Etats-Unis Les nouveaux sans-domicile américains

Mis en ligne le 24 janvier 2010

Toutes les grandes villes des Etats-Unis – même celles qui sont très connues pour leur richesse et pour leur opu­lence – sont en train de deve­nir des lieux où l’on peut avoir faim et être sans domi­cile.

Au cours de l’année 2009, on a assisté aux Etats-Unis à une aug­men­ta­tion moyenne ver­ti­gi­neuse de 26% des demandes d’aide d’urgence de nour­ri­ture, selon les résul­tats récents de l’Enquête sur la faim et le phé­no­mène des sans-domi­cile conduite par la Conférence des Maires des Etats-Unis. Cela repré­sente la plus forte aug­men­ta­tion moyenne de la demande au cours des 18 der­nières années.

L’enquête, basée sur les don­nées des 27 plus grandes villes des Etats-Unis, a constaté que les trois-quarts de ces villes connais­saient une forte aug­men­ta­tion du nombre de familles vivant sans domi­cile. Le nombre de ces familles vivant dans la rue y appa­raît en effet stu­pé­fiant, même si plu­sieurs villes ont pré­tendu que le nombre de per­sonnes vivant sans domi­cile était resté le même ou qu’il avait même dimi­nué.

La moitié des villes concer­nées par l’enquête ont déclaré que la demande d’assistance ali­men­taire avait aug­menté de 30% et plus. Dans le comté de Hennepin, qui com­prend la ville de Minneapolis (Etat du Minnesota), il y a eu une aug­men­ta­tion de 49% des demandes d’assistance ali­men­taire, demandes qui se concentrent dans l’aire urbaine de Minneapolis. Le Programme de Coupons Alimentaires est poussé jusqu’à ses limites, puisque, comme l’a déclaré au Minneapolis Star Tribune Bill Brumfield, le direc­teur régio­nal des ser­vices humains et de la santé publique du comté de Hennepin, « ce genre d’événement – une perte d’emplois par la classe moyenne – n’était ini­tia­le­ment pas prévu ».

Quant à Denise Jourdain, récem­ment licen­ciée par une orga­ni­sa­tion à but non-lucra­tif, elle a raconté com­ment elle s’était rendue dans un centre de dis­tri­bu­tion ali­men­taire du Catholic Charities à Minneapolis pour deman­der des cou­pons de nour­ri­ture, après avoir remis sa démarche au len­de­main durant trois mois. Mais « la crainte de ne pas avoir assez de nour­ri­ture » l’a fina­le­ment pous­sée là-bas, comme elle l’a dit à un jour­na­liste en ajou­tant : « Que se pas­sera-t-il si je n’ai pas de tra­vail à la fin du mois ? Il faut que je fasse cela. »

Le rap­port de la Conférence des Maires des Etats-Unis a établi que 22 villes sur 23 fai­saient état d’une aug­men­ta­tion du nombre de per­sonnes recou­rant à l’assistance ali­men­taire pour la pre­mière fois. Nashville a connu une aug­men­ta­tion de 74% de ces pre­mières demandes, Seattle une aug­men­ta­tion de 30% et Los Angeles et Detroit des aug­men­ta­tions de 10 à 15%.

Selon le rap­port des maires, des gens qui, il y a une année encore, dis­tri­buaient eux-mêmes des repas, se trouvent aujourd’hui à les deman­der :

« Six villes ont déclaré que des familles de la classe moyenne qui avaient l’habitude de dis­tri­buer des paniers de nour­ri­ture étaient main­te­nant obli­gées de deman­der elles-mêmes de l’assistance. La demande crois­sante pro­ve­nant de familles de la classe moyenne a créé de nou­veaux défis pour la dis­tri­bu­tion de ces paniers-repas. San Francisco a ouvert cinq nou­veaux centres au cours de l’année der­nière afin de pou­voir servir toutes les nou­velles per­sonnes obli­gées de deman­der de l’aide en raison de la réces­sion. La ville a même lancé une cam­pagne média­tique agres­sive pour pro­mou­voir ces dis­tri­bu­tions de paniers-repas, parce que beau­coup de gens ne savaient même pas qu’il exis­tait des pos­si­bi­li­tés d’assistance.

La ville de Dallas rap­porte que les familles de la classe moyenne ayant besoin d’assistance ne sont pas fami­lia­ri­sées avec la manière d’accéder aux ser­vices sociaux, qu’elles attendent trop long­temps avant d’essayer, et qu’elles n’hésitent pas à faire connaître leur point de vue sur les condi­tions d’accès aux ser­vices sociaux. »

De plus, les gens qui ont faim visitent plus sou­vent qu’auparavant les centres de dis­tri­bu­tion. La ville de Providence, dans l’Etat de Rhode Island, a rap­porté le fait « qu’autrefois les gens s’organisaient pour venir cher­cher en même temps leur panier-repas et leurs cou­pons ali­men­taires, mais que main­te­nant elles devaient reve­nir plus tôt parce qu’en raison de l’augmentation du coût de la nour­ri­ture, leurs cou­pons ne per­met­taient pas de tenir jusqu’à la dis­tri­bu­tion pro­chaine. »

Lorsqu’on a demandé aux res­pon­sables muni­ci­paux quelles étaient. selon eux, les rai­sons de l’augmentation de la faim parmi leurs citoyens, 92% des villes inter­ro­gées ont dit que le chô­mage était la pre­mière cause, devant les loyers élevés (60%) et les bas salaires (48 %). Trente-deux% des villes ont cité les coûts médi­caux élevés comme étant une des rai­sons prin­ci­pales de la faim – ce qui repré­sente une forte aug­men­ta­tion par rap­port à 2008 où seule­ment 8% des villes avaient dési­gné les fac­tures médi­cales comme étant un élé­ment res­pon­sable de la faim.

Les familles plus que les per­sonnes seules sont en train de deve­nir le nou­veau visage des sans-domi­cile aux Etats-Unis. San Francisco, Sacramento, Nashville, Dallas, Boston, Kansas City et Charleston, toutes ces villes ont évoqué des aug­men­ta­tions à deux chiffres du nombre de familles n’ayant plus de domi­cile.

A Norfolk, dans l’Etat de Virginie, où le nombre de per­sonnes vivant sans domi­cile a aug­menté de 15% au cours des douze der­niers mois, la popu­la­tion de ces sans-domi­cile a changé, selon Linda Jones de l’Union Mission Ministries (struc­ture chré­tienne qui dis­tri­bue de la nour­ri­ture, des habits, des héber­ge­ments) locale. Il y a plus de femmes et de jeunes qui perdent leur domi­cile, comme celle-ci l’a expli­qué au jour­nal Virginian-Pilot.

A la mis­sion, des hommes dorment sur le sol du hall d’entrée et les femmes dorment dans des bureaux ou des chambres d’hôtel – presque 300 per­sonnes chaque nuit. Ce nombre repré­sente une aug­men­ta­tion de 10% par rap­port à l’année pré­cé­dente.

Norfolk avait déjà été dure­ment tou­chée en 2007, lorsqu’un site d’assemblage de camions de Ford avait été fermé. Maintenant, les temps sont encore plus durs. Selon Linda Jones, les dons de privés en faveur de la mis­sion auraient dimi­nué de 23% en 2009. En 2008, l’organisation four­nis­sait 2500 car­tons de nour­ri­ture à des familles pen­dant les vacances [1], alors que l’année sui­vante, seuls 1’000 car­tons étaient dis­po­nibles pour répondre à des besoins en si forte aug­men­ta­tion.

La crise de Norfolk repré­sente un cas tout à fait ordi­naire. Les exé­cu­tifs muni­ci­paux ont été obli­gés d’être « créa­tifs » pour répondre à la demande d’hébergement où passer la nuit. Sept villes, tou­jours selon la même enquête des maires amé­ri­cains, ont expli­qué com­ment elles conver­tissent des immeubles com­mer­ciaux en des gîtes tem­po­raires pour essayer de répondre aux besoins.

De nom­breuses villes, incluant Detroit, Los Angeles et Nashville ont dit que de nou­velles villes de tentes pour les sans-domi­cile avaient fait leur appa­ri­tion et d’autres villes, telles que Sacramento et Des Moines, ont déclaré quant à elles que les cités de tentes déjà exis­tantes étaient en train de s’agrandir. (Traduction A l’Encontre)

* Elizabeth Schulte a écrit cet article pour l’hebdomadaire Socialist Worker (USA)

1. La Fair Labor Standards Act aux États-Unis ne pré­voit pas de paie­ment pour du temps non tra­vaillé. « Un avan­tage » comme les vacances est une ques­tion à régler entre l’employeur et l’employé, ou le repré­sen­tant des employés. De plus, des dif­fé­rences impor­tantes existent entre les divers Etats. Deux semaines de vacances après 5 ans de tra­vail… est une « norme accep­table » (Réd).

A l’encontre, case pos­tale 120, 1000 Lausanne 20 administration@​alencontre.​org Soutien : ccp 10-25669-5

Les commentaires sont fermés.