Résumé d'une présentation à venir dans le cadre de l’Université populaire d’été des NCS

Faire de la politique autrement ?

Par Mis en ligne le 16 août 2011

Faire de la poli­tique autre­ment, c’est d’abord et avant tout s’intéresser aux ques­tions poli­tiques fon­da­men­tales de notre époque et cher­cher à en com­prendre la dyna­mique. Notre époque, c’est celle de la mon­dia­li­sa­tion, de la domi­na­tion du capi­ta­lisme finan­cier à l’échelle du globe. La crise finan­cière actuelle en témoigne élo­quem­ment. Les États s’endettent pour ren­flouer les banques et les banques prennent pré­texte de l’endettement des États pour exiger qu’ils leur cèdent à rabais les biens publics ! Avec, à l’horizon, des pri­va­ti­sa­tions, des déré­gle­men­ta­tions, des sup­pres­sions de pro­grammes sociaux d’une ampleur encore jamais vue, l’avenir est sombre pour les peuples du monde. Mais, déjà, la résis­tance se mani­feste, des pays arabes à l’Espagne, à la Grèce et, bien­tôt, à bien d’autres pays. Mais il serait illu­soire et naïf de s’attendre à un affron­te­ment simul­tané à l’échelle mon­diale avec, d’un côté, les repré­sen­tants du capi­tal finan­cier et, de l’autre, les peuples de la pla­nète. La lutte des classes et des peuples est un phé­no­mène beau­coup plus com­plexe, qui s’inscrit dans un cadre natio­nal selon les par­ti­cu­la­ri­tés de chaque pays.

Faire de la poli­tique autre­ment, c’est donc connaître les carac­té­ris­tiques de son pays. Le Canada est un pays impé­ria­liste, très lié éco­no­mi­que­ment aux États-Unis, même s’il cherche à diver­si­fier ses par­te­na­riats par des ententes, prin­ci­pa­le­ment avec la Chine et l’Inde. Le gou­ver­ne­ment Harper repré­sente une coa­li­tion formée prin­ci­pa­le­ment des pétro­lières de l’Ouest, des finan­ciers de l’Ontario et de la droite reli­gieuse. Il veut faire jouer au Canada un rôle mili­taire accru à l’échelle mon­diale comme « par­te­naire junior » des États-Unis dans l’affrontement majeur qui se des­sine entre les grandes puis­sances pour le repar­tage des richesses du monde. Les forces mili­taires cana­diennes sont en Afghanistan et en Libye et le gou­ver­ne­ment Harper a annoncé son inten­tion d’ouvrir de nou­velles bases mili­taires à tra­vers le monde, au moment même où les États-Unis annon­çaient la fer­me­ture, pour des rai­sons bud­gé­taires, de cer­taines d’entre elles. Drôle de coïn­ci­dence ! Pour finan­cer ce budget mili­taire, le gou­ver­ne­ment pro­cé­dera à des com­pres­sions de plu­sieurs mil­liards de dol­lars dans la fonc­tion publique et les pro­grammes sociaux.

Faire de la poli­tique autre­ment, c’est iden­ti­fier les prin­ci­pales contra­dic­tions du pays, les lignes de frac­ture sur les­quelles il est pos­sible d’agir. Pas besoin d’avoir fait des études doc­to­rales en his­toire cana­dienne pour réa­li­ser que la ques­tion natio­nale est le talon d’Achille du Canada. Et cela, davan­tage aujourd’hui que jamais dans son his­toire. Premièrement, parce que la mon­dia­li­sa­tion, qui var­lope les cultures natio­nales, par­ti­cu­liè­re­ment celles des nations ne fai­sant pas partie de l’anglosphère, pro­voque une vive réac­tion iden­ti­taire. Elle s’est d’abord expri­mée par la résur­gence du phé­no­mène reli­gieux – on pense sur­tout à l’Islam – mais le prin­cipe des natio­na­li­tés refait aujourd’hui sur­face. On le voit bien avec le prin­temps arabe, où les forces qui s’en réclament dis­putent le pou­voir aux isla­miques, liés aux forces armées, elles-mêmes de mèche avec les États-Unis comme c’est le cas en Égypte, ou encore dans la zone euro, où les peuples défendent leur iden­tité natio­nale contre les pro­jets du capi­tal finan­cier d’une plus grande cen­tra­li­sa­tion des pou­voirs éco­no­miques et poli­tiques.

Deuxièmement, parce que le Québec, par suite de son déclin démo­gra­phique, sera de plus en plus mar­gi­na­lisé poli­ti­que­ment et éco­no­mi­que­ment au sein du Canada. De plus, ses valeurs sociales-démo­crates, paci­fistes et envi­ron­ne­men­tales, qui s’appuient sur une longue tra­di­tion, entre­ront en conflit de plus en plus marqué avec celles du gou­ver­ne­ment Harper. Troisièmement, parce que la ques­tion autoch­tone va deve­nir explo­sive. Au Québec, il y a les réac­tions pré­vi­sibles des peuples autoch­tones face au pillage de leur ter­ri­toire dans le cadre du Plan Nord. Dans l’ensemble du Canada, il y a les enjeux liés au Passage du Nord-Ouest dans l’Arctique, par suite de la fonte des glaces. Le gou­ver­ne­ment Harper va enga­ger des mil­liards de dol­lars pour mili­ta­ri­ser l’Arctique afin d’assurer la sou­ve­rai­neté cana­dienne face aux autres grandes puis­sances, mais éga­le­ment pour inti­mi­der les Autochtones du Nunavut et du Nunavik qui observent avec envie la démarche vers l’indépendance de leurs frères et sœurs du peuple Inuit du Groenland.

Faire de la poli­tique autre­ment, c’est se servir de ce puis­sant levier poli­tique qu’est la ques­tion natio­nale en l’articulant à la ques­tion sociale. À cette fin, il y a deux pièges à éviter, soit de consi­dé­rer la ques­tion natio­nale avant tout comme une ques­tion consti­tu­tion­nelle ou comme étant essen­tiel­le­ment une lutte entre deux bour­geoi­sies, la qué­bé­coise et la cana­dienne. Ces deux aspects sont pré­sents, mais la ques­tion natio­nale, c’est d’abord et avant tout la lutte d’un peuple contre son assu­jet­tis­se­ment éco­no­mique, poli­tique et cultu­rel. La ques­tion natio­nale a les poten­tia­li­tés d’être le point nodal où se concentrent les dif­fé­rentes reven­di­ca­tions démo­cra­tiques.

De plus, pour une petite nation – d’un point de vue démo­gra­phique – comme le Québec, le contexte inter­na­tio­nal est d’une grande impor­tance. La lutte du peuple qué­bé­cois et des peuples autoch­tones vers leur indé­pen­dance se nour­rit aujourd’hui de l’exemple des peuples arabes, comme elle s’est ins­pi­rée au XIXe siècle, dans le cas des Patriotes, du mou­ve­ment des indé­pen­dances en Europe et en Amérique latine, et, au début des années 1960, du mou­ve­ment de déco­lo­ni­sa­tion et des droits civiques aux États-Unis. Les succès de cette lutte pour­raient, à leur tour, servir d’exemple pour les mou­ve­ments natio­naux des Noirs et des Hispanophones aux États-Unis, dont on peut d’ores et déjà pré­dire la résur­gence suite à l’échec de la pré­si­dence d’Obama.

Faire de la poli­tique autre­ment, c’est aller plus loin que de défendre les acquis sociaux et nos condi­tions de tra­vail et de vie. Faire de la poli­tique autre­ment, c’est viser à prendre le pou­voir. Cela veut dire mobi­li­ser la popu­la­tion dans cette pers­pec­tive. Cela demande de s’inscrire dans le jeu poli­tique, de cla­ri­fier les enjeux, d’évaluer les rap­ports de forces, d’élaborer des stra­té­gies et des tac­tiques, et de pro­cé­der aux alliances de classe néces­saires pour atteindre notre but.

Les commentaires sont fermés.