Article 15

Guerre et révolution : Lénine en 1914

Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

Par Mis en ligne le 04 mai 2017

En octo­bre 1914, peu de temps après l’éclatement de la Première Guerre mon­diale, Lénine écrit à son com­pa­gnon Alexandre Chliapnikov (1885-1937): « Désormais, je hais et méprise Kautsky plus que per­sonne, avec son hypo­cri­sie vile, sale, et satis­faite d’elle-même.» Ce résumé mor­dant de l’attitude de Lénine à l’égard de Kautsky, qui allait rester inchan­gée pour le reste de sa vie, est sou­vent cité. Mais pour com­pren­dre la vision des choses de Lénine, c’est un autre com­men­taire qui est en fin de compte plus utile. Quatre jours plus tard, Lénine écri­vait au même Chliapnikov : «Procure-toi sans faute et relis (ou fais-toi tra­duire) Le chemin du pou­voir de Kautsky (et vois) ce qu’il y écrit à propos de la révo­lu­tion à notre époque ! Et aujourd’hui com­ment il joue au confor­miste et désa­voue tout cela !».

Lénine suivit son propre conseil. En décem­bre 14, il s’est pris le temps de par­cou­rir le livre et il a réuni une page et demie de cita­tions qu’il a insé­rées dans un arti­cle inti­tulé « Chauvinisme mort et socia­lisme vivant ». Il y écri­vit : «Voilà ce que Kautsky écri­vait dans un passé très très ancien – c’était il y a cinq ans. Voilà ce qu’était la social-démo­cra­tie alle­mande ou, plus exac­te­ment, ce qu’elle pré­ten­dait être. C’était la sorte de social-démo­cra­tie qu’on pou­vait et devait res­pec­ter.»

On peut tirer de ces com­men­tai­res trois consta­ta­tions cru­cia­les à propos de l’impact de la Première Guerre mon­diale sur Lénine. Premièrement, Lénine a réaf­firmé pas­sion­né­ment la vision des choses qu’avait l’aile de la Deuxième Internationale que lui et d’autres appe­laient « la social-démo­cra­tie révo­lu­tion­naire ». Il ne l’a pas reje­tée, il ne l’a pas repen­sée. Deuxièmement, en dépit de sa fureur contre les actes de Karl Kautsky après l’éclatement de la guerre [Kautsky en 1914 s’aligne sur la majo­rité de la social-démo­cra­tie alle­mande et vote les cré­dits de guerre], Lénine a conti­nué de consi­dé­rer le Kautsky d’avant la guerre comme le porte-parole le plus pers­pi­cace de la social-démo­cra­tie révo­lu­tion­naire. Troisièmement, le plus impor­tant pour Lénine à ce moment cru­cial, c’était l’analyse que Kautsky avait pro­duite de « la révo­lu­tion de notre époque » – ou dans la for­mule plus expres­sive de Kautsky lui-même, «la nou­velle époque de guerre et révo­lu­tion». Selon le récit stan­dard, le sen­ti­ment de tra­hi­son causé par le sou­tien des partis socia­lis­tes à la guerre a tel­le­ment choqué Lénine, qu’il a entre­pris une révi­sion radi­cale qui l’a amené à reje­ter le « mar­xisme de la Deuxième Internationale», à renon­cer à son admi­ra­tion ancienne pour Kautsky et à retour­ner vers les sour­ces ori­gi­nel­les du mar­xisme. Le tra­vail de repen­ser le mar­xisme est sou­vent asso­cié à son étude intense en automne 1914 de la Science de la logi­que de Hegel. Une série de nou­vel­les idées inno­van­tes, trou­vées dans les écrits de Lénine durant la guerre, révé­le­raient l’impact de la nou­velle com­pré­hen­sion du mar­xisme par Lénine.

Le compte rendu alter­na­tif

Le compte rendu stan­dard que nous venons de résu­mer devient plau­si­ble si l’on néglige deux choses cru­cia­les. Pour com­men­cer, la rhé­to­ri­que agres­sive de non-ori­gi­na­lité de Lénine en 1914-1916. Lénine a insisté sans cesse à nou­veau, avec une véhé­mence par­ti­cu­lière, qu’il ne fai­sait que répé­ter le consen­sus d’avant-guerre de la social-démo­cra­tie révo­lu­tion­naire. Ce qui est négligé éga­le­ment, c’est le contenu effec­tif du consen­sus mar­xiste d’avant-guerre, tout par­ti­cu­liè­re­ment la partie la plus cru­ciale pour Lénine, à savoir l’analyse qu’avait fait Kautsky de « la révo­lu­tion à notre époque ». Des études récen­tes ont rendu plus dif­fi­cile d’ignorer ces ques­tions. Le but du pré­sent essai est de pro­cu­rer un compte rendu alter­na­tif qui ne néglige pas ces faits de base. Mon inter­pré­ta­tion des évé­ne­ments peut être résu­mée comme suit :

Durant les années qui vont de 1902 à 1909, Karl Kautsky a pro­duit un scé­na­rio de l’état du monde contem­po­rain qui a eu plus tard une grande influence sur Lénine. Le thème cen­tral de ce scé­na­rio, c’est que le monde était en train d’entrer dans «une nou­velle époque de guerre et révo­lu­tion» carac­té­ri­sée d’abord et sur­tout par un sys­tème mon­dial d’interaction révo­lu­tion­naire. Pour Lénine, cette vision a trouvé son expres­sion pra­ti­que dans le Manifeste de Bâle de 1912 qu’il voyait comme un résumé du mes­sage de la social-démo­cra­tie révo­lu­tion­naire. Le scé­na­rio de Kautsky et les man­dats du Manifeste de Bâle sont deve­nus des par­ties inté­gran­tes du regard des Bolcheviks dans la période immé­dia­te­ment avant la guerre, comme cela appa­raît non seule­ment dans les arti­cles de Lénine, mais aussi ceux de ses lieu­te­nants, Zinoviev et Kamenev.

L’éclatement de la guerre a conduit Lénine à insis­ter sur la conti­nuité entre ce qu’il regar­dait comme le consen­sus du mar­xisme révo­lu­tion­naire d’avant-guerre et le pro­gramme bol­che­vik en 1914-1916. Cette conti­nuité expli­que pour­quoi il est arrivé ins­tan­ta­né­ment à ce pro­gramme de base – un pro­gramme qui est resté inchangé jusqu’au début de 1917. Tout au long des années de guerre 1914-1916, Lénine a adopté une atti­tude de non-ori­gi­na­lité agres­sive et il a rat­ta­ché sa propre posi­tion le plus étroi­te­ment pos­si­ble au scé­na­rio de Kautsky d’avant-guerre et au Manifeste de Bâle. Dans ses polé­mi­ques avec des cama­ra­des de la gauche, c’est eux qui étaient les nova­teurs et lui qui défen­dait cou­ra­geu­se­ment la conti­nuité idéo­lo­gi­que. Quelles que furent l’originalité et les idées péné­tran­tes dans ses argu­ments et ses ana­ly­ses, les posi­tions qu’il a défen­dues n’étaient en fait pas ori­gi­na­les ; et il était fier de cela.

La réac­tion de Lénine à l’éclatement de la guerre ne peut pas être com­prise si l’on ne saisit pas soli­de­ment le scé­na­rio de l’interaction révo­lu­tion­naire mon­diale décrit dans les écrits de Karl Kautsky. La pre­mière partie de mon essai, conte­nue dans le pré­sent arti­cle, est consa­crée à résu­mer la vision qu’avait Kautsky de la nou­velle époque de guerre et révo­lu­tion. La partie qui suit ana­lyse le Manifeste de Bâle de 1912 que Lénine consi­dé­rait comme une expres­sion fon­da­men­tale du consen­sus d’avant-guerre. La troi­sième partie est consa­crée aux arti­cles qu’a écrits en 1910-1913, le porte-parole bol­che­vik, Lev Kamenev. Kamenev a repu­blié ces arti­cles en 1922 dans le but d’illustrer la conti­nuité des posi­tions bol­che­vi­ques avant et durant la guerre et ils le font admi­ra­ble­ment.

Ces trois par­ties éta­blis­sent les fon­da­tions de mon inter­pré­ta­tion de la réac­tion de Lénine à l’éclatement de la guerre et aux actions des partis sociaux-démo­cra­tes euro­péens. Mais avant de regar­der de plus près la réac­tion de Lénine, je vais esquis­ser une vigou­reuse inter­pré­ta­tion alter­na­tive. Une des ver­sions les plus éton­nan­tes et influen­tes du compte rendu stan­dard de la nou­velle réflexion radi­cale de Lénine consi­dère sa lec­ture de La science de la logi­que de Hegel et la maî­trise plus pro­fonde de la dia­lec­ti­que qu’il a tirée de cette lec­ture. Si je ne conteste pas les asser­tions phi­lo­so­phi­ques des auteurs qui pro­po­sent cette inter­pré­ta­tion, je ne pense pas que leurs argu­ments his­to­ri­ques quant à l’influence de Hegel sur les posi­tions de Lénine durant la guerre résis­tent à l’examen.

L’interprétation hége­liste (comme je vais l’appeler) dépeint un tableau frap­pant de Lénine durant les pre­miers mois de la guerre qui se retrouve dans un iso­le­ment poli­ti­que total. Lénine se retire du brou­haha de l’activité poli­ti­que, s’enferme dans la Bibliothèque uni­ver­si­taire de Berne avec Hegel et en émerge seule­ment après avoir repensé les fon­da­tions dia­lec­ti­ques du mar­xisme. Sa nou­velle vision trouve à s’exprimer, entre autres, dans ses écrits sur l’autodétermination natio­nale de la fin 1916.

Le scé­na­rio de Kautsky

«Une époque de déve­lop­pe­ments révo­lu­tion­nai­res a com­mencé. L’époque des avan­ces lentes, péni­bles, pres­que imper­cep­ti­bles, va céder le pas à une époque de révo­lu­tions, de sauts en avant sou­dains, peut-être de gran­des défai­tes occa­sion­nel­les, mais aussi – il nous faut garder confiance dans le pro­lé­ta­riat – de gran­des vic­toi­res en fin de compte.» (Karl Kautsky, 1905

Kautsky a publié La révo­lu­tion sociale en 1902, Socialisme et poli­ti­que colo­niale en 1907, et Le chemin du pou­voir en 1909. Dans ces trois ouvra­ges, de même que dans plu­sieurs arti­cles sub­stan­tiels et influents, Kautsky des­si­nait une vue glo­bale du monde contem­po­rain. Les élé­ments clés du scé­na­rio de Kautsky étaient les sui­vants :

  • Après une géné­ra­tion de sta­bi­lité rela­tive et de pro­grès seule­ment gra­duel, l’Europe et le monde entrent dans une nou­velle époque de guerre et de révo­lu­tions qui sera mar­quée par des conflits pro­fonds et des dépla­ce­ments rapi­des dans les rap­ports de forces.
  • La nou­velle époque de guerre et révo­lu­tion dif­fère de la pré­cé­dente, qui a duré de 1789 à 1871, prin­ci­pa­le­ment du fait de son ampli­tude mon­diale et de la nou­velle inten­sité des inter­ac­tions ren­dues pos­si­ble par les rela­tions crois­san­tes entre les pays et en par­ti­cu­lier du fait des nou­veaux moyens de com­mu­ni­ca­tion qui per­met­tent un accès accé­léré aux idées et tech­ni­ques moder­nes.
  • La tran­si­tion d’une situa­tion non révo­lu­tion­naire à une situa­tion révo­lu­tion­naire va requé­rir des tac­ti­ques radi­ca­le­ment nou­vel­les.
  • Les révo­lu­tions qui mar­quent cette nou­velle époque se répar­tis­sent en deux gran­des caté­go­ries : la révo­lu­tion socia­liste, qui est à l’ordre du jour en Europe occi­den­tale et en Amérique du Nord, et les révo­lu­tions démo­cra­ti­ques qui sont à l’ordre du jour ailleurs dans le monde. La caté­go­rie des révo­lu­tions démo­cra­ti­ques peut être sub­di­vi­sée en trois types prin­ci­paux : les révo­lu­tions poli­ti­ques pour conqué­rir cer­tai­nes liber­tés et ren­ver­ser l’oppression abso­lu­tiste ; des révo­lu­tions d’autodétermination contre l’oppression natio­nale ; les révo­lu­tions anti­co­lo­nia­les contre l’oppression étran­gère.
  • Il n’est plus pos­si­ble de dire qu’une révo­lu­tion socia­liste n’est pas encore « mûre » en Europe occi­den­tale. Une accen­tua­tion aiguë des anta­go­nis­mes de classe est une des indi­ca­tions que nous sommes à la veille d’une révo­lu­tion socia­liste. Toute poli­ti­que qui ne rejet­te­rait pas fer­me­ment l’opportunisme et la col­la­bo­ra­tion de classe serait un sui­cide poli­ti­que.
  • Les quatre types de révo­lu­tions s’interpénètrent et inter­agis­sent l’une avec l’autre de maniè­res impré­vi­si­bles, mais cela va cer­tai­ne­ment accroî­tre l’intensité d’ensemble de la crise révo­lu­tion­naire mon­diale. Par consé­quent, tout scé­na­rio de déve­lop­pe­ments futurs doit rester extra­or­di­nai­re­ment ouvert.
  • L’interaction mon­diale impli­que le rejet de modè­les sim­plis­tes dans les­quels les pays « avan­cés » mon­trent aux pays « arrié­rés » l’image de leur futur. Par exem­ple, en des aspects cru­ciaux, l’Allemagne voit une image de son futur dans la Russie « arrié­rée ».
  • Les prin­ci­paux types d’interaction mon­diale sont : l’inter­ven­tion directe, telle que la conquête, les inves­tis­se­ments et la domi­na­tion colo­niale ; l’obser­va­tion de l’expérience des autres pays, qui permet aux retar­da­tai­res de rat­tra­per rapi­de­ment et dépas­ser les plus avan­cés ; les réper­cus­sions direc­tes d’événements révo­lu­tion­nai­res, dues à l’enthousiasme de cer­tains et la pani­que des autres, la rup­ture de cer­tains liens et l’établissement d’autres.
  • Le monde capi­ta­liste va cher­cher à se pré­ser­ver des chan­ge­ments révo­lu­tion­nai­res par une variété de moyens, et en par­ti­cu­lier par l’impérialisme, « le der­nier refuge du capi­ta­lisme ». Les idéo­lo­gies impé­ria­lis­tes et mili­ta­ris­tes peu­vent retar­der l’effondrement en per­met­tant à une aris­to­cra­tie ouvrière d’avoir une part des pro­fits colo­niaux, et en pré­sen­tant une sortie plau­si­ble de la crise immi­nente. Cependant, ces ten­ta­ti­ves vont fina­le­ment échouer, ne serait-ce que parce que le monde a déjà été divisé entre les puis­san­ces impé­ria­lis­tes.
  • L’impérialisme et le mili­ta­risme ont gran­de­ment accru les pro­ba­bi­li­tés de guerre, mais le pro­lé­ta­riat n’a pas d’enjeu propre pos­si­ble dans des guer­res entre puis­san­ces impé­ria­lis­tes et par consé­quent ne va pas s’unir aux clas­ses domi­nan­tes pour faire la guerre. Le rôle de la guerre comme incu­ba­trice de la révo­lu­tion sera pro­ba­ble­ment très grand et il y a une forte cor­ré­la­tion entre défaite et révo­lu­tion.
  • Seule une pla­te­forme radi­ca­le­ment anti­ra­ciste per­met­tra à la social-démo­cra­tie de s’orienter dans les tour­billons à venir du chan­ge­ment révo­lu­tion­naire. La condes­cen­dance raciste empê­che même cer­tains sociaux-démo­cra­tes d’apprécier un fait élé­men­taire à propos de la poli­ti­que mon­diale : les colo­nies vont exiger, se battre pour et gagner leur indé­pen­dance.
  • La Russie occupe une posi­tion cru­ciale dans le pro­ces­sus des situa­tions révo­lu­tion­nai­res mon­dia­les. Les triom­phes et les reculs de la Révolution russe vont avoir par consé­quent un large écho dans les autres pays.

Tels étaient les carac­tè­res fon­da­men­taux du scé­na­rio d’interaction révo­lu­tion­naire mon­diale de Kautsky. Ce qui reste à faire appa­raî­tre, c’est la manière dont ces pro­po­si­tions s’articulent entre elles pour faire sys­tème, car c’est comme un sys­tème qu’elles ont été repri­ses par Lénine.

Colonialisme et démo­cra­tie

La vision qu’avait Kautsky de la situa­tion contem­po­raine en Europe occi­den­tale, il l’avait avan­cée déjà au plus tard en 1902, dans sa polé­mi­que contre la des­crip­tion « oppor­tu­niste » des anta­go­nis­mes de clas­ses en train de se dis­sou­dre [la figure prin­ci­pale de ce cou­rant était Eduard Bernstein]. Pour Kautsky, c’était juste le contraire : les anta­go­nis­mes de clas­ses s’aiguisaient jus­te­ment parce que la car­tel­li­sa­tion dans la métro­pole et les poli­ti­ques exté­rieu­res colo­nia­les mon­traient que le capi­ta­lisme tra­ver­sait sa phase finale et que la révo­lu­tion socia­liste était à l’ordre du jour.

Selon lui, plus les car­tels se déve­lop­pent et s’étendent, plus claire appa­raît la preuve que le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste a dépassé le stade où il pou­vait être l’agent le plus puis­sant du déve­lop­pe­ment des forces pro­duc­ti­ves, et la preuve qu’il freine de plus en plus ce déve­lop­pe­ment et crée des condi­tions de plus en plus insup­por­ta­bles… Le socia­lisme est devenu une néces­sité éco­no­mi­que déjà aujourd’hui ; seul le pou­voir déter­mine quand il arri­vera.

Dans un effort pour «frot­ter le rouge de la santé et de la jeu­nesse sur ses joues usées», la société bour­geoise recourt au mili­ta­risme et à l’impérialisme – comme un impé­ra­tif éco­no­mi­que, comme un ensem­ble d’idéologies qui pro­met­tent une sortie de l’impasse mena­çante du déve­lop­pe­ment capi­ta­liste, et comme un moyen de sou­doyer les cou­ches supé­rieu­res de la classe ouvrière. Comme Kautsky l’avait fait remar­quer en 1906, en Angleterre – par oppo­si­tion à la Russie ou à l’Inde – l’exploitation capi­ta­liste était «un moyen d’enrichir le pays, d’accumuler un butin per­pé­tuel­le­ment crois­sant obtenu en pillant la pla­nète entière. Même les clas­ses sans pro­priété pro­fi­tent de beau­coup de façons de ce pillage.» Cette sorte d’explication de l’absence d’un mili­tan­tisme ouvrier au Royaume-Uni et ailleurs était cou­rante dans la social-démo­cra­tie d’avant la Première Guerre mon­diale.

L’expansion colo­niale n’est qu’un remède à court terme pour les maux du capi­ta­lisme, puisqu’elle condui­rait inévi­ta­ble­ment à des conflits accrus tant dans les métro­po­les qu’à l’extérieur. Puisque le monde était pres­que com­plè­te­ment par­tagé, l’expansion colo­niale ne pou­vait conduire qu’à des conflits armés entre les puis­san­ces impé­ria­lis­tes. Quant à l’oppression impé­ria­liste, elle condui­sait aussi à des révol­tes colo­nia­les pour l’indépendance natio­nale qui détrui­raient le sys­tème impé­ria­liste quand (et non pas si) elles seront cou­ron­nées de succès. «Le capi­ta­lisme anglais va souf­frir un effon­dre­ment effroya­ble quand les pays oppri­més se révol­te­ront et refu­se­ront de conti­nuer à payer tribut.»

Nous en arri­vons main­te­nant au deuxième niveau du sys­tème d’interaction révo­lu­tion­naire mon­dial, à savoir les révo­lu­tions démo­cra­ti­ques contre l’oppression abso­lu­tiste, natio­nale et colo­niale. Kautsky a beau­coup à dire sur chacun de ces types de révo­lu­tion démo­cra­ti­que. La prin­ci­pale lutte révo­lu­tion­naire pour la des­truc­tion de l’absolutisme et l’établissement de la liberté poli­ti­que, avait lieu, bien sûr, en Russie. Ce qu’il faut sou­li­gner ici, c’est que Kautsky appor­tait l’approbation, repo­sant sur toute son auto­rité, de la stra­té­gie bol­che­vik pour mener la révo­lu­tion anti-tsa­riste : un pari sur le paysan russe comme com­bat­tant pour la trans­for­ma­tion démo­cra­ti­que du pays. On pou­vait pres­que appe­ler Kautsky un bol­che­vik d’honneur et c’est ainsi qu’il était consi­déré par les par­ties concer­nées dans les social-démo­cra­ties russe et alle­mande.

À propos des révo­lu­tions natio­na­les pour l’autodétermination, Kautsky et Lénine par­ta­geaient une posi­tion qui reje­tait tant la sur­es­ti­ma­tion du rôle de la natio­na­lité par la social-démo­cra­tie autri­chienne que sa sous-esti­ma­tion par Rosa Luxemburg en Pologne. La cer­ti­tude clé par­ta­gée par les deux hommes était l’idée que «les masses ne peu­vent être rem­plies d’un enthou­siasme dura­ble pour le socia­lisme que là, et dans la mesure où, la ques­tion natio­nale est réso­lue.» À partir de là, tant Kautsky que Lénine argu­men­taient que le droit à l’autodétermination contre l’oppression natio­nale doit être res­pecté, bien que la social-démo­cra­tie ne plai­dât pas for­cé­ment pour qu’il soit fait usage de ce droit dans des cas concrets. Le sépa­ra­tisme dans les orga­ni­sa­tions socia­lis­tes et d’autres orga­ni­sa­tions ouvriè­res doit être com­battu. Le chau­vi­nisme de grande puis­sance (Allemands contre Polonais, dans le cas de Kautsky, Russes contre diver­ses natio­na­li­tés dans le cas de Lénine) doit être com­battu, même au prix d’un effa­ce­ment pour éviter d’offenser les sen­ti­ments de la natio­na­lité oppri­mée. La solu­tion ultime au natio­na­lisme est de ras­su­rer les mino­ri­tés natio­na­les que leurs droits démo­cra­ti­ques seront res­pec­tés.

L’attitude de Kautsky à l’égard des mou­ve­ments de libé­ra­tion natio­nale dans les colo­nies, on peut la voir le mieux dans la réponse qu’il a faite, en 1907, à un groupe de sociaux-démo­cra­tes ira­niens qui n’étaient pas cer­tains que la par­ti­ci­pa­tion des sociaux-démo­cra­tes à la lutte contre le capi­tal étran­ger soit conve­na­ble. Kautsky répon­dit : «les com­bat­tants socia­lis­tes ne peu­vent pas adop­ter une atti­tude exclu­si­ve­ment pas­sive à l’égard de la révo­lu­tion et rester les bras croi­sés. Et si le pays n’est pas assez déve­loppé pour avoir un pro­lé­ta­riat moderne, alors seule­ment un mou­ve­ment démo­cra­ti­que (pré­so­cia­liste) contre la domi­na­tion étran­gère four­nit la pos­si­bi­lité aux socia­lis­tes de par­ti­ci­per à la lutte révo­lu­tion­naire.

Et Kautsky de conseiller à ses cor­res­pon­dants ira­niens que les sociaux-démo­cra­tes peu­vent avoir à par­ti­ci­per «comme sim­ples démo­cra­tes dans les rangs des démo­cra­tes bour­geois et petits-bour­geois.» Mais ils auront néan­moins tou­jours une pers­pec­tive plus large, puis­que pour eux « la vic­toire de la démo­cra­tie n’est pas la fin de la lutte poli­ti­que ; mais c’est plutôt le début d’une nou­velle lutte incon­nue, qui était pra­ti­que­ment impos­si­ble sous le régime abso­lu­tiste.» Cette nou­velle lutte ne requiert pas seule­ment la liberté poli­ti­que, mais l’indépendance natio­nale. La lutte sociale-démo­crate contre le capi­ta­lisme dans des pays comme l’Iran peut n’être pas capa­ble de mettre la révo­lu­tion socia­liste à l’ordre du jour immé­diat, mais une telle lutte va néan­moins «affai­blir le capi­ta­lisme euro­péen et confé­rer une force plus grande au pro­lé­ta­riat euro­péen… La Perse et la Turquie, en lut­tant pour leur propre libé­ra­tion, lut­tent aussi pour la libé­ra­tion du pro­lé­ta­riat mon­dial

En 1909, Kautsky a de nou­veau sou­li­gné que les rebel­les anti­co­lo­niaux étaient sou­vent des par­ti­sans du capi­ta­lisme. «Cela ne change en aucune manière le fait qu’ils affai­blis­sent le capi­ta­lisme euro­péen et ses gou­ver­ne­ments et qu’ils intro­dui­sent dans le monde un élé­ment de per­tur­ba­tion poli­ti­que

Les sen­ti­ments de Kautsky envers la libé­ra­tion colo­niale étaient pro­fonds. Selon son bio­gra­phe, Gary Steenson, Kautsky avait prédit déjà dans des arti­cles qu’il avait écrits dans les années 1880 que «la moder­ni­sa­tion, que trop gra­duelle, des pays colo­ni­sés pro­dui­rait en fin de compte des révol­tes indi­gè­nes contre la domi­na­tion par les Européens.» Il sou­li­gnait par consé­quent «les inté­rêts com­muns, et une pos­si­ble coa­li­tion, du pro­lé­ta­riat indus­triel des nations euro­péen­nes et des indi­gè­nes des colo­nies.» L’attitude de Kautsky envers les mou­ve­ments d’indépendance colo­niaux n’était pas due seule­ment à l’observation empi­ri­que et à la stra­té­gie poli­ti­que, mais aussi à un anti­ra­cisme vis­cé­ral.

«La poli­ti­que colo­niale de l’impérialisme est basée sur le pos­tu­lat que seuls les peu­ples qui jouis­sent de la civi­li­sa­tion euro­péenne sont capa­bles d’un déve­lop­pe­ment indé­pen­dant. Les hommes des autres races sont consi­dé­rés comme des enfants, comme des idiots, ou comme des bêtes de somme, selon le degré d’inimitié avec lequel on les traite ; mais en tout cas comme des êtres qui ont un niveau de déve­lop­pe­ment infé­rieur et qui peu­vent être diri­gés comme on le sou­haite. Même des socia­lis­tes pro­cè­dent selon ce pos­tu­lat dès qu’ils veu­lent mener une poli­ti­que d’expansion colo­niale – morale, cela va de soi ! Mais la réa­lité a vite fait de leur ensei­gner que le prin­cipe de notre parti qui veut que tous les hommes sont égaux n’est pas qu’une figure de lan­gage, mais une force très réelle.»

Le scé­na­rio de Kautsky d’une nou­velle époque de révo­lu­tions était un sys­tème mon­dial d’interaction révo­lu­tion­naire, pre­miè­re­ment à cause du rôle qu’y jouaient les mou­ve­ments de libé­ra­tion natio­nale. Comme il l’écrivait dans Le chemin du pou­voir: «Aujourd’hui, les batailles dans la lutte de libé­ra­tion de l’humanité tra­vailleuse et exploi­tée ne se mènent pas seule­ment sur la Spree et la Seine, mais aussi sur l’Hudson et le Mississippi, sur la Neva et sur les Dardanelles, sur le Ganges et le Hoang Ho

Interaction

Les divers types de révo­lu­tion dans le scé­na­rio de Kautsky ne pro­cè­dent pas seule­ment sur leurs pro­pres rails de manière isolée, mais sont pro­fon­dé­ment affec­tés en toutes choses par l’interaction mon­diale. Kautsky défi­nit clai­re­ment la logi­que de ce qui sera nommé plus tard « le déve­lop­pe­ment inégal et com­biné», ou, dans les termes de Kautsky, «la conjonc­tion des formes de socié­tés et états les plus avan­cés avec les formes les plus arrié­rées.»

«Les nations arrié­rées ont appris des plus avan­cées depuis des temps immé­mo­riaux et c’est pour­quoi elles ont sou­vent été capa­bles de sauter d’un bond par-dessus plu­sieurs stades de déve­lop­pe­ment que leurs pré­dé­ces­seurs avaient esca­la­dés péni­ble­ment. De cette manière, des varia­tions sans limi­tes appa­rais­sent dans le sen­tier his­to­ri­que de déve­lop­pe­ment des nations… Et ces varia­tions s’accroissent plus l’isolement des nations indi­vi­duel­les dimi­nue, plus le com­merce mon­dial se déve­loppe, et donc plus nous nous rap­pro­chons de l’ère moderne. Cette varia­tion est deve­nue si grande que plu­sieurs his­to­riens nient qu’il existe des lois de l’histoire. Marx et Engels ont réussi à décou­vrir les lois qui gou­ver­nent les varia­tions, mais ils n’ont fourni qu’un fil d’Ariane pour trou­ver son propre cap dans le laby­rin­the de l’histoire – ils n’ont défi­ni­ti­ve­ment pas trans­formé le laby­rin­the en une zone urbaine moderne avec des rues uni­for­mes, stric­te­ment paral­lè­les

J’ai esquissé le scé­na­rio de l’interaction révo­lu­tion­naire mon­diale. Avant de pour­sui­vre, il nous faut noter quel­ques consé­quen­ces que Kautsky a tirées de ce scé­na­rio au sujet de l’époque de guerre et révo­lu­tion qui s’approche – consé­quen­ces qui appa­rais­sent dans le pro­gramme de Lénine durant la guerre. Une de ces consé­quen­ces est la posi­tion pri­vi­lé­giée de la Russie dans le sys­tème.

En 1902, Kautsky a écrit un arti­cle pour le jour­nal clan­des­tin de Lénine Iskra inti­tulé « Les Slaves et la révo­lu­tion», qui affir­mait que «le centre révo­lu­tion­naire se dépla­çait de l’Ouest vers l’Est». La « mise en mou­ve­ment révo­lu­tion­naire des esprits » chez le peuple russe va conduire à des « gran­des actions qui ne peu­vent pas man­quer d’influencer l’Europe de l’Ouest » et le sang des mar­tyrs révo­lu­tion­nai­res russes va « fer­ti­li­ser les pous­ses de la révo­lu­tion sociale par­tout dans le monde entier civi­lisé.» Lénine aimait tel­le­ment cet arti­cle qu’il en a lu des longs extraits en 1920 à la fête publi­que de son 50e anni­ver­saire. Peu de temps après, il a inclus ces extraits dans sa bro­chure Le gau­chisme, mala­die infan­tile du com­mu­nisme, en remar­quant « com­bien Kautsky écri­vait bien il y a dix-huit ans !».

Dans les années qui ont suivi 1905, Kautsky a sou­vent décrit cette année comme un tour­nant des affai­res du monde qui a inau­guré une «période de trou­bles conti­nue dans tout l’Orient » (se réfé­rant tant à l’Asie orien­tale qu’au monde isla­mi­que). Pour lui, l’événement qui a fait démar­rer la nou­velle époque n’était pas tel­le­ment la Révolution russe en elle-même, mais la vic­toire du Japon sur la Russie tsa­riste – une vic­toire qui a mis fin à «l’illusion d’infériorité» des non-Européens et leur a donné confiance en eux-mêmes. Néanmoins, l’image de la Russie qui émerge des écrits abon­dants de Kautsky sur le sujet est un pays dont les proues­ses révo­lu­tion­nai­res avaient une vaste influence sur la révo­lu­tion socia­liste en Europe occi­den­tale, la révo­lu­tion natio­nale en Europe orien­tale, et sur les mou­ve­ments de libé­ra­tion natio­nale « en Orient ».

Kautsky argu­men­tait aussi que la situa­tion révo­lu­tion­naire qui s’annonçait dans un futur très proche allait requé­rir un chan­ge­ment radi­cal de tac­ti­que. C’était le point – lar­ge­ment incom­pris aujourd’hui – qu’il essayait d’établir en 1910 avec sa fameuse dis­tinc­tion entre une « stra­té­gie d’attrition » et une « stra­té­gie de ren­ver­se­ment ». Kautsky expli­quait que l’«attrition » (l’activité nor­male du Parti social-démo­crate alle­mand d’éducation socia­liste et d’organisation éner­gi­que) conve­nait à une situa­tion nor­male, non révo­lu­tion­naire, alors que « le ren­ver­se­ment » (des grèves poli­ti­ques de masse et d’autres moyens de pres­sion non-par­le­men­tai­res) conve­nait à une situa­tion véri­ta­ble­ment révo­lu­tion­naire. Kautsky ajou­tait que, si pour le moment l’Allemagne était encore dans une situa­tion non révo­lu­tion­naire, néan­moins on pou­vait s’attendre bien­tôt à une crise révo­lu­tion­naire.

Lénine a pris Kautsky au mot. Écrivant en 1910, il signa­lait que «Kautsky a dit clai­re­ment et direc­te­ment que la tran­si­tion (à une stra­té­gie de ren­ver­se­ment) est inévi­ta­ble lors du déve­lop­pe­ment plus avancé de la crise poli­ti­que.» C’est pour­quoi Lénine mini­mi­sait la signi­fi­ca­tion du conflit entre les deux bol­che­viks hono­rai­res du Parti alle­mand car Kautsky et Rosa Luxemburg tous les deux croyaient qu’un tour­nant com­pa­ra­ble au Dimanche san­glant de jan­vier 1905 était immi­nent. Le seul désac­cord était de savoir si ce tour­nant se pro­dui­rait «main­te­nant ou pas encore,cette minute ou la sui­vante

Un social-démo­crate polo­nais proche des Bolcheviks, Julian Marchlewsky, a mis un signe d’égalité entre Lénine et Kautsky exac­te­ment à ce point-là : «Lénine recom­mande (en 1909), si vous voulez, la même chose que Kautsky (une année après): l’application de la “stra­té­gie de ren­ver­se­ment” et de la “stra­té­gie d’attrition” cha­cune au moment cor­rect.» Déjà en 1902, Kautsky avait conclu que «nous devons assu­mer la pos­si­bi­lité d’une guerre dans un avenir per­cep­ti­ble et donc aussi la pos­si­bi­lité de convul­sions poli­ti­ques qui vont abou­tir direc­te­ment à des sou­lè­ve­ments pro­lé­ta­riens ou au moins à l’ouverture du chemin vers de tels sou­lè­ve­ments.» Dans n’importe quelle guerre de cette sorte entre les puis­san­ces impé­ria­lis­tes – par oppo­si­tion à des mou­ve­ments d’indépendance natio­naux ou colo­niaux – le pro­lé­ta­riat n’aurait aucune raison de lutter côte à côte avec la bour­geoi­sie. Comme Kautsky l’écrivait en 1907 :

«La bour­geoi­sie et le pro­lé­ta­riat d’une nation ont un égal inté­rêt à leur indé­pen­dance natio­nale et à leur auto­dé­ter­mi­na­tion, dans l’élimination de toutes les sortes d’oppression et d’exploitation par une nation étran­gère. (Mais dans la pré­sente époque de l’impérialisme) on ne peut s’attendre nulle part à une guerre en défense de la liberté natio­nale pour laquelle bour­geois et pro­lé­tai­res pour­raient s’unir… Dans l’époque pré­sente, les conflits entre états ne peu­vent pro­vo­quer aucune guerre à laquelle les inté­rêts du pro­lé­ta­riat ne s’opposeraient pas éner­gi­que­ment, comme une ques­tion de devoir.»

En regar­dant en arrière, Lénine a insisté avec une grande véhé­mence sur le consen­sus mar­xiste d’avant-guerre qui consi­dé­rait que l’éclatement d’une guerre condui­rait pres­que par défi­ni­tion à une situa­tion révo­lu­tion­naire. Les cita­tions sui­van­tes – une du début de 1916 et l’autre de la fin de 1918 – illus­trent la rhé­to­ri­que de « non-ori­gi­na­lité agres­sive » de Lénine :

  • «Celui qui nie aujourd’hui l’action révo­lu­tion­naire (Kautsky) est la même auto­rité de la Deuxième Internationale qui a écrit en 1909 tout un livre, Le chemin du pou­voir, tra­duit dans pra­ti­que­ment toutes les prin­ci­pa­les lan­gues euro­péen­nes pour démon­trer le lien entre la guerre future et la révo­lu­tion.»
  • «Longtemps avant la guerre, tous les mar­xis­tes, tous les socia­lis­tes, étaient d’accord pour consi­dé­rer qu’une guerre euro­péenne crée­rait une situa­tion révo­lu­tion­naire… Par consé­quent, l’attente d’une situa­tion révo­lu­tion­naire en Europe n’était pas une obses­sion des Bolcheviks mais l’opinion géné­rale de tous les mar­xis­tes.» [39]

Lénine a déclaré un jour qu’il avait lu pra­ti­que­ment tout Kautsky, et il est vrai qu’il est dif­fi­cile de croire que quelqu’un de sa géné­ra­tion connais­sait le corpus de Kautsky aussi bien que lui. Tout ce que dit Lénine de Kautsky doit être vrai­ment pris très au sérieux. Les études récen­tes sont en train de rat­tra­per la thèse de Lénine selon laquelle «la nou­velle époque de guerre et révo­lu­tion» était un thème cen­tral des écrits de Kautsky, dès le tour­nant du siècle. Dans cette pre­mière partie, j’ai montré com­ment ce thème four­nit une unité dyna­mi­que à un large éven­tail de posi­tions et argu­men­ta­tions de Kautsky.

Lars T. Lih est l’auteur d’un ouvrage de référence, Lenin Rediscovered. What is to Be Done ? In Context (Haymarket, Historical Materialism Book Series, 2008). Texte traduit par A l’Encontre.

Les commentaires sont fermés.