Haïti

Vers une nouvelle occupation américaine ?

Par Mis en ligne le 18 janvier 2010

L’envoi de 10 000 marines en Haïti, la prise de contrôle par les USA de tous les points stra­té­giques, à com­men­cer par l’aéroport de Port-au-Prince, le refus de lais­ser atter­rir, sous pré­texte de satu­ra­tion, un avion fran­çais : tout semble annon­cer une prise de contrôle d’Haïti par Washington.

L’attitude de Paris le confirme : nomi­na­tion de per­sonnes notoi­re­ment incom­pé­tentes pour enter­rer le dos­sier, absence du gou­ver­ne­ment à la céré­mo­nie de Notre Dame du 16 jan­vier (alors que le pré­sident de la République et de nom­breux ministres devaient ini­tia­le­ment s’y rendre), retrait des pro­tes­ta­tions contre la main­mise amé­ri­caine sur l’aéroport Toussaint-Louverture… La marche arrière est totale.

Certes, l’engagement amé­ri­cain, pré­senté comme huma­ni­taire, a été le plus rapide. Mais on sait que l’humanitaire est un pavillon qui peut flot­ter sur toutes sortes de mar­chan­dises. Des émeutes révèlent qu’en réa­lité les Haïtiens tardent à être secou­rus, ou du moins que les secours sont sélec­tifs. On peut s’attendre à des émeutes qui seraient répri­mées grâce à un impres­sion­nant déploie­ment mili­taire.

La main­mise sur Haïti est un scé­na­rio étudié depuis long­temps. La preuve en est que l’ambassade des USA, récem­ment construite, n’a pas souf­fert du séisme, à la dif­fé­rence de l’ambassade de France. Depuis plu­sieurs années, dans le pro­gramme de réno­va­tion de toutes les ambas­sades amé­ri­caines dans le monde entier, celle de Port-au-Prince était pré­sen­tée comme aussi stra­té­gique que celle de Bagdad.

Le séisme qui frappe aujourd’hui Port-au-Prince est une bonne occa­sion de prendre le contrôle d’un pays, pré­senté comme misé­rable à cause de la cou­leur de ses habi­tants, mais doté d’un riche sous-sol, avec des réserves pétro­li­fères qui pour­raient être supé­rieures à celles du Vénézuela, d’importants gise­ments d’or et de cuivre et sur­tout des res­sources en iri­dium, maté­riau extrê­me­ment résis­tant et uti­lisé dans l’industrie de l’armement (pro­tec­tion des têtes de mis­siles balis­tiques inter­con­ti­nen­taux).

Il faut savoir que le seul autre pays au monde à déte­nir d’importantes res­sources d’iridium est l’Afrique du sud. Comme par hasard l’Afrique du sud était la seule nation à aider Haïti au moment de la célé­bra­tion du bicen­te­naire de son indé­pen­dance. La France avait pour­tant déployé des efforts consi­dé­rables pour l’en dis­sua­der. Depuis le coup d’État franco-amé­ri­cain de 2004, c’est l’Afrique du Sud qui accueille et pro­tège l’ex-président Aristide, lequel n’a jamais fait mys­tère de la richesse du sous-sol de son pays.

On ne pour­rait sus­pec­ter les Américains de mau­vaises inten­tions s’il n’y avait des pré­cé­dents. Le 28 juillet 1915, sous pré­texte de sortir Haïti d’un pré­tendu « chaos », les marines débar­quaient comme aujourd’hui à Port-au-Prince et s’emparaient des réserves d’or de la banque natio­nale. Des mil­liers de pay­sans, les Cacos, s’insurgèrent alors sous la conduite de Charlemagne Péralte qui, trahi et arrêté en 1919, fut cloué par l’occupant sur une porte. La répres­sion fut par­ti­cu­liè­re­ment féroce. Pour réduire les der­niers foyers de résis­tance, les USA inau­gurent en 1919 les bom­bar­de­ments aériens mas­sifs. Tout résis­tance est écra­sée en 1920. Les USA ne quit­tèrent le pays qu’en 1934. Dix-neuf ans d’occupation après un débar­que­ment à des fins, comme aujourd’hui… huma­ni­taires.

Claude Ribbe

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