Face à la dépression, xénophobie ou altermondialisme ?

Par Mis en ligne le 25 décembre 2009

Nous sommes en 1933. Nous avons certes évité, l’expérience aidant, les mani­fes­ta­tions les plus dra­ma­tiques de 1929. Mais rien n’indique que nous sachions éviter celles de 1939 et leur cor­tège d’abominations. Et tout reste à faire pour réus­sir, dans trois mois ou dans un an, ce qui a été en bonne partie raté en 1944, à Bretton Woods.


Car la crise actuelle est à la fois mon­diale et mul­ti­di­men­sion­nelle. Elle plonge l’ensemble de l’humanité dans une grande dépres­sion, dont l’issue est impré­dic­tible : elle peut aussi bien débou­cher sur le pire, par le déve­lop­pe­ment des pul­sions xéno­phobes comme dans la deuxième moitié des années 1930, ou, au contraire, faci­li­ter la mise en œuvre d’un alter­mon­dia­lisme, dont les contours s’esquissent pro­gres­si­ve­ment.

Une nou­velle grande dépres­sion :

Le mot crise est ambi­va­lent. Il peut tra­duire un moment pénible, d’où on res­sort « comme si de rien n’était », voire, sou­tiennent les maso­chistes, plus forts qu’avant. D’un point de vue macroé­co­no­mique, c’est le moment de retour­ne­ment à la baisse de l’activité, qui sur­vient tous les 5 ou 10 ans, de façon plus ou moins vio­lente, sui­vant que les cycles sec­to­riels (notam­ment celui de la construc­tion) se conjuguent plus ou moins inti­me­ment. Mais le mot crise revêt aussi un autre sens, plus struc­tu­rel, qui vise tout un sys­tème, d’où le nom de crise sys­té­mique. Celle-ci peut durer un temps indé­fini, tant qu’un nou­veau sys­tème cohé­rent n’est pas mis en place. Faut-il rap­pe­ler qu’en 1938, il y avait tou­jours neuf mil­lions de chô­meurs aux Etats-Unis, malgré 5 ans de New Deal de Roosevelt et que le monde ne sortit de la « grande dépres­sion » que pour tomber dans la seconde guerre mon­diale ? Or, 18 mois après l’éclatement de la crise des sub­primes, à l’été 2007, il devient évident pour un nombre crois­sant de citoyens et de déci­deurs, que celle-ci n’est pas sim­ple­ment cyclique, mais qu’elle est essen­tiel­le­ment sys­té­mique. Déjà, le qua­li­fi­ca­tif de réces­sion, défi­nie par deux tri­mestres de suite de recul du PIB, est dépassé. La pro­fon­deur de celle-ci est sans cesse rées­ti­mée : entre 2 et 5%, sui­vant les pays, en 2009, ce qui entraî­nera méca­ni­que­ment une aggra­va­tion dra­ma­tique du chô­mage dans les trois ou six mois sui­vants, avec son cor­tège de souf­frances sociales sup­plé­men­taires ; plus grave encore est la ques­tion de la durée de la contrac­tion de l’activité : tous les « pré­vi­sion­nistes » qui n’avaient rien prévu de ce qui se passe, sont dans l’incapacité de le dire, pour la simple raison que leurs modèles sont construits sur une extra­po­la­tion de com­por­te­ments de dépenses qui sont mani­fes­te­ment bou­le­ver­sés dans ce contexte sans pré­cé­dent depuis la seconde guerre mon­diale. Dès lors, la ques­tion essen­tielle pour l’ensemble des citoyens est d’intérioriser le fait que l’activité pro­duc­tive ne repar­tira pas dura­ble­ment dans le cadre du sys­tème finan­cier néo-libé­ral mori­bond et d’en tirer toutes les consé­quences, sociales, cultu­relles, poli­tiques et autres.

C’est très exac­te­ment ce que signi­fie le terme de crise sys­té­mique, crise d’un sys­tème déré­gulé qu’il est vain d’amender à la marge, comme l’espèrent encore un trop grand nombre de déci­deurs des pays anglo-saxons (amé­ri­cains, bri­tan­niques, cana­diens ou aus­tra­liens) et les finan­ciers du monde entier, incons­cients du fait que ce sys­tème est condamné à dis­pa­raître, de gré ou de force. La raison la plus pro­fonde en est qu’il ne s’agit plus désor­mais de vœux pieux de leurs adver­saires (qui n’ont pas attendu 2007 pour pro­cla­mer qu’un « autre monde est pos­sible »), mais de la convic­tion intime qui dicte le com­por­te­ment effec­tif des prin­ci­paux acteurs éco­no­miques, même quand ceux qui maî­trisent les médias affirment le contraire, par igno­rance ou parce qu’ils redoutent les effets auto-réa­li­sa­teurs des anti­ci­pa­tions. Ainsi, la grande majo­rité des grands (ir)responsables de la finance privée est mieux placée que per­sonne pour savoir à quel point, dans le cadre du sys­tème actuel (ses actifs trop com­plexes pour ne pas être pour­ris, ses régu­la­teurs direc­te­ment inté­res­sés aux béné­fices, ses para­dis infer­naux…), il leur est impos­sible de faire confiance à qui­conque : les grandes banques ne se prêtent plus de l’argent au jour le jour ; quant à leur par­te­naire de club, il est peut être en train de les escro­quer… Ainsi la dépres­sion dans laquelle le monde entier vient d’entrer est un phé­no­mène col­lec­tif, fait de la mul­ti­pli­ca­tion des dépres­sions indi­vi­duelles, qui vient aggra­ver cha­cune d’entre elles. Or, un tel climat de défiance géné­ra­li­sée ne peut se retour­ner dura­ble­ment, même si on pourra avoir, de temps à autre, quelques semaines d’illusions : quelques auda­cieux ten­te­ront une sortie le temps de faire quelques bonnes affaires à prix cassé, avant de prendre leurs béné­fices et de ren­trer dans leurs tanières. L’ensemble des déci­deurs finan­ciers s’est laissé prendre, pour la pre­mière fois depuis trois géné­ra­tions. Le der­nier pré­cé­dent remon­tait aux « années folles », les années 1920, dans l’illusion que les arbres pou­vaient croître jusqu’au ciel et que des ren­de­ments finan­ciers d’au moins 15% chaque année pou­vaient indé­fi­ni­ment se per­pé­tuer. Ils sont cepen­dant capables, pour la majo­rité d’entre eux, d’effets d’apprentissage et, malgré les plus beaux dis­cours, on ne les y repren­dra plus : d’où leur vol éperdu vers la qua­lité (flight to qua­lity) de leurs pla­ce­ments, enten­dez par là vers la garan­tie des Etats, et encore seule­ment des plus grands d’entre eux : car, en dehors du dollar, de l’euro et du yen, toutes les autres mon­naies sont mena­cées d’effondrement, y com­pris en Europe, de l’est au Royaume Uni. Le com­por­te­ment ren­tier a logi­que­ment et défi­ni­ti­ve­ment pris le pas sur les com­por­te­ments inno­va­teurs dans un sys­tème qui ne génère plus que l’aversion pour le risque : trop de cupi­dité a tué la cupi­dité, du moins au niveau col­lec­tif, inter­di­sant l’auto-résurrection du sys­tème ancien­ne­ment néo-libé­ral et qui est devenu celui d’un inter­ven­tion­nisme com­pul­sif et sans prin­cipe.

Les « plans de relance » ne relancent évi­dem­ment rien, tout au plus per­mettent ils des sau­ve­tages, plus ou moins pro­vi­soires, d’entreprises ou de sec­teurs (quelle autre solu­tion, dans les semaines à venir, pour les banques anglo-saxonnes ou General Motors qu’une faillite dra­ma­tique pour le monde entier ou qu’une natio­na­li­sa­tion qui n’ose pas dire son nom ?) et, au plan global, peuvent ils frei­ner la chute de l’activité, durant quelques tri­mestres. Or, ces poli­tiques néo-key­né­siennes pri­maires (qui n’ont au mieux retenu qu’un cha­pitre ou deux de « la « théo­rie géné­rale ») ne peuvent être péren­ni­sées que par la créa­tion moné­taire, met­tant à mal le pre­mier credo du libé­ra­lisme éco­no­mique, le « moné­ta­risme » de l’école de Chicago. De nos jours, les objec­tions ne sont plus maté­rielles (il n’est plus besoin de « planches à billets », de simples « clics » suf­fisent pour créer de la mon­naie) ou même idéo­lo­giques : le risque infla­tion­niste à long terme n’a aucun sens face à la réa­lité de plus en plus évi­dente de la défla­tion et il serait tou­jours loi­sible aux banques cen­trales de reti­rer de la cir­cu­la­tion la mon­naie excé­den­taire, dans l’hypothèse heu­reuse d’un redres­se­ment durable de la demande.

Trois limites beau­coup plus sérieuses rela­ti­visent les effets à attendre de ce néo-key­né­sia­nisme pri­maire : la pre­mière est que la pour­suite de cette poli­tique de relance est bornée pour l’immense majo­rité des pays, par le mon­tant de leurs réserves de changes, sous peine d’effondrement de leur mon­naie. La seconde est que, dans les grandes zones moné­taires elles-mêmes (où le risque pré­cé­dent ne se pose pas aussi sérieu­se­ment), l’efficacité des poli­tiques de sou­tien à l’activité est sou­vent mal ciblée : quand elle pré­tend sti­mu­ler l’investissement de ceux qui ne veulent pas inves­tir, elle se contente faire des cadeaux au patro­nat, comme c’est notam­ment le cas en France ; quand elle pro­pose une relance indis­tincte de la consom­ma­tion (telle une baisse géné­rale de la TVA au Royaume Uni), elle n’est que par­tiel­le­ment réper­cu­tée, du fait de l’augmentation des marges des entre­prises et de l’épargne des ménages aisés. C’est pour­quoi, il faut ici affir­mer avec l’ensemble des syn­di­cats et des mou­ve­ments sociaux que les mesures les plus justes, hausse signi­fi­ca­tive des mini­mas sociaux et des bas salaires (com­pen­sée par l’Etat dans le cas des très petites entre­prises), sont en même temps, dans la situa­tion actuelle, les plus effi­caces par la rapi­dité et l’importance de leurs effets sur la demande, l’activité et l’emploi, en atten­dant que des inves­tis­se­ments publics et des loge­ments sociaux, for­te­ment éco­nomes en éner­gie, puissent être concrè­te­ment enga­gés et viennent s’y ajou­ter. La troi­sième est qu’au niveau atteint par la divi­sion mon­diale du tra­vail, il ne peut y avoir de solu­tion à l’échelle natio­nale, ni même conti­nen­tale, et que per­sonne ne peut espé­rer sortir de la crise pen­dant que le reste de la pla­nète s’effondre.

C’est pour­quoi, les experts amé­ri­cains les mieux inten­tion­nés se trompent, quand ils croient que la relance doit pré­cé­der la refon­da­tion com­plète du sys­tème finan­cier et com­mer­cial mon­dial, qui aurait pour simple but d’éviter qu’à l’avenir une nou­velle crise majeure ne se repro­duise, car il ne peut y avoir de réus­site de leur plan de sti­mu­la­tion dans le cadre du sys­tème actuel. Il est donc urgent à l’échelle pla­né­taire, de mettre en oeuvre tout à la fois les bases d’un nou­veau sys­tème de déve­lop­pe­ment authen­ti­que­ment durable et les moyens de finan­ce­ment immé­diats de sa mise en œuvre. Pour cela, il serait pré­fé­rable, puisqu’on pré­tend « redé­cou­vrir » Keynes, de s’inspirer des efforts qu’il mena jusqu’à sa mort, pour un nou­veau sys­tème inter­na­tio­nal, fondé sur une mon­naie mon­diale (qu’il pro­po­sait d’appeler « bancor »). Or, celle-ci existe juri­di­que­ment depuis les année 70 sous la forme des Droits de Tirage Spéciaux que le FMI peut émettre du jour au len­de­main, si une majo­rité de 85% s’y dégage : ou les USA dis­posent de 17% des droits de vote, seul pays à y dis­po­ser d’un droit de veto… Il faut tou­te­fois se sou­ve­nir que l’administration amé­ri­caine s’opposa en 1944 à une mon­naie mon­diale, dans le but de per­pé­tuer l’hégémonie de son pays et de ses mul­ti­na­tio­nales : d’où toute l’ambiguïté des appels incan­ta­toires à un nou­veau Bretton Woods. Ils oublient que la ques­tion essen­tielle d’un « autre monde » est d’abord géo­po­li­tique, déter­mi­née par les déci­sions des grandes puis­sances. C’est d’abord la res­pon­sa­bi­lité de la pre­mière d’entre elles, qui doit accep­ter de passer du lea­der­ship au part­ner­ship, sui­vant la for­mule pro­phé­tique de John F. Kennedy, peu avant son assas­si­nat, mais qui n’a jamais été mise en œuvre de façon paci­fique dans l’histoire de l’humanité. C’est dire l’immensité du défi qui se dresse devant l’administration Obama, mais aussi devant nous dans la mesure où elle sera néces­sai­re­ment influen­cée par l’évolution des opi­nions et des rap­ports de force dans le reste du monde.

Les mou­ve­ments pro­gres­sistes (syn­di­caux et alter­mon­dia­liste) ne peuvent espé­rer influer le cours des évè­ne­ments, sans avoir la luci­dité de se poser la ques­tion de l’établissement d’une nou­velle hégé­mo­nie, capable de mettre en œuvre une stra­té­gie, glo­bale et mul­ti­di­men­sion­nelle, de trans­for­ma­tion, qui sup­pose de poser en toute lumière la ques­tion des alliances. Celle-ci concerne prio­ri­tai­re­ment la rela­tion des mou­ve­ments civiques, sociaux et envi­ron­ne­men­taux avec les orga­ni­sa­tions syn­di­cales et ; ensuite, celles de leurs rela­tions avec les milieux intel­lec­tuels et cultu­rels les plus divers. Quant à la rela­tion avec les partis et orga­ni­sa­tions poli­tiques, elle se pose évi­dem­ment dans des condi­tions qui seront néces­sai­re­ment très dif­fé­rentes sui­vant les pays, et même pro­ba­ble­ment sui­vant les périodes : l’approfondissement de la dépres­sion ne man­quera de radi­ca­li­ser, pour le meilleur et pour le pire, les posi­tions de la plu­part des mili­tants et des diri­geants, anciens et nou­veaux, et il serait contre-pro­duc­tif d’essayer d’en fixer des règles géné­rales à l’échelle mon­diale, et même sans doute à l’échelle euro­péenne.

Combattre le risque xéno­phobe :

Bien entendu, la légi­time défiance géné­ra­li­sée à l’égard de la vieille mon­dia­li­sa­tion ne concerne pas les seuls finan­ciers qui finissent d’enterrer le veau d’or qu’ils ne peuvent plus adorer, mais toutes les par­ties de nos socié­tés, à com­men­cer par les plus fra­giles, les plus nom­breuses et les pre­mières vic­times de la dépres­sion dans laquelle le monde entier s’enfonce. Les relents natio­na­listes sont d’abord ceux des diri­geants poli­tiques, sur­tout pres­sés d’utiliser leurs plus ou moins grandes marges de manœuvre pour ren­flouer leurs « cham­pions natio­naux », enten­dant par là leurs amis poli­tiques ou per­son­nels, quand il ne s’agit pas de les ins­tal­ler dans la place comme le fait Sarkosy dans les groupes ban­caires mutua­listes : la sar­ko­sy­sa­tion ne peut se sub­sti­tuer à la natio­na­li­sa­tion..

De leur côté, sous informé et trop sou­vent mani­pulé par les médias, tou­jours au ser­vice des grands groupes finan­ciers, l’ensemble du monde du tra­vail, du lycéen au retraité, en pas­sant par le sala­rié, le tra­vailleur indi­vi­duel et le chô­meur, se trouve désor­mais au cœur des contra­dic­tions : il est la pre­mière vic­time la crise mon­diale, dès lors que celle-ci, de finan­cière et éco­no­mique, est deve­nue inexo­ra­ble­ment sociale. Il est ainsi frappé dans toutes ses géné­ra­tions : les plus jeunes sans emploi, ni pers­pec­tive ; la masse de leurs aînés, frap­pés par les licen­cie­ments mas­sifs, qui n’épargnent plus désor­mais aucune caté­go­rie ; les plus anciens, accu­lés à la pau­pé­ri­sa­tion de leurs retraites, par­ti­cu­liè­re­ment quand l’effondrement de la capi­ta­li­sa­tion est celle de l’épargne de toute une vie. Mais le monde du tra­vail est en même temps, l’acteur essen­tiel de que sera la sortie de crise, l’émergence d’un nou­veau sys­tème, pour le pire ou le meilleur. Quand les car­nets de com­mande se vident, quand les pers­pec­tives d’emploi se rétractent, les ten­ta­tions de sauve qui peut égoïstes et la recherche de boucs émis­saires relèvent des réflexes pri­maires. La voie en est d’autant plus facile qu’il se trouve iné­luc­ta­ble­ment des appren­tis sor­ciers, à l’extrême droite, mais aussi bien en deçà, pour en accroître la ten­ta­tion ; sans comp­ter les orga­ni­sa­tions patro­nales qui réclament encore plus de déré­gu­la­tion et les idéo­logues du libre échange, qui, en niant le besoin élé­men­taire de pro­tec­tion des plus expo­sés, ne font que souf­fler, plus ou moins incons­ciem­ment, sur les braises. Or, ce n’est pas de néo-natio­na­lismes, mais d’altermondialisme, que le monde du tra­vail a besoin.

La pre­mière urgence est de mani­fes­ter la soli­da­rité de l’ensemble du monde du tra­vail et de ses orga­ni­sa­tions, au plan natio­nal et inter­na­tio­nal, et de l’imposer au patro­nat et aux ins­tances euro­péennes et inter­na­tio­nales qui conti­nuent de parler de com­pé­ti­ti­vité, quand ils pra­tiquent ou encou­ragent la sur­ex­ploi­ta­tion de la main d’œuvre étran­gère, à tra­vers leurs lois scé­lé­rates contre les immi­grés : les employeurs de main d’œuvre étran­gère doivent avoir les mêmes obli­ga­tions – mêmes droits et mêmes salaires – à l’égard des étran­gers qui tra­vaillent sur leur sol qu’à l’égard des tra­vailleurs natio­naux, sous peine de sanc­tions civiles et pénales, et cela pour les don­neurs d’ordre autant que pour leurs sous-trai­tants. Quand l’ensemble des com­mandes s’effondre et que les stocks d’invendus s’accumulent, il devient absurde de parler de com­pé­ti­ti­vité et de parts de marché : c’est l’ensemble des besoins, à com­men­cer par les plus urgents, qu’il faut sol­va­bi­li­ser au niveau global (cf. infra).

Plus lar­ge­ment, le temps du libre échange déloyal, fondé sur les dum­pings moné­taires, sociaux, éco­lo­giques et fis­caux, doit être révolu. L’alternative n’est évi­dem­ment pas le repli natio­na­liste, impra­ti­cable au niveau atteint par la divi­sion mon­diale du tra­vail. Mais l’enterrement offi­ciel du « cycle de Doha » et le rem­pla­ce­ment de l’Organisation Mondiale du Commerce par une ins­ti­tu­tion nou­velle, placée sous l’égide des Nations Unies, res­pec­tant sa charte fon­da­men­tale et coopé­rant avec l’ensemble de ses autres ins­ti­tu­tions (BIT, FAO, OMS, etc.), per­met­tront de défi­nir les condi­tions d’une reprise d’un com­merce loyal (« fair trade »), à l’échelle mon­diale.

Esquisse d’une autre mon­dia­li­sa­tion :

Car la meilleure anti­dote, face à la xéno­pho­bie, est la per­cep­tion claire qu’une sortie « par le haut » de la crise actuelle est pos­sible et même que les pre­mières amé­lio­ra­tions sub­stan­tielles sont à portée de la main. A cet égard, les dif­fi­cul­tés de posi­tion­ne­ment sont nom­breuses : il ne s’agit pas de char­ger la barque, au risque d’entraver les mesures d’urgence, mais de com­prendre que la nature de la dépres­sion actuelle inter­dit d’en sortir autre­ment que par une stra­té­gie mul­ti­di­men­sion­nelle de trans­for­ma­tion. Face aux urgences de toute sorte et à la montée des périls xéno­phobes, le temps n’est pas celui des uto­pies. Il faut certes réaf­fir­mer avec plus de vigueur que jamais la com­plé­men­ta­rité entre les grandes valeurs issues suc­ces­si­ve­ment du siècle des Lumières, des luttes du monde du tra­vail et de la prise de conscience éco­lo­gique. Il faut éga­le­ment énon­cer quelques grands objec­tifs de portée uni­ver­selle, qui don­ne­ront tout leur sens aux mesures à court et moyen terme, qui doivent être impo­sées par la mobi­li­sa­tion géné­rale des gauches syn­di­cales et mou­ve­men­tistes et cela à tous les niveaux : de celui des ter­ri­toires, comme en donne l’exemple l’Outre mer fran­çais au niveau mon­dial, où le Forum Social Mondial et la Confédération Internationale des Syndicats doivent se retrou­ver sur le ter­ri­toire amé­ri­cain pour faire leur jonc­tion avec toutes les forces éclai­rées de ce pays, en pas­sant pour l’Europe où le FSE doit pour­suivre son rap­pro­che­ment avec la Confédération Européenne des Syndicats et tous les pays, à com­men­cer par la France où l’unité d’action inter-syn­di­cale doit lutter au coude à coude, avec « l’appel des appels », qui réunit tous les mou­ve­ments de défense des ser­vices publics.

Pour que tous ces mou­ve­ments réus­sissent, au-delà des légi­times mesures d’urgence qu’ils réclament, il faut sur­tout défi­nir col­lec­ti­ve­ment une stra­té­gie mon­diale de trans­for­ma­tion, qui arti­cule celles-ci de façon cohé­rente dans l’espace et dans le temps.

Ces poli­tiques concernent non seule­ment le domaine moné­taire et finan­cier, mais aussi les domaines géo-poli­tique (réforme du sys­tème des Nations Unies et mise sous tutelle de l’OTAN), ali­men­taire et sani­taire, du déve­lop­pe­ment durable (trans­for­ma­tion des modes de pro­duc­tion, d’échanges et de consom­ma­tion, afin de garan­tir la maî­trise du climat et de la bio-diver­sité), social (éra­di­ca­tion de la pau­vreté, plein emploi de qua­lité et réduc­tion dras­tique des inéga­li­tés par une fis­ca­lité for­te­ment pro­gres­sive sur les reve­nus et les suc­ces­sions et par le pla­fon­ne­ment des hauts reve­nus), citoyenne (droits de l’homme et rôle des socié­tés civiles dans des démo­cra­ties à la fois plus repré­sen­ta­tives et plus par­ti­ci­pa­tives), cultu­rel (lutte contre toutes les dis­cri­mi­na­tions)…

Le texte joint, dont la pre­mière ver­sion a pré­cédé l’éclatement de la crise des sub­primes, pro­pose une pre­mière esquisse, qui s’inscrit dans la même logique que les conclu­sions du récent Forum Social Mondial de Belem.

(http://​reseau​-ipam​.org/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e1636)

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