Essais de critique marxiste : histoire, esthétique, politique

Par Mis en ligne le 10 juillet 2012

Textes de Jean Jacques Goblot, pré­sen­ta­tion de Lucien Sève (la dis­pute 2011).

En pré­sen­tant ce livre, regrou­pant 6 textes (5 publiés, 1 inédit) de J.J. Goblot, Lucien Sève dit « lancer une bou­teille à la mer ». On pour­rait tout aussi bien parler de coffre aux tré­sors, tant sont divers et pas­sion­nants les apports de ces textes, (qui s’échelonnent des années 60 à nos jours) à la pensée contem­po­raine.

Je n’en veux ici sou­li­gner qu’un seul, qui me touche par­ti­cu­liè­re­ment, dans le cadre de notre réflexion (dite « ate­lier 2L ») sur la recherche et la dif­fu­sion d’outils concep­tuels uti­li­sant la pensée du com­plexe et la dia­lec­tique, pour la trans­for­ma­tion sociale. Il s’agit de la manière dont J.J. Goblot expli­cite de façon soi­gneuse et rigou­reuse sa méthode d’analyse. Présente dans tous les textes, cette démarche est lon­gue­ment mise en œuvre dans le pre­mier, publié en 1973 sous forme de livre, à partir d’ une série d’articles (de 1967) consa­crés à L’histoire des « civi­li­sa­tions » et la concep­tion mar­xiste de l’évolution sociale.

Il s’agissait d’un débat, remon­tant au milieu des années 60 et initié par le CERM, sur la notion de civi­li­sa­tion qui avait été intro­duite au cœur des ensei­gne­ments d’histoire dans les lycées au début de la décen­nie. Les mar­xistes s’opposaient vigou­reu­se­ment à cette notion. Dans ce texte, Goblot com­mence lon­gue­ment par expli­ci­ter le maté­ria­lisme his­to­rique comme méthode d’étude de l’histoire. Pour ce faire, il part des textes de Marx et Engels, mais aussi de ceux de Staline, Plékhanov et d ’autres, où il traque et décor­tique l’utilisation du maté­ria­lisme his­to­rique détourné en dogme plaqué sur l’histoire. Il montre notam­ment com­ment, même chez Plékhanov, les cita­tions exactes de Marx, ne suf­fisent pas à mettre en œuvre sa méthode. (Ce qui, per­son­nel­le­ment, m’évoque aussi la manière dont l’utilisation, de plus en plus fré­quente, du mot com­plexité ne cor­res­pond que rare­ment à l’utilisation réelle des concepts liés à ce terme). C’est seule­ment après avoir lon­gue­ment et méti­cu­leu­se­ment expli­cité et expli­qué, ce qu’est et n’est pas le maté­ria­lisme his­to­rique vivant, non de façon théo­rique abs­traite, mais à partir d’exemples concrets tirés de la lit­té­ra­ture, que l’auteur aborde son sujet précis : l’histoire des civi­li­sa­tions et le débat contem­po­rain sur cette notion. Il y met alors en œuvre la méthode expli­ci­tée dans la pre­mière (et la plus longue) partie du texte. Et là encore, il va se confron­ter aux accep­tions don­nées par les his­to­riens non mar­xistes, non en reje­tant leurs ’inep­ties’, mais en ana­ly­sant les causes (outils concep­tuels) de leurs posi­tions.

Au delà du contenu sur ce thème, qui reste, hélas, de très grande actua­lité, j’ai donc aimé lire ce texte du point de vue de sa méthode. Expliciter ses outils d’analyse n’est pas un exer­cice cou­rant, ni facile, nous le savons. C’est peut être l’un des grands défis de notre époque où la « guerre ter­mi­no­lo­gique » menée dans le cadre de l’idéologie domi­nante exploite l’implicite au maxi­mum.

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