L'accès à la justice, quelle justice?

Entrevue avec Yves La Neuville Un militant qui a fait corps avec le peuple

Parcours militant

Par Mis en ligne le 21 avril 2020

Yves La Neuville se fait d’abord connaître au Québec en tant que mili­tant du Comité Québec-Chili. Il avait tra­vaillé au Chili jusqu’au coup d’État de 1973. Il sera embau­ché en 1974 comme conseiller syn­di­cal au Conseil cen­tral de Montréal de la Confédération des syn­di­cats natio­naux (CSN) où il tra­vaillera jusqu’en 1997. L’entrevue a été réa­li­sée chez lui à Longueuil par Suzanne-G. Chartrand et Pierre Beaudet.

NCS – As-tu des sou­ve­nirs mar­quants de ta jeu­nesse ?

YLN –

– Papa, com­ment ça, vous lui vendez encore à crédit ? Mais, il doit déjà 1 400 dol­lars.

– Ça fait 20 ans qu’il achète ici et il m’a tou­jours payé. Et il a fini par tout payer.

On était en 1950, voilà un de mes sou­ve­nirs de jeu­nesse, alors que je tra­vaillais à l’épicerie-boucherie de mon père. J’ai aussi été sur­pris de voir un culti­va­teur soli­taire et bourru venir payer un panier de vivres à livrer inco­gnito à une per­sonne du vil­lage ; étonné de voir le curé donner son man­teau d’hiver à un mal pris ou un commis remettre les 10 cents reçus pour aller recon­duire un culti­va­teur et scan­da­lisé d’apprendre que ma mère était mal vue d’un curé parce que son père avait un com­merce et ven­dait de la bois­son. Heureux de gagner ma pre­mière course de che­vaux sous har­nais à Val-d’Or à l’âge de 15-16 ans. Content de trou­ver une nou­velle blonde à chaque vacance. Voilà com­ment j’ai vécu l’adage : il faut un vil­lage pour former un enfant.

Je suis né à Ville-Marie en 1932, en pleine crise éco­no­mique. J’étais le pre­mier d’une famille de 10 enfants. Mon père venait de la région de Nicolet, tandis que ma mère était née à Ville-Marie même, tout comme sa mère, des­cen­dante de Bretons. Il avait étudié au Collège de Longueuil ; elle avait fait l’école nor­male à Ville-Marie. J’ai étudié à l’école des frères, joué au hockey tout fier de porter un chan­dail des Black Hawks de Chicago, volé des pom­mettes dans le jardin du curé, fait une cabane dans le bois, me suis baigné au lac où j’avais aidé mon grand-père à construire une cabane. Une vie heu­reuse dans ce vil­lage de 1600 habi­tants, chef-lieu du Témiscamingue.

NCS – Il n’y avait sûre­ment pas d’école secon­daire : as-tu pu pour­suivre tes études ?

YLN – Les prêtres de la paroisse étant des pères Oblats, je suis parti au col­lège le plus proche… à Ottawa. Le juvé­nat était un petit sémi­naire. Pensionnaire, j’y ai fait six années d’études secon­daires et beau­coup de sport. Des pro­fes­seurs ordi­naires, mais aussi quelques pas­sion­nés. J’y ai entendu parler du scan­dale de l’amiantose à Saint-Rémi-d’Amherst et de la Société des Nations. J’étais heu­reux là, pen­sion­naire toute l’année, avec un voyage de douze heures en train pour un court séjour dans ma famille à Noël et un autre voyage pour les vacances d’été.

NCS – Quelles études as-tu faites par la suite ?

YLN – Après une année de réflexion au novi­ciat pour savoir si je conti­nuais ma démarche pour deve­nir prêtre, j’ai fait des études à ce qui est devenu l’Université Saint-Paul, rat­ta­chée à l’Université d’Ottawa. Après trois ans d’études et l’obtention d’une licence en phi­lo­so­phie, j’ai ensei­gné un an au col­lège de Rouyn-Noranda. Puis quatre autres années d’études et une licence en théo­lo­gie, suivie de l’ordination à la prê­trise. Nous avions mis sur pied une soirée men­suelle Pensée contem­po­raine où nos invi­tés venaient com­plé­ter notre for­ma­tion. Un dif­fé­rend avec les auto­ri­tés sur un invité spé­cial m’a valu bien des troubles et, avec le stress de la période des exa­mens, j’ai fait une dépres­sion. À la fin des années 1950, comme de nom­breux confrères, j’ai voté pour la CCF (Coopérative Commonwealth Federation, deve­nue le NPD) qui nous sem­blait plus pré­oc­cu­pée par les pro­blèmes du monde et vou­lait plus de jus­tice ; cela a été mal perçu par le rec­teur. Alors on com­prend que l’appel du large était attrayant. Ce qui m’a fait rac­cro­cher, ce fut l’appel du mis­sion­na­riat : pour moi, être prêtre, c’était être mis­sion­naire. Les coopé­rants du temps, c’était les mis­sion­naires qui reve­naient d’Afrique, de Bolivie, du Chili, etc.

NCS – Comment as-tu vécu ton enra­ci­ne­ment en Amérique latine ?

YLN – Je rêvais de partir en Bolivie. On m’a plutôt demandé d’aller au Chili, j’y suis parti en 1961, âgé de 28 ans. J’ai ensei­gné durant deux ans la reli­gion avec un manuel infect dans un col­lège privé des Oblats à Antofagasta. Là, j’ai orga­nisé un groupe de jeunes pour les éveiller à leur propre réa­lité ; on orga­ni­sait des tra­vaux les same­dis pour aider des sans-logis à s’établir, etc. L’évêque me trai­tait alors de curé com­mu­niste…

Deux ans plus tard, on a accepté de me trans­fé­rer à Santiago où j’ai tra­vaillé d’abord dans le quar­tier ouvrier Mussa et l’année sui­vante, avec un Québécois, nous avons ouvert une paroisse dans le quar­tier San Rafael, à une tren­taine de kilo­mètres du centre-ville de Santiago où 25 000 sans-logis avaient réqui­si­tionné un ter­rain. Les gens n’avaient ni élec­tri­cité ni eau, sauf quand on en livrait par camion. Avec des voi­sins, nous avons « expro­prié » de l’électricité en nous bran­chant illé­ga­le­ment aux lignes élec­triques qui pas­saient sur la voie prin­ci­pale. Une bat­te­rie d’auto nous per­met­tait un éclai­rage dans nos quatre mini-bureaux-chambres. À notre arri­vée, nous étions déjà cata­lo­gués : le curé pré­cé­dent étant furieu­se­ment de droite. En sou­tane beige, des gens qu’on croi­sait se disaient : « Qu’est-ce qu’ils viennent faire ici, ces trous de c… ? »

L’invasion du ter­rain avait été orga­ni­sée sur­tout par des mili­tants du Parti com­mu­niste qui diri­geaient la Junta de veci­nos, le comité de citoyens. Les noms de rue par­laient d’histoire : Recabarren, José Marti, Mariàtegui, Jean XXIII (ben oui), Karl Marx, Ruben Dario[1]… Nous étions quatre prêtres, et quatre reli­gieuses sont arri­vées un peu plus tard. Les adultes étaient invi­tés à par­ti­ci­per au Mouvement ouvrier d’action catho­lique et les jeunes de 15-18 ans à former un groupe de la Jeunesse ouvrière chré­tienne. L’un de ces jeunes par­ti­ci­pants s’est impli­qué dans la gué­rilla de Teoponte en Bolivie en 1970 et un autre est devenu maire de la com­mune.

En 1968, j’ai accom­pa­gné des jeunes familles du quar­tier qui ont fait une autre inva­sion de ter­rain. Les mobi­li­sa­tions se sont accen­tuées par­tout. Encore curé, plus de fonc­tion que de cœur, je pen­sais que l’Église catho­lique ne par­lait pas au monde, ne croyait pas au monde. Je disais même que la hié­rar­chie était athée et croyait plus aux dogmes qu’aux per­sonnes. Pendant ce temps, les chré­tiens et les chré­tiennes se radi­ca­li­saient et je me suis alors pré­oc­cupé davan­tage de l’aspect social et poli­tique de la vie des gens. Je ne vou­lais plus être curé de la paroisse, alors je me suis trouvé un rem­pla­çant et je suis allé vivre avec un com­pa­gnon prêtre dans le bidon­ville voisin. Nous avions, avec d’autres confrères espa­gnols, hol­lan­dais, belges et chi­liens des échanges fort enri­chis­sants. Les contacts avec des curés chi­liens pro­gres­sistes et soli­daires des exploi­tés nous ali­men­taient, tout comme les confé­rences de José Comblin, devenu plus tard conseiller de Helder Camara, le fameux évêque du Brésil[2]. Avec le groupe Cristianos por el socia­lismo, j’ai pu par­ti­ci­per à une ren­contre avec Fidel Castro, qui par­cou­rait alors le Chili.

NCS – C’est là que tu as abouti à la fameuse usine expro­priée Cootralaco !

YLN – L’usine d’Andrés Hidalgo était une com­pa­gnie élec­tro­mé­ca­nique où 120 tra­vailleurs fabri­quaient des poteaux d’électricité en béton armé et autres arte­facts et ins­tal­laient des lignes élec­triques. Fin décembre 1968, les tra­vailleurs avaient fait la grève. Mais un jour, alors que les gré­vistes pique­teurs étaient peu nom­breux, le patron, accom­pa­gné de poli­ciers, a essayé de sortir de la machi­ne­rie. Alors, les femmes du voi­si­nage sont accou­rues et, fai­sant face aux cara­bi­ne­ros et aux scabs, elles ont réussi à blo­quer les camions. Les tra­vailleurs ont donc décidé de s’emparer de l’usine qui est deve­nue emblé­ma­tique et qua­li­fiée par la revue Punto Final[3], de primer asen­ta­miento indus­trial (pre­mière confis­ca­tion de lieu indus­triel). Lors d’une réunion, les femmes leur avaient dit : « Si vous n’êtes pas capables de prendre l’usine, on va le faire ! » C’était mettre en pra­tique le slogan du temps : Expropriar sin pagar, jus­ti­cia popu­lar (Exproprier sans payer, jus­tice popu­laire). Un nou­veau nom fut donné : Cootralaco (Coopérative des tra­vailleurs de la construc­tion). Dès le début de ce conflit, j’avais par­ti­cipé à des gestes de soli­da­rité ; quelques mois plus tard, j’y suis devenu chauf­feur de camion – per­sonne d’autre n’ayant de permis de conduire !

NCS – Vous par­liez d’un Homme nou­veau pour une Nouvelle société, c’est quoi ça ?

YLN – L’usine, deve­nue léga­le­ment une coopé­ra­tive, était diri­gée par des per­sonnes d’une qua­lité et d’une éner­gie extra­or­di­naires, tel Waldo Leiva, qui appli­quait réel­le­ment ce prin­cipe qui nous est devenu cher : un diri­geant doit être le pre­mier à se sacri­fier et le der­nier à en béné­fi­cier. À Cootralaco, il se déve­lop­pait une nou­velle concep­tion de la lutte à mener pour nous libé­rer du sys­tème qui nous oppri­mait et des consé­quences d’aliénation pour les tra­vailleurs. Des mili­tants uni­ver­si­taires et d’autres poli­ti­sés, mais non sec­taires, ont aidé à l’organisation et à l’orientation sociale de l’usine.

Tout en s’emparant du lieu de tra­vail, il s’agissait aussi d’opérer, petit à petit, une trans­for­ma­tion dans notre façon d’agir, autant dans notre sys­tème de valeurs que dans la trans­for­ma­tion de la société. Les tra­vailleurs écrivent rare­ment sur ce qui les anime pro­fon­dé­ment : j’ai donc orga­nisé une ren­contre avec Waldo Leiva qui fut inter­viewé par deux tra­vailleurs. L’entrevue fut publiée en 1969, dans une revue de pas­to­rale qu’avec d’autres on avait trans­for­mée en revue sociale nommée Liberaciòn Popular où je tra­vaillais une jour­née par semaine.

Concevoir un Homme nou­veau signi­fie que le tra­vailleur prend conscience de ses droits, de ses capa­ci­tés et de la pos­si­bi­lité de se réa­li­ser lui-même. Il faut faire face aux obs­tacles du sys­tème social actuel qui tend à cor­rompre l’homme, en accor­dant la pri­mauté à la valeur éco­no­mique : vous valez ce que vous pos­sé­dez. Face à ça, la créa­tion d’un homme nou­veau devient une posi­tion révo­lu­tion­naire et implique des chan­ge­ments pro­fonds. Malgré tout, nous conti­nuons à croire pos­sible la réa­li­sa­tion de l’Homme nou­veau. Il y a cer­taines valeurs qui sont plus impor­tantes que les valeurs éco­no­miques, les seules recon­nues actuel­le­ment.

Waldo Leiva, pré­sident de Cootralaco

Dans les assem­blées, on n’employait pas ce terme d’« Homme nou­veau », mais cette orien­ta­tion se trans­for­mait en dif­fé­rents gestes et déci­sions : résis­ter au patron, croire assez en nous-mêmes pour prendre et faire fonc­tion­ner l’entreprise, avoir des diri­geants au ser­vice des tra­vailleurs et qui ne soient pas inamo­vibles, ensei­gner à l’autre ce que l’on sait, ne pas tra­vailler uni­que­ment pour l’argent, éta­blir des sta­tuts et règle­ments adap­tés aux tra­vailleurs, réor­ga­ni­ser les machines, déci­der de l’échelle des salaires, aider jusqu’au bout un tra­vailleur alcoo­lique, s’activer dans la soli­da­rité avec d’autres tra­vailleurs en conflit, s’ouvrir aux gens du quar­tier, former une fédé­ra­tion d’entreprises de tra­vailleurs. Il faut ajou­ter à ça : dépas­ser le sec­ta­risme par­ti­san pour faire de la vraie poli­tique.

NCS – Alors vous n’avez pas fonc­tionné comme une usine ordi­naire…

YLN – Sur le papier d’affaires de l’usine, on pou­vait lire : Nous tra­vaillons pour l’homme, pas pour l’exploiter. J’ai réa­lisé plus tard com­ment des mili­tants de par­tout dans le monde, comme au Québec, visaient les mêmes chan­ge­ments, mais ils n’avaient pas la chance d’avoir les mains libres comme nous pour le faire. On se déme­nait pour que l’entreprise puisse vivre, ce qui n’était pas évident, puisque nous étions des sous-trai­tants de deux entre­prises publiques. Nous avons tout de même réussi à arra­cher quelques contrats, quitte à accep­ter d’aller creu­ser des trous dans le flanc de la cor­dillère pour ins­tal­ler une ligne à haute ten­sion. On a aussi fait appel à la soli­da­rité d’autres syn­di­cats, de la com­mu­nauté. En sol­li­ci­tant l’appui à la porte de dif­fé­rentes usines, nous avons vite réa­lisé la véra­cité de l’aphorisme chi­lien : ceux qui n’ont rien donnent la moitié de ce qu’ils n’ont pas.

On a com­pris qu’on n’avait pas besoin des patrons, qu’on pou­vait s’organiser, résis­ter et pro­duire et que la tech­nique devait être mise au ser­vice du peuple, qu’on pou­vait gagner notre vie avec des méthodes non tra­di­tion­nelles.

Nous vou­lons rompre avec les vieux concepts de conflits qui sont menés pour quelques sous de plus. Les aug­men­ta­tions de salaire sont illu­soires si elles ne sont pas accom­pa­gnées d’une prise de conscience chez les tra­vailleurs de leur res­pon­sa­bi­lité et de leur droit à par­ti­ci­per direc­te­ment à la ges­tion et l’administration des entre­prises. Nous les tra­vailleurs, nous devons deve­nir maîtres des moyens de pro­duc­tion.

Déclaration des tra­vailleurs de Cootralaco,

Téotisto Sanchez, pré­sident de 22 ans, avril 1969

On pou­vait prendre des déci­sions, mais aussi les chan­ger, à la condi­tion que ce soit l’assemblée qui décide. À mesure que les finances le per­met­taient, on a aug­menté les salaires les plus bas, puis on en est venu à l’égalité des salaires. Pas satis­faits, on a élu un comité pour éva­luer chacun des tra­vailleurs selon des cri­tères : effort à la pro­duc­tion, tra­vail en équipe, par­ti­ci­pa­tion aux acti­vi­tés syn­di­cales, etc. Trois échelles, avec 10 % de dif­fé­rence cha­cune, valables pour six mois. Nous n’étions pas les seuls à déci­der dans notre milieu de tra­vail. Avec l’arrivée d’Allende, dans tous les milieux de tra­vail, publics ou privés, des chan­ge­ments pro­fonds se sont opérés. Avec le temps, une soixan­taine de coopé­ra­tives sont nées et nous avons pu créer une fédé­ra­tion d’entreprises de tra­vailleurs ; quelques-unes avaient notre orien­ta­tion, d’autres étaient de sen­si­bi­lité plus tra­di­tion­nelle. Une ONG chi­lienne nous offrait une sub­ven­tion impor­tante, mais pour eux, l’orientation pro­duc­tive pri­mant sur le social, nous y avons renoncé. Par ailleurs, nous avons accepté une aide incon­di­tion­nelle de Développement et Paix[4] pour rem­pla­cer nos vieux camions de 20 et 30 années par un camion Ford plus récent.

NCS – Et tu as cessé d’être prêtre ?

YLN – Je me suis éloi­gné de l’Église sans éclat. Je me suis marié avec Jeannette Pomerleau en août 1972. On s’est établi dans une petite maison d’une coopé­ra­tive ouvrière. Jeannette tra­vaillait comme aide-infir­mière dans la cli­nique com­mu­nau­taire du quar­tier. Les méde­cins et autres pro­fes­sion­nels qui y tra­vaillaient chan­ge­ront eux aussi de men­ta­lité et de façon de faire avec l’arrivée du gou­ver­ne­ment d’Allende, « en route vers le socia­lisme ». J’ai vécu mon enga­ge­ment poli­tique, disons social, sans contra­dic­tion avec ma foi de chré­tien. Au contraire, ça la concré­ti­sait. Lorsque j’ai annoncé à ma mère que je lais­sais la prê­trise, elle m’a d’ailleurs écrit : « N’oublie pas de tou­jours tra­vailler pour les autres ».

NCS – L’élection du gou­ver­ne­ment de l’Unité popu­laire a-t-elle changé quelque chose pour vous ?

YLN – En 1970, l’Unité popu­laire (UP), qui regrou­pait plu­sieurs partis de la gauche tra­di­tion­nelle et nou­velle[5] a gagné les élec­tions avec 36 % des votes : Salvador Allende devint pré­sident du Chili. Le peuple chi­lien était mûr pour un grand chan­ge­ment après avoir vécu les réformes insa­tis­fai­santes du gou­ver­ne­ment démo­crate-chré­tien. À Cootralaco, plu­sieurs de mes cama­rades disaient ne pas faire de poli­tique, ce qui signi­fiait pour eux ne pas faire de poli­ti­caille­rie par­ti­sane, mais tous deve­naient de plus en plus poli­ti­sés ; cer­tains lais­saient leur parti pour­tant de gauche, jugé plus sec­taire que soli­daire. Un Québécois qui y a tra­vaillé un temps a écrit : « Le niveau de dis­cus­sion poli­tique me ser­vait de leçon, ces tra­vailleurs avaient une façon d’analyser les pro­blèmes qui m’a influencé jusqu’à aujourd’hui ». Chez nous, le vote pour Allende a dû être de 100 %; on était content, mais on savait que les capi­ta­listes n’étaient pas morts, que le sec­ta­risme par­ti­san conti­nue­rait et que nos pro­blèmes n’étaient pas ter­mi­nés. Par exemple, même si nous avions pré­senté à la Corporation d’habitation la plus basse sou­mis­sion pour un contrat, le diri­geant vou­lait l’octroyer à un com­pé­ti­teur membre de son parti. C’est à l’arraché et en mena­çant d’exercer un recours poli­tique en haut lieu que nous avons réussi à obte­nir ce contrat d’urbanisation élec­trique. Notre pré­sident Waldo Leiva nous met­tait en garde : « Plusieurs têtes diri­geantes de la classe des tra­vailleurs res­tent enca­drées dans des sché­mas poli­tiques qui ne leur per­mettent pas de voir au-delà de ce que leur disent leurs partis, ils tombent dans le sec­ta­risme, le dog­ma­tisme. Les orga­ni­sa­tions popu­laires et ouvrières doivent être les maîtres des poli­ti­ciens et non l’inverse ». Au-delà des pro­blèmes quo­ti­diens, les tra­vailleurs se sen­taient repré­sen­tés par l’UP, même s’ils étaient conscients que ce n’était pas encore le socia­lisme. Conscients de ne pas avoir encore plein pou­voir, nous avions au moins le gou­ver­ne­ment. Lors d’une mani­fes­ta­tion, une pan­carte expri­mait bien un double sen­ti­ment : « C’est un gou­ver­ne­ment de merde, mais c’est le mien ».

Nous avions des appuis et de bons contacts avec cer­tains fonc­tion­naires et ministres, dont Pedro Vuskovic, indé­pen­dant, devenu ministre de l’Économie du gou­ver­ne­ment. En visi­tant notre usine, il nous avait dit : « Félicitations, cama­rades, de conti­nuer la lutte ; vous avez devancé de deux ans l’Unité popu­laire ! » À l’usine, nous avions de la visite du monde entier, même du Québec où Pierre Nadeau a fait une émis­sion pré­sen­tée à la télé­vi­sion une semaine avant le coup d’État des capi­ta­listes chi­liens et états-uniens.

Sous l’UP, le mou­ve­ment ouvrier popu­laire s’est lancé dans de nou­velles mobi­li­sa­tions.

Le gou­ver­ne­ment Allende adopta cer­taines légis­la­tions qui ont eu du poids, dont la natio­na­li­sa­tion des mines de cuivre, la réforme agraire, mais sur plu­sieurs aspects, son action était blo­quée. Entre-temps, plu­sieurs patrons fai­saient une grève des inves­tis­se­ments et lais­saient l’appareil indus­triel se dégra­der. En 1972, ce fut la grève des pro­prié­taires de camions appuyée par les com­mer­çants et même les méde­cins ! Mal leur en prit, le vote d’appui au gou­ver­ne­ment a aug­menté de 36 à 43 %. Les gens des quar­tiers se sont sou­le­vés contre le sabo­tage et ont créé des JAP (Juntas de Abastecimiento y Precios, des comi­tés d’approvisionnement popu­laire) qui fai­saient obs­tacle à cette grève vio­lente et for­çaient les mar­chands à rou­vrir leurs maga­sins. Et des syn­di­cats ont forcé les pro­duc­teurs à sauter par-dessus les com­mer­çants gré­vistes pour dis­tri­buer direc­te­ment aux citoyens et aux citoyennes poêles, réfri­gé­ra­teurs, appa­reils de télé­vi­sion.

Partout ça bou­geait, de notre côté, on menait plein d’actions comme : réqui­si­tion­ner 24 camions « gré­vistes » char­gés de nour­ri­ture, gardés par des mili­taires, pour la livrai­son le len­de­main dans les quar­tiers ; recon­duire les étu­diants dans l’école occu­pée où ils pas­saient la nuit ; faire face aux cara­bi­ne­ros à cinq minutes du couvre-feu ; passer une jour­née dans la cel­lule bondée d’un poste de police, accusé d’avoir fait pres­sion pour faire ouvrir un gros com­merce gré­viste ; défi­ler devant le juge de paix et jurer de « res­pec­ter la paix ». Policiers, mili­taires et juges se mon­traient une fois de plus au ser­vice des patrons et non de la popu­la­tion, même sous le gou­ver­ne­ment de l’Unité popu­laire.

Il fal­lait du cran pour cir­cu­ler, car des milices d’extrême droite n’hésitaient pas à tirer sur les chauf­feurs de camions et auto­bus privés qui ne fai­saient pas la grève des patrons. Le pré­sident du syn­di­cat d’une com­pa­gnie d’autobus a été abattu à un feu rouge et Mario, notre autre chauf­feur, a entendu sif­fler une balle qui heu­reu­se­ment n’a fait que gra­fi­gner le pare-brise du camion.

Dans les quar­tiers, les syn­di­cats et les groupes popu­laires met­taient en place des « cor­dons indus­triels » et des « com­man­dos com­mu­naux » qui étaient des struc­tures de liai­son dépas­sant les cli­vages entre partis, entre syn­di­qués et non-syn­di­qués. C’était un sur­gis­se­ment par en bas, pen­dant que les partis étaient par­fois immo­bi­li­sés par le jeu des ins­ti­tu­tions et leurs riva­li­tés. Les dis­cus­sions poli­tiques vacillaient : conso­li­der pour mieux avan­cer ou avan­cer pour mieux conso­li­der. De fait le fond du pro­blème était ailleurs, comme nous l’avons dit plus tard à un poli­ti­cien cana­dien qui nous deman­dait : « Où Allende a-t-il fait une erreur ? Nous lui avons répondu : À Washington où il leur a dit NON ! »

NCS – Entre-temps, la droite et les mili­taires se pré­pa­raient…

YLN – La grève des camion­neurs a été vain­cue, ce qui a ren­forcé l’Unité popu­laire et la mobi­li­sa­tion des tra­vailleurs. C’est alors que la droite a com­mencé à pré­pa­rer le coup d’État. Soulèvement de sec­teurs de l’armée le 29 juin 1973, refus du géné­ral Prats[6] de faire un coup d’État, exi­gence de sa démis­sion (les mili­taires avaient d’ailleurs fait assas­si­ner son pré­dé­ces­seur). On s’est rendu compte rétro­ac­ti­ve­ment que ce fut une répé­ti­tion géné­rale du coup d’État. Les diri­geants de l’armée en ont pro­fité pour repé­rer les mili­taires de gauche, d’où une série d’assassinats et d’arrestations contre les mili­taires pro­gres­sistes. Mais, on était encore sous l’illusion que le Chili était un pays démo­cra­tique, que les mili­taires étaient des pro­fes­sion­nels et qu’ils allaient res­pec­ter la consti­tu­tion – ils avaient pour­tant fait un coup d’État en 1932 pour délo­ger le gou­ver­ne­ment socia­liste de Mamarduque Grove et, déjà au début du siècle, 3 600 gré­vistes avaient été assas­si­nés au profit des com­pa­gnies minières. De son côté, la hié­rar­chie de l’Église catho­lique prô­nait l’ordre, la non-vio­lence, mais bénis­sait d’avance le coup d’État « tem­po­raire » disait-elle[7].

NCS – Comment as-tu vécu le golpe du 11 sep­tembre 1973 ?

YLN – On venait d’entrer au tra­vail, le 11 sep­tembre quand la radio annonça le coup d’État. Notre réac­tion : ça doit être comme en juin et tout au plus un chan­ge­ment de gou­ver­ne­ment par en haut. Plus tard dans la jour­née, on a vu des morts le long des rues que les mili­taires lais­saient là, bien en vue. Ce qui ne m’a pas empê­ché de conduire deux per­sonnes pour aller cher­cher, dans la partie riche de la ville, une grosse boite : j’ai su après coup que c’était une pho­to­co­pieuse. Les rafles se mul­ti­pliaient dans les usines et les quar­tiers ouvriers. De nom­breux mili­tants furent déte­nus comme notre voisin, le pré­sident de la JAP de notre quar­tier. Des amis s’inquiétaient pour Jeannette qui était la secré­taire de ce comité. Le dis­cours des mili­taires, relayé par les médias, visait les « méchants com­mu­nistes » et des avion­nettes lan­çaient des tracts : « Dénoncez les étran­gers de votre quar­tier ! » Même si j’étais natio­na­lisé chi­lien, ça ne garan­tis­sait rien. Plus tard, l’annonce de la mort d’Allende s’est répan­due. D’un jour à l’autre, on a vu la situa­tion s’aggraver, dans un contexte de désor­ga­ni­sa­tion du côté popu­laire. Cependant, on a conti­nué de faire fonc­tion­ner l’usine, mais deux semaines plus tard, l’ancien patron s’est pré­senté avec soixante sol­dats pour récla­mer « sa » pro­priété. Cette usine nous l’avions pour­tant ache­tée léga­le­ment, lors de ventes à l’encan exi­gées par ses nom­breux créan­ciers. Là, on a com­pris, Jeannette et moi, que nous ris­quions gros. Des com­pa­gnons de tra­vail nous ont recom­mandé de partir vite avant d’être faits pri­son­niers et… Nous avons alors décidé de nous réfu­gier à l’ambassade du Canada.

NCS – Comment a été l’accueil à l’ambassade ?

YLN – Au début, l’ambassadeur ne vou­lait pas nous donner l’asile ; il pro­po­sait seule­ment de nous « aider » à faire les démarches pour quit­ter le pays. On a refusé. Il nous a fina­le­ment fait conduire à son domi­cile dans le Barrio Alto (quar­tier des riches), où se trou­vait déjà une quin­zaine de réfu­giés chi­liens. On a été mis au régime sec : bouillon, pain et pomme pour souper. Nous pen­sions à nos amis et cama­rades qui étaient pour­sui­vis ou tor­tu­rés, alors le pain sec était moins dif­fi­cile à avaler. L’ambassadeur Andrew Ross éco­no­mi­sait de l’argent sur l’indemnité que le Canada lui ver­sait par réfu­gié.

Je ne vois pas de raison pour retar­der la recon­nais­sance du nou­veau gou­ver­ne­ment (des mili­taires et de Pinochet). Ne pas le faire pour­rait retar­der le retour à la démo­cra­tie. Les mili­taires vont remettre le gou­ver­ne­ment à l’autorité civile le plus tôt pos­sible.

Andrew Ross, ambas­sa­deur cana­dien

(télé­gramme envoyé depuis Buenos Aires et publié dans la revue cana­dienne Last Post)

Pendant deux semaines, nous étions une ving­taine de réfu­giés, pas gros dans nos sou­liers, dor­mant sur des mate­las par terre. Nous nous sommes sentis en sécu­rité seule­ment quand l’avion a décollé, après l’escale à Buenos Aires, car encore là on aurait pu nous arrê­ter. Le Canada nous a par la suite har­ce­lés et nous avons dû payer le billet d’avion. Bienvenue au Canada !

NCS – Comment fut l’arrivée à Montréal ?

YLN – À vrai dire, je ne me sou­viens de rien ; l’émotion était tel­le­ment forte. La pensée de nos ami-es et cama­rades lais­sés der­rière nous arra­chait le cœur. Nous sommes arri­vés à la mi-octobre 1973, devan­cés par les pre­miers réfu­gié-es chi­liens. Nous avons été bien accueillis ; on a vécu chez un parent puis chez un vidéaste[8]. Jeannette trouva un boulot comme ensei­gnante d’espagnol ; le Service d’aide aux voya­geurs et immi­grants nous aida, puis Jeannette accou­cha de notre fille Marisol en avril 1974. Un ami d’enfance, qui tra­vaillait au gou­ver­ne­ment du Québec, m’offre une job, mais je la refuse car­ré­ment.

NCS – Tu t’es impli­qué dans le Comité Québec-Chili.

YLN – Nous avons vite décou­vert le Comité Québec-Chili et je m’y suis inté­gré ainsi que d’autres réfu­gié-es du Chili. Le tra­vail de mili­tants et de mili­tantes soli­daires comme Suzanne Chartrand, Serge Wagner, Louis Favreau, Jean Ménard et bien d’autres a vite eu l’appui du Conseil cen­tral de Montréal (CCM-CSN) avec Michel Chartrand comme pré­sident, puis de la CSN, de la Centrale de l’enseignement du Québec (CEQ, deve­nue la CSQ plus tard) et de la Fédération des tra­vailleurs du Québec (FTQ). Le Comité était une véri­table ruche où on uti­li­sait le bul­le­tin Québec-Chili, un dia­po­rama bien tourné, des tracts, des ate­liers et soi­rées d’information, des mani­fes­ta­tions pour infor­mer et aug­men­ter la pres­sion contre la dic­ta­ture des capi­ta­listes chi­liens et états-uniens. Il n’était pas trop dif­fi­cile de faire voter des réso­lu­tions d’appui à la résis­tance du peuple chi­lien dans les syn­di­cats et groupes où des mili­tants et des mili­tantes nous ouvraient les portes. Les gens se sen­taient concer­nés, pre­naient conscience de qui étaient les véri­tables res­pon­sables du coup d’État et vou­laient affir­mer leur soli­da­rité avec le peuple chi­lien écrasé par la dic­ta­ture.

NCS – Quelle a été la rela­tion du Comité Québec-Chili avec les réfu­gié-es chi­liens ?

YLN – Certains diri­geants poli­tiques chi­liens croyaient diri­ger le mou­ve­ment qué­bé­cois de soli­da­rité avec le Chili. Sans les mépri­ser, les gens du Comité leur ont dit : « Non ! c’est un groupe qui vise à déve­lop­per l’éducation poli­tique des Québécois et leur soli­da­rité avec le peuple chi­lien. On a besoin de votre par­ti­ci­pa­tion, mais il n’est pas ques­tion que vous nous dic­tiez votre ligne d’action par­ti­sane ». On était d’accord avec ce qu’Allende avait répété sou­vent : « Le dra­peau du pays est plus grand que n’importe lequel fanion de parti ». Les Éditions Albert St-Martin ont publié à l’époque : Le Chili d’Allende. Témoignages de la vie quo­ti­dienne[9], où 20 Chiliens décrivent com­ment leur tra­vail avait changé alors, et ils ne font aucune allu­sion à leur parti. Le plus impor­tant était donc dans l’action poli­tique et non dans le parti. D’autre part, plu­sieurs réfu­gié-es pen­saient naï­ve­ment que la dic­ta­ture allait rapi­de­ment s’effondrer et qu’ils allaient bien­tôt retour­ner au Chili : cer­tains ne défai­saient pas leur valise ! Le Comité Québec-Chili a conti­nué son tra­vail acharné jusqu’en 1978. J’y ai par­ti­cipé jusqu’à la fin.

NCS – Comment as-tu perçu le Québec où tu es arrivé ?

YLN – Je notais que le mou­ve­ment popu­laire, fort actif dans des milieux res­treints, n’était pas très fort dans l’ensemble. Plus tard, j’ai vu que ça bou­geait plus que je ne le croyais. Je n’étais pas trop ins­piré par le projet du Parti qué­bé­cois (PQ). Cette idée de la sou­ve­rai­neté ne me plai­sait pas trop, puisque dans l’imaginaire chi­lien et latino-amé­ri­cain, les peuples devaient lutter ensemble dans la Patria Grande (rêve de Bolivar) et non pas lutter sépa­ré­ment, pour vaincre l’Empire. Je ne com­pre­nais pas cette absence de soli­da­rité entre la gauche qué­bé­coise et la gauche cana­dienne. Rétroactivement, je me suis rendu compte que je ne vivais pas encore à l’heure du Québec. Cela ne m’a pas empê­ché de voter pour le PQ en 1976.

NCS – En avril 1974, tu as été embau­ché au Conseil cen­tral de Montréal, affi­lié à la CSN.

YLN – C’est Michel Chartrand qui m’a ouvert la porte et je fus embau­ché d’abord à deux jours par semaine. Rapidement, avec l’appui des autres sala­rié-es du Conseil cen­tral, j’ai appris le métier que j’ai bien aimé : parler au monde à la base, assis­ter à leurs assem­blées, les aider à s’organiser, à faire un jour­nal syn­di­cal, appuyer leurs grèves. Tout cela était en fin de compte en conti­nuité avec ce que j’avais fait au Chili. Au congrès du Conseil cen­tral d’avril 1974, la plu­part des membres de l’équipe de Chartrand ne furent pas réélus, mais il était demeuré pré­sident ! Étant éti­queté de la gang à Chartrand, le nouvel exé­cu­tif mit fin à mon embauche, mais l’assemblée géné­rale de juin l’obligea à me réem­bau­cher. J’étais sou­lagé, je croyais au tra­vail du Conseil cen­tral et ma fille venait de naître.

Ma for­ma­tion syn­di­cale qué­bé­coise s’est faite grâce aux contacts avec d’autres conseillers et mili­tants du CCM comme Clairmont Bergeron. Ma for­ma­tion s’est com­plé­tée par la par­ti­ci­pa­tion aux assem­blées et aux congrès du CCM et de la CSN. En com­plé­ment, j’ai lu des docu­ments qui ana­ly­saient le Québec : L’école au ser­vice de la classe domi­nante, L’État, rouage de notre exploi­ta­tion et une ébauche de pistes de solu­tion, Ne comp­tons que sur nos propres moyens. Plus tard, le livre Histoire du mou­ve­ment ouvrier, 150 ans de luttes[10] m’a fait connaître les racines du mou­ve­ment syn­di­cal et social au Québec.

NCS – Le débat sur l’importance de tra­vailler dans des orga­ni­sa­tions de la base plutôt que créer un parti de gauche ou d’extrême gauche était alors pré­sent au Québec ?

YLN – On ne débat­tait pas beau­coup de ça au Conseil cen­tral. La pré­oc­cu­pa­tion syn­di­cale était avant tout de libé­rer les tra­vailleurs de l’emprise patro­nale et de les aider à réa­li­ser que cette emprise n’est pas seule­ment sur le milieu du tra­vail. J’étais d’accord avec la posi­tion de Chartrand, elle me parais­sait très claire et il répé­tait sou­vent sa moti­va­tion fon­da­men­tale : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fra­ter­nité » (Déclaration des droits de l’Homme).

C’est ainsi qu’au Conseil cen­tral la pré­oc­cu­pa­tion de toute la société a pris corps, non seule­ment celle des tra­vailleurs syn­di­qués. Entre autres, en plus de créer un comité d’aide aux tra­vailleurs acci­den­tés et un autre pour l’aide aux chô­meurs, le CCM a invité ses syn­di­cats à s’ouvrir sur l’extérieur, ce que Marcel Pepin, alors pré­sident de la CSN, a appelé le deuxième front. Des pro­po­si­tions ont été votées dans cette optique : la défense des loca­taires, une meilleure assu­rance auto­mo­bile, l’appui au mou­ve­ment de libé­ra­tion du taxi, la lutte pour l’indépendance du Québec dans une pers­pec­tive socia­liste, l’exigence d’une charte des droits et liber­tés. Les congrès pré­si­dés par Chartrand aux­quels j’ai assisté avaient pour thèse : se libé­rer de l’exploitation ; se mobi­li­ser pour vaincre le capi­ta­lisme et ses crises ; construire un syn­di­ca­lisme de combat ; bâtir des syn­di­cats forts.

NCS – Quelle atti­tude aviez-vous avec les groupes mar­xistes-léni­nistes et trots­kistes ?

YLN – Partout des syn­di­cats et des groupes popu­laires résis­taient aux ten­ta­tives des partis d’extrême gauche de les ins­tru­men­ta­li­ser. Le Conseil cen­tral se tenait droit, ne cédant pas devant l’intimidation et conti­nuant son tra­vail d’éducation popu­laire sur la néces­sité de confron­ter les patrons et le capi­ta­lisme. À l’époque, on tenait deux assem­blées géné­rales par mois ! C’était un lieu d’information et de for­ma­tion conti­nue où nous avions des mesures pour résis­ter à leurs ten­ta­tives d’imposer la ligne de leur parti à l’assemblée des délé­gué-es. Ils nous trai­taient de « réfor­mistes », de vul­gaires sociaux-démo­crates ; mais ils nous parais­saient plus gauches que de gauche et Michel Chartrand ne s’en lais­sait pas impo­ser, pas plus que devant les juges qui l’avaient fait empri­son­ner à plu­sieurs reprises. Michel Chartrand avait une façon de se pré­sen­ter qui m’inspirait et je me trou­vais un peu comme devant des grands mili­tants chi­liens que j’avais connus tels Clotario Blest[11], Daniel et Marino Palma, Waldo Leiva.

Je suis socia­liste, natio­na­liste et indé­pen­dan­tiste parce que je crois dans la démo­cra­tie : le gou­ver­ne­ment du peuple, par le peuple et pour le peuple. Je crois à l’égalité de toutes les femmes et de tous les hommes, parce que je crois en la jus­tice, parce que je crois en la liberté à conqué­rir quo­ti­dien­ne­ment. Je crois que cha­cune et chacun doit être en mesure de par­ti­ci­per aux déci­sions et d’assurer des res­pon­sa­bi­li­tés à son niveau.

Michel Chartrand[12]

NCS – Quel était ton tra­vail au Conseil cen­tral ?

YLN – Je suis devenu le conseiller affecté à la coor­di­na­tion des six régions, puis res­pon­sable de la for­ma­tion. Avec le Service de for­ma­tion de la CSN, il s’agissait de faire et d’adapter des cahiers de for­ma­tion, puis de former des mili­tants for­ma­teurs, ce à quoi le péda­gogue chi­lien Julio Fernandez nous a beau­coup aidés. Un tra­vail inté­res­sant et varié : mettre sur pied un calen­drier de for­ma­tion d’environ 120 jours par année ; faire des for­ma­tions par­ti­cu­lières pour un syn­di­cat ou l’autre ; en monter une nou­velle sur la mobi­li­sa­tion ou la soli­da­rité inter­na­tio­nale ou pour les diri­geants syn­di­caux immi­grants ; partir en République domi­ni­caine pour faire six semaines de for­ma­tion avec des mili­tants des syn­di­cats de cou­peurs de canne à sucre ; orga­ni­ser un débat contra­dic­toire sur le socia­lisme ; dis­cu­ter pour offrir des ses­sions en anglais et les offrir ; etc. Un boulot énorme et pas­sion­nant pour aider les nou­velles géné­ra­tions d’élu-es syn­di­caux à s’organiser et à diri­ger leurs syn­di­cats.

Les années les plus inté­res­santes et cap­ti­vantes, je les ai pas­sées comme conseiller à la mobi­li­sa­tion des syn­di­cats en période de négo­cia­tion ou en grève. Le contact avec les tra­vailleurs et spé­cia­le­ment avec ceux d’autres ori­gines était un bon défi : grecs, haï­tiens, tchèques, slo­vaques, ita­liens, latino-amé­ri­cains, asia­tiques, etc.

NCS – Ici, les luttes ouvrières pre­naient une tour­nure radi­cale…

YLN – Les conflits se mul­ti­pliaient ; avant la loi « anti­scabs », ça cognait dur à Canadian Gypsum, à Commonwealth Plywood, à Cadbury… Parfois, nous étions sur les lignes de pique­tage à quatre heures du matin ! Entre-temps, le Conseil cen­tral avait orga­nisé un véri­table ser­vice des grèves et de mobi­li­sa­tion. Un conseiller à la négo­cia­tion est indis­pen­sable, mais l’ajout d’un conseiller à la mobi­li­sa­tion devient la deuxième patte indis­pen­sable pour avan­cer.

NCS – Le Conseil cen­tral était un rond-point de soli­da­rité syn­di­cale mili­tante.

YLN – Oui, de nom­breux syn­di­ca­listes étran­gers y atter­ris­saient régu­liè­re­ment. Il a appuyé de mul­tiples cam­pagnes de soli­da­rité inter­na­tio­nale avec des orga­ni­sa­tions pro­gres­sistes à tra­vers le monde : de la Palestine à la Bolivie. Il a mené aussi une cam­pagne pour que la CSN se désaf­fi­lie de la Confédération mon­diale du tra­vail (CMT)[13] qui accep­tait des syn­di­cats de droite ; j’y ai mis mon grain de sel. J’ai fait cir­cu­ler beau­coup d’informations sur la situa­tion du Chili et sus­cité de la soli­da­rité avec les pri­son­niers poli­tiques. Avec une quin­zaine de mili­tants et de mili­tantes, dont Robert Quevillon et Clotilde Bertrand, j’ai par­ti­cipé à l’organisation de la Conférence de soli­da­rité ouvrière (CISO) de 1975 ; le Conseil cen­tral avec Michel Chartrand a été la che­ville ouvrière de l’organisation de cette confé­rence. Nous avons aussi déve­loppé des liens étroits avec le Frente Autentico del Trabajo du Mexique[14] et avec le Conseil cen­tral de la ville d’Oruro affi­lié à la Central Obrera de Bolivia[15].

En 1983, Irène Ellenberger est élue à la pré­si­dence du Conseil cen­tral, la pre­mière femme à ce poste. Avec elle, on a réor­ga­nisé la soli­da­rité inter­na­tio­nale en for­mant un comité de soli­da­rité et j’ai eu le plai­sir de côtoyer pen­dant plu­sieurs années des mili­tantes et des mili­tants aguer­ris et enga­gés dans la cause.

NCS – Lorsque le PQ a été élu en 1976, quel a été ton sen­ti­ment ?

YLN – J’étais content comme la plu­part de mes cama­rades, mais je trou­vais le PQ plutôt inca­pable d’aborder les ques­tions fon­da­men­tales. Au Chili, avant l’Unité popu­laire, la Démocratie chré­tienne avait été plus auda­cieuse que le PQ en 1976 ! Le PQ a quand même fait beau­coup pour le monde comme la loi 45 anti­bri­seurs de grève qui limi­tait l’action patro­nale contre les grèves.

NCS – Après le réfé­ren­dum de 1980, les syn­di­cats sont entrés dans une période de repli.

YLN – Le réfé­ren­dum ne m’avait pas mobi­lisé, pour les mêmes rai­sons que mon manque d’enthousiasme envers le PQ ; je me sen­tais un peu comme un réfu­gié poli­tique. Je ne sen­tais pas que le PQ était ancré sur un projet social, comme on l’avait connu au Chili. Le Conseil cen­tral avait été très clair avec le slogan Indépendance et socia­lisme. C’était à peu près ce que je pen­sais comme plu­sieurs mili­tants.

Le tra­vail syn­di­cal à la base a conti­nué bien que le dis­cours des cen­trales syn­di­cales se soit déplacé du combat et de la mobi­li­sa­tion vers la négo­cia­tion et la concer­ta­tion. Mais ce virage n’affectait pas beau­coup les syn­di­cats qui conti­nuaient de lutter et qu’on appuyait. C’est ainsi que j’ai par­ti­cipé à de belles mobi­li­sa­tions avec les gars de diverses ori­gines chez Vélan, Kruger, CGC (ex-Gysum), Voyageur, un syn­di­cat à l’UPA[16], les Haïtiens d’une petite usine de Montréal-Nord, etc.

NCS – Ce tra­vail de for­ma­tion syn­di­cale ne finis­sait jamais…

YLN – Un défi n’attendait pas l’autre. Par exemple, il fal­lait aider les syn­di­cats dans la ges­tion de leurs fonds où les fraudes ne man­quaient pas ; les aider à éta­blir des règles, à par­ta­ger l’information, en leur répé­tant que la confiance n’élimine pas le contrôle. Une ses­sion pour les membres des comi­tés de sur­veillance a aussi été mise sur pied.

Et voici qu’en 1980, les sala­rié-es de la CSN déclenchent une grève pour contrer la demande de l’employeur sur l’utilisation des sala­rié-es : le meilleur homme, là où on en avait besoin et à n’importe lequel moment. J’ai acti­ve­ment par­ti­cipé à cette grève qui a duré quatre mois. On a réussi à conser­ver notre mot à dire sur l’organisation de notre tra­vail. J’ai refusé deux postes à la CSN : coor­don­na­teur natio­nal à la mobi­li­sa­tion, puis membre du Service natio­nal de for­ma­tion ; je réa­li­sais que ce n’était pas dans mes cordes. J’ai pensé à un grand ami chi­lien à qui on deman­dait d’être évêque et qui avait répondu : « Non, j’ai à peine la foi pour être curé ». J’ai tou­jours pré­féré tra­vailler direc­te­ment avec les syn­di­cats où je pen­sais être le mieux placé pour aider les mili­tants à démo­cra­ti­ser leur mou­ve­ment en infor­mant et en mobi­li­sant davan­tage.

NCS – À la fin des années 1980, la CSN a changé…

YLN – L’idée de la concer­ta­tion et de la négo­cia­tion s’est impo­sée, comme si les syn­di­cats pou­vaient éta­blir un rap­port d’égal à égal avec les patrons… À une ren­contre avec les sala­rié-es, j’ai demandé au pré­sident de la CSN d’avouer qu’on était sous une « dic­ta­ture éco­no­mique », je me suis bien fait rabrouer. J’ai applaudi Françoise David qui a claqué la porte du Sommet socio-éco­no­mique convo­qué par Lucien Bouchard en 1995 et son défi­cit zéro. Au Conseil cen­tral, on vibrait plus avec la Pauvreté zéro, slogan que Michel Chartrand uti­li­sera dans sa cam­pagne sous le thème de Revenu de citoyen­neté contre Lucien Bouchard en 1998[17].

NCS – Arrivé à la retraite, tu as conti­nué ton action dans des tas de pro­jets…

YLN – À la veille de mes 65 ans, j’ai pris ma retraite du Conseil cen­tral, mais, pro­gres­si­ve­ment, en assis­tant aux assem­blées men­suelles pen­dant cinq ans en tant que délé­gué de l’Organisation des retraité-es de la CSN. J’ai lu beau­coup de livres mis de côté pen­dant mes 23 ans de tra­vail syn­di­cal ; cer­tains auteur-es m’ont récon­ci­lié avec l’humanité : Hélène Pelletier-Baillargeon, Albert Jacquart, Albert Camus, Frédéric Lenoir, Jean-Jacques Pelletier, André Myre, Saramago, Jack London, Naomi Klein, Jacques Gélinas, Le Monde diplo­ma­tique, et bien d’autres. Abolir les partis poli­tiques (titre réduc­teur) de Jacques Lazure, publié bien aupa­ra­vant, a rejoint mes pré­oc­cu­pa­tions.

NCS – Mais à part la lec­ture, tu as dû faire autre chose ?

YLN – Oui, je suis devenu un mili­tant pigiste : cam­pagnes de finan­ce­ment d’Amnistie Internationale et du Centre Saint-Pierre ; tré­so­rier de la Fondation Salvador Allende qui a amassé 30 000 dol­lars pour ériger une œuvre à la mémoire d’Allende ; secré­taire adjoint pour un orga­nisme de quar­tier ; cam­pagne de 8 000 dol­lars pour aider les vic­times de l’ouragan Mitch au Honduras ; signer de mul­tiples péti­tions ; par­ti­ci­per à des mani­fes­ta­tions ; rédi­ger le jour­nal de mes trois petits-enfants ; révi­sion de manus­crits de Jacques Gélinas et Maurice Boucher ; libraire ambu­lant ; par­ti­ci­pa­tion au Comité H2O de Longueuil ; came­lot pour un jour­nal indé­pen­dant de la Rive-Sud de Montréal ; cor­res­pon­dant d’affaires pour des amis à l’étranger, etc. Avec Lorraine Guay et d’autres, je me suis impli­qué dans D’abord soli­daires, tou­jours dans la ligne d’une action non par­ti­sane axée sur l’éducation popu­laire : je ne suis pas passé à Québec soli­daire.

Je me suis remis en contact avec mes ami-es au Chili que j’ai visité à plu­sieurs reprises, même si du temps de Pinochet, on nous avait refusé l’entrée la veille de Noël 1983. En visi­tant le Musée de la mémoire (du coup d’État) à Santiago, j’ai reconnu les photos de quatre amis assas­si­nés par les exé­cu­tants des grands action­naires chi­liens et états-uniens.

La retraite, c’est une période où l’on peut penser plus tran­quille­ment sans être bous­culé. Je me suis demandé pour­quoi le tra­vail à Cootralaco et au Conseil cen­tral m’avait tant emballé. Aux deux endroits, j’ai côtoyé des mili­tants qui tra­vaillaient à amé­lio­rer le sort des tra­vailleurs, mais aussi à chan­ger la concep­tion de l’Homme et de la société. Un chan­ge­ment de pro­prié­taire d’usine ou de régime poli­tique ne sert pas à grand-chose s’il n’implique pas un chan­ge­ment de com­por­te­ment et de valeurs où la soli­da­rité prime la pro­mo­tion indi­vi­duelle, où le bien des per­sonnes l’emporte sur celui du parti ou de l’organisation.

Au menu de la retraite, il y a aussi des visites aux ami-es hos­pi­ta­li­sés ou en rési­dence et les incon­tour­nables visites aux hôpi­taux pour les répa­ra­tions du corps. Mais le plus vivi­fiant, c’est de voir les trois petits-enfants se déve­lop­per et de voir ma fille tra­vailler dans le milieu syn­di­cal avec enthou­siasme, avec de nou­veaux défis, mais plein de ques­tion­ne­ments aussi. Et enfin, passer du temps avec Jeannette, invi­ter des ami-es en sachant qu’il n’y aura pas d’urgence syn­di­cale. Aussi repas­ser sa vie en se disant : j’ai été bien chan­ceux, mais j’aurais dû mieux faire ceci ou cela. J’ai 82 ans, je me pose des ques­tions sur mon avenir : qu’est-ce qui arrive après, quand le corps nous empêche de vivre ? Au plai­sir de vous y revoir.


  1. Luis Recabarren a fondé le Parti com­mu­niste chi­lien en 1922. José Marti est le leader dans la lutte pour l’indépendance de Cuba au XIXe siècle. José Carlos Mariátegui crée au Pérou la Centrale unique des tra­vailleurs et le Parti socia­liste dans les années 1920. Ruben Dario est un poète nica­ra­guayen pro­gres­siste dans les années 1910.
  2. Prêtre puis évêque à Recife (nord du Brésil), Dom Helder Camara a été le porte-parole des pauvres et des mou­ve­ments pay­sans jusqu’à sa mort en 1999.
  3. Hebdomadaire de gauche, publi­ca­tion de réfé­rence de l’époque pour les pro­gres­sistes chi­liens.
  4. De son nom au com­plet Organisation cana­dienne catho­lique pour le déve­lop­pe­ment et la paix.
  5. Parmi les partis membres de l’UP, il y avait le Parti socia­liste, le Parti com­mu­niste, le Mouvement d’action popu­laire uni­taire et la Gauche chré­tienne. Le Mouvement de la gauche révo­lu­tion­naire (MIR) ne fai­sait pas partie de l’UP, mais il a appuyé le nou­veau gou­ver­ne­ment.
  6. Carlos Prats a été à la tête de l’armée chi­lienne pen­dant la période de l’UP. Après le coup d’État, il a été assas­siné à Buenos Aires par des agents du redou­table ser­vice de sécu­rité chi­lien, la DINA.
  7. Un jeune étu­diant qué­bé­cois, Ovide Bastien, a com­pilé sur place les docu­ments de la hié­rar­chie catho­lique et a publié un livre au titre évo­ca­teur : Chili : le coup divin, Montréal, Éditions du Jour, 1974 et 2e édi­tion en 2014 chez Ovide Bastien.
  8. Alain Ambrosi, auteur de vidéos tour­nées au Chili : A la mierda los patrones et Au Chili et ailleurs.
  9. Publié en 1978.
  10. Les docu­ments-mani­festes de la CSN (Ne comp­tons que sur nos propres moyens), de la FTQ (L’État rouage de notre exploi­ta­tion) et de la CEQ (L’école au ser­vice de la classe domi­nante) ont été repu­bliés par M Éditeur. L’ouvrage Histoire du mou­ve­ment ouvrier au Québec (1825-1976) a été publié en 1979 par la CSN et la CEQ et écrit par un col­lec­tif com­posé de Béatrice Chiasson, Michel Doré, Hélène David, Louis Fournier, Jean-Marc Montagne, Hélène Paré, Stanley-Bréhaut Ryerson et Céline Saint-Pierre.
  11. Clotario Blest a été un des fon­da­teurs de la Centrale unique des tra­vailleurs du Chili.
  12. Entrevue de Michel Chartrand publiée le 12 jan­vier 2010, <http://meteopolitique.com/fiches/Heros-Heroines/Michel%20Chartrand/Michel-Chartrand-action-social-et-politique_43.htm>.
  13. À l’origine créée par les milieux catho­liques en 1919 pour faire échec aux syn­di­cats de gauche, la CMT s’est dis­soute en 2006. Dans les années 1980, la Confédération s’est sécu­la­ri­sée bien qu’elle ait conti­nué d’être appuyée par plu­sieurs syn­di­cats de droite, notam­ment en Amérique latine. La CMT fut pré­si­dée de 1973 à 1981 par Marcel Pepin, le pré­sident de la CSN.
  14. Fédération syn­di­cale au Mexique connue pour ses options pro­gres­sistes.
  15. La COB est la prin­ci­pale confé­dé­ra­tion syn­di­cale en Bolivie.
  16. Union des pro­duc­teurs agri­coles du Québec.
  17. Chartrand a fait cam­pagne lors d’une élec­tion par­tielle à l’automne 1998 dans le comté de Jonquière au nom du Rassemblement pour une alter­na­tive pro­gres­siste, un des groupes fon­da­teurs de Québec soli­daire.

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