L’université populaire des NCS

En attendant la révolution numérique pour les 99 %

Axe 2 – La révolution numérique et les enjeux pour les 99 %

Par Mis en ligne le 25 septembre 2019

On com­mence à peine à prendre la mesure des chan­ge­ments liés à cette révo­lu­tion numé­rique dans un grand nombre de sec­teurs d’activités et on ima­gine encore moins les liens qui se tissent entre la trans­for­ma­tion des médias, l’ubérisation de l’économie, les prouesses tech­no­lo­giques ren­dues pos­sibles dans les milieux de tra­vail grâce à l’utilisation syner­gé­tique de la robo­ti­sa­tion, de la numé­ri­sa­tion géné­ra­li­sée des conte­nus et leur accès par Internet et de l’intelligence arti­fi­cielle. Force est de consta­ter qu’actuellement s’opère une trans­for­ma­tion en pro­fon­deur de plu­sieurs fonc­tions et de grands pans de l’économie.

Au-delà des aspects tech­niques, il est fon­da­men­tal de se deman­der quels sont les enjeux pour les 99 %. Car, pas besoin de cher­cher long­temps pour ima­gi­ner quels sont les enjeux et les objec­tifs des autres, le 1 % : recherche du profit à tout prix, aug­men­ta­tion de la pro­duc­ti­vité, contrôle social et j’en passe, bref, toutes les com­po­santes du credo capi­ta­liste. À cet égard, il y a fort à parier que cette révo­lu­tion ne ren­ver­sera pas la vapeur en ce qui a trait à l’accroissement des inéga­li­tés sociales entre ceux et celles qui pos­sèdent les moyens de pro­duc­tion, mais aussi entre ceux et celles qui ont accès à la connais­sance, et les autres. Selon l’Organisation de coopé­ra­tion et de déve­lop­pe­ment éco­no­miques (OCDE), « pour réduire les inéga­li­tés dans la capa­cité à tirer profit des outils numé­riques, les pays doivent avant tout amé­lio­rer l’équité du sys­tème d’éducation. Le fait de garan­tir l’acquisition par chaque enfant d’un niveau de com­pé­tence de base de com­pré­hen­sion de l’écrit et en mathé­ma­tiques est bien plus sus­cep­tible d’améliorer l’égalité des chances dans notre monde numé­rique que l’élargissement ou la sub­ven­tion de l’accès aux appa­reils et ser­vices de haute tech­no­lo­gie[2]». L’enseignante en tech­niques de tra­vail social que je suis, pour­rait aussi éla­bo­rer lon­gue­ment sur la néces­sité de pré­ser­ver et de défendre la valeur des acti­vi­tés rela­tion­nelles, des rela­tions humaines, quel que soit l’environnement tech­no­lo­gique ou son évo­lu­tion.

Cette révo­lu­tion numé­rique trans­forme éga­le­ment notre rap­port à l’information et au poli­tique. Le tra­vail des jour­na­listes s’est gran­de­ment trans­formé au tra­vers des évo­lu­tions tech­no­lo­giques et, en paral­lèle, voire en simul­tané, les citoyennes et les citoyens deviennent des acteurs en la matière en por­tant eux aussi des infor­ma­tions sur la place publique. Quels enjeux se des­sinent der­rière ces trans­for­ma­tions ?

Les médias sociaux per­mettent la prise de parole et la libre expres­sion, mais jusqu’à quel point cette expres­sion est-elle vrai­ment libre ? Dans cer­tains régimes, elle est étroi­te­ment enca­drée, quand elle n’est pas tout sim­ple­ment inter­dite. Et même si la situa­tion est dif­fé­rente chez nous, jusqu’à quel point cette liberté existe-t-elle ? Jusqu’à quel point sert-elle plus ou moins de pro­pa­gande par mani­pu­la­tion loga­rith­mique ? La sphère privée éclate au grand jour et les murs de l’intimité dis­pa­raissent au profit des rela­tions numé­riques. Jusqu’à quel point sommes-nous sous sur­veillance, et ce, par­fois même avec notre assen­ti­ment tacite ? Doit-on et peut-on régle­men­ter tout ça ? Depuis les années 1980, les trai­tés de libre-échange ont libé­ra­lisé les mar­chés et ins­tauré des défi­cits démo­cra­tiques qui affligent déjà les États. En termes simples, com­ment contrô­ler des capi­ta­listes qui contrôlent les choses à dis­tance dans un monde ato­misé ? Quelles stra­té­gies mettre de l’avant non seule­ment pour ne pas se faire trop avoir, mais pour, au contraire, chan­ger des choses, voire les choses à notre avan­tage, au ser­vice des 99 %, pour la réduc­tion des inéga­li­tés sociales et de l’injustice, pour plus de démo­cra­tie ? Comme je le disais plus tôt, révo­lu­tion ou pas, cer­taines choses ne chan­ge­ront pas, si l’on ne change pas de sys­tème social ou poli­tique.

Dominique Daigneault[1]

Notes

  1. Présidente du Conseil cen­tral du Montréal métro­po­li­tain de la CSN.
  2. OCDE, Connectés pour apprendre ? Les élèves et les nou­velles tech­no­lo­gies, Programme inter­na­tio­nal pour le suivi des acquis des élèves (PISA), 2015, p. 8.


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