G20 de Pittsburgh, arrêtons la mascarade !

Le G20 regroupe les économies les plus puissantes du monde. Après Washington et Londres, il se réunira à Pittsburgh les 24 et 25 septembre pour… sortir de la crise sans rien changer au système !
Par Mis en ligne le 21 septembre 2009

Ce qu’ils veulent : rhabiller le capitalisme

Partie des États-Unis, la « crise du siècle » s’est accé­lé­rée depuis un an, suite à la faillite de Lehman Brothers.

Enfin de l’action publique ! Oui, mais au ser­vice des banquiers…
Non seule­ment les banques ont été sau­vées de la faillite par de l’argent public, mais elles l’ont uti­lisé pour recons­ti­tuer leurs pro­fits et conti­nuer leurs opé­ra­tions spé­cu­la­tives, pré­pa­rant ainsi la pro­chaine bulle. Pire, elles pré­voient de verser des bonus fara­mi­neux à leurs traders.
Des listes de para­dis fis­caux ont été éta­blies et de maigres enga­ge­ments ont été deman­dés à ceux-ci pour en sortir. Mais, loin de sup­pri­mer les para­dis fis­caux, les cri­tères rete­nus par l’OCDE ne font que légi­ti­mer leur existence.
Depuis la ren­trée, les gou­ver­ne­ments s’agitent sur la ques­tion de la rému­né­ra­tion des tra­ders, après que cer­taines banques ont été obli­gées de dévoi­ler la part de leurs béné­fices qu’elles comp­taient allouer en fin d’année à leurs tra­ders (1 mil­liard pour BNP Paribas, 11,3 mil­liards pour Goldman Sachs). Si en effet le sys­tème de rému­né­ra­tion des tra­ders est un scan­dale, le cœur du pro­blème n’est pas sim­ple­ment là, mais dans le fait que les banques et le sec­teur finan­cier engrangent suf­fi­sam­ment de pro­fits pour attri­buer de telles rému­né­ra­tions à leurs tra­ders et action­naires, pro­fits qui se font sur le dos des usa­gers et des salariés.

Ce que nous voulons : dégonfler la finance pour désarmer le capitalisme

Adair Tuner, à la tête du FSA, l’autorité bri­tan­nique des mar­chés finan­ciers, a déclaré récem­ment que la plu­part des tran­sac­tions de la place finan­cière de Londres sont « socia­le­ment inutiles » (AFP, 27/08/09). Qu’un ancien res­pon­sable du Medef bri­tan­nique en vienne à dénon­cer « la déré­gu­la­tion finan­cière cari­ca­tu­rale » et à deman­der de « réduire la taille de ce sec­teur » révèle le trouble qui s’installe face au com­por­te­ment des banques.
Il faut en finir avec des acti­vi­tés finan­cières qui sont « socia­le­ment inutiles », parce qu’elles ont des consé­quences dra­ma­tiques sur la vie des popu­la­tions : c’est la leçon de la crise actuelle, que devraient rete­nir tous les diri­geants du monde : il est temps que ces der­niers se fixent pour objec­tif non pas de sauver la finance, mais de la désar­mer complètement.
Cela fait plus de dix ans qu’Attac démontre que la déré­gu­la­tion des mar­chés finan­ciers est au cœur du pro­blème de nos société modernes.

Attac, à l’occasion du G20, propose dix mesures pour remettre la finance à sa place et nous engager réellement vers une sortie durable de la crise.

Si le G20 de Pittsburgh vou­lait vrai­ment une réponse soli­daire, éco­lo­gique et démo­cra­tique à la crise : les dix mesures à prendre d’urgence pour désar­mer les mar­chés financiers

Instaurer des taxes globales
Ces taxes seraient appli­quées aux tran­sac­tions finan­cières, aux pro­fits des mul­ti­na­tio­nales et à la consom­ma­tion d’énergie. S’appuyant sur des don­nées recon­nues, Attac chiffre à 1 500 mil­liards de dol­lars par an les fonds qui pour­raient être levés grâce à ces taxes. Ces fonds ser­vi­raient à finan­cer l’aide au déve­lop­pe­ment, la pré­ser­va­tion des biens publics mon­diaux, la recon­ver­sion de l’économie vers un modèle sou­te­nable pour la pla­nète et la créa­tion d’emplois socia­le­ment et éco­lo­gi­que­ment utiles.

S’attaquer aux para­dis fiscaux
De véri­tables sanc­tions contre les banques, les entre­prises et les États non coopé­ra­tifs doivent être mises en œuvre, ainsi qu’une aide à la recon­ver­sion pour les ter­ri­toires qui s’engageraient à mettre fin à leurs pra­tiques occultes. Cela passe par exemple par une har­mo­ni­sa­tion fis­cale au plan européen.

Mettre à bas la folie des « inno­va­tions financières »
Les hedge funds sont des fonds spé­cu­la­tifs mas­si­ve­ment implan­tés dans les para­dis fis­caux. Échappant à toute régu­la­tion, ils ne servent à rien, sinon à enri­chir quelques grandes for­tunes abri­tées aux îles Caïmans et à aug­men­ter l’instabilité des mar­chés finan­ciers. Ils doivent être sup­pri­més. Quant aux pro­duits déri­vés et à la titri­sa­tion, leur uti­li­sa­tion doit être stric­te­ment encadrée.

Rétablir le contrôle sur les mou­ve­ments de capitaux
La mobi­lité des capi­taux permet de spé­cu­ler libre­ment entre les places finan­cières, et de mettre en concur­rence les pays de la pla­nète, leurs tra­vailleurs, leurs sys­tèmes sociaux et fis­caux. Contrôler les capi­taux par la fis­ca­lité et par la régle­men­ta­tion est une œuvre de salut public. Tous les volets de libé­ra­li­sa­tion finan­cière inclus dans les accords de libre-échange mul­ti­la­té­raux, régio­naux et bila­té­raux doivent être abrogés/​révisés, en par­ti­cu­lier ceux impo­sés par l’Union euro­péenne aux pays émer­gents et en développement.

Sortir des mar­chés finan­ciers le finan­ce­ment des retraites
Dans les pays qui ont choisi de finan­cer leurs retraites par capi­ta­li­sa­tion, des mil­lions de sala­riés ont vu partir en fumée leurs éco­no­mies. Les fonds de pen­sion comme les hedge funds ne servent qu’à ali­men­ter les bulles spé­cu­la­tives et doivent disparaître.

Instaurer une four­chette maxi­male de reve­nus, sup­pri­mer les stock-options et les bonus
Aujourd’hui, un diri­geant d’entreprise gagne en moyenne 400 fois le SMIC. Lier la rému­né­ra­tion des diri­geants et des tra­ders aux pro­fits, par l’intermédiaire de bonus et de stock-options, entraîne une ges­tion à court terme des entre­prises. Attac pro­pose de fixer des taux d’imposition pro­hi­bi­tifs sur les hauts reve­nus pour abou­tir à un écart maxi­mum de 1 à 5 entre les plus bas et les plus hauts revenus.

Créer un pôle ban­caire public
On ne peut pas deman­der aux citoyens de finan­cer le sau­ve­tage des banques sans contre­par­ties. Le sec­teur privé a déjà démon­tré son inca­pa­cité à gérer ces biens publics que sont le crédit et la mon­naie. Cela exige dans toutes les régions du monde, et notam­ment à l’échelle euro­péenne, la créa­tion d’un sec­teur ban­caire et finan­cier public, contrôlé démo­cra­ti­que­ment, et cela de manière per­ma­nente et non transitoire.

Interdire la spé­cu­la­tion sur les matières premières
À com­men­cer par l’énergie et les den­rées agri­coles, en orga­ni­sant une régu­la­tion publique des prix. Les matières pre­mières sont des res­sources trop rares et pré­cieuses pour être lais­sées à la seule loi du marché. Nous ne pou­vons tolé­rer que per­durent les condi­tions de nou­velles émeutes de la faim comme celles de 2008. Cela néces­site de pou­voir garan­tir des prix rému­né­ra­teurs aux pay­sans du monde.

Annuler la dette des pays pauvres
La charge de la dette des pays en déve­lop­pe­ment est supé­rieure à l’aide publique au déve­lop­pe­ment. Cette dette pèse lourd sur les pays pauvres. C’est une arme aux mains des pays riches qu’il faut sup­pri­mer. Cette annu­la­tion doit s’accompagner d’un nouvel accord inter­na­tio­nal pré­voyant des méca­nismes justes de réen­det­te­ment et de trai­te­ment de la dette qui écartent tout recours aux mar­chés finan­ciers, notam­ment la titri­sa­tion des créances.

Une fois mises en œuvre les neuf mesures pré­cé­dentes, le G20, satis­fait du devoir accom­pli, pro­non­ce­rait la trans­for­ma­tion du G20 en G192
Le G192, soit l’ONU réfor­mée et démo­cra­ti­sée, aurait en effet plus de chances d’apporter à la crise mon­diale une réponse don­nant satis­fac­tion non pas aux gou­ver­ne­ments de quelques pays riches, mais à l’ensemble de ses États membres.

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