Forum mondial des médias libres : du droit à la communication

Par Mis en ligne le 07 mai 2012

Des médias se réuni­ront à Rio pour pro­mou­voir la com­mu­ni­ca­tion libre. Il s’agit du 2e Forum mon­dial des médias libres, prévu paral­lè­le­ment au Sommet des peuples Rio+20. Le Forum Mondial des Médias Libres. Ce sera l’occasion de lancer des débats sur le droit à la com­mu­ni­ca­tion dans dif­fé­rents contextes.

Plusieurs cen­taines de repré­sen­tants des médias libres se pré­parent actuel­le­ment pour se rendre à Rio de Janeiro en juin 2012, dans le but de par­ti­ci­per au Sommet des Peuples Rio+20 orga­nisé paral­lè­le­ment à la Conférence de l’ONU sur le déve­lop­pe­ment durable. Ces médias contri­bue­ront à dif­fu­ser la voix des peuples réunis autour de ce Sommet pour avan­cer sur les ques­tions de jus­tice sociale et envi­ron­ne­men­tale et offrir d’autres pers­pec­tives à celles pro­po­sées par l’expansion capi­ta­liste et la mer­can­ti­li­sa­tion des res­sources natu­relles et de la vie.

En plus de cou­vrir les acti­vi­tés et les débats de Rio+20, les médias libres auront éga­le­ment des acti­vi­tés spé­ci­fiques durant le Sommet, au cours duquel ils ani­me­ront le IIe Forum Mondial des Médias Libres – FMML.

QUE SONT LES MEDIAS LIBRES ?

Les médias libres sont des médias orien­tés vers le déve­lop­pe­ment des com­mu­nau­tés asso­cia­tives, vers les luttes sociales, la culture et la diver­sité. Ils sont enga­gés dans la lutte pour le libre accès à la connais­sance et pour des alter­na­tives aux modèles de com­mu­ni­ca­tion impul­sés par les mono­poles et les pou­voirs éco­no­miques. Leur voca­tion est de mettre en avant l’usage de licences favo­rables à l’échange col­lec­tif selon des méca­nismes et des visions dif­fé­rents de celles des pro­jets à objec­tif éco­no­mique. Ils par­tagent et défendent une vision du bien commun et de la liberté d’expression pour tous et pas seule­ment pour les entre­prises spé­cia­li­sées dans ce sec­teur. En conce­vant la com­mu­ni­ca­tion comme un droit humain fon­da­men­tal, ils envi­sagent pour cela d’en modi­fier les modes d’organisation, les approches et les pra­tiques, de l’échelle locale à l’échelle inter­na­tio­nale.

QUI SONT LES MEDIAS LIBRES ?

Ce sont des sites acti­vistes et des sites de publi­ca­tions à carac­tère popu­laire, des radios et des télé­vi­sions com­mu­nau­taires, des relais cultu­rels et de nom­breux col­lec­tifs et réseaux sociaux. Ce sont aussi des agences, des revues et des sta­tions d’émission alter­na­tives à but non-lucra­tif, spé­cia­li­sées ou orien­tées vers les axes de tra­vail mis en avant par les mou­ve­ments sociaux, syn­di­caux, aca­dé­miques ou cultu­rels. Les médias libres ce sont aussi les per­sonnes – les jour­na­listes, les communicantes/​ants et éducommunicatrices/​eurs, les blogueuses/​eurs, les réalisatrices/​eurs de vidéos, animatrices/​eurs d’ateliers et développeurs/​euses de tech­no­lo­gies libres qui consti­tuent aujourd’hui un mou­ve­ment crois­sant pour pro­mou­voir le droit à la com­mu­ni­ca­tion.

LE IIe FORUM MONDIAL DES MEDIAS LIBRES

Après trois forums au Brésil (Rio de Janeiro 2008, Vitória 2009 et Porto Alegre 2012), deux ren­contres pré­pa­ra­toires en Afrique du Nord (Marrakech 2011 et Tunis 2012), une édi­tion mon­diale (Belém 2009) et une Assemblée de Convergence au Forum Social Mondial (Dakar 2011), les médias libres construisent petit à petit leur agenda, régio­nal et global et se donnent à nou­veau l’opportunité d’avancer avec cette seconde édi­tion mon­diale à Rio de Janeiro en juin 2012.

Le IIe Forum Mondial des Médias Libres s’organisera selon un format ouvert avec des tables rondes, des confé­rences (débats libres), des ate­liers et des assem­blées plé­nières. Les acti­vi­tés seront ins­crites et orga­ni­sées par les col­lec­tifs de médias eux-mêmes et par les orga­ni­sa­tions inté­res­sées, qui débou­che­ront ainsi sur un pro­gramme col­lec­tif. Celui-ci sera guidé par des axes thé­ma­tiques orga­nisé autour de la rela­tion entre les médias libres et le droit à la com­mu­ni­ca­tion, les poli­tiques publiques, le pro­ces­sus d’appropriation tech­no­lo­gique et les mou­ve­ments sociaux.
La pro­gram­ma­tion glo­bale est actuel­le­ment en cours d’élaboration.

LE DROIT A LA COMMUNICATION

Le droit à la com­mu­ni­ca­tion doit être garanti et res­pecté comme un droit humain. Mais il est sys­té­ma­ti­que­ment menacé voire nié dans de nom­breux points de la pla­nète, avec des cas de répres­sion d’une extrême vio­lence. L’un des angles d’entrée de ce droit est celui de la liberté d’expression, aujourd’hui majo­ri­tai­re­ment cap­tu­rée d’un côté par les groupes éco­no­miques contrô­lant de grandes chaînes de diver­tis­se­ment et de com­mu­ni­ca­tion qui ne veulent pas que la société par­ti­cipe à la ges­tion du sys­tème éco­no­mique, et d’autre part par les gou­ver­ne­ments crai­gnant que la com­mu­ni­ca­tion libre soit une menace à la sécu­rité ou au main­tien du pou­voir. Le droit à la com­mu­ni­ca­tion vise à être conquis dans son inté­gra­lité. Il va au-delà du simple accès à l’information mani­pu­lée par le marché ou par les grands pou­voirs en sou­hai­tant inclure l’accès aux moyens de com­mu­ni­ca­tion et leur usage, la démo­cra­ti­sa­tion de l’infrastructure et de la pro­duc­tion de conte­nus, l’expression de la diver­sité artis­tique et cultu­relle et le plein accès au savoir.

Le Forum Mondial des Médias Libres lan­cera des débats sur le droit à la com­mu­ni­ca­tion dans dif­fé­rents contextes, comme celui de l’Afrique ou du Mexique, par exemple, où la vio­lence contre les jour­na­listes et les com­mu­ni­cants est un sujet prio­ri­taire des mou­ve­ments pour la com­mu­ni­ca­tion.

POLITIQUES PUBLIQUES

La nou­velle loi des Moyens de Communication en Argentine a eu de fortes réper­cus­sions sur cer­tains pro­ces­sus régio­naux et pré­pa­ra­toires du FMML, comme à Porto Alegre et à Marrakech, au tra­vers des témoi­gnages d’activistes et de cher­cheurs en com­mu­ni­ca­tion venant d’Argentine. Elle sera à nou­veau à l’ordre du jour du IIe FMML, afin de mettre en lumière son modèle démo­cra­tique de légis­la­tion et d’équilibre des pou­voirs, ou bien la forte réac­tion d’opposition qu’elle a pro­vo­quée dans les grandes cor­po­ra­tions du sec­teur de la com­mu­ni­ca­tion. Elle consti­tuera l’un des exemples de régu­la­tion et de trans­for­ma­tion des poli­tiques publiques mis en relief parmi d’autres durant le IIe FMML.

En s’organisant au Brésil, le IIe FMML créera l’opportunité de peser dans les ini­tia­tives des médias pour pro­mou­voir une com­mu­ni­ca­tion libre et ouverte dans le pays. Ces ini­tia­tives sol­li­citent le gou­ver­ne­ment bré­si­lien afin qu’il étudie les pro­po­si­tions de la société civile pour un nou­veau cadre de régu­la­tion de la com­mu­ni­ca­tion et de démo­cra­ti­sa­tion du sec­teur, que les radios com­mu­nau­taires puissent êtres écou­tées dans leurs reven­di­ca­tions, en pro­cé­dant à l’amnistie des ani­ma­teurs de radios condam­nés et empri­son­nés et que le Congrès natio­nal approuve le projet de Cadre Civil d’Internet (cadre légal qui éta­blit des droits et devoirs dans l’utilisation de l’Internet au Brésil), lequel peut consti­tuer un modèle pour assu­rer la neu­tra­lité du réseau. Les médias libres doivent aussi jouer un rôle dans la relance des poli­tiques cultu­relles qui ali­men­taient les relais de culture, les tech­no­lo­gies libres et la phi­lo­so­phie des « com­mons ». Ces ini­tia­tives qui consti­tuaient des fers de lance sont mal­heu­reu­se­ment en net recul aujourd’hui.

Des pro­po­si­tions ayant trait à des pro­jets de lois, à de nou­velles régu­la­tions et enga­ge­ments de l’Etat dans la pro­mo­tion du droit à la com­mu­ni­ca­tion font déjà partie des débats des médias libres dans plu­sieurs pays et devraient nour­rir le pro­gramme du IIe FMML.

APPROPRIATION TECHNOLOGIQUE

Si la recherche de formes col­la­bo­ra­tives et par­ti­ci­pa­tives de com­mu­ni­ca­tion était aupa­ra­vant l’apanage des médias alter­na­tifs, ce sont aujourd’hui les grandes entre­prises qui occupent ce sec­teur et attirent des mil­lions de per­sonnes dans leurs propres réseaux sociaux. Le cycle d’expansion de ces réseaux a néan­moins connu une dérive avec la col­lecte, le sto­ckage et la trans­for­ma­tion de don­nées per­son­nelles à des fins de mar­ke­ting et d’observations, venant s’ajouter à la stan­dar­di­sa­tion de l’utilisation des réseaux et la sup­pres­sion de pages ou d’outils au gré des inté­rêts com­mer­ciaux. Ce contrôle va de pair avec la ten­dance de l’industrie des droits d’auteur et des entre­prises de télé­com­mu­ni­ca­tion à approu­ver des lois per­met­tant de com­bi­ner la sur­veillance des uti­li­sa­teurs à leur puni­tion arbi­traire en faveur des entre­prises dont les acti­vi­tés se basent sur l’exploitation et l’utilisation du réseau.

Les liber­tés et la diver­sité d’Internet dépendent clai­re­ment de la liberté d’accès, de la pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles, de l’ouverture des codes sources, de l’appropriation des connais­sances, de la créa­tion de connexions alter­na­tives et de l’autogestion des réseaux indé­pen­dants. Ces ques­tions seront les sujets cen­traux du 2e FMML. Le Forum mobi­li­sera les déve­lop­peurs, les acti­vistes du logi­ciel libre, les défen­seurs de la neu­tra­lité du réseau, les édu-com­mu­ni­cants, les for­ma­teurs et les mou­ve­ments sou­hai­tant démo­cra­ti­ser l’accès à la tech­no­lo­gie, uni­ver­sa­li­ser le haut-débit et assu­rer une appro­pria­tion des outils de com­mu­ni­ca­tion, que ce soit par la dif­fu­sion de don­nées sur le réseau, la radio­dif­fu­sion indé­pen­dante ou des outils de mon­tage vidéo.

Des déve­lop­peurs, des col­lec­tifs et des com­mu­nau­tés adeptes des réseaux ouverts et gérés indé­pen­dam­ment des inté­rêts du marché se ren­con­tre­ront dans ce forum pour débattre de l’élaboration d’un pro­to­cole ouvert pour les réseaux libres qui per­met­tra de faci­li­ter leur inter­con­nexion sans pour autant détruire ou réduire leur diver­sité fon­da­trice.

MOUVEMENTS SOCIAUX

Les médias libres et la com­mu­ni­ca­tion en réseau ont joué un rôle fon­da­men­tal pour per­mettre l’articulation des nou­veaux mou­ve­ments sociaux et donner une visi­bi­lité néces­saire aux mobi­li­sa­tions qui ont lieu dans le cadre du Printemps arabe et de l’opposition aux régimes d’Afrique du Nord, de la dic­ta­ture des finances en Europe, du sys­tème capi­ta­liste lui-même au sein des États, ou encore des mou­ve­ments d’occupations orga­ni­sées au Brésil et dans d’autres pays d’Amérique latine. Outre les acti­vismes dits glo­baux, les mou­ve­ments sociaux partent du prin­cipe que la com­mu­ni­ca­tion joue un rôle stra­té­gique pour ren­for­cer leurs luttes, en impo­sant une décons­truc­tion quo­ti­dienne des infor­ma­tions four­nies par les grands médias et l’utilisation de médias alter­na­tifs pour s’adresser à la société et se défendre de la cri­mi­na­li­sa­tion sym­bo­lique des mobi­li­sa­tions. Il est de plus en plus clair que le droit d’exprimer les voix contes­ta­taires des peuples et des citoyens est insé­pa­rable de l’engagement des mou­ve­ments sociaux dans la défense d’une autre com­mu­ni­ca­tion.

Ce débat sur com­mu­ni­ca­tion libre et mou­ve­ments sociaux est perçu dia­lo­gi­que­ment au sein du 2e FMML en obser­vant que les médias libres sont à la fois un objet de lutte pour les mou­ve­ment sociaux et une forme de com­mu­ni­ca­tion dont ils s’approprient eux-mêmes et qui permet en retour de les ren­for­cer.

LE IIe FMML, LE FORUM SOCIAL MONDIAL ET LE SOMMET DES PEUPLES

Le Forum des Médias Libres, dans ses ini­tia­tives régio­nales et inter­na­tio­nales, s’insère dans le pro­ces­sus du Forum Social Mondial. Il adopte sa charte de prin­cipes et sou­haite contri­buer par ses appuis et ses actions à la construc­tion de ses poli­tiques de com­mu­ni­ca­tion.

Dans le cadre du Sommet des Peuples, les médias libres uti­li­se­ront le concept de com­mu­ni­ca­tion par­ti­ci­pa­tive éla­bo­rée tout au long de l’histoire du Forum Social Mondial et fondé sur l’idée selon laquelle les res­sources, les espaces et les acti­vi­tés peuvent être par­ta­gés pour des actions média­tiques d’intérêt commun. Les médias libres s’engageront à contri­buer, à tra­vers des pro­po­si­tions, des conte­nus et des débats, à ren­for­cer l’agenda des luttes sur le thème des biens com­muns, dans lequel la com­mu­ni­ca­tion et la culture s’insèrent comme d’importants biens de l’humanité, indis­so­ciables de la jus­tice éco­lo­gique et sociale. Ils s’engageront éga­le­ment à pro­mou­voir le droit et la défense de la com­mu­ni­ca­tion dans les docu­ments, les débats et les pro­po­si­tions expri­mées par les mou­ve­ments sociaux et les Peuples à Rio de Janeiro.

Agenda

  • 2e Forum Mondial des Médias Libres
  • Quand : les 16 et 17 juin 2012
  • Où : Rio de Janeiro, Brésil, dans le cadre du Sommet des Peuples Rio+20
  • Lieux des acti­vi­tés des 16 et 17 juin :
  • Université Fédérale de Rio de Janeiro (pro­gram­ma­tion cen­trale avec débats, ate­liers et séances plé­nières)
  • Dates du Sommet des Peuples : 15-23 juin 2012
  • Où : Aterro do Flamengo (cou­ver­tures par­ti­ci­pa­tives, forums de radio et TV, ate­liers) ; Aterro do Flamengo – (assem­blée de conver­gence sur la mar­chan­di­sa­tion de la vie et des biens com­muns)

Sites :

* Source : Commission Communication du Forum social mon­dial

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