Fortunes et infortunes des voyageurs en Amérique Latine

Par Mis en ligne le 27 juillet 2011

Aller du Brésil à El Salvador, en chan­geant d’avion à Lima. En République Dominicaine via Miami. Voyager vers La Paz, la capi­tale du pays, depuis n’importe quel aéro­port du Brésil, en devant tou­jours passer par Santa Cruz de la Sierra (même avec la com­pa­gnie natio­nale, la Boa – Boliviana de Aviación, Ndt-).

N’essayez même pas de vous rendre dans des endroits comme Quito ou Montevideo, car là vous devrez passer par d’innombrables acro­ba­ties entre aéro­ports, chan­ge­ments d’appareils, cor­res­pon­dances – avec des attentes, des annu­la­tions et des retards éven­tuels qui mul­ti­plie­ront d’autant les risques de voir vos bagages s’égarer, si vous avez commis l’imprudence, que vous pour­rez regret­ter pen­dant des mois, de les avoir enre­gis­trés au départ.

Les grands voya­geurs doivent ainsi consa­crer plu­sieurs jours par an à attendre leurs bagages, qui peuvent tarder bien plus d’une heure ou ne jamais arri­ver, à notre grand désap­poin­te­ment, quand les valises sur les tapis se font de plus en plus rares, les pas­sa­gers en pre­nant pos­ses­sion au fur et à mesure pour s’en aller, jusqu’à ce que nous nous retrou­vions seuls et déso­lés face au tapis enfin vide qui finit par s’arrêter, nous invi­tant alors à nous adres­ser au gui­chet des litiges bagages.

C’est alors que com­mence un long périple – qui peut durer plu­sieurs mois – à rem­plir des for­mu­laires, afin de choi­sir parmi des dizaines de for­mats de valises très sem­blables les unes aux autres celui qui pour­rait res­sem­bler au mal­heu­reux bagage perdu – tel un chien perdu sans col­lier. Des coups de fil en pagaille, où il faut chaque fois répé­ter sans cesse nos élé­ments per­son­nels, l’itinéraire et la date du voyage, éven­tuel­le­ment le numéro de notre siège dans l’appareil, et ce qui figure sur le sésame magique qui nous a été confié, géné­ra­le­ment com­posé d’une inter­mi­nable série de chiffres et de lettres, où il n’est jamais facile de dis­tin­guer le nombre zéro de la lettre O, ni s’il s’agit de lettres majus­cules ou de minus­cules. À tel point que l’on finit par acqué­rir une cer­taine fami­lia­rité avec ce satané sésame sup­posé nous mener à d’heureuses retrou­vailles avec notre pauvre et aban­don­née valise égarée. Et chaque fois que l’on recom­mence le même pro­ces­sus, et que l’on essaie de se rac­cro­cher à une per­sonne à qui l’on a déjà eu affaire aupa­ra­vant, on nous répond que cette per­sonne, qui repré­sen­tait encore pour nous une cer­taine dimen­sion humaine, est en congés ou qu’elle ne tra­vaille plus dans ce ser­vice ou dans la même compagnie.

Pour des rai­sons obs­cures, cer­tains pays exigent des cer­ti­fi­cats de vac­ci­na­tion qu’ils ne vous demandent même pas une fois que vous les avez obte­nus. Il m’est déjà arrivé de devoir repor­ter de 24 heures un voyage afin de pou­voir obte­nir une auto­ri­sa­tion spé­ciale me per­met­tant de voya­ger sans ce cer­ti­fi­cat – il est valable 10 ans, mais le vaccin doit être effec­tué 40 jours aupa­ra­vant pour être valable – mais quand je suis enfin arrivé tout essouf­flé le jour sui­vant celui prévu à l’origine, pour courir dans la foulée tenir une confé­rence face à un audi­to­rium rempli d’étudiants atten­tifs, il ne m’a même pas été demandé. J’ai éprouvé honte et tris­tesse en confiant cela à ceux qui s’étaient déme­nés pen­dant les der­nières 24 heures afin de me per­mettre de pou­voir fina­le­ment péné­trer dans le pays.

Une autre fois, je n’ai su que lorsque j’allais ren­trer au Brésil que j’aurais pu obte­nir ce cer­ti­fi­cat au Brésil avant mon départ. La veille de mon retour, je me suis rendu au consu­lat bré­si­lien où un aimable fonc­tion­naire m’a fourni la recette : un centre de santé où il suf­fi­sait de payer pour obte­nir ce cer­ti­fi­cat dûment authen­ti­fié avec les 40 jours de délai, tenant compte de ma date réelle d’entrée au pays, une date où je n’étais bien sûr évi­dem­ment pas pré­sent dans le pays. Et tout s’est passé dans les règles de l’art sans le moindre problème.

Mais en Amérique Latine, ce que l’on nomme le trafic aérien s’est dégradé – comme nous pou­vons le consta­ter lors des phases de décol­lage et d’atterrissage quand nous atten­dons et que les pilotes nous annoncent d’une voix enjouée que nous sommes le 18ème dans la file d’attente pour décol­ler ou que nous devons sur­vo­ler l’aéroport de Galeão (Aéroport inter­na­tio­nal de Rio, Ndt) pour un temps indé­ter­miné en raison de “l’encombrement du trafic aérien”.

Il s’est dégradé parce qu’Iberia – une véri­table pré­da­trice de com­pa­gnies aériennes – a racheté la
Viasa, jusqu’alors une bonne com­pa­gnie véné­zué­lienne –et l’a déman­te­lée. Le Venezuela s’est retrouvé sans com­pa­gnie aérienne natio­nale, et le gou­ver­ne­ment de Hugo Chavez s’attache main­te­nant, au prix de lourds efforts, à en construire une. Iberia, l’insatiable com­pa­gnie espa­gnole, a pro­cédé de même avec la com­pa­gnie Aerolineas Argentinas, rache­tée pour être ensuite res­ti­tuée en mor­ceaux au gou­ver­ne­ment argen­tin qui a du la natio­na­li­ser pour la main­te­nir vivante, avec de grandes difficultés.

Mais tous ces efforts ne sont pas vains, pour la beauté et les extra­or­di­naires expé­riences poli­tiques que tra­versent plu­sieurs pays du conti­nent, tant dans des pro­ces­sus de démo­cra­ti­sa­tion éco­no­mique et sociale internes, que dans ceux de l’intégration régio­nale – à contre-cou­rant des com­pa­gnies aériennes et face à leur résis­tance achar­née. Comme sur­vo­ler la Cordillère des Andes en allant de Rio à Lima, et, parmi des som­mets ennei­gés, décou­vrir sou­dain dans toute sa majesté le lac Titicaca, telle l’apparition mira­cu­leuse d’une oasis inter­mi­nable nichée au cœur de terres arides appa­rem­ment inex­pug­nables. Et s’arrêter à Lima, même si seule­ment pour ces inévi­tables 5 heures de cor­res­pon­dance pour se rendre à San Salvador – fort de la conscience que, bien que son inves­ti­ture n’ait lieu qu’à la fin de ce mois, le Pérou va cesser d’être gou­verné par les Fujimori, Toledo et autres Alan Garcia (pré­cé­dents pré­si­dents de droite du Pérou, Ndt). Il va être dirigé par un pré­sident aux pro­fondes racines péru­viennes, qui s’est fixé comme objec­tif de pour­suivre la crois­sance éco­no­mique du pays, mais en répar­tis­sant les richesses, à l’opposé de ce qui s’est fait pen­dant les der­nières décen­nies, où le pays a été pillé de ses richesses miné­rales par les entre­prises d’extraction, avec la béné­dic­tion de gou­ver­ne­ments qui n’auront pas même esquissé le moindre geste afin qu’un des peuples les plus pauvres du conti­nent puisse béné­fi­cier ne serait-ce qu’à minima des miettes de cette expansion.

Aucun effort n’est vain en Amérique Latine, parce que notre âme n’est pas mesquine.

(évo­ca­tion d’une cita­tion connue du grand poète por­tu­gais Fernando Pessoa qui écri­vait : tout effort est vain lorsque l’âme est mes­quine. Ndt)

Traduit par Pedro da Nóbrega
Merci à Tlaxcala
Source : http://​www​.car​ta​maior​.com​.br/​t​e​m​p​l​a​t​e​s​/​p​o​s​t​M​o​s​t​r​a​r​.​c​f​m​?​b​l​o​g​_​i​d​=​1​&​a​m​p​;​p​o​s​t​_​i​d=719

Les commentaires sont fermés.