Former des réseaux citoyens

«Le développement de la société s’établit autour du principe de l’investissement : plus tu as de l’argent et plus tu as la possibilité d’y jouer un rôle important. L’inverse est aussi vrai : moins tu as de l’argent, et moins tu y trouves ta place.»

Simon Ambeault

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Le développement de la société s’établit autour du principe de l’investissement : plus tu as de l’argent et plus tu as la possibilité d’y jouer un rôle important. L’inverse est aussi vrai : moins tu as de l’argent, et moins tu y trouves ta place. Des mécanismes de mise en quarantaine ou d’exclusion sont ainsi présents. Ils déterminent une catégorie de population : la personne à faible revenu. Nous la retrouvons comme bénéficiaire de l’aide au revenu, l’assistance publique, ou comme travailleur avec le salaire minimum. De la sorte, l’État leur garantit un revenu de survie ne couvrant pas les besoins fondamentaux de la personne pour l’un, et pour l’autre, l’appelant à se débrouiller pour combler ses besoins de base. De plus, le système entretient ainsi chez sa population un clivage exclusif et polarisant entre les citoyens productifs qui font vivre les non-productifs.

 

En plus de développer une division au sein du peuple, cette exclusion de la vie sociétale a d’autres lourdes conséquences. Elle touche le cœur de la personne humaine, l’identification et la consolidation de ses qualités et de ses forces. Elle ne favorise pas l’apparition de la confiance nécessaire pour jouer un rôle actif en son sein.

 

Ces catégories d’exclusion sociale sont nées initialement d’un système d’exploitation de la main d’œuvre et de sa dérive, la marginalisation des non-productifs et leur maintien en survie par l’État comme bassin de remplacement à bas prix des productifs tentés de se révolter contre leur conditions d’exploités.

 

Avec la montée du néo-libéralisme dans les années 70-80 et son corollaire, le déclin de l’État social, cette tendance s’est accentuée en diminuant l’aide de l’État à ces marginaux et en développant de nouveaux citoyens en survie par le développement d’emploi précaire exigeant de ces travailleurs de trouver un emploi supplémentaire pour vivre.

 

De cette précarité envahissante, les capitalistes en tirent avantage en tablant sur la peur de perdre son emploi pour exploiter encore plus leurs employés. De plus, par le discours unique des médias, ils remplacent les valeurs de solidarité justifiant l’ère de l’État social par celles de l’individualisme généralisé où chacun est responsable de son sort et où la personne assistée par l’État est décriée comme l’exploiteuse du système. Beau renversement de la réalité !

 

S’ensuit une marginalisation idéologique des marginaux économiques où les « productifs » sont incités à dénoncer les « voleurs » et les « paresseux » et à les tenir responsables des taxes élevées, alors que les patrons s’en mettent plein les poches en déductions et évasions fiscales, en copinage et détournement de fonds, etc.

 

Dans cette situation, les marginaux du système sont isolés, chacun chez soi. Leur rapport à la réalité sociale passe trop souvent uniquement par la télé qui abrutit tout le monde et les condamne d’avance la plupart du temps. Ne vivant pas comme plusieurs travailleurs la conscience de la force de leur nombre et se sentant ainsi décriés, ils ont peur de perdre le peu qu’ils reçoivent et n’osent pas s’impliquer dans le changement social, même s’ils en seraient les principaux bénéficiaires.

 

De plus, ayant vécu bien souvent, une série d’échecs répétés qui les ont mené à cette pénible situation, ils ont intégré à chaque nouvel échec un sentiment d’impuissance à relever de nouveaux défis, arrivant de peine et de misère à simplement survivre.

 

Pour contrer pareil phénomène paralysant, les réseaux citoyens d’économie et d’entraide deviennent des lieux de recréation du tissus social, d’expérimentation bien concrète de la force du nombre (achats en gros, pressions sociales, etc) et de réussites revalorisantes (assumer avec succès des responsabilités). Il y a là une piste prometteuse pour conscientiser et possiblement mobiliser ces « damnés de la terre »: remplacer les mesures restrictives par de l’accompagnement formatif qui permet le développement de la personne humaine et de son milieu. En d’autres mots, il s’agit d’offrir des occasions valorisantes pour acquérir cette confiance, enrichir ses connaissances et expérimenter son pouvoir de changement social. Le système éducatif, mais surtout les mouvements sociaux se doivent de favoriser cette évolution de la personne, en travaillant à y ajouter un nécessaire revenu complémentaire motivant.

 

En s’attachant au développement des habiletés de la personne et en y ajoutant un incitatif financier, l’État  espéré créerait un dynamisme inclusif sociétal universel et respectueux de la nature humaine. En préparant cet État futur, les mouvements sociaux formeront de nouveaux citoyens conscients de leurs possibilités et fiers de leurs réalisations. Devenus parties prenante de cette société, ils se sentiront de plus en plus concernés par ses enjeux.