Geler les salaires des employés de l’État et limiter le pouvoir des syndicats nuiront aux finances publiques

Par Mis en ligne le 16 janvier 2011

Un article du New York Times publié récem­ment rap­por­tait que cer­tains États amé­ri­cains sou­hai­taient assai­nir leurs finances publiques en gelant les salaires des tra­vailleurs du sec­teur public et en limi­tant le pou­voir des syn­di­cats. Par exemple, le gou­ver­neur de l’État de New York sou­hai­te­rait geler les salaires des employés de l’État, ce qui per­met­trait des éco­no­mies de 200 à 400 mil­lions de dol­lars. D’autres réformes plus radi­cales pour­raient aller de l’avant comme en Ohio, où le gou­ver­neur vou­drait inter­dire le recours aux grèves par les pro­fes­seurs des écoles publiques.

Les réformes sou­hai­tées par ces diri­geants amé­ri­cains ont de quoi sur­prendre car la prin­ci­pale cause de la dété­rio­ra­tion des finances publiques est ailleurs. On devrait plutôt regar­der du côté de la sévère crise finan­cière qui a mené à une crise éco­no­mique impor­tante pen­dant laquelle de nom­breux tra­vailleurs ont perdu leur emploi.

Rappelons que la crois­sance du PIB repose entre autres sur la consom­ma­tion des ménages. Diminuer le pou­voir des syn­di­cats afin de réduire les dépenses de l’État est un moyen sou­tenu par cer­taines théo­ries éco­no­miques aujourd’hui remises en ques­tion. Il est clair que la consom­ma­tion va dimi­nuer si les salaires réels sont réduits. Aussi est-il éton­nant que cer­tains gou­ver­neurs amé­ri­cains veuillent dimi­nuer les salaires des tra­vailleurs, ce qui pour­rait nuire à la crois­sance éco­no­mique.

Lors d’une allo­cu­tion au Labor and Employment Relations Association (LERA), l’économiste Paul Krugman notait que le déclin du taux de syn­di­ca­li­sa­tion aux États-Unis avait contri­bué à affai­blir la classe moyenne amé­ri­caine. Selon lui, cette inéga­lité crois­sante serait due en grande partie à l’érosion des droits des tra­vailleurs à choi­sir un syn­di­cat et à négo­cier. Ce phé­no­mène contri­bue à accen­tuer les écarts de richesse et nuit inévi­ta­ble­ment à la crois­sance éco­no­mique. Autrement dit, affai­blir le rôle de négo­cia­tion des syn­di­cats, c’est rendre la redis­tri­bu­tion des richesses encore moins équi­table.

L’économiste a éga­le­ment expli­qué qu’un tiers de la dif­fé­rence entre l’inégalité des reve­nus aux États-Unis et au Canada (les écarts sont moins grands chez nous) s’expliquerait par le déclin rapide du taux de syn­di­ca­li­sa­tion au sud de notre fron­tière. Les États-Unis auraient plutôt inté­rêt à lutter contre l’évasion fis­cale, à régle­men­ter le sec­teur de la finance afin d’éviter les déra­pages qui ont mené à la crise éco­no­mique et à donner les moyens aux tra­vailleurs et aux ménages amé­ri­cains de consom­mer.

Il n’y a pas de cor­ré­la­tion entre taux de syn­di­ca­li­sa­tion et défi­cit public, encore moins de lien de cau­sa­lité. Par exemple, cer­tains pays dans le monde ont des taux de syn­di­ca­li­sa­tion supé­rieurs à 50 % tout en ayant des ratios dette-PIB rai­son­nables.

Le pro­blème des finances publiques de plu­sieurs pays ne se réglera pas en dimi­nuant les salaires des tra­vailleurs ou en sup­pri­mant les droits à la syn­di­ca­li­sa­tion. Pour les États-Unis, les diri­geants devraient plutôt miser sur une meilleure régle­men­ta­tion du sec­teur finan­cier et sur une réforme du sys­tème fiscal. Les gou­ver­ne­ments du Canada et du Québec n’ont pas inté­rêt à imiter leurs homo­logues amé­ri­cains qui veulent dimi­nuer le pou­voir des syn­di­cats et les salaires réels des tra­vailleurs de l’État. Cela aurait comme consé­quence de nuire au déve­lop­pe­ment social et éco­no­mique et les finances publiques ne s’en por­te­ront pas mieux.

Ce texte a été publié sur le site de cyber​presse​.ca (http://​www​.cyber​presse​.ca/​o​p​i​n​ions/…)

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