Parcours militant

Entrevue avec Alain Proulx, militant syndical à l’Alcan d’Arvida

Entrevu

Par , Mis en ligne le 13 septembre 2019

NCS – Alain, je te ren­contre pour que tu me racontes ton par­cours mili­tant afin de nous aider à réflé­chir sur notre enga­ge­ment. Est-ce que tu te consi­dères comme un mili­tant et penses-tu que tu as eu un par­cours mili­tant ?

A.P. – Oui, pas mal, par­fois un peu trop, j’ai de la misère avec la mesure… Même à la retraite, je suis encore très actif. C’est pas facile de se calmer, car l’époque nous rentre dans le corps, on a l’impression que tout ce qu’on avait acquis, qu’on croyait être des acquis res­te­rait. Eh bien non, on recule à plein de niveaux, pas juste sur le plan syn­di­cal. Moi, ça m’affecte beau­coup.

NCS – Comment es-tu devenu mili­tant ?

A.P. – Chez nous, on était huit enfants et mon père a été impli­qué syn­di­ca­le­ment une bonne partie de sa vie : il était élec­tri­cien de l’Alcan à l’usine d’Arvida et était délé­gué syn­di­cal, puis res­pon­sable de l’éducation au Conseil cen­tral de la CSN (Confédération des syn­di­cats natio­naux) pen­dant des années, mais pas libéré à plein temps. D’ailleurs, mon père connais­sait ton père, qui est venu lors de la grève de 1957 ; mais je pense que c’est autour des élec­tions fédé­rales de 1958 dans Lapointe (Jonquière), où Michel [Chartrand] s’est pré­senté pour le CCF (Co-ope­ra­tive Commonwealth Federation), qu’il l’a ren­con­tré. Mon père m’amenait aux réunions syn­di­cales quand j’avais 10-11 ans. Ma mère, qui était une « veuve syn­di­cale », devait lui dire « débar­rasse-moi d’un ou deux enfants », alors il m’amenait et j’écoutais les hommes. C’est sûr que ça m’a influencé. Par papa, on a appris c’était quoi, la mili­tance.

Je suis parti jeune de la maison, la pre­mière fois à 16 ans, puis je suis revenu un petit bout et suis reparti pour aller au cégep de Jonquière. À l’époque, on par­tait tôt et sans rien ; il ne nous venait pas à l’idée de deman­der à nos parents de payer nos études. Je vou­lais m’inscrire en sciences de la santé parce que je vou­lais deve­nir vété­ri­naire, mais comme je n’avais pas les pré­re­quis, fina­le­ment je me suis retrouvé en arts et lettres et, comme je n’avais pas fait assez de sciences, ayant fait mon cours clas­sique, je n’ai pas réussi à entre­prendre ces études.

NCS – Quels ont été tes pre­miers enga­ge­ments mili­tants ?

A.P. – Mon pre­mier emploi a été dans un café cultu­rel à Arvida ; ma démarche de mili­tance a d’abord été dans le milieu cultu­rel com­mu­nau­taire. On orga­ni­sait des spec­tacles, des for­ma­tions artis­tiques et je m’occupais du ciné­club où on pas­sait entre autres des films qué­bé­cois à carac­tère social. Au bout de deux ans, la Ville a fermé notre café parce qu’elle trou­vait qu’on était trop tur­bu­lents… Après, avec un ami, on a ouvert une librai­rie, En train d’être, avec deux volets, l’un contre­cul­tu­rel et l’autre social, dont je m’occupais. C’est comme ça que je suis entré en contact avec des groupes pro­gres­sistes de Montréal où j’allais pour ache­ter des livres. Après, j’ai tra­vaillé au S.C.R.A.M., un groupe de vidéo com­mu­nau­taire ; j’y ai été embau­ché après le départ de Bernard Émond, qui était venu tra­vailler dans la région et avait réa­lisé le film L’Alcan, c’t’une vie[1]. L’objectif de ce groupe était de pro­duire et de dif­fu­ser des vidéos. Alors, j’ai par­ti­cipé à leur dif­fu­sion auprès des ouvriers de l’Alcan et dans toute la région ; on fai­sait des réunions de cui­sine pour en dis­cu­ter. On a pro­duit aussi une vidéo sur les négo­cia­tions du sec­teur public et para­pu­blic de 1975-1976 à la demande de la CSN de la région, L’État employeur, et on en a fait la dif­fu­sion dans les syn­di­cats et par­tout. On a fait aussi une vidéo sur Provigo où il y avait eu une grève dans la région. On était en lien avec tous les groupes popu­laires et cultu­rels de la région, dont la radio com­mu­nau­taire et le centre des femmes de Jonquière. On tra­vaillait sérieu­se­ment, on fai­sait des bilans de nos acti­vi­tés, on était très sévères envers nous-mêmes.

Dans cette démarche-là, on s’est ques­tion­nés, comme beau­coup de mili­tants au Québec à cette époque. On fai­sait des inter­ven­tions pour que le monde se prenne en main poli­ti­que­ment et s’organise, mais à un moment donné, on en voyait les limites et on se disait : « C’est beau faire tout ça, mais qu’est-ce qu’on fait après ? ». À ce moment-là, les groupes M.-L. (mar­xistes-léni­nistes) com­men­çaient à Montréal. C’est nous qui les avons fait venir, deux ou trois. On avait fait un ques­tion­naire et fina­le­ment plu­sieurs, dont moi, ont adhéré à la Ligue mar­xiste-léni­niste du Canada, d’abord comme sym­pa­thi­sants, puis comme membres. Ça n’a pas été facile, car on était divi­sés, cer­tains n’étaient pas d’accord. Aujourd’hui, je dirais qu’ils avaient raison. Je pense que cela nous a éloi­gnés de la réa­lité et des pré­oc­cu­pa­tions de ceux avec qui on vou­lait chan­ger les choses.

Comme tu sais, une des stra­té­gies de la Ligue était l’implantation en usine. Avec mes amis, je dif­fu­sais le jour­nal La Forge, mais je ne le dif­fu­sais pas à l’Alcan, car j’y avais pos­tulé pour un emploi. Je ne devais pas me faire voir là. Finalement, en 1978, à 25 ans, j’ai été embau­ché à l’Alcan après une entre­vue où j’ai fait le niai­seux, pré­ten­dant que je ne connais­sais rien aux manifs, etc. Cela a marché. Ma période PCO (Parti com­mu­niste ouvrier, qui a suc­cédé à la Ligue) n’a pas duré long­temps ; on a sabordé ça quelques années après parce qu’on trou­vait que ça n’allait nulle part. Mais je ne vou­lais pas vrai­ment tra­vailler à l’Alcan, c’était plus une déci­sion poli­tique, mais aussi avec le temps je me suis rendu compte que je devais gagner ma vie. Après six mois, je suis allé voir le vice-pré­sident du syn­di­cat et lui ai dit que je vou­lais deve­nir agent de griefs. Il m’a recom­mandé d’attendre d’avoir ma per­ma­nence, sinon ils allaient me mettre dehors, c’était un sage conseil…

NCS – Comment ton père a-t-il réagi à ta déci­sion de tra­vailler à l’Alcan comme lui ?

A.P. – Cela m’a sur­pris. J’avais étudié, alors il pen­sait que j’allais faire autre chose que lui, il connais­sait les condi­tions de tra­vail à l’usine… il ne m’a pas encou­ragé. Il était peut-être déçu. Comme je n’avais pas de métier, j’ai été embau­ché comme opé­ra­teur de fil­tra­tion à l’usine d’alumine Vaudreuil du com­plexe d’Arvida. C’était rou­ti­nier, on ne se cas­sait pas la tête, mais les condi­tions de tra­vail fai­saient dur. On tra­vaillait sur des quarts de tra­vail de huit heures, par exemple de 8 h à 16 h, et ça, durant sept jours en ligne, puis on avait un congé de 72 heures et on repre­nait deux autres quarts de sept jours, soit de 4 h à minuit, puis de minuit à 8 h. Ça fait qu’on avait une fin de semaine de congé toutes les six semaines ; tu ima­gines la vie comme ça, avec une blonde ou une famille… C’était vrai­ment dif­fi­cile et on était vrai­ment écœu­rés. On fai­sait des semaines de 56 heures ; ils nous met­taient des heures en banque qu’on pou­vait prendre en congés inté­grés à notre horaire. J’ai passé une partie de ma vie sur dif­fé­rentes tâches de pro­duc­tion à l’Alcan à l’usine d’alumine Vaudreuil, mais aussi dans les salles de cuves Soderbergh, là les condi­tions étaient encore pires.

NCS – Raconte-moi la pre­mière grève où tu as été impli­qué comme ouvrier.

A.P. – En 1979, on est sortis en grève durant trois mois et demi. Moi, à cette époque, j’étais un M.-L. reconnu et à la pre­mière assem­blée syn­di­cale, mes cama­rades M.-L. m’avaient dit : « Alain, il faut que tu prennes la parole ». J’ai un an d’ancienneté et, au micro, j’engueule les diri­geants de mon syn­di­cat en les trai­tant de col­la­bo­ra­teurs, devant plus de 2000 tra­vailleurs réunis à l’aréna ; les jambes m’en trem­blaient. Je n’ai pas été hué ; mon inter­ven­tion a même été assez bien reçue. Faut dire que le pré­sident de notre syn­di­cat et de la Fédération des syn­di­cats du sec­teur alu­mi­nium (FSSA), Jean Halley, qui était un libé­ral reconnu, n’était pas par­ti­cu­liè­re­ment aimé des tra­vailleurs qui étaient péquistes pour un bon nombre.

NCS – Comment es-tu passé du PCO au mili­tan­tisme syn­di­cal ?

A.P. – Au début des années 1980, on a fait une grosse cam­pagne de mobi­li­sa­tion pour chan­ger l’horaire de tra­vail. On avait mis sur pied des comi­tés, dont un pour voir ce qui se fai­sait dans le monde du tra­vail continu. Au début, j’étais pour un horaire avec une semaine de tra­vail de 37 heures et un tiers comme dans les usines de papier, car ça créait de l’emploi. Finalement, c’est une pro­po­si­tion d’horaire de 12 h de tra­vail pen­dant trois jours et une fin de semaine de congé sur deux qui a pas­sa­ble­ment amé­lioré nos condi­tions de vie.

NCS – Le syn­di­cat des ouvriers de l’Alcan a connu diverses allé­geances syn­di­cales. Pourquoi as-tu tant désiré sortir de la FSSA et com­ment cela s’est-il passé ?

A.P. – Au départ, le syn­di­cat des tra­vailleurs de l’aluminium d’Arvida était à la CSN, mais en 1972, il est parti avec les « trois D » (J. Dion, A. Daigle et P.-É. Dalpé) qui disaient que les syn­di­cats ne devaient pas faire de poli­tique et qui ont fondé la Confédération des syn­di­cats démo­cra­tiques (CSD). Mais, peu de temps après, à la suite d’une mésen­tente avec les trois D, Jean Halley a fondé sa propre fédé­ra­tion, la FSSA, qui comp­tait plu­sieurs syn­di­cats dans les alu­mi­ne­ries du Québec et les sec­teurs connexes.

Mais, moi et plein d’autres, on se disait qu’on était une fédé­ra­tion indé­pen­dante, en dehors du mou­ve­ment syn­di­cal orga­nisé, alors qu’on fai­sait face à une mul­ti­na­tio­nale : on n’avait pas de force. De plus, nous étions plu­sieurs à cri­ti­quer le style de négo­cia­tion prôné par les diri­geants de la FSSA, la « négo­cia­tion rai­son­née ». Ça durait des mois pen­dant les­quels les tra­vailleurs n’étaient ni infor­més ni mobi­li­sés. Alors, on s’est battus pour chan­ger ça.

Au fil des ans, je suis élu à des postes syn­di­caux : au comité du jour­nal, au comité d’éducation. En 1992, je deviens vice-pré­sident du Syndicat natio­nal des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEAA) qui comp­tait cinq accré­di­ta­tions, et mon ami Jean-Marc Crevier devient pré­sident. On était libé­rés à plein temps.

NCS – Faisons une petite paren­thèse, la négo­cia­tion rai­son­née se pra­tique de plus en plus, est-ce un piège, qu’en penses-tu ?

A.P. – Je ne l’ai jamais pra­ti­quée, je l’ai subie et je peux témoi­gner que l’on a beau rai­son­ner comme on veut, si les membres ne sont pas consul­tés régu­liè­re­ment sur l’avancement de ces négo­cia­tions, rai­son­nées ou pas, et sur­tout si, paral­lè­le­ment, on ne mobi­lise pas nos membres, il est très clair que l’employeur va en sortir gagnant. La force des argu­ments et la raison ne peuvent suf­fire. Peut-être que cela peut mar­cher dans de petites entre­prises où il y aurait une très grande trans­pa­rence de leur situa­tion finan­cière, mais sur­ement pas dans de grandes entre­prises où on ne réus­sit jamais à avoir le por­trait précis de la situa­tion finan­cière. Par expé­rience, j’ai appris que l’écoute était beau­coup plus grande à la table de négo­cia­tion quand on a réuni la grande masse de nos membres en assem­blée géné­rale. La veille, on nous écou­tait poli­ment avec nos argu­ments tous bien rai­son­nables, mais après nos assem­blées, les patrons pre­naient des notes et pre­naient nos argu­ments pas mal plus en consi­dé­ra­tion.

Pendant des années, on a fait régu­liè­re­ment des inter­ven­tions pour convaincre les tra­vailleurs de la FSSA de l’importance de ral­lier une orga­ni­sa­tion d’importance au Québec, pas néces­sai­re­ment la CSN, mais une orga­ni­sa­tion d’envergure pour qu’on ait un meilleur rap­port de force. J’étais sou­vent sol­li­cité par des gens de la FSSA et d’autres groupes pour faire des recherches sur la mul­ti­na­tio­nale. Et les réponses à nos ques­tions, je les trou­vais entre autres à la CSN parce que, là, il y avait des gens libé­rés à plein temps pour faire des recherches, des éco­no­mistes, etc. C’est donc plus vers la CSN que mes com­pa­gnons et moi, on vou­lait aller parce qu’on venait de là et qu’on pen­sait qu’une orga­ni­sa­tion syn­di­cale devait se pré­oc­cu­per de la poli­tique et inter­ve­nir poli­ti­que­ment, comme le pré­co­ni­sait alors la CSN. À partir de 1994, on a fait voter des réso­lu­tions dans les assem­blées géné­rales des syn­di­cats de la FSSA et aux congrès de la FSSA à l’effet de che­mi­ner vers le ral­lie­ment à une orga­ni­sa­tion syn­di­cale au Québec. Ceux qui n’étaient pas d’accord pour chan­ger d’allégeance ont mis des condi­tions pour le choix d’une autre orga­ni­sa­tion, qui bien entendu écar­taient la CSN, entre autres à cause du cout des coti­sa­tions. La FSSA avait réussi à sur­vivre en acca­pa­rant les inté­rêts du fonds de défense pro­fes­sion­nelle pour son fonds d’administration.

On a fina­le­ment été asso­ciés, pour un mandat fixe, au Syndicat des métal­lur­gistes unis d’Amérique (Métallos) durant quelques années. Quand l’échéance est arri­vée, on est allés voir tous les syn­di­cats qui étaient dans l’industrie (CSN, Métallos, SCFP, TCA) avant de déci­der à qui s’affilier. En 2002, le congrès a fina­le­ment adopté une pro­po­si­tion pour « que l’ensemble des membres de la FSSA se pro­nonce lors d’un réfé­ren­dum dans les 12 mois sur l’intégration de la FSSA avec une orga­ni­sa­tion syn­di­cale ». C’est en mars 2004 que, fina­le­ment, a eu lieu l’accord de fusion avec les Travailleurs cana­diens de l’automobile (TCA), entre autres parce que ce syn­di­cat avait pris posi­tion sur la recon­nais­sance du droit à l’autodétermination du Québec et, pour nous, c’était impor­tant parce qu’il avait des liens avec le sec­teur de l’aluminium. C’était aussi parce qu’il avait un fonds de défense pro­fes­sion­nelle, une néces­sité en cas de grève ou de lockout, qu’il avait un fonc­tion­ne­ment démo­cra­tique et parce que le type de syn­di­ca­lisme qu’on y pré­co­ni­sait nous res­sem­blait.

NCS – Quel est l’essentiel du tra­vail du diri­geant-mili­tant syn­di­cal, d’après toi ?

A.P. – Je le résu­me­rais ainsi : on va voir les tra­vailleurs régu­liè­re­ment, on les informe des enjeux, on sus­cite et orga­nise la mobi­li­sa­tion, on se bat ensemble. En 1992, quand j’arrivai à la vice-pré­si­dence, notre syn­di­cat d’Arvida comp­tait envi­ron 3800 membres, mais les gens étaient peu mobi­li­sés ; cer­tains offi­ciers disaient que ça ne ser­vait à rien de faire des assem­blées géné­rales (AG), parce que le monde ne venait pas. Nous, on s’est dit : on va aller voir notre monde pour régler nos pro­blèmes. On fai­sait nos conseils syn­di­caux, puis nos exé­cu­tifs et, là, on se fai­sait un plan de match et on allait à plein temps dans les usines ; c’est comme ça qu’on vivait notre mili­tan­tisme. On ne fai­sait pas juste du tra­vail de bureau, des règle­ments de griefs, on était régu­liè­re­ment dans l’usine pour mobi­li­ser notre monde.

On n’aurait jamais pu faire ce tra­vail si on n’avait pas été libé­rés, car com­ment ren­con­trer 3500 tra­vailleurs qui tra­vaillent sur des quarts de tra­vail dans des lieux de tra­vail immenses ? Les huit ou neuf élus libé­rés, on se divi­sait l’usine, on ren­trait dans les salles à manger, on fai­sait des réunions. Ça nous pre­nait une semaine et après on convo­quait une AG. On a ras­sem­blé à ma sou­ve­nance jusqu’à 1400 membres dans une seule assem­blée. On n’avait même pas de salles assez grandes pour faire nos AG. On a déve­loppé un rap­port de force sérieux, ce qui a été capi­tal pour les négos de 1995. À Arvida, on a bâti un syn­di­cat de lutte, extra­or­di­naire !

NCS – Quelles ont été les prin­ci­pales luttes menées ?

A.P. – On a conti­nué à se battre pour obte­nir des horaires de tra­vail conve­nables, mais aussi sur la ques­tion de l’emploi, à cause des chan­ge­ments orga­ni­sa­tion­nels, de la sous-trai­tance et aussi parce que l’Alcan avait ouvert une nou­velle usine à Laterrière. Comme le marché de l’aluminium était très bon, ils ont conti­nué à faire fonc­tion­ner les vieilles salles de cuves à Arvida. Mais après, ils les ont fer­mées et cela a entrainé tout un mou­ve­ment de per­son­nel avec, fina­le­ment, 500 mises à pied. On a mobi­lisé les gens mis à pied, 150-200 per­sonnes sur une base per­ma­nente. On leur a dit : « Si vous ne vous occu­pez pas de vous autres, l’Alcan va vous oublier, alors arran­gez-vous pour ne pas vous faire oublier ! » On se ren­con­trait sur une base régu­lière et on a tra­vaillé sur le concept de temps par­tagé. Un des syn­di­cats d’Alcan (Syndicat de l’énergie de Shipshaw) avait déve­loppé le concept de 40/38 : on tra­vaillait 40 heures, mais on n’était payés que pour 38 et, avec les heures accu­mu­lées, on avait deux semaines de plus de congés par année. Quand 20 tra­vailleurs adhé­raient volon­tai­re­ment à ce sys­tème, ça per­met­tait de faire ren­trer au tra­vail un tra­vailleur mis à pied. L’Alcan a accepté ça pour le petit groupe, mais pour le grand groupe d’Arvida, elle refu­sait, alors on s’est mobi­li­sés. Chaque semaine, on fai­sait des réunions avec les gars mis à pied, des manifs dans les rues, on se fai­sait voir et on fai­sait parler de nous. Et on ren­con­trait les tra­vailleurs dans l’usine et en assem­blée pour les inci­ter à adhé­rer au tra­vail par­tagé.

En même temps, on lut­tait contre les heures sup­plé­men­taires. Ça, c’était très dur, car on ne s’est pas fait juste des amis ; une partie de ceux qui nous aimaient avant, là, ils nous aimaient moins. Nous, on disait : il faut par­ta­ger. On ne peut pas être heu­reux dans son milieu de tra­vail s’il y a du monde dehors. Ça a été une période très dif­fi­cile.

NCS – Comment avez-vous pu faire tra­vailler les tra­vailleurs mis à pied par l’Alcan ?

A.P. – Par leur mobi­li­sa­tion, l’éducation et la forte soli­da­rité entre nous, parce qu’on ne peut pas être heu­reux quand nos cama­rades sont dehors. On n’a pas cessé de mobi­li­ser notre monde pour reven­di­quer le tra­vail par­tagé, la fin des heures sup­plé­men­taires obli­ga­toires et pour la sécu­rité d’emploi, et cela dans le contexte des fluc­tua­tions du marché de l’aluminium. En 1995, on a pré­senté un projet de conven­tion col­lec­tive mais le patron l’a refusé ; alors on est sortis en grève, ça a duré 10 jours. À l’usine de Laterrière, le mandat de grève n’avait pas passé, mais quand on est sortis à Arvida, les tra­vailleurs se sont ral­liés. L’usine de Laterrière a fermé, mais comme il n’y avait pas d’expérience de ce nou­veau type de cuves, elles ont gelé et ça a couté 100 mil­lions de dol­lars à la com­pa­gnie ; ça leur a fait très mal. L’Alcan a accepté fina­le­ment nos demandes. On a fini par faire adhé­rer la majo­rité au 40/38 avec l’obligation de reprendre en temps les heures sup­plé­men­taires. Cela a permis de faire tra­vailler pas mal tout notre monde. Mais aussi on s’est battus pour faire trans­fé­rer les mis à pied dans les usines autres que celle d’Arvida et, là, ça pro­vo­quait des résis­tances dans d’autres syn­di­cats où cer­tains vou­laient pro­té­ger leur monde. Aussi, la com­pa­gnie a muté cer­tains hauts diri­geants qui avaient rejeté notre pro­po­si­tion de règle­ment. On a réglé posi­ti­ve­ment, mais l’Alcan nous atten­dait au tour­nant.

Peu avant l’échéance de la conven­tion de 1995, un peu avant 1998, les plus hauts diri­geants de l’Alcan au Québec sont venus nous ren­con­trer et ils ont admis leur erreur de ne pas avoir voulu négo­cier sur la base de notre projet en 1995. Ils nous ont pro­posé de négo­cier le pro­chain contrat sur une nou­velle base qu’ils appe­laient la « sta­bi­lité opé­ra­tion­nelle ». Bref, c’était un concept de par­te­na­riat. Ils ont réussi à vendre ça aux tra­vailleurs avec de belles pro­messes. Moi, je n’y croyais pas ; j’étais cer­tain qu’on allait se faire avoir et j’ai décidé de ne pas aller à la table de négo­cia­tion, car je ne pou­vais pas y faire une bonne job, n’y croyant pas. Mais j’ai gardé mon poste de vice-pré­sident. J’ai écrit un texte pour m’expliquer à l’AG ; faut croire que ça a été com­pris, car j’ai été élu pré­sident sans oppo­si­tion en 1999.

NCS – Tu as été très impli­qué dans la cam­pagne élec­to­rale de Michel Chartrand contre Lucien Bouchard, est-ce que cela a été une paren­thèse dans ton mili­tan­tisme syn­di­cal ?

A.P. – En 1998, Michel Chartrand, qui a alors 82 ans, m’informe qu’il veut se pré­sen­ter contre Lucien Bouchard aux élec­tions pro­vin­ciales dans Jonquière. À ce moment-là, j’étais conseiller syn­di­cal à la FSSA et on était asso­ciés avec le syn­di­cat des Métallos. Raymond Labonté, alors pré­sident de la FSSA en atten­dant sa dis­so­lu­tion, m’a libéré à ma demande de cer­tains man­dats pour tra­vailler à la cam­pagne de Michel. Plusieurs des mili­tants syn­di­caux de mon syn­di­cat ont tra­vaillé à cette cam­pagne. Nous avons fait envi­ron 45 assem­blées dans la région, dans des salles parois­siales, com­mu­nau­taires, au cégep, etc., durant cinq ou six semaines. Michel fai­sait même la tour­née des centres d’achats. Il était tel­le­ment connu et aimé dans la région qu’il pou­vait aller par­tout et rem­plis­sait les salles. C’est durant cette cam­pagne qu’il a expli­qué, entre autres, le revenu de citoyen­neté. Je me sou­viens même qu’on a fait entrer clan­des­ti­ne­ment Michel dans l’usine d’Arvida pour parler à des tra­vailleurs dans une salle à manger pleine à cra­quer. Il a obtenu 15 % du vote, cela contre le pre­mier ministre du Québec et une can­di­date libé­rale de poids. Pendant la cam­pagne, Michel demeu­rait chez nous. On a déve­loppé une grande amitié et je peux dire qu’il nous manque énor­mé­ment ces temps-ci.

NCS – Comment avez-vous pu faire face à Alcan, une mul­ti­na­tio­nale, à cette époque ?

A.P. – Face à la mul­ti­na­tio­nale Alcan, se posait la ques­tion de l’unité syn­di­cale ; chaque syn­di­cat de la FSSA négo­ciait sa conven­tion au niveau local et les clauses cen­trales étaient négo­ciées à une table cen­trale pour la FSSA. Alors, on a fait une démarche disant : « Si on veut être plus forts, il faut être ensemble ». On a mis sur pied une table inter­syn­di­cale Alcan pour regrou­per tous les syn­di­cats des employés de l’Alcan de la FSSA au Québec, mais aussi des syn­di­cats qui n’étaient pas dans la FSSA, qui étaient affi­liés ailleurs comme aux Métallos ou à la CSN. On s’est donné une struc­ture qui nous unis­sait et qui fai­sait que l’Alcan ne pou­vait plus jouer l’un contre l’autre, ce qu’elle avait tou­jours fait. Cela a été une grande vic­toire pour nous. Cela nous a permis de déve­lop­per nos reven­di­ca­tions pour la négo­cia­tion de 2002 qui por­tait sur­tout sur le fonds de pen­sion.

Parallèlement, on a orga­nisé la mobi­li­sa­tion de tous les retrai­tés d’Alcan sur notre régime à pres­ta­tions déter­mi­nées. Pour la négo­cia­tion de 2002, on a dit à l’employeur, on veut un repré­sen­tant des retrai­tés à la table de négo. Il a refusé. On lui a dit : « Alors il n’y aura pas de négo ! » On a réussi à impo­ser le pré­sident du comité des retrai­tés à la table. On fai­sait des assem­blées, alter­na­ti­ve­ment celle des actifs où le pré­sident des retrai­tés était pré­sent et celle des retrai­tés où j’étais pré­sent comme pré­sident du syn­di­cat et porte-parole des actifs. On était au mini­mum entre 1000 et 1500 per­sonnes chaque fois ; la plus grande salle du centre d’achats était pleine. Les retrai­tés venaient de Beauharnois et de par­tout dans le Québec et mani­fes­taient en ville. Cette mobi­li­sa­tion a permis des gains impor­tants pour les deux groupes. Par exemple, on a négo­cié une for­mule d’indexation auto­ma­tique, mais sur­tout on a exigé que notre fonds de retraite (envi­ron un mil­liard de dol­lars à cette époque) soit géré par un comité pari­taire (syn­di­cat et employeur). On est encore un des seuls comi­tés pari­taires de ges­tion de fonds de pen­sion dans tout le mou­ve­ment syn­di­cal. Cela grâce à une for­mi­dable soli­da­rité entre les actifs et les retrai­tés et à leur mobi­li­sa­tion de 1999 et 2002.

NCS – Comment as-tu vécu la conci­lia­tion entre ta vie syn­di­cale et ta vie de couple et de famille ?

A.P. – C’est sûr que mili­ter, cela a eu un impact sur la vie fami­liale, mais j’ai tou­jours essayé de garder un équi­libre. Ma blonde, Doris [Langevin], a été une mili­tante syn­di­cale aussi, elle com­pre­nait le tra­vail que je fai­sais et était d’accord. Elle aurait peut-être aimé que j’en fasse moins des fois, mais je pense que je n’aurais pas pu faire autre­ment. Doris m’a tou­jours accom­pa­gné quand on avait des acti­vi­tés syn­di­cales à l’extérieur, dans les congrès par exemple. Mes enfants ont com­pris ce que je fai­sais, ne m’ont jamais repro­ché mon enga­ge­ment, au contraire. D’ailleurs, elles ont un peu suivi le chemin de la recherche de la com­pré­hen­sion des enjeux de société. Avec ma femme, j’ai sur­ement contri­bué à en faire des mili­tantes, des femmes enga­gées dans leur tra­vail et leur milieu.

NCS – L’Alcan avait des res­pon­sa­bi­li­tés quant au déve­lop­pe­ment régio­nal, mais ne les assu­mait pas ; en quoi cela vous concer­nait-il ?

A.P. – De 1980 à 2004, près de 50 % des emplois de l’Alcan ont été perdus seule­ment au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Pour nous, il était clair que le pacte entre Alcan et le gou­ver­ne­ment qué­bé­cois, qui avait épar­gné la com­pa­gnie de la natio­na­li­sa­tion de l’électricité en 1962, n’existait plus. Il fal­lait inter­ve­nir sur le plan poli­tique pour qu’on rené­go­cie cette entente afin de pro­té­ger nos emplois. Le syn­di­cat d’Arvida a donc voté une somme d’un mil­lion de dol­lars pour mobi­li­ser l’ensemble de la popu­la­tion et, avec les TCA, on a mené une vaste cam­pagne d’information et de com­mu­ni­ca­tion publique nommée « On y va » sur le thème Nos res­sources natu­relles, nos emplois, en réponse à la demande d’Alcan qui invi­tait les tra­vailleurs à faire des choix pour « ren­ta­bi­li­ser » ses centres d’affaires qu’elle pré­ten­dait non ren­tables… Disons qu’on a replacé pas mal d’affaires. La ques­tion de l’emploi, ça ral­liait toute la popu­la­tion, pas juste les syn­di­qués.

Depuis des décen­nies, la com­pa­gnie fai­sait ce qu’elle vou­lait dans la région et ne res­pec­tait pas le pacte social qui lui don­nait des avan­tages gigan­tesques par rap­port à ses com­pé­ti­teurs. Elle rece­vait un cadeau du gou­ver­ne­ment de plus de 500 mil­lions de dol­lars par année. Car l’électricité, c’est le tiers des couts dans la pro­duc­tion d’aluminium. Il nous sem­blait que ces avan­tages, ça méri­tait au mini­mum une res­pon­sa­bi­lité de déve­lop­pe­ment régio­nal. On se bat­tait contre une mul­ti­na­tio­nale qui pos­sède un immense dépar­te­ment de rela­tions publiques et qui a les médias et presque tous les élus à sa solde. Nous, avec moins d’argent, mais avec du tra­vail de recherche et sur­tout avec la mobi­li­sa­tion du monde, on a réussi à démon­trer à la popu­la­tion qu’Alcan était sacré­ment avan­ta­gée et que c’était inad­mis­sible qu’on n’ait pas le contrôle de nos res­sources natu­relles, qu’on conti­nue à perdre des emplois comme on en per­dait et allait en perdre encore, on s’en dou­tait bien.

En fait, comme on affron­tait une mul­ti­na­tio­nale sou­te­nue par l’État, on était néces­sai­re­ment sur le ter­rain poli­tique, ce qui nous per­met­tait d’avoir une cou­ver­ture média­tique, car on bras­sait de la poli­tique. On a mené cette cam­pagne qui a entre autres réussi à convaincre les repré­sen­tants régio­naux de la Conférence régio­nale des élus (CRÉ) de tenir un réfé­ren­dum lors des élec­tions muni­ci­pales du 6 novembre 2005 dans toutes les muni­ci­pa­li­tés de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

La ques­tion était la sui­vante : « Acceptez-vous de donner à votre muni­ci­pa­lité le mandat de conclure une entente avec le gou­ver­ne­ment du Québec sur la ges­tion de nos res­sources natu­relles basée sur les deux prin­cipes sui­vants : Que nos res­sources natu­relles (ter­ri­toire, forêt, eau et mines), de même que les rede­vances payées pour leur exploi­ta­tion et les emplois publics reliés à leur ges­tion, soient gérés par la région et que toute l’énergie privée, pro­duite dans la région à des fins indus­trielles, serve exclu­si­ve­ment au déve­lop­pe­ment indus­triel et à la créa­tion d’emplois au Saguenay-Lac-Saint-Jean ? » Le résul­tat : 92,5 % de la popu­la­tion a voté OUI à cette ques­tion. Ce fut un réfé­ren­dum his­to­rique.

NCS – Comment les tra­vailleurs ont-ils vécu la vente d’Alcan à Rio Tinto ?

A.P. – En 2006, Alcan est dans la mire de com­pé­ti­teurs, nous sommes très inquiets et on fait plein de repré­sen­ta­tions avant la vente pour exiger qu’on éta­blisse un plan­cher d’emploi en consi­dé­ra­tion des avan­tages hydro­élec­triques consen­tis par l’État. On apprend que le gou­ver­ne­ment a négo­cié en cachette avec Alcan une entente de conti­nuité, mais sans aucune consul­ta­tion des élus à tous les niveaux et encore moins des syn­di­cats. Finalement, c’est Rio Tinto, une com­pa­gnie aus­tralo-bri­tan­nique, qui a acheté Alcan avec la béné­dic­tion du gou­ver­ne­ment Charest et l’accord des conser­va­teurs de Harper.

Malgré le vote du réfé­ren­dum régio­nal de 2005, les élus poli­tiques n’ont pas été capables de s’opposer à ça. Cela en dit long sur la fai­blesse des ins­tances démo­cra­tiques dans notre société : elles n’ont aucun pou­voir réel sur le déve­lop­pe­ment régio­nal. La seule conti­nuité après la vente d’Alcan à Rio Tinto a été la pour­suite des sup­pres­sions d’emplois et celle des avan­tages hydro­élec­triques que la com­pa­gnie a eus sans res­pec­ter ses enga­ge­ments, avec la com­pli­cité du gou­ver­ne­ment.

NCS – Tu es main­te­nant retraité, mais tu pour­suis ton mili­tan­tisme auprès des retrai­tés de l’Alcan, pour­quoi ?

A.P. – Les retrai­tés, c’est une force immense, si on les mobi­lise. Aux der­nières négo­cia­tions de notre fonds de pen­sion en 2015, les syn­di­cats étaient divi­sés, il y avait deux tables de négo­cia­tion. Les retrai­tés ont été com­plè­te­ment écar­tés de la table ; on nous a infor­més plu­sieurs mois après la signa­ture des contrats de tra­vail des résul­tats où nous avons subi des reculs impor­tants. J’ai cri­ti­qué cela à l’assemblée en signi­fiant aux diri­geants syn­di­caux que nous avions tout à gagner en uti­li­sant la force de mobi­li­sa­tion des retrai­tés. Ça nous a moti­vés à mettre sur pied la pre­mière asso­cia­tion de retrai­tés syn­di­qués de toute allé­geance syn­di­cale chez Rio Tinto Alcan au Québec en 2016. On est envi­ron 600 membres, mais on veut atteindre les 3000 retrai­tés, car nous nous refu­sons à recu­ler sur ce que nous avions gagné par notre mobi­li­sa­tion passée. Faut se battre, encore et encore ! À l’heure actuelle, je constate que c’est de plus en plus dif­fi­cile. Rien de ce qu’on pen­sait acquis ne l’est, nulle part, dans aucune sphère de la société. Alors, on ne peut pas bais­ser les bras, c’est pour ça que je conti­nue de mili­ter.

NCS – Quelle leçon tires-tu de ton par­cours mili­tant comme diri­geant syn­di­cal à l’Alcan ?

A.P. – Si on veut gagner, il faut avoir un rap­port de force. Or, ce der­nier vient de la mobi­li­sa­tion des tra­vailleurs conscients des enjeux actuels et futurs. Il faut donc aller voir son monde fré­quem­ment.

Si on veut repré­sen­ter des gens, il faut s’assurer d’aller les voir, régu­liè­re­ment, pas juste pour leur parler, mais pour qu’ils nous parlent. Il faut leur deman­der : êtes-vous d’accord ; si vous ne l’êtes pas, dites-le-nous, sinon notre tra­vail n’a pas de poids. Quand j’ai com­mencé au syn­di­cat, on était 200 aux AG, puis 500, puis 700, puis 1000 et plus. Rendu là, tu ne peux plus prendre de déci­sions sans aller consul­ter ton monde, sinon ce sont eux qui te ramènent. La seule façon de tra­vailler pour le monde, c’est d’être avec le monde, et cela à tous les niveaux.

Dans l’action syn­di­cale, il peut y avoir des dif­fé­rences et des dif­fé­rends entre nous, les mili­tants ; il faut en débattre, se dire nos façons de penser, ne pas avoir peur de se cri­ti­quer, de s’engueuler. Mais après, on va prendre une bière et on a du fun. Arrivés devant le boss, on est un bloc soudé. Pour tenir, il faut sentir la fra­ter­nité, avoir du plai­sir entre nous, sinon c’est trop dur.

NCS – Pour toi, il semble évident que pour­suivre la lutte est une néces­sité…

A.P. – Devant l’évidence qu’il n’y a plus aucune équité entre les immenses avan­tages consen­tis à Rio Tinto Alcan et les emplois créés et main­te­nus d’une part, et d’autre part quand on constate com­ment cette mul­ti­na­tio­nale étran­gère reporte constam­ment ses minimes enga­ge­ments et conti­nue à exiger encore et encore de nou­veaux avan­tages, il est clair qu’on ne peut bais­ser les bras.

On ne peut être en marge de notre avenir col­lec­tif : être retraité du tra­vail sala­rié, ça ne veut pas dire être à la retraite de la société. Pour ma part et pour beau­coup d’entre nous, on est rendus à exiger du gou­ver­ne­ment qu’il mette fin aux pri­vi­lèges hydro­élec­triques de la mul­ti­na­tio­nale et à penser que seule la natio­na­li­sa­tion de l’énergie per­met­tra un réel par­tage de nos richesses natu­relles. Mais on ne peut pas faire ça en étant divi­sés ; on va devoir tra­vailler avec les syn­di­cats pour bâtir la plus grande unité pos­sible et construire la mobi­li­sa­tion citoyenne néces­saire pour obli­ger le gou­ver­ne­ment à agir pour l’ensemble de la col­lec­ti­vité.

Réalisée par Suzanne-G. Chartrand

Note

  1. Bernard Émond, L’Alcan c’t’une vie, long métrage docu­men­taire, vidéo, Production S.C.R.A.M., 1974, 85 min.


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