Matières premières

Enfin un livre complet sur les activités de la multinationale suisse Glencore Xstrata

Par , Mis en ligne le 02 novembre 2014

[La rédac­tion de solidaritéS] s’est entre­te­nue avec Yvonne Zimmermann, membre de MultiWatch (mul​ti​watch​.ch), auteure et coédi­teure d’un volume publié en Allemagne en mai der­nier sur l’une des plus puis­santes entre­prises du monde, la mul­ti­na­tio­nale suisse Glencore Xstrata.

Juan Tortosa – Pourquoi un livre de plus sur Glencore Xstrata ? Qu’apporte-t-il de vrai­ment nou­veau ?

Jusqu’alors il n’existait pas d’ouvrage consa­cré à cette entre­prise, mais seule­ment des docu­ments dis­per­sés concer­nant des cas pro­blé­ma­tiques. Depuis plu­sieurs années, MultiWatch observe les conflits autour de l’extraction minière effec­tuée par Glencore et Xstrata, une entre­prise qui depuis la fusion est deve­nue l’une des com­pa­gnies de matières pre­mières les plus puis­santes du monde. Elle contrôle l’ensemble de la chaîne de mise en valeur de l’exploitation, le sto­ckage, le trans­port jusqu’au com­merce des pro­duits. Un an après la fusion, fin mai 2014, Multi­Watch a pré­senté un livre sur ce géant des matières pre­mières. Pour la pre­mière fois, ce livre donne une vision d’ensemble sur les acti­vi­tés minières contro­ver­sées de l’entreprise suisse et ses effets néga­tifs. Il s’agit d’une contri­bu­tion à une dis­cus­sion publique néces­saire sur les effets du com­merce des matières pre­mières, dans lequel la Suisse joue un rôle fon­da­men­tal comme siège de toute une série de mul­ti­na­tio­nales. Ce livre traite de plu­sieurs cas : la Colombie, le Pérou, l’Argentine, la Bolivie, l’Australie, les Philippines, l’Afrique du Sud, la Zambie et la République démo­cra­tique du Congo ; un cha­pitre est consa­cré exclu­si­ve­ment au com­merce agri­cole de Glencore Xstrata.

Quelles acti­vi­tés de Glencore Xstra­ta en par­ti­cu­lier dénoncent les auteurs de cet ouvrage col­lec­tif ?

Les axes thé­ma­tiques du livre men­tionnent dif­fé­rents types de conflits et de thèmes : conflits du tra­vail et sociaux, conta­mi­na­tion de l’environnement, pou­voir et influence de l’entreprise, fraude fis­cale. Cette struc­tu­ra­tion met en évi­dence que ces cas ne sont pas des excep­tions, mais qu’ils se res­semblent de manière fla­grante : la popu­la­tion et les tra­vailleurs se plaignent du même com­por­te­ment adopté par Glencore, de la même arro­gance avec laquelle l’entreprise bafoue les droits et les inté­rêts des gens. Le non­respect de la popu­la­tion locale et le manque d’information semblent se répé­ter. Le com­por­te­ment de Glencore Xstrata est simi­laire dans les dif­fé­rents pays, lorsque cette entre­prise nie la rela­tion entre la des­truc­tion de l’environnement et son acti­vité minière, ou dans des conflits du tra­vail.

Le livre met l’accent sur les per­sonnes affec­tées – mineurs et com­mu­nau­tés autour des mines – qui luttent pour leurs droits, pour la pro­tec­tion de leur ter­ri­toire et des condi­tions de tra­vail dignes.

Avez-vous subi des pres­sions avant de publier le livre ? Avez-vous dû modi­fier son contenu ?

Bien avant la publi­ca­tion du livre, Glencore a montré des signes de ner­vo­sité. Fin février 2014, l’entreprise nous a lancé un ulti­ma­tum pour exiger, dans un délai très court, que nous chan­gions le titre du livre, que nous en reti­rions la publi­cité sur notre page web. Par ailleurs, l’entreprise nous a menacé de pour­suites judi­ciaires et jusqu’à main­te­nant elle se réserve le droit d’en inten­ter contre le contenu du livre. Pour éviter une inter­dic­tion de celui-ci, nous en avons changé le titre, mais nous n’avons fait aucune modi­fi­ca­tion de son contenu. MultiWatch vise un débat public sur les acti­vi­tés de Glencore Xstrata et sur le rôle de la Suisse dans le com­merce des matières pre­mières. Nous ne vou­lons pas une bataille juri­dique avec l’entreprise.

Les menaces for­mu­lées par une telle entre­prise contre une asso­cia­tion de défense des droits humains, aux res­sources très limi­tées, laissent soup­çon­ner que Glencore, contrai­re­ment à ses affir­ma­tions publiques, ne sou­haite pas trop un débat sur ses acti­vi­tés et les consé­quences néga­tives de celles-ci. Si ces pres­sions semblent nou­velles en Suisse, elles sont en revanche chose cou­rante dans des pays où la mul­ti­na­tio­nale opère comme le Pérou ou la Colombie.

Parallèlement aux menaces de pour­suites judi­ciaires, l’entreprise a déclaré publi­que­ment cher­cher un « dia­logue construc­tif » avec ses cri­tiques. À Affoltern am Albis, elle a orga­nisé une confé­rence publique où elle vou­lait confron­ter « les mythes et les faits ». Aucune [per­sonne pou­vant repré­sen­ter] une ONG suisse n’était évi­dem­ment dis­po­sée à par­ti­ci­per à un évé­ne­ment de type publi­ci­taire pour cette entre­prise. Dernièrement, Glencore accu­sait MultiWatch de reje­ter le dia­logue. Mais, en même temps, MultiWatch attend depuis plus d’une année des réponses écrites de Glencore à ses ques­tions sur des conflits concrets…

On attend donc avec impa­tience la tra­duc­tion de votre livre en fran­çais…

Malheureusement, jusqu’ici nous n’avons pas les moyens finan­ciers d’une tra­duc­tion. Néanmoins, nous l’envisageons, ainsi qu’en espa­gnol et en anglais pour socia­li­ser le contenu du livre avec des com­mu­nau­tés et des ouvriers direc­te­ment affec­tés par le com­por­te­ment de cette entre­prise et en lutte pour leurs droits.

Traduction fran­çaise de Hans-Peter Renk.

MultiWatch (ed.), Milliarden mit Rohstoffen : Der Schweizer Konzern Glencore Xstrata, Edition 8, 2014

solidaritéS, 4 sep­tembre 2014

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