensemble inté­gré auto­cen­tré n’est mis en place, dès que le pro­duit [ici l’auteur fait réfé­rence aux richesses minières et agri­coles] perd l’intérêt qu’il avait pour [les pays du centre], la région tombe dans la déca­dence : son éco­no­mie stagne, voire régresse ». [4]

Dans le contexte de l’économie désar­ti­cu­lée, on ne peut pas, non plus, ana­ly­ser la struc­ture sala­riale comme s’il s’agissait d’un élé­ment consti­tu­tif d’une éco­no­mie auto­cen­trée et déve­lop­pée.

Pour l’économie clas­sique libé­rale et néo­li­bé­rale, « une hausse de la pro­duc­ti­vité, du tra­vailleur haï­tien, devrait induire, plus ou moins dans les mêmes pro­por­tions, une crois­sance de son salaire réel », explique Doura,

Or, il n’en est rien, car on sait que, dans l’enclave de la sous-trai­tance, la pro­duc­ti­vité des ouvriers haï­tiens « peut repré­sen­ter pas moins de 80 à 90% de la pro­duc­ti­vité des ouvriers amé­ri­cains et dans cer­tains cas, elle peut même atteindre plus de 120% (c’est nous qui sou­li­gnons) [de celle des ouvriers nord-amé­ri­cains] ». Il n’empêche que l’ouvrier haï­tien reçoit « un salaire qui est infé­rieur de 6% du salaire de [l’] ouvrier amé­ri­cain ».

Cette dis­sy­mé­trie colos­sale des salaires ne concerne pas seule­ment les pays à très faible revenu comme Haïti : c’est une réa­lité carac­té­ris­tique de tout pays dominé, dans lequel se sont déve­lop­pés des liens de dépen­dance his­to­riques qui déli­mitent les éco­no­mies locales à un rôle de pour­voyeuse, soit de matières pre­mières, soit de force de tra­vail à bon marché.

Une réa­lité qui, dans les faits, consti­tue un blo­cage struc­tu­rel, non seule­ment à tout déve­lop­pe­ment réel, mais aussi à tout mou­ve­ment de reven­di­ca­tion pour aug­men­ter les salaires dans les pays péri­phé­riques, et cela malgré les luttes inces­santes, dans des condi­tions dif­fi­ciles, que mènent les syn­di­ca­listes, bien sou­vent au péril de leur vie.

Jusqu’à aujourd’hui, « les salaires réels dans le tiers-monde repré­sentent entre 20 et 50 fois moins que ceux payés aux États-Unis d’Amérique, en Europe occi­den­tale et au Japon ». [5]

L’économie désar­ti­cu­lée des pays de la péri­phé­rie n’est pas, par consé­quent, le résul­tat d’une carence de res­sources natu­relles et humaines, d’un sous-déve­lop­pe­ment sui gene­ris, d’un « retard » his­to­rique ; mais ce sont les condi­tions his­to­riques mêmes de son déve­lop­pe­ment, son inté­gra­tion dans un sys­tème mon­dial – généré et défini par les pays du centre capi­ta­liste – qui expliquent son carac­tère d’économie désar­ti­cu­lée.

Dans le cas d’Haïti, dès 1804 et par­ti­cu­liè­re­ment depuis l’acceptation de la dette de l’indépendance en 1825, l’essentiel de l’activité éco­no­mique est confi­née dans l’exportation des den­rées agri­coles, expor­ta­tion qui ser­vait après 1825, non seule­ment à rem­bour­ser « la dette » [6], mais aussi à satis­faire les demandes de l’ancienne métro­pole. Et cela, il faut bien le pré­ci­ser, sans aucune retom­bée posi­tive réelle, non seule­ment pour déve­lop­per une indus­trie locale, mais éga­le­ment pour amé­lio­rer les condi­tions de vie du paysan, prin­ci­pal arti­san sur le dos duquel repose toute la pro­duc­tion agri­cole.

À partir de 1915, sous l’occupation amé­ri­caine, l’économie haï­tienne fut réorien­tée et restruc­tu­rée en fonc­tion des inté­rêts des États-Unis d’Amérique.

Depuis cette époque, l’histoire poli­tique et éco­no­mique de notre pays est mar­quée, sous une forme ou une autre, par le lien d’un pays soumis et dominé, entre­tenu avec la puis­sance nord-amé­ri­caine.

L’importance du livre de Fred Doura tient du fait qu’il nous fait décou­vrir, jus­te­ment sur le plan éco­no­mique, com­ment cette domi­na­tion s’est opérée, com­ment gra­duel­le­ment par­fois de façon tout à fait vio­lente (expul­sion des pay­sans de leur terre, etc.) le capi­ta­lisme éta­su­nien s’est imposé pour trans­for­mer l’économie locale selon ses propres objec­tifs et besoins.

1915-1934, une éco­no­mie au ser­vice des inté­rêts amé­ri­cains

De 1915 à 1934, « sous le joug des baïon­nettes amé­ri­caines (…) avec l’appui d’une double oli­gar­chie créole racia­liste, les capi­taux étran­gers se sont orien­tés prin­ci­pa­le­ment vers les modèles d’enclaves de la plan­ta­tion agro-expor­ta­trice (sisal, cryp­tos­té­gia, figues-bananes), des enclaves (minière et de la sous-trai­tance) qui ont induit l’extraversion orga­ni­sée de [l’économie haï­tienne] » , explique Doura.

Durant cette période, on assiste à une mise en place d’une struc­ture mili­taire, juri­dique et poli­tique, dont l’objectif est d’assurer, certes, le contrôle du ter­ri­toire en répri­mant tous mou­ve­ments de révoltes, mais aussi de briser toutes bar­rières légales inter­di­sant la main­mise étran­gère sur l’économie locale.

C’est ainsi qu’une série de lois et conven­tions, conçues par l’occupant en com­pli­cité avec le gou­ver­ne­ment haï­tien, sont appli­quées :

a) « la conven­tion du 16 sep­tembre 1915, signée entre la République d’Haïti et les États-Unis, [auto­ri­sant] ces der­niers de s’emparer des douanes, prin­ci­pales sources de reve­nus du pays » ;

b) « l’imposition de la Constitution de 1918, qui accorda pour la pre­mière fois (…) le droit de pro­priété aux étran­gers rési­dant en Haïti et aux asso­cia­tions for­mées par des étran­gers » ;

c) « la conven­tion moné­taire du 12 avril 1919, qui lia le sort de la mon­naie natio­nale au dollar amé­ri­cain » ;

d) la loi du 26 juin 1922, condi­tion­nant un emprunt de 23,66 mil­lions, cette « loi per­met­tait aussi l’expropriation des petites pro­prié­tés au profit des grandes com­pa­gnies amé­ri­caines ».

Grâce à cette struc­ture mili­taro-juri­dique, plu­sieurs com­pa­gnies nord-amé­ri­caines béné­fi­cient de conces­sions de grandes sur­faces de terre. Citons quelques unes : la Haitian American Sugar Company (Hasco) qui prend pos­ses­sion, en 1915, de 24,000 acres (1 car­reau = 3,19 acres) dans la plaine du Cul-de Sac et de Léogane ; la Haitian American Development Co. occupe 24,000 acres en 1926 dans le Nord-Est du pays pour la culture du sisal, la United West Indies Corporation dis­pose de 16,000 acres, etc. En tout, ces com­pa­gnies font main basse sur 226,000 acres de terre, explique l’auteur.

« Cette poli­tique d’investissements directs étran­gers, dans les grandes plan­ta­tions, ne fut point ren­table pour le pays. Elle s’est tra­duite par de nom­breuses faillites et par une dimi­nu­tion rapide de ces inves­tis­se­ments, après que les sol­dats eurent quitté le sol natio­nal en 1934. Ce fut aussi le moment des expro­pria­tions mas­sives des petits pay­sans au profit du capi­tal étran­ger investi dans les enclaves », pré­cise-t-il.

Ces expro­pria­tions pro­vo­quèrent l’une des plus impor­tantes migra­tions de pay­sans haï­tiens de l’histoire natio­nale.

Plusieurs études ont été faites à ce sujet, et il n’est pas de notre propos ici d’y reve­nir.

Signalons tou­te­fois que cette migra­tion de masse de tra­vailleurs haï­tiens se fera au profit sur­tout des indus­tries sucrières amé­ri­caines, ins­tal­lées à Cuba et en République Dominicaine.

Comme l’indique le socio­logue Jean-Claude Icart, les Américains « [jetèrent] les bases d’une impor­tante indus­trie sucrière en République Dominicaine et à Cuba. L’abondante force de tra­vail, néces­saire à cette entre­prise, sera recru­tée dans les îles voi­sines, et notam­ment en Haïti (…) [et] entre 1913 et 1931, plus de 400,000 tra­vailleurs haï­tiens iront à Cuba » [7].

L’objectif éco­no­mique essen­tiel de l’occupation fut de mettre à dis­po­si­tion du capi­ta­lisme amé­ri­cain, alors en pleine expan­sion, tout ce que l’économie du pays pou­vait pro­duire de richesses : sa terre et ses res­sources, ses finances et sa force de tra­vail.

Que cette occu­pa­tion ait jeté les bases d’une cer­taine moder­nité – en construi­sant des routes, des hôpi­taux, des écoles pro­fes­sion­nelles -, qu’elle amé­lio­rât l’hygiène publique et régu­la­ri­sât les finances du pays, tout cela était ins­crit à l’intérieur même du cadre de sa ges­tion.

Dans les faits, « on ne peut trop insis­ter sur le carac­tère super­fi­ciel et uti­li­taire de cette moder­ni­sa­tion, puisque les chan­ge­ments pro­duits sous l’occupation lais­sèrent intacte la struc­ture fon­da­men­tale du pays », comme le remarque l’historienne Suzy Castor [8].

Vers une nou­velle forme de domi­na­tion néo­co­lo­niale

Tout au long du XIXe siècle, l’économie haï­tienne fut orien­tée vers la pro­duc­tion et l’exportation des den­rées agri­coles.

L’emprise des dettes, les guerres inces­santes entre les classes diri­geantes pour le pou­voir et l’absence de toute poli­tique réelle de crois­sance et d’investissement, blo­quèrent les pos­si­bi­li­tés de pro­grès éco­no­mique.

Une bonne partie de la classe pay­sanne, for­mant plus de 80% de la popu­la­tion, pro­dui­sait au profit d’une bour­geoi­sie de grands pro­prié­taires ter­riens qui, plus inté­res­sés aux pres­tiges du pou­voir poli­tique, n’accordaient aucune impor­tance à l’amélioration des condi­tions de la pro­duc­tion agri­cole pay­sanne.

L’exportation ser­vait, non seule­ment à finan­cer le paye­ment des dettes, mais aussi à satis­faire le style de vie d’une classe de riches enti­chés de valeurs et de goûts euro­péens.

Le sys­tème néo­co­lo­nial – qui s’est mis en place sous Boyer et qui s’est conso­lidé durant tout le XIXe siècle – avait, pré­ci­sé­ment pour base, cette réa­lité sociale et éco­no­mique : une pro­duc­tion agri­cole extraite et gérée par la bour­geoi­sie locale pour satis­faire les demandes et les exi­gences de puis­sances étran­gères, par­ti­cu­liè­re­ment la France, et cela sans aucune poli­tique ni pro­gramme d’investissements. En ce sens, ce sys­tème néo­co­lo­nial fut essen­tiel­le­ment éco­no­mique, c’est-à-dire qu’il visait à exploi­ter, au profit de l’ancienne métro­pole, prin­ci­pa­le­ment par le méca­nisme de l’endettement, les richesses du pays, tout en lais­sant, à l’oligarchie locale, l’organisation et le contrôle du pou­voir poli­tique et mili­taire.

Sous l’occupation amé­ri­caine, pren­dra forme l’établissement d’une nou­velle domi­na­tion.

Avant son départ du pays, l’occupant mit en place un appa­reil d’État, un sys­tème juri­dico-mili­taire des­tiné à garan­tir ses inté­rêts. La domi­na­tion éco­no­mique, mais aussi poli­tique, pou­vait ainsi conti­nuer même après l’occupation.

C’était le début de l’ère impé­ria­liste amé­ri­cain.

En 1930, Sténio Vincent fut porté au pou­voir par un mou­ve­ment natio­na­liste petit-bour­geois, qui reven­di­quait le retrait des troupes amé­ri­caines.

Suite à la désoc­cu­pa­tion du pays en 1934, ce mou­ve­ment – qui dénon­çait les exac­tions de l’occupant, ses expro­pria­tions des terres pay­sannes et son racisme humi­liant – recon­duit le même sys­tème éco­no­mique d’exclusion et d’exploitation des masses.

Paradoxalement, « avec l’arrivée des Nationalistes au pou­voir, com­mence le [pro­ces­sus] de décom­po­si­tion du natio­na­lisme », comme le fit remar­quer Jacques Roumain [9].

De 1935 à 1955, d’autres conces­sions et contrats furent signés par dif­fé­rents gou­ver­ne­ments haï­tiens, avec de nou­velles com­pa­gnies amé­ri­caines ou avec celles qui étaient déjà sur place.

La société haï­tiano-amé­ri­caine de déve­lop­pe­ment agri­cole (Shada), par exemple, qui exploi­tait, depuis 1926, le sisal, se voit accor­der – sous le gou­ver­ne­ment de Lescot, en 1942 – une super­fi­cie de 60 à 70,000 acres pour plan­ter du cryp­tos­te­gia, la plante à caou­tchouc, pour répondre aux besoins de l’industrie mili­taire amé­ri­caine.

Au profit de la Shada, « des mil­liers de pay­sans pro­prié­taires et fer­miers ont été expro­priés de façon arbi­traire », et les consé­quences immé­diates de ces expro­pria­tions furent la des­truc­tion de mil­liers d’arbres frui­tiers « abat­tus pour faire place au sisal et à l’hévéa ».

Parallèlement à la Shada, la plan­ta­tion Dauphin dis­pose d’environ 8,000 hec­tares de terre plan­tée en sisal.

Cette com­pa­gnie, spé­cia­li­sée « dans la fabri­ca­tion de cordes et de sacs de café (…), était le plus grand pro­duc­teur de sisal en Haïti ».

Comme cela a été le cas des acti­vi­tés de la Shada, les consé­quences d’une telle culture furent aussi catas­tro­phiques pour la pay­san­ne­rie haï­tienne :

« Le revers de la médaille de cette pro­duc­tion de sisal, c’est l’aggravation de la situa­tion ali­men­taire des masses pay­sannes, qui n’avaient plus les moyens de culti­ver leurs petits lopins de terre en pro­duits vivriers, du fait qu’ils avaient été dépos­sé­dés bru­ta­le­ment par les grandes com­pa­gnies exploi­tant le sisal ».

Cette même logique d’expropriation des pay­sans, d’exploitation agri­cole, d’activités éco­no­miques non inté­grées à l’ensemble de l’économie locale, consti­tua la toile de fond du capi­tal amé­ri­cain dans le pays.

Qu’il s’agisse de la Shada, de la plan­ta­tion Dauphin ou de la com­pa­gnie Mac Donald exploi­tant la figue banane au début du XXe siècle, ou plus tard la Standard Fruit, toutes ces com­pa­gnies – inves­tis­sant dans la culture vivrière et non vivrière, béné­fi­ciant de l’existence d’un État inca­pable et cor­rompu, de l’absence d’une bour­geoi­sie natio­nale, d’une classe moyenne consti­tuée essen­tiel­le­ment d’affairistes – per­ce­vaient le pays comme l’endroit idéal pour maxi­mi­ser leurs pro­fits.

Mais les mul­ti­na­tio­nales ne visèrent pas seule­ment le sol d’Haïti, elles s’intéressèrent éga­le­ment à son sous-sol.

Débutant dans les années 1920, l’exploitation minière prit une expan­sion impor­tante dans les années cin­quante (1950).

Deux grandes com­pa­gnies mono­po­li­sèrent l’activité minière haï­tienne : la com­pa­gnie amé­ri­caine Reynolds Metals Inc. et la cana­dienne Sedren S.A.

Exploitant les mines de bauxite, éva­luées à 25 mil­lions de tonnes en 1965, la Reynolds exporta, de 1959 à 1982, vers les États-Unis d’Amérique, 13,3 mil­lions de tonnes de ce mine­rai, ce chiffre repré­sen­tant 5% de la quan­tité totale de bauxite impor­tée aux États-Unis d’Amérique et 17% de la pro­duc­tion totale de la Reynolds.

La Sedren, quant à elle, béné­fi­ciant en 1955 d’une conces­sion d’une durée de 25 ans (la com­pa­gnie mettra fin à ses opé­ra­tions en 1972) pour l’exploitation du cuivre, extrait « 1,5 mil­lions de tonnes de mine­rai de cuivre conte­nant de l’or et de l’argent, qui furent expor­tés en tota­lité [vers les États-Unis et le Canada] ».

Les béné­fices, tirés par l’État haï­tien de 1963 à 1969, période durant laquelle le régime duva­lié­rien fit main basse sur les finances de la République, n’étaient que 150,300 gourdes pour la bauxite et 71,500 gourdes pour le cuivre.

Comme ce fut le cas pour l’exploitation agri­cole, l’industrie extrac­tive n’intégra pas l’économie locale. Ses acti­vi­tés, confi­nées dans la réa­lité de l’enclave, visèrent uni­que­ment à pro­fi­ter au maxi­mum des res­sources minières du pays.

« … Dans un pays à éco­no­mie désar­ti­cu­lée et dépen­dante, comme celle d’Haïti […], la pro­duc­tion est expor­tée dans sa tota­lité, ali­men­tant ainsi des indus­tries loca­li­sées dans les pays capi­ta­listes domi­nants, notam­ment les États-Unis et le Canada. Cette pro­duc­tion de cuivre, à l’instar de la bauxite, dépen­dait entiè­re­ment des prio­ri­tés poli­tique, éco­no­mique, mili­taire et com­mer­ciale des pays d’origine des firmes trans­na­tio­nales », comme l’explique l’auteur.

L’enclave de la sous-trai­tance

La pré­sence d’industries étran­gères en Haïti, au cours du XXe siècle, n’engendra pas, ni n’a pas contri­bué à engen­drer le déve­lop­pe­ment éco­no­mique du pays.

L’économie natio­nale – dont la pro­duc­tion et la com­mer­cia­li­sa­tion des biens agri­coles et indus­triels visaient à satis­faire, en prio­rité, le marché local – péri­clita gra­duel­le­ment.

Cette éco­no­mie atteint son pire taux de crois­sance de 1970 jusqu’aux années 2000, période au cours de laquelle l’État haï­tien appli­qua sans res­tric­tion le pro­gramme d’ajustement struc­tu­rel dicté par le fonds moné­taire inter­na­tio­nal (Fmi) et la Banque mon­diale.

On assista à une pri­va­ti­sa­tion et à une liqui­da­tion sys­té­ma­tique des indus­tries éta­tiques, pen­dant que le marché local était envahi par des biens et pro­duits étran­gers sub­ven­tion­nés, pro­vo­quant ainsi, non seule­ment plu­sieurs faillites de petites com­pa­gnies natio­nales, mais éga­le­ment le déclin de l’agriculture.

À partir des années soixante-dix, sous le régime de Jean-Claude Duvalier, la dés­in­té­gra­tion de l’agriculture et la répres­sion des pay­sans pro­vo­quèrent l’un des plus impor­tants exodes ruraux de l’histoire natio­nale.

La ville de Port-au-Prince passe, en l’espace de quelques années, de 50,000 habi­tants dans les années cin­quante (1950) à 300 000 habi­tants au milieu des années soixante-dix (1970).

Cette énorme pous­sée démo­gra­phique, bien loin d’être une pré­oc­cu­pa­tion pour le pou­voir en place, repré­senta, au contraire, une nou­velle aubaine pour les com­pa­gnies mul­ti­na­tio­nales : s’installèrent, dans le pays, toute une série d’entreprises sous-trai­tantes, atti­rées par la main-d’œuvre à très bon marché.

On ne s’intéressa plus à la terre haï­tienne, à cause de ses richesses agri­coles ou de ses mines qui s’épuisaient, mais sur­tout parce que le pays offrait un énorme avan­tage com­pa­ra­tif, celui du bas coût de sa main-d’œuvre.

La sous-trai­tance connut un déve­lop­pe­ment rapide : on en dénombre 55 com­pa­gnies en 1971, 128 en 1978 et 200 en 1984.

« Des 44 mul­ti­na­tio­nales, implan­tées en Haïti en 1980, 88.6% sont des États-Unis d’Amérique, 6.8% des Pays-Bas, 2.3% de France et 2.3% d’autres pays de l’Union euro­péenne ».

Comme ce fut le cas des autres com­pa­gnies qui exploi­taient le sol et le sous-sol natio­nal, l’implantation de ces nou­velles entre­prises ne contri­bue aucu­ne­ment au déve­lop­pe­ment du pays.

Par contre, les avan­tages, qu’elles en tirent, sont énormes :

« … les faits montrent que, de 1977 à 1984, les capi­ta­listes étran­gers ont retiré d’Haïti 5 dol­lars de pro­fits pour chaque dollar investi (…) et que, pour chaque dollar de profit – qui pro­vient de l’enclave de la sous-trai­tance – 85 cents sont rapa­triés vers les États-Unis ».

Depuis les années soixante-dix (1970), les dif­fé­rents gou­ver­ne­ments – qui se sont suc­cédé au pou­voir – ont accordé une place, de plus en plus impor­tante, à la sous-trai­tance, essen­tiel­le­ment comme moyen pour pal­lier au chô­mage.

En 2002, le gou­ver­ne­ment de Jean-Bertrand Aristide vota la loi sur les zones franches, créant ainsi le conseil natio­nal des zones franches (Cnzf), dont l’objectif est « de créer 14 zones franches à tra­vers tout le pays ».

Trois d’entre elles furent construites le 5 sep­tembre 2003 le long de la fron­tière hai­tiano-domi­ni­caine : le parc Laffiteau S.A., la com­pa­gnie de déve­lop­pe­ment indus­triel S.A. (Codevi) et l’Hispaniola Investment S.A.

Les rai­sons de cet empla­ce­ment sont « d’endiguer une immi­gra­tion trop forte des boat people haï­tiens, tout en cher­chant à faire pro­fi­ter les trans­na­tio­nales des coûts de main-d’œuvre très faible du pays », sou­ligne Doura.

L’exploitation de cette force de tra­vail néces­site, comme on peut l’imaginer, « une légis­la­tion du tra­vail coer­ci­tive, répri­mant tout orga­nisme syn­di­cal et toute forme de grève ou de reven­di­ca­tion pou­vant amener des amé­lio­ra­tions dans les condi­tions sala­riales et de tra­vail des ouvriers ».

L’implantation de zones franches dans le pays n’implique pas sim­ple­ment l’élaboration de lois coer­ci­tives, elle rentre dans un cadre d’un sys­tème de répres­sion com­plexe, inté­grant des méca­nismes de domi­na­tion œuvrant à l’intérieur comme l’extérieur des manu­fac­tures [10].

On com­prend, en ce sens, que le projet du gou­ver­ne­ment de Martelly – de répandre, à tra­vers le pays, plu­sieurs zones franches, implique éga­le­ment la mise en place d’un sys­tème de répres­sion.

Quelques remarques en guise de conclu­sion

Le grand mérite de l’ouvrage de Fred Doura tient d’une ana­lyse éco­no­mico-his­to­rique, claire et intel­li­gente, des dif­fé­rents types d’investissements étran­gers dans notre pays.

L’économiste prend soin de mon­trer et d’expliquer com­ment ces inves­tis­se­ments n’ont jamais inté­gré l’économie locale, que leur pré­sence en Haïti répond plutôt à des pro­jets d’exploitation du sol, du sous-sol et de la main-d’œuvre, dans l’objectif de tirer le maxi­mum de pro­fits.

L’économie désar­ti­cu­lée, héri­tage du sys­tème colo­nial, repro­duite par les classes domi­nantes depuis l’indépendance, se trouve ainsi ren­for­cer par ces inves­tis­se­ments étran­gers, par­ti­cu­liè­re­ment pen­dant et après l’occupation amé­ri­caine.

Essentiellement, cette désar­ti­cu­la­tion de l’économie haï­tienne, qui rend celle-ci inapte à répondre aux besoins de la popu­la­tion, n’est pas sim­ple­ment la consé­quence d’une « éco­no­mie poli­tique de la cor­rup­tion » (malgré que celle-ci repré­sente l’un des élé­ments consti­tu­tifs de cette désar­ti­cu­la­tion), elle s’inscrit fon­da­men­ta­le­ment dans le cadre d’une double domi­na­tion éco­no­mique : celle au profit de l’oligarchie locale et celle pro­fi­tant aux com­pa­gnies mul­ti­na­tio­nales.

Pour com­prendre la désar­ti­cu­la­tion de l’économie haï­tienne, son extra­ver­sion (dans la mesure où elle sert prin­ci­pa­le­ment des inté­rêts étran­gers), bref son sous-déve­lop­pe­ment, il ne suffit pas d’analyser his­to­ri­que­ment les dif­fé­rents pro­grammes de l’État haï­tien ou encore l’incompétence et la cor­rup­tion des dif­fé­rents gou­ver­ne­ments.

Il s’agit, sur­tout, de mon­trer comme cette éco­no­mie, liée his­to­ri­que­ment à un méca­nisme de marché mon­dial – édifié et géré par les grands pays capi­ta­listes -, est inté­grée, dans ce marché, uni­que­ment comme pour­voyeuse de richesses natu­relles et de main-d’œuvre à faible coût, cela au détri­ment du bien-être de la popu­la­tion locale qu’elle était censée servir.

Il est évident que la solu­tion concrète à une telle situa­tion pas­sera par l’élaboration d’un pro­gramme éco­no­mique, ayant pour objec­tif essen­tiel la mise en place et le déve­lop­pe­ment d’une éco­no­mie auto­cen­trée, dont les dif­fé­rents fac­teurs de pro­duc­tion sont inté­grés pour répondre d’abord aux besoins de la popu­la­tion locale.

Pour arri­ver à une telle éco­no­mie, Doura pro­pose des stra­té­gies de déve­lop­pe­ment où l’État joue­rait le rôle prin­ci­pal, car explique-t-il, cet État « a été concrè­te­ment absent dans les stra­té­gies de déve­lop­pe­ment à long terme, c’est ce qui explique le dilemme auquel doit faire face le pays ».

« Tout projet éco­no­mique, qu’il soit privé ou public, doit être évalué dans son ensemble – pour savoir s’il contri­bue ou non à accroître le bien-être col­lec­tif – et doit être axé sur un effort d’accumulation natio­nale », pré­cise Doura.

Cette éco­no­mie n’est pos­sible que dans le cadre « d’une éco­no­mie sociale de marché », c’est-à-dire une « éco­no­mie qui com­bine les avan­tages du marché en tant que sys­tème de déci­sion décen­tra­lisé effi­cace, pré­ser­vant le libre choix indi­vi­duel, avec la néces­sité d’une cor­rec­tion éta­tique de marché… », conti­nue l’auteur.

Les « miracles » de l’économie sociale de marché, dans le cadre par­ti­cu­liè­re­ment de la recons­truc­tion de l’Allemagne post-nazi, sont ample­ment connus et ana­ly­sés pour ne pas douter de l’efficacité d’une telle éco­no­mie.

Mais la réa­lité sociale, poli­tique et éco­no­mique haï­tienne est dif­fé­rente de celle de l’Allemagne de l’après deuxième guerre mon­diale.

On peut se deman­der à juste titre s’il ne s’agit pas, avant tout, de construire un État natio­nal, affran­chi de toute domi­na­tion étran­gère quant à l’orientation poli­tique et éco­no­mique à donner au pays, avant même de penser à l’élaboration d’une éco­no­mie sociale de marché, une éco­no­mie natio­nale auto­cen­trée, une éco­no­mie qui pour­rait inté­grer des inves­tis­se­ments étran­gers dans le cadre d’un pro­gramme de déve­lop­pe­ment réel au profit de l’ensemble de la popu­la­tion.

Quant à l’existence d’une bour­geoi­sie natio­nale, qui aurait com­pris que ses propres inté­rêts dépendent du déve­lop­pe­ment natio­nal, l’histoire montre qu’une telle bour­geoi­sie n’a jamais pu s’épanouir en Haïti.

En ce qui a trait à nos classes diri­geantes actuelles, elles sont plus que jamais assu­jet­ties à des inté­rêts étran­gers.

Le livre de Fred Doura est incon­tour­nable pour toutes celles et tous ceux qui veulent com­prendre les rai­sons his­to­riques de la situa­tion éco­no­mique actuelle de notre pays.

Par Alain Saint-Victor
Soumis à AlterPresse le 21 mars 2012

Notes

[1] Fred Doura, Haïti, Histoire et ana­lyse d’une extra­ver­sion dépen­dante orga­ni­sée, Les Éditions DAMI, Montréal 2010. Toutes les cita­tions sont tirées du livre, sauf indi­ca­tion contraire. [2] Haïti-Parc indus­triel de Caracol : Un modèle pour Michel Martelly, AlterPresse, 29 novembre 2011. [3] Samir Amin, Le déve­lop­pe­ment inégal, essai sur les for­ma­tions sociales du capi­ta­lisme péri­phé­rique. Les Éditions de Minuit, Paris 1973. [4] Ibid., p.207 [5] Michel Chossudovsky, La Mondialisation de la pau­vreté, Les édi­tions éco­so­ciété, Montréal, 1997 [6] Pour mieux com­prendre l’impact de la dette sur l’économie haï­tienne, lire l’excellent ouvrage de Gusti-Klara Gaillard, L’expérience haï­tienne de la dette ou Une pro­duc­tion caféière pillée (1875-1915), Éditions Henri Deschamps, 1988 [7] Jean Claude Icart, Négriers d’eux-mêmes, essai sur les boat people haï­tiens en Floride, Les édi­tions du CIDIHCA, Montréal 1987 [8] Suzy Castor, L’occupation amé­ri­caine d’Haïti, Imprimerie Résopresse, 1987 [9] Jacques Roumain, Analyse sché­ma­tique, 32-34, Jacques Roumain, Œuvres com­plètes, Édition cri­tique, 2003 [10] Pour en savoir plus sur la répres­sion exer­cée à l’intérieur des zones franches, lire : La per­son­na­li­sa­tion de la rela­tion de domi­na­tion au tra­vail : Les ouvrières des Maquilas et des employées domes­tiques en Amérique latine, par Natacha Borgeaud -Garciandia et Bruno Lautier. P.U.F. Actuel Marx 2011 n° 49

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