Est-ce que l’impérialisme a une date de péremption, dites-moi ?

La gouvernance souverainiste du PQ pourrait annoncer ses couleurs et éviter les gaspillages de ces guerres en demandant le transfert d’Ottawa des fonds qui y sont consacrés à des objectifs plus progressistes et mieux adaptés aux valeurs partagées au Québec.

Sous le prétexte de luttes antifascistes, l’Occident mobilise son bras armé, l’OTAN, pour imposer au monde une guerre de race contre le Tiers-Monde (… à défaut d’un meilleur mot pour décrire cette misère mondiale provoquée par une hiérarchie injuste des nations  et dont les décisions des dirigeants des pays dominants sont les responsables). La suprématie blanche est encore la plus favorisée de la planète.

Les lieux de ces interventions néocoloniales demandent encore plus de ressources militaires et les campagnes de mensonges, sous le couvert de nobles idéaux, ne parviennent pas toujours à convaincre une opinion publique sceptique. Et il semble que les moyens matériels et idéologiques pour justifier cette escalade de la violence planétaire fassent finalement faux bond à ses protagonistes.  La « guerre sans fin » appelée par Bush ne rencontre pas tous les appuis possibles en Europe et ici même au Canada où Harper peine à expliquer le pourquoi de tant d’investissements consacrés au complexe militaro-industriel du monde alors qu’il sabote littéralement les services publics au nom de l’austérité nécessaire. Et comment ne pas le soupçonner de vouloir sauver encore les banques du naufrage que signifierait pour elles une baisse des profits pour leurs actionnaires et un manque à gagner dans l’extorsion de leurs épargnants ou emprunteurs ? Il accepte, par solidarité ou calcul, une intervention au Mali. La France de Holland a décidé de participer à la curée. Y a-t-il, dites-le moi, une date de péremption à cette forme de néocolonialisme ?

Comment en effet expliquer, sans qu’elles ne finissent par des campagnes mensongères, une guerre perpétuelle contre les résultats historiques des luttes anticoloniales ? Les coupures budgétaires, même celles dans la défense, révèlent une volonté de restructurer l’appareil de l’État providence en un instrument de contrôle et de domination impérialiste. Les dépenses en armement, réduites en apparence, ne sont-elles pas aussi un moyen de rendre l’appareil militariste plus efficace et à meilleur prix ? On détruit la vielle quincaillerie, ces F-18 dont nous avons combattu l’achat dans les rues d’Ottawa dans les années 80,  pour investir dans de nouvelles armes comme les drones ou les F-35.

La guerre suit la mise à la disposition des minières canadiennes des ressources de l’ACDI, anciennement vouées à la coopération internationale, pour former leur main-d’œuvre dans le Tiers-Monde. Cela illustre bien cette stratégie d’exploitation et de perpétuation de la pauvreté ici et à l’échelle du monde. On se souviendra donc de ce virage à droite d’Ottawa qu’un Bloc réélu aurait sans doute pu dénoncer aux Communes.

C’est ainsi qu’en toute légitimité les organismes québécois de solidarité internationale, rassemblées dans l’AQOCI, revendiquent le rapatriement par le Parti Québécois des fonds consacrés antérieurement par Ottawa à l’aide internationale. Ce n’est pas pour rien que les revendications politiques associées à ces luttes demandent plus de pouvoir contre celui réactionnaire d’Ottawa. Aussi bien, se disent les gens, nous gérer nous-mêmes quant à l’être par le représentant « canadian » d’une classe parasitaire dont l’histoire démontre quelle est la source de bien des formes d’oppressions et d’aliénation au Canada.

Si on se place du point de vue de la mondialisation et du libre-échange, que les mouvements syndicaux et populaires ont contesté depuis des années, on voit, complètement ignoré par Harper, la contestation de ces stratégies coloniales qui affectent les pays dominés, les Autochtones, le Québec et les travailleurs les plus pauvres et avec des emplois précarisés. C’est l’inévitable choix du capitalisme entre les canons et le beurre. Harper choisit de toute évidence les canons sans que le NPD, un parti  social démocrate actif au Canada à l’époque des Trente Glorieuses, ne puisse vraiment influencer le cours des choses. Mais ce parti a-t-il la volonté et les moyens de le faire puisqu’il doit se fabriquer une image respectable et sans faute sur le parcours qui mène au pouvoir d’un pays impérialiste comme le Canada ?

Alors, est-ce qu’un Québec se démarquant et dénonçant ces dépenses de guerre en demandant qu’elles soient consacrées à corriger la « récession sociale » au Québec, que la CSN veut combattre, n’agirait pas à la manière de cette « gouvernance souverainiste » promise ? À moins qu’on ne veuille associer ce parti pris pour l’indépendance à la seule stratégie de la négociation sans véritable volonté d’en éclaircir au plus vite les moyens d’y aboutir ?

Au fédéral, on semble afficher aussi ouvertement une vision des anciennes colonies, et peut-être d’un Québec subalterne, comme un grand territoire aussi disponible pour les minières et occupé par des bases militaires établies en permanence. Les États-Unis comptent 800 bases militaires éparpillées dans le monde et le gouvernement Harper a avoué magasiner dans ce vaste territoire des points de chute pour ses armées. La militarisation n’est donc pas une simple lubie d’une extrême droite fanatisée. Elle constitue plutôt la façon normale de l’impérialisme de se propager en fonction des intérêts de classes sociales privilégiées que nous avons nous-mêmes à affronter pour préserver nos emplois, les services publics et tout ce qui fera d’un futur Québec indépendant une patrie dont nous pouvons penser être les maîtres.

Dans cette perspective, les esprits fanatisés d’Al-Qaida ne sont que le résultat des empiètements dans un Tiers-Monde fragilisé par les politiques mondiales de conquête de nouveaux territoires à appauvrir par l’exploitation marchande de leurs richesses et de leur main-d’œuvre. Une forme de Klondike qui nous est présenté dans les médias traditionnels comme un vaste fouillis peuplé de barbares ignorants et d’enfants soldats à sauver eux aussi de guerres par la guerre que mènera un monde judiciarisé contre ceux qui les recrutent sans que jamais les véritables responsables de cette chasse aux combattants ne soient ciblés. En fait, un transfert permanent de ressources humaines et matérielles vers les pays du Nord semble inéluctable malgré les indépendances conquises de l’après-guerre. Et pour le Québec, le calcul de ce qui s’en va à Ottawa, en taxe par rapport à ce qui nous revient en richesse correspondante, serait sans doute à nos détriments si les économistes en faisaient le bilan. Si nous en étions plutôt des bénéficiaires, il faudrait se demander en quoi le Québec reste intéressant pour le ROC. Pas pour notre cinéma tout de même ! Pour ce que nous lui rapportons ? Ou pour ce qu’il nous donne ? De ces alternatives, aucune ne nous semblerait valable pour maintenir un lien de subalterne avec le Canada. Cela constituerait tout de même une invitation pour tous à sortir du Canada afin de prendre les décisions nécessaires à notre prospérité sans alimenter le Canada en ressources et en richesse qui nous reviendraient de droit comme nation souveraine.

Et ce ne serait pas par égoïsme que nous prendrions cette décision, mais pour mettre en œuvre un projet de société qui nous conviendrait le mieux. Nous parlons ici, pour notre part, du socialisme, ce régime politique dont on peut apprendre de son histoire au XX ième siècle, et même de celle toute nouvelle du XXI ième siècle, avec tout autant d’assurance qu’un Québec libre pourrait en conserver les aspects progressistes et dont les irritants seraient, ou combattus, ou corrigés. Il s’agit en fait de distinguer des contes hostiles de la Guerre Froide l’apprentissage difficile de ces régimes qu’on a aussi montrés comme la fin de la civilisation sans autre voie de sortie qu’un retour à la démocratie libérale.

Les Trente Glorieuses, période de prospérité d’après guerre, ont épuisé leurs effets progressistes et elles sont souvent conçues par la sociale démocratie comme une forme d’Âge d’Or du développement faisant ainsi oublier, et les conquêtes sociales et politiques fragilisées sous le poids du virage à droite des classes dominantes dans les années 70, et les luttes de libération nationale qui ont sacrifié tant de vies et provoqué tant de catastrophes durant une soi-disant Guerre Froide qui se déployait souvent en guerre chaude et en menace pour la survie de l’humanité et de la petite planète qui nous a été confiée. C’est à ce prix qu’ont finalement « émergé », en ne comptant surtout que sur eux-mêmes, des États libres du Tiers-monde après un long et sinueux processus de lutte pour leur indépendance véritable.

Même dans les plus sombres années du féodalisme un intellectuel, finalement ostracisé par le roi, avertissait celui-ci de façon prémonitoire que la criminalisation des plus pauvres (c’est ce qu’on a fait avec les combattants d’Al-Qaïda et les manifestants pacifiques du Printemps Érable) avait de lourdes conséquences sur la valeur éthique de son  pouvoir. Thomas More, l’intellectuel en question, interpellait le pouvoir de son époque en ces termes :

« En effet, vous laissez donner le plus mauvais pli et gâter peu à peu les caractères depuis la petite enfance et vous punissez des adultes pour des crimes dont ils portent dès leurs premières années la promesse assurée. Que faites-vous d’autre, je vous le demande, que de fabriquer vous-mêmes les voleurs que vous pendez ensuite ? » Extrait de l’Utopie de Thomas More (XVIe siècle) — Tiré du site Le Grand Soir

On sait maintenant qu’Al-Qaïda est une création orchestrée contre l’URSS occupant l’Afghanistan. Et d’une guerre à l’autre, se révèle la domination militarisée de la plus grande partie d’un monde qui appelle pourtant à la paix et à un développement pacifique. Cette aspiration est sabotée par un OTAN toujours prête au chantage à l’intervention militaire et à engendrer crimes de guerre et violations du droit international.

Un espoir ? Ces quelques pays émergeants annonçant un monde multipolaire qui confinera peut-être l’impérialisme à ses terres. Et qui s’afficheront et s’affirmeront comme des forces de paix et de solidarité Sud-Sud. Une politique sur laquelle un Québec souverain pourrait très bien s’aligner aux côtés de ces pays remettant en question avec vigueur l’hégémonie impérialiste militarisée.

Ainsi donc, au lieu de nous soumettre aux volontés de pétrolières transnationales pas trop nettes qui veulent nous imposer un pipeline réversible et dangereux du point de vue environnemental dont nous n’avons pas besoin, pourquoi ne pas négocier avec le Venezuela un approvisionnement plus sûr et provenant d’un pays avec lequel le Québec partage une même volonté d’émancipation ? Les navires destinés au transport de ce pétrole pourraient très bien être construits aux Chantiers Davie qui mettraient ainsi en œuvre les compétences et les talents des ouvriers de Lévis, faisant d’eux d’authentiques « fossoyeurs du capitalisme ».

Guy Roy, porte-parole du parti communiste du Québec