Guerre coloniale : Harper nous ramène au XIXe siècle

Par Mis en ligne le 12 octobre 2014

Le Jihad et les ima­nats isla­miques naissent avec Mahomet, mais depuis deux cents ans, ils ont pris la forme d’une renais­sance isla­mique contre l’oppression colo­niale de l’Occident.

Les seuls à réus­sir furent pro­ba­ble­ment les Wahhabites saou­diens, ins­tru­ments des USA contre le colo­nia­lisme euro­péen dans le déli­te­ment otto­man. Les USA ont joué les tali­bans d’Afghanistan contre les sovié­tiques ; les Européens, les inté­gristes libyens contre Kadhafi.

Aujourd’hui, on feint de se scan­da­li­ser que cela ait engen­dré un rejet déses­péré de tout ce que repré­sente l’empire, Boko Haram en Afrique de l’Ouest, les Shebab dans l’Est, l’Émirat isla­mique du Caucase et celui d’Irak et du Levant.

On oublie Abd el-Kader, Calife à Mascara en Algérie entre 1830 et 1850 contre l’invasion impé­ria­liste fran­çaise ; les Mahdistes du Soudan com­bat­tus par le jeune Churchill, fin XIXe ; l’imanat cau­ca­sien en Tchétchénie et au Daghestan, qui tint en res­pect pen­dant trente ans le Tsar de toutes les Russies. Ce phé­no­mène n’est cepen­dant pas spé­ci­fique à l’Islam : rap­pe­lons parmi tant d’autres les Mau-Mau du Kenya (ani­mistes), les Sickhs d’Amritsar mino­ri­sés par le paci­fisme de Gandhi, ou l’Armée de Résistance du Seigneur (chré­tiens) en Ouganda… etc., pour ne pas parler des Khmers rouges.

On peut faire l’hypothèse que leur courte vie vient du fait que l’impérialisme a uti­lisé la reli­gion pour construire son pou­voir, et sin­gu­liè­re­ment au Moyen-Orient, pour com­battre le natio­na­lisme arabe socia­liste (Iran, Égypte, Irak, Syrie, Afghanistan). Ces mou­ve­ments furent écra­sés dans le sang, mais mar­quèrent aussi le déclin des empires colo­niaux, russes, fran­çais et anglais. Sur ces ruines, l’Amérique construi­sit le sien. C’est à sa défense qu’Harper nous convie.

L’erreur de ces mou­ve­ments, lorsque l’empire cessa d’avoir besoin d’eux, fut pro­ba­ble­ment d’imposer une loi de fer à l’interne, mais sur­tout d’opposer un État à l’empire, alors qu’il n’a que faire d’États crou­pions pourvu que ses ban­quiers puissent faire rendre gorge à leurs débi­teurs, et que les mar­chands d’armes fassent des affaires.

C’est las­sant de voir nos ins­tru­ments de pro­pa­gande igno­rer à ce point l’Histoire et monter en épingle la bar­ba­rie de ces mou­ve­ments, pour taire que l’Occident tue et détruit sys­té­ma­ti­que­ment dans ces régions depuis soixante ans. On place dans la même balance les cinq cent mille enfants ira­kiens morts du fait amé­ri­cain (« the price worth it » selon Madeleine Albright) et les quelques déca­pi­tés occi­den­taux, qui repré­sentent certes une hor­reur abso­lue, mais ne peuvent nous faire oublier qu’elle a été nour­rie par l’Occident et sou­vent ins­tru­men­tée par les USA.

On incite le bon peuple à applau­dir à son écra­se­ment et à accep­ter la paix des cime­tières qu’Harper s’apprête à rem­plir au mépris du droit inter­na­tio­nal, ce que Jean Chrétien n’avait pas osé.

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