Faire échec à la droite

Par , Mis en ligne le 27 octobre 2011

Dans les cou­loirs, François Legault attend son heure pour adap­ter de façon moins idéo­lo­gique le projet de droite de Stephen Harper à l’échelle qué­bé­coise. Ce sont deux pro­jets qui veulent concrè­te­ment dire la liqui­da­tion de la révo­lu­tion tran­quille par le déman­tè­le­ment des sys­tèmes sociaux uni­ver­sels, la pri­va­ti­sa­tion de la culture et l’éducation, la mar­gi­na­li­sa­tion des mou­ve­ments sociaux et syn­di­caux, bref, le réta­blis­se­ment d’un cer­tain « ordre » et d’une cer­taine hié­rar­chie qu’on a connus pen­dant les longues années noires de Duplessis. Bien sûr, le projet est main­te­nant « moder­nisé », ce ne sera pas la grande noir­ceur obs­cu­ran­tiste avec ses sou­tanes et sa police pro­vin­ciale, mais en sub­stance, c’est sem­blable, avec l’appui enthou­siasme de Québec Inc et en par­ti­cu­lier de sa frac­tion la plus réac­tion­naire. Cependant, il faut se le dire, ce n’est pas une « fata­lité », en dépit de ce que dit Quebecor et ses médias ou il ne reste presque plus de jour­na­liste que des idéo­logues.

Causes et conséquences d’un déclin

À prime abord, on peut avoir l’impression que les jeux sont joués d’avance. Le PQ qui pen­sait avoir le pou­voir au bout du nez sombre dans une crise inter­mi­nable. Mais contrai­re­ment à ce qu’en dit Pauline Marois, la montée de Legault est davan­tage une consé­quence qu’une cause, car le déclin avait com­mencé avant. Le projet du PQ de pro­cé­der à des réformes par­tielles tout en pré­co­ni­sant une sou­ve­rai­neté « par­ta­gée » s’est épuisé, à la fois par les assauts dont il a été vic­time (de l’État fédé­ral prin­ci­pa­le­ment), à la fois par l’évolution sociale et poli­tique. Québec Inc (les élites éco­no­miques) ont largué ce projet qu’ils n’ont jamais vrai­ment sou­tenu en dépit des espoirs de Jacques Parizeau. Les classes moyennes et popu­laires s’en sont dis­tan­ciées, en bonne partie parce que le PQ durant ses années au pou­voir a tenté avec plus de mal que de bien de gérer le néo­li­bé­ra­lisme. Tout cela a conduit à une lente éro­sion de l’appui popu­laire au béné­fice d’une aug­men­ta­tion énorme de l’abstentionnisme et à l’étiolement du vote.

La société a changé

Tout le monde sait que notre société a changé. La majo­rité de la popu­la­tion se recon­naît cepen­dant dans des valeurs glo­ba­le­ment pro­gres­sistes où les concepts-clés demeurent l’égalité, la recon­nais­sance des droits indi­vi­duels et sociaux (pas juste l’un ou juste l’autre), la pro­tec­tion des plus mal pris d’entre nous, un sys­tème d’éducation et de santé digne de ce nom et une nette volonté de contrô­ler nos res­sources. Ce projet est anti­no­mique avec celui de la droite qui se recons­truit en conju­guant un néo­li­bé­ra­lisme « pur et dur » (au niveau éco­no­mique et social) avec une « néo-conser­va­tisme » de plus en plus agres­sif (au niveau poli­tique et cultu­rel), dans lequel se recon­naît une mino­rité des Québécois et des Québécoises. Pour plu­sieurs rai­sons, le rêve du PQ de consti­tuer un espace « neutre » où la droite et la gauche se réunissent autour d’un natio­na­lisme « soft » ne tient plus la route. Il faut chan­ger donc.

Transformer le PQ ?

Les dis­si­dents du PQ qui secouent la cage depuis un cer­tain temps ont bien vu cela et sug­gèrent, de diverses manières, de redé­fi­nir le projet autour de nou­veaux prin­cipes. Par exemple, il faut s’opposer aux pro­jets de pré­da­tion des res­sources, et pas seule­ment les cri­ti­quer par la bande, même si c’est gênant du fait que deux anciens chefs du PQ font la bataille pour les grandes entre­prises éner­gé­tiques qui veulent accé­lé­rer ce pillage. Autre exemple, il faut confron­ter cet affreux sys­tème poli­tique défini sur le faux prin­cipe d’une « alter­nance » excluant les for­ma­tions poli­tiques autres que les grands partis. Il y aurait sans doute bien d’autres chan­tiers sur les­quels il faut plan­cher. Chose cer­taine pour le PQ, il est minuit moins cinq.

La nécessaire convergence

Les forces de renou­vel­le­ment au sein du PQ savent bien que l’heure de mono­po­li­ser le débat poli­tique et natio­nal a passé et qu’il faut tra­vailler avec d’autres pro­jets, dont celui de Québec Solidaire et des mou­ve­ments sociaux. Malgré la pro­pa­gande de cer­tains médias, la gauche qué­bé­coise reste bien enra­ci­née dans le tissu social. Elle est en mesure de faire des pro­po­si­tions auda­cieuses et en même temps réa­listes pour faire échec à la droite et remettre le Québec dans une autre direc­tion. Certes, les condi­tions pour réa­li­ser un rap­pro­che­ment font face à de sérieux obs­tacles. Du côté popu­laire, la méfiance est grande envers un PQ qu’on a vu refou­ler les reven­di­ca­tions légi­times et concé­der à un Québec inc de plus en plus aligné sur un Canada inc la domi­na­tion sur des pans entiers de notre ter­ri­toire. Du côté du PQ, il y a encore des résis­tants qui pensent que le projet de sou­ve­rai­neté doit être dés­in­carné des ques­tions fon­da­men­tales et qui rêvent de rame­ner au ber­cail cer­tains élec­teurs natio­na­listes de droite. Enfin, il y a, on l’a dit plus tôt, un sys­tème poli­tique anti­dé­mo­cra­tique qui rend très dif­fi­cile des alliances. Mais ce n’est pas impos­sible pour autant. Notamment sous la forme d’ententes ad hoc comme le sug­gère Amir Khadir qui réflé­chit tout haut à des pistes qui inter­pellent les mili­tants et les mili­tantes. Un leader poli­tique a le droit et en fait le devoir de penser tout haut tout en pré­ci­sant, comme le fait Khadir, que cette orien­ta­tion est per­son­nelle.

Des conditions gagnantes

Pour blo­quer le projet de droite, plu­sieurs condi­tions sont néces­saires. Québec Solidaire et ses alliés sociaux doivent main­te­nir la pres­sion, comme Amir Khadir le fait dans les enceintes trop sages de l’Assemblée natio­nale, comme le font éga­le­ment les occu­pants du Square Victoria et les com­mu­nau­tés de la rive-sud qui disent non à Talisman Oil et à Lucien Bouchard. Par ailleurs, le PQ, s’il veut blo­quer la Legault, doit s’entendre avec QS, pour que les deux partis ne se mettent pas mutuel­le­ment des bâtons dans les roues. Ceci ne peut pas impli­quer de conver­gence ou d’alliance de fonds, car soyons réa­listes, il y a des dif­fé­rences assez fon­da­men­tales entre les deux partis. Enfin, tou­jours dans l’esprit de blo­quer la droite, il faut rou­vrir le débat d’une manière beau­coup plus large. La réani­ma­tion d’une option pro­gres­siste et sou­ve­rai­niste va bien au-delà de la pro­chaine élec­tion et exige de défi­nir cette « deuxième révo­lu­tion tran­quille » qui se construira à tra­vers les valeurs de la jus­tice sociale, du fémi­nisme, de l’écologisme et de l’altermondialisme.

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