G20 : trois fois zéro et gesticulations en vain

Attac France analyse la déclaration finale du G20 de Pittsburgh. Pour la troisième fois en moins d’un an, le G20 vient d’administrer la preuve de son obstination à conforter le système financier mondial dans ses pires travers, ceux qui ont conduit à la plus grave crise depuis quatre-vingts ans.
Mis en ligne le 03 octobre 2009

Les décisions

Bonus : l’arbre qui cache la forêt
Le G20 braque les pro­jec­teurs sur les bonus des tra­ders : les bonus pour­ront être fixés « en pour­cen­tage du revenu net ban­caire », lorsqu’une banque « ne dis­pose pas de fonds propres suf­fi­sants ». Les tra­ders seraient récom­pen­sés quand ils font faire des béné­fices à leur banque et seraient péna­li­sés en cas de perte. Qu’est-ce que ce sys­tème, sinon une légi­ti­ma­tion des pro­fits d’une finance « socia­le­ment inutile » par défi­ni­tion, selon les propres termes de M. Adair Turner, pré­sident de l’Autorité des ser­vices finan­ciers du Royaume-Uni ?

G20 et FMI : les nou­veaux direc­toires de l’économie mondiale
Le G20 annonce le retrait du G8 pour se pro­mou­voir nou­veau gou­ver­ne­ment de l’économie mon­diale, lais­sant de côté une grande partie de l’humanité, celle qui est la plus pauvre. La modi­fi­ca­tion minime des droits de vote au sein du Fonds moné­taire inter­na­tio­nal en faveur des pays émer­gents n’est pas en mesure de chan­ger véri­ta­ble­ment la réa­lité du pou­voir ni les fon­de­ments de ses poli­tiques d’ajustement structurel.

OMC : la libé­ra­li­sa­tion des mar­chés reste la seule solution
Encore une fois, le G20 a défendu une conclu­sion du cycle de Doha à l’OMC dès l’année pro­chaine. « Nous main­tien­drons l’ouverture et la liberté des mar­chés et réaf­fir­mons les enga­ge­ments pris à Washington et à Londres : nous nous abs­tien­drons d’élever des obs­tacles aux inves­tis­se­ments ou aux échanges de biens et de ser­vices ou d’en impo­ser de nou­veaux » et « nous ne recour­rons pas au pro­tec­tion­nisme finan­cier, notam­ment à des mesures qui res­trein­draient les flux de capi­taux à l’échelle mon­diale ». L’idéologie néo­li­bé­rale est intacte, malgré les dégâts qu’elle a entrai­nés depuis 30 ans.

Les absences

Les para­dis fis­caux seront-ils démantelés ?
Non, ils sont blan­chis, alors qu’à peine 5% d’entre eux ont signé des accords de coopé­ra­tion qui ne les engagent à pas grand-chose tant que les banques et les fonds spé­cu­la­tifs ne seront pas empê­chés d’y faire des opé­ra­tions mar­quées par la fraude et l’évasion fis­cales. Et la plu­part des secrets des ban­quiers res­te­ront bien enfouis.

Les mar­chés de gré à gré et les hedge funds seront-ils inter­dits, et les pro­duits déri­vés et la titri­sa­tion for­te­ment encadrés ?
Les banques de dépôts et les banques d’affaires seront-elles séparées ?

Non, tous les méca­nismes finan­ciers pra­ti­que­ment incon­trô­lables sont main­te­nus et ils conti­nue­ront à impo­ser des cri­tères de ren­ta­bi­lité exor­bi­tants et à géné­rer des actifs finan­ciers dont la valeur sera d’autant plus fic­tive qu’elle sera énorme.

Les tran­sac­tions finan­cières seront-elles taxées ?
Non, et pour donner le change, quelques voix gou­ver­ne­men­tales parlent de la taxe Tobin, mais c’est aus­si­tôt pour la rendre facul­ta­tive, pour lui fixer un taux ridi­cu­le­ment bas, ou condi­tion­ner sa mise en œuvre à l’accord de l’ensemble des places bour­sières. De quoi ras­su­rer les financiers.

Des mesures concrètes et effi­caces seront-elles prises au niveau inter­na­tio­nal contre le chan­ge­ment climatique ?
Non, l’appel des pays du G20 sur la ques­tion appa­raît com­plè­te­ment creux, puisqu’aucune pro­po­si­tion concrète en terme de mesure et de finan­ce­ment n’est avan­cée. Leur inten­tion affi­chée de « ne pas ména­ger leurs efforts pour conclure un accord à Copenhague » ne doit pas faire oublier que les posi­tions actuelles des pays riches empêchent tout accord sérieux, à la hau­teur des exi­gences écologiques.

Les conclusions d’Attac

Le G20, dans ses trois réunions de Washington (novembre 2008), Londres (avril 2009) et Pittsburgh, confirme que les gou­ver­ne­ments des pays les plus puis­sants consi­dèrent que le sys­tème finan­cier doit être remis en selle et non pas remis en cause : la foi en la capa­cité des mar­chés à s’autoréguler reste glo­ba­le­ment intacte. Pourtant, la gra­vité de la crise, s’étendant de la finance à l’économie, au social et à l’écologie aurait dû servir de der­nier avertissement.

Le sau­ve­tage des banques et de l’ensemble du sys­tème finan­cier sans aucune contre­par­tie pour la société, la relance de l’économie à coups de défi­cits publics sans ima­gi­ner un mode de déve­lop­pe­ment éco­lo­gique, et les ater­moie­ments face au dérè­gle­ment cli­ma­tique dont la régu­la­tion est confiée au marché crée­ront mal­heu­reu­se­ment les condi­tions d’une pro­chaine crise encore plus grave.

Les ser­vices publics, l’assurance mala­die et les retraites conti­nuent d’être pri­va­ti­sés dans les pays du G20, sous la pres­sion des com­pa­gnies d’assurance et des fonds de pen­sion, acteurs majeurs de la spé­cu­la­tion financière.

Les reve­nus du capi­tal ne seront pas limi­tés et ceux du tra­vail atten­dront d’être reva­lo­ri­sés. Le G20 ne dit rien sur cette ques­tion d’autant plus cru­ciale que la montée extra­or­di­naire des inéga­li­tés est l’une des prin­ci­pales rai­sons du carac­tère sys­té­mique de la crise.

L’association Attac réaf­firme son oppo­si­tion radi­cale à un sys­tème éco­no­mique et finan­cier pré­da­teur et inéga­li­taire et son enga­ge­ment en faveur :

  • d’une socia­li­sa­tion du sec­teur ban­caire et finan­cier avec un contrôle citoyen ;
  • d’une taxa­tion inter­na­tio­nale des tran­sac­tions financières ;
  • d’une limi­ta­tion stricte des reve­nus financiers ;
  • du pla­ce­ment hors marché des biens publics mondiaux ;
  • d’une régu­la­tion mon­diale de la finance, de l’économie et de l’écologie (en par­ti­cu­lier du climat) sous l’égide de l’ONU.

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