Est-ce que l’impérialisme a une date de péremption, dites-moi ?

Par Mis en ligne le 17 janvier 2013

La gou­ver­nance sou­ve­rai­niste du PQ pour­rait annon­cer ses cou­leurs et éviter les gas­pillages de ces guerres en deman­dant le trans­fert d’Ottawa des fonds qui y sont consa­crés à des objec­tifs plus pro­gres­sistes et mieux adap­tés aux valeurs par­ta­gées au Québec.

Sous le pré­texte de luttes anti­fas­cistes, l’Occident mobi­lise son bras armé, l’OTAN, pour impo­ser au monde une guerre de race contre le Tiers-Monde (… à défaut d’un meilleur mot pour décrire cette misère mon­diale pro­vo­quée par une hié­rar­chie injuste des nations et dont les déci­sions des diri­geants des pays domi­nants sont les res­pon­sables). La supré­ma­tie blanche est encore la plus favo­ri­sée de la pla­nète.

Les lieux de ces inter­ven­tions néo­co­lo­niales demandent encore plus de res­sources mili­taires et les cam­pagnes de men­songes, sous le cou­vert de nobles idéaux, ne par­viennent pas tou­jours à convaincre une opi­nion publique scep­tique. Et il semble que les moyens maté­riels et idéo­lo­giques pour jus­ti­fier cette esca­lade de la vio­lence pla­né­taire fassent fina­le­ment faux bond à ses pro­ta­go­nistes. La « guerre sans fin » appe­lée par Bush ne ren­contre pas tous les appuis pos­sibles en Europe et ici même au Canada où Harper peine à expli­quer le pour­quoi de tant d’investissements consa­crés au com­plexe mili­taro-indus­triel du monde alors qu’il sabote lit­té­ra­le­ment les ser­vices publics au nom de l’austérité néces­saire. Et com­ment ne pas le soup­çon­ner de vou­loir sauver encore les banques du nau­frage que signi­fie­rait pour elles une baisse des pro­fits pour leurs action­naires et un manque à gagner dans l’extorsion de leurs épar­gnants ou emprun­teurs ? Il accepte, par soli­da­rité ou calcul, une inter­ven­tion au Mali. La France de Holland a décidé de par­ti­ci­per à la curée. Y a-t-il, dites-le moi, une date de péremp­tion à cette forme de néo­co­lo­nia­lisme ?

Comment en effet expli­quer, sans qu’elles ne finissent par des cam­pagnes men­son­gères, une guerre per­pé­tuelle contre les résul­tats his­to­riques des luttes anti­co­lo­niales ? Les cou­pures bud­gé­taires, même celles dans la défense, révèlent une volonté de restruc­tu­rer l’appareil de l’État pro­vi­dence en un ins­tru­ment de contrôle et de domi­na­tion impé­ria­liste. Les dépenses en arme­ment, réduites en appa­rence, ne sont-elles pas aussi un moyen de rendre l’appareil mili­ta­riste plus effi­cace et à meilleur prix ? On détruit la vielle quin­caille­rie, ces F-18 dont nous avons com­battu l’achat dans les rues d’Ottawa dans les années 80, pour inves­tir dans de nou­velles armes comme les drones ou les F-35.

La guerre suit la mise à la dis­po­si­tion des minières cana­diennes des res­sources de l’ACDI, ancien­ne­ment vouées à la coopé­ra­tion inter­na­tio­nale, pour former leur main-d’œuvre dans le Tiers-Monde. Cela illustre bien cette stra­té­gie d’exploitation et de per­pé­tua­tion de la pau­vreté ici et à l’échelle du monde. On se sou­vien­dra donc de ce virage à droite d’Ottawa qu’un Bloc réélu aurait sans doute pu dénon­cer aux Communes.

C’est ainsi qu’en toute légi­ti­mité les orga­nismes qué­bé­cois de soli­da­rité inter­na­tio­nale, ras­sem­blées dans l’AQOCI, reven­diquent le rapa­trie­ment par le Parti Québécois des fonds consa­crés anté­rieu­re­ment par Ottawa à l’aide inter­na­tio­nale. Ce n’est pas pour rien que les reven­di­ca­tions poli­tiques asso­ciées à ces luttes demandent plus de pou­voir contre celui réac­tion­naire d’Ottawa. Aussi bien, se disent les gens, nous gérer nous-mêmes quant à l’être par le repré­sen­tant « cana­dian » d’une classe para­si­taire dont l’histoire démontre quelle est la source de bien des formes d’oppressions et d’aliénation au Canada.

Si on se place du point de vue de la mon­dia­li­sa­tion et du libre-échange, que les mou­ve­ments syn­di­caux et popu­laires ont contesté depuis des années, on voit, com­plè­te­ment ignoré par Harper, la contes­ta­tion de ces stra­té­gies colo­niales qui affectent les pays domi­nés, les Autochtones, le Québec et les tra­vailleurs les plus pauvres et avec des emplois pré­ca­ri­sés. C’est l’inévitable choix du capi­ta­lisme entre les canons et le beurre. Harper choi­sit de toute évi­dence les canons sans que le NPD, un parti social démo­crate actif au Canada à l’époque des Trente Glorieuses, ne puisse vrai­ment influen­cer le cours des choses. Mais ce parti a-t-il la volonté et les moyens de le faire puisqu’il doit se fabri­quer une image res­pec­table et sans faute sur le par­cours qui mène au pou­voir d’un pays impé­ria­liste comme le Canada ?

Alors, est-ce qu’un Québec se démar­quant et dénon­çant ces dépenses de guerre en deman­dant qu’elles soient consa­crées à cor­ri­ger la « réces­sion sociale » au Québec, que la CSN veut com­battre, n’agirait pas à la manière de cette « gou­ver­nance sou­ve­rai­niste » pro­mise ? À moins qu’on ne veuille asso­cier ce parti pris pour l’indépendance à la seule stra­té­gie de la négo­cia­tion sans véri­table volonté d’en éclair­cir au plus vite les moyens d’y abou­tir ?

Au fédé­ral, on semble affi­cher aussi ouver­te­ment une vision des anciennes colo­nies, et peut-être d’un Québec subal­terne, comme un grand ter­ri­toire aussi dis­po­nible pour les minières et occupé par des bases mili­taires éta­blies en per­ma­nence. Les États-Unis comptent 800 bases mili­taires épar­pillées dans le monde et le gou­ver­ne­ment Harper a avoué maga­si­ner dans ce vaste ter­ri­toire des points de chute pour ses armées. La mili­ta­ri­sa­tion n’est donc pas une simple lubie d’une extrême droite fana­ti­sée. Elle consti­tue plutôt la façon nor­male de l’impérialisme de se pro­pa­ger en fonc­tion des inté­rêts de classes sociales pri­vi­lé­giées que nous avons nous-mêmes à affron­ter pour pré­ser­ver nos emplois, les ser­vices publics et tout ce qui fera d’un futur Québec indé­pen­dant une patrie dont nous pou­vons penser être les maîtres.

Dans cette pers­pec­tive, les esprits fana­ti­sés d’Al-Qaida ne sont que le résul­tat des empiè­te­ments dans un Tiers-Monde fra­gi­lisé par les poli­tiques mon­diales de conquête de nou­veaux ter­ri­toires à appau­vrir par l’exploitation mar­chande de leurs richesses et de leur main-d’œuvre. Une forme de Klondike qui nous est pré­senté dans les médias tra­di­tion­nels comme un vaste fouillis peuplé de bar­bares igno­rants et d’enfants sol­dats à sauver eux aussi de guerres par la guerre que mènera un monde judi­cia­risé contre ceux qui les recrutent sans que jamais les véri­tables res­pon­sables de cette chasse aux com­bat­tants ne soient ciblés. En fait, un trans­fert per­ma­nent de res­sources humaines et maté­rielles vers les pays du Nord semble iné­luc­table malgré les indé­pen­dances conquises de l’après-guerre. Et pour le Québec, le calcul de ce qui s’en va à Ottawa, en taxe par rap­port à ce qui nous revient en richesse cor­res­pon­dante, serait sans doute à nos détri­ments si les éco­no­mistes en fai­saient le bilan. Si nous en étions plutôt des béné­fi­ciaires, il fau­drait se deman­der en quoi le Québec reste inté­res­sant pour le ROC. Pas pour notre cinéma tout de même ! Pour ce que nous lui rap­por­tons ? Ou pour ce qu’il nous donne ? De ces alter­na­tives, aucune ne nous sem­ble­rait valable pour main­te­nir un lien de subal­terne avec le Canada. Cela consti­tue­rait tout de même une invi­ta­tion pour tous à sortir du Canada afin de prendre les déci­sions néces­saires à notre pros­pé­rité sans ali­men­ter le Canada en res­sources et en richesse qui nous revien­draient de droit comme nation sou­ve­raine.

Et ce ne serait pas par égoïsme que nous pren­drions cette déci­sion, mais pour mettre en œuvre un projet de société qui nous convien­drait le mieux. Nous par­lons ici, pour notre part, du socia­lisme, ce régime poli­tique dont on peut apprendre de son his­toire au XX ième siècle, et même de celle toute nou­velle du XXI ième siècle, avec tout autant d’assurance qu’un Québec libre pour­rait en conser­ver les aspects pro­gres­sistes et dont les irri­tants seraient, ou com­bat­tus, ou cor­ri­gés. Il s’agit en fait de dis­tin­guer des contes hos­tiles de la Guerre Froide l’apprentissage dif­fi­cile de ces régimes qu’on a aussi mon­trés comme la fin de la civi­li­sa­tion sans autre voie de sortie qu’un retour à la démo­cra­tie libé­rale.

Les Trente Glorieuses, période de pros­pé­rité d’après guerre, ont épuisé leurs effets pro­gres­sistes et elles sont sou­vent conçues par la sociale démo­cra­tie comme une forme d’Âge d’Or du déve­lop­pe­ment fai­sant ainsi oublier, et les conquêtes sociales et poli­tiques fra­gi­li­sées sous le poids du virage à droite des classes domi­nantes dans les années 70, et les luttes de libé­ra­tion natio­nale qui ont sacri­fié tant de vies et pro­vo­qué tant de catas­trophes durant une soi-disant Guerre Froide qui se déployait sou­vent en guerre chaude et en menace pour la survie de l’humanité et de la petite pla­nète qui nous a été confiée. C’est à ce prix qu’ont fina­le­ment « émergé », en ne comp­tant sur­tout que sur eux-mêmes, des États libres du Tiers-monde après un long et sinueux pro­ces­sus de lutte pour leur indé­pen­dance véri­table.

Même dans les plus sombres années du féo­da­lisme un intel­lec­tuel, fina­le­ment ostra­cisé par le roi, aver­tis­sait celui-ci de façon pré­mo­ni­toire que la cri­mi­na­li­sa­tion des plus pauvres (c’est ce qu’on a fait avec les com­bat­tants d’Al-Qaïda et les mani­fes­tants paci­fiques du Printemps Érable) avait de lourdes consé­quences sur la valeur éthique de son pou­voir. Thomas More, l’intellectuel en ques­tion, inter­pel­lait le pou­voir de son époque en ces termes :

« En effet, vous lais­sez donner le plus mau­vais pli et gâter peu à peu les carac­tères depuis la petite enfance et vous punis­sez des adultes pour des crimes dont ils portent dès leurs pre­mières années la pro­messe assu­rée. Que faites-vous d’autre, je vous le demande, que de fabri­quer vous-mêmes les voleurs que vous pendez ensuite ? » Extrait de l’Utopie de Thomas More (XVIe siècle) — Tiré du site Le Grand Soir

On sait main­te­nant qu’Al-Qaïda est une créa­tion orches­trée contre l’URSS occu­pant l’Afghanistan. Et d’une guerre à l’autre, se révèle la domi­na­tion mili­ta­ri­sée de la plus grande partie d’un monde qui appelle pour­tant à la paix et à un déve­lop­pe­ment paci­fique. Cette aspi­ra­tion est sabo­tée par un OTAN tou­jours prête au chan­tage à l’intervention mili­taire et à engen­drer crimes de guerre et vio­la­tions du droit inter­na­tio­nal.

Un espoir ? Ces quelques pays émer­geants annon­çant un monde mul­ti­po­laire qui confi­nera peut-être l’impérialisme à ses terres. Et qui s’afficheront et s’affirmeront comme des forces de paix et de soli­da­rité Sud-Sud. Une poli­tique sur laquelle un Québec sou­ve­rain pour­rait très bien s’aligner aux côtés de ces pays remet­tant en ques­tion avec vigueur l’hégémonie impé­ria­liste mili­ta­ri­sée.

Ainsi donc, au lieu de nous sou­mettre aux volon­tés de pétro­lières trans­na­tio­nales pas trop nettes qui veulent nous impo­ser un pipe­line réver­sible et dan­ge­reux du point de vue envi­ron­ne­men­tal dont nous n’avons pas besoin, pour­quoi ne pas négo­cier avec le Venezuela un appro­vi­sion­ne­ment plus sûr et pro­ve­nant d’un pays avec lequel le Québec par­tage une même volonté d’émancipation ? Les navires des­ti­nés au trans­port de ce pétrole pour­raient très bien être construits aux Chantiers Davie qui met­traient ainsi en œuvre les com­pé­tences et les talents des ouvriers de Lévis, fai­sant d’eux d’authentiques « fos­soyeurs du capi­ta­lisme ».

Guy Roy, porte-parole du parti com­mu­niste du Québec

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